Visite du centre d’hébergement d’urgence Romain Rolland à Montrouge

Publié le 19/02/2018 à 14H28

Ce jeudi 15 février, je me suis rendu à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, pour visiter le centre d’hébergement d’urgence Romain Rolland du Samu social de Paris.

Ce centre, ouvert en 2014, accueille une population hétérogène, avec des parcours très différents. Il a la particularité de pouvoir proposer en même temps 49 places pour l’hébergement d’urgence, mais également 44 places en chambres individuelles pour des périodes d’accueil plus longues. Le personnel est composé de 30 salariés à temps plein (travailleurs sociaux, médecins, animateurs …) ainsi qu’une vingtaine de vacataires.

C’est Pierre Joubert, le directeur du centre et Christine Laconde, directrice générale du SAMU Social de Paris qui me font visiter. Ils insistent sur l’importance de la reprise d’autonomie des pensionnaires. Pour cela ils misent sur la dynamique de groupe. Ainsi, le jardin par exemple est entretenu par les usagers. Face à la diversité des parcours des personnes accueillies ils disent « Nous sommes des généralistes de tous les maux de la société ». Pierre Joubert me précise un élément important « Nous ne sommes pas dans le logement, mais dans l’hébergement. Notre objectif, c’est de faire cette transition vers le logement ». Les centres d’hébergement d’urgence ne peuvent être que des solutions provisoires vers des solutions plus durables. C’est pourquoi l’accompagnement est primordial. Malheureusement, les mesures en ce sens font défaut. Le gouvernement a annoncé vouloir promouvoir « Le logement d’abord » et annoncé le chiffre de 50 000 solutions de logement durables. C’est une bonne chose, mais cela ne sera probablement pas suffisant pour faire face à la demande.

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Après cette visite, je rencontre la section CFDT. Une belle équipe qui réalise 40% des voix aux élections professionnelles. Brigitte, déléguée syndicale, me prévient d’entrée : « Ce centre est un peu la vitrine, les conditions y sont très bonnes, mais attention, ailleurs les locaux sont beaucoup plus vétustes ! »

Cette vétusté est au cœur des préoccupations des salariés : les locaux sont souvent inadaptés à l’outil de travail, voire à la limite de la conformité pour certains. Ce qui nuit évidemment aux conditions de travail mais aussi aux conditions d’accueil.

Pour ces travailleurs, qui se dédient aux plus fragiles avec une conviction admirable, la reconnaissance fait parfois cruellement défaut. Il leur a fallu plus de 20 ans pour obtenir un statut et des grilles de salaires, qui restent malgré tout très bas. Pourtant ces travailleurs et travailleuses sont une richesse, ils sont les chevilles ouvrières de la solidarité envers les plus précaires et méritent donc une meilleure situation que celle qui leur est faite. C’est pourquoi la CFDT a pris l’initiative d’entamer des négociations, actuellement en cours, pour rééquilibrer les disparités de traitement existantes entre les salariés. 

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Mais le sujet au cœur des discussions de ces professionnels du social, c’est la circulaire Collomb, qui prévoit le recensement des migrants dans les centre d’hébergement d’urgence. Ils y sont résolument opposés. Une travailleuse sociale me dit « Nous ne sommes pas  là pour faire un tri sélectif, cela nous pose un problème éthique et déontologique » Brigitte me confirme « L’inconditionnalité de la prise en charge était au cœur du projet créé par Xavier Emmanuelli[1] ».

La CFDT est résolument opposée à cette circulaire et à la politique migratoire du gouvernement, qui va notamment à l’encontre d’un traitement humain des personnes(J'ai d'ailleurs co-signé une tribune a ce sujet). Cela est d’autant plus une question syndicale qu’elle impacte fortement le quotidien des personnels qui sont en première ligne sur le terrain. Au SAMU social cette circulaire est une problématique transversale à tous les métiers : dans les espaces sociaux d’insertion par exemple, qui font de l’accueil de jour, c’est autour de 70% des personnes accueillies qui sont issues des flux migratoires. Sur ce sujet comme sur d’autres, il est urgent de ne pas perdre la bataille des idées.


[1] Médecin, fondateur en 1993 du SAMU social de Paris.