Mon interview dans Le Monde du 20 novembre 2018

Publié le 19/11/2018 à 15H34

Pour Le Monde, j'ai répondu à des questions sur le mouvement des gilets jaunes et la nécessité d'enclencher une transition écologique juste et solidaire. Vous pouvez retrouver mon interview ci-dessous

 

 

« Gilets jaunes » : pour Laurent Berger, la réponse du premier ministre « manque de cap et de sens »

Dans une interview au « Monde », le secrétaire général de la CFDT prend acte du refus de l’exécutif de construire « un pacte social de la conversion écologique » comme il l’avait demandé.

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, n’a pas souhaité s’associer au mouvement des « gilets jaunes ». Samedi 17 novembre, au soir de la mobilisation, il a cependant appelé le gouvernement à construire « un pacte social de la conversion écologique » avec les organisations syndicales et patronales mais aussi avec les associations.

La réponse du premier ministre, Edouard Philippe, aux « gilets jaunes », dimanche soir sur France 2, vous a-t-elle paru à la hauteur des enjeux ?

Il n’y a rien de nouveau ! Le chef du gouvernement veut poursuivre la transition écologique mais il ne la présente qu’en termes de fiscalité, pas en opportunités pour l’emploi, la santé et les territoires. Cela manque de cap et de sens. La transition écologique peut aller de pair avec la justice sociale. Mais il faut répondre aux attentes en termes d’aide à la mobilité, au transport, à l’énergie.

Le premier ministre n’a pas donné suite à votre proposition de réunir les partenaires sociaux et les associations…

J’en prends acte. Edouard Philippe dit comprendre les difficultés mais sans faire de propositions ni sur la forme ni sur le fond. Et il persiste dans un rapport direct au « peuple » qui le met en difficulté aujourd’hui. Il y a une défiance très forte à l’égard du gouvernement. Si l’exécutif persiste à ne pas vouloir faire avec les corps intermédiaires pour trouver des solutions collectives, il va dans le mur.

La journée d’actions du 17 novembre a-t-elle été un succès, selon vous ?

C’est un signal extrêmement fort envoyé. Celui d’un mécontentement tous azimuts, pas toujours très cohérent et parfois paradoxal mais qui illustre un sentiment d’abandon et de peur de l’avenir. Ce fut suffisamment marquant pour ne pas dire que la journée a été un échec. Ensuite, est-ce que ce mécontentement est toujours bien tourné ? Non. On a lu, vu, entendu des choses inacceptables samedi.

Cela vous inquiète-t-il ?

Oui. Je ne veux pas généraliser mais il y a pu y avoir des comportements assez agressifs. La démocratie, c’est écouter ce que disent tous les citoyens comme ceux qui ont manifesté. Cela signifie aussi respecter, dans un barrage, celui qui n’a pas envie de crier le slogan demandé ou de mettre le gilet jaune.

Quelle est la responsabilité du gouvernement ?

On a un exécutif qui, depuis son arrivée, veut une relation directe avec le peuple. Voilà comment on en arrive à ce qui s’est passé samedi. Il faut maintenant trouver des solutions. Quelles politiques sociales mène-t-on, notamment en direction de ceux qui ont le plus le sentiment de relégation ? Comment fait-on vivre une démocratie sociale qui associe les acteurs locaux, territoriaux et sociaux ? Il faut donner une vision – et aujourd’hui sur la transition écologique on en manque, c’est évident –, et il faut des mesures sociales qui permettent de rendre juste cette transition.

De nombreux « gilets jaunes » étaient pour la première fois dans la rue. Cela vous interroge-t-il ?

Bien sûr. Mais il y a aussi tous ceux qui sont habitués à se mobiliser dans leur entreprise et qui font un travail quotidien. Il n’y a pas d’un coup ces nouveaux militants et les autres qui auraient disparu. Cela pose aussi une question sur les modes de mobilisation. Mais encore une fois, je ne condamne pas les gens qui l’ont fait car il y a du mal-être. Que la colère existe et soit légitime, oui. Est-elle bien orientée quand on revendique moins d’impôts, que le discours est « anti-tout » et que, dans les mots employés, on entend les « Français d’abord » ? Non, je ne peux pas être d’accord avec ça.

Comment envisagez-vous les prochains mois, notamment en vue des élections européennes de mai 2019 ?

La situation peut être inquiétante du point de vue démocratique. Il faut redonner des marges de manœuvre et il faut une Europe qui investisse dans la transition écologique et les politiques sociales, avec un modèle économique plus vertueux. Nous avons besoin de maintenir des services publics de proximité, une présence humaine dans les territoires.

Aujourd’hui, j’ai envie d’avoir un message d’apaisement, même si c’est un peu à contre-courant. Nous sommes dans une démocratie, c’est un bien inestimable. Il y a des intérêts divergents, des façons de penser différentes et c’est très bien. Mais il faut que cela puisse s’exprimer dans des cadres prévus pour ça et que l’on trouve des solutions ensemble. Force est de constater qu’en ce moment pas grand monde n’a envie de se mettre autour d’une table. C’est juste ce que j’ai appelé à faire.

Raphaëlle Besse Desmoulières