Le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales

Publié le 25/11/2015 à 10H12

A l'occasion de cette journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, je souhaitai republier ici cet échange que j'avais eu avec Marilyn Baldeck, déléguée générale de l'Association européenne contre les violences faites eux femmes, où nous avions évoqué le rôle des syndicats sur ce sujet et les actions possibles pour défendre les droits des femmes.

Cet entretien, réalisé par Adeline Farge, a été initialement publié dans CFDT Magazine n°417.

 

Pourquoi est-il important que la CFDT s’investisse dans la lutte contre
les violences sexuelles au travail ?

Marilyn Baldeck : D’après une enquête du Défenseur des droits, 20 % des femmes actives ont subi une situation de harcèlement sexuel au cours de leur carrière. Un syndicat qui ne se saisirait pas de ce sujet serait illégitime aux yeux des salariées. Mais trop souvent encore, ce sujet est relégué au champ des relations individuelles et n’est pas considéré comme une question politique.

Laurent Berger : La CFDT n’est pas attendue sur ce sujet qui nous préoccupe pourtant. Notre histoire prouve que nous avons une culture féministe. La CFDT est l’organisation syndicale qui s’est le plus mobilisée sur les droits fondamentaux
des femmes, notamment en matière d’IVG et de harcèlement sexuel. Dans le monde du travail, les inégalités sont flagrantes – en particulier sur les salaires, les promotions ou l’articulation vie privée-vie professionnelle. Nous avons énormément de boulot
pour les combler.

 

Comment les syndicats peuvent-ils intervenir dans les entreprises ?

M. B. : En amont, les sections syndicales doivent communiquer sur leurs aptitudes à répondre aux plaintes des salariées. Accompagner les victimes de violences sexuelles et recueillir leurs témoignages souvent éprouvants ne s’improvisent pas. Cela nécessite une réelle formation et des connaissances en droit du travail.Les militants devront aussi se départir de leurs stéréotypes. Si une victime accuse un collègue qui paraît sympathique, ils ne devront pas en conclure que c’est faux. Ils devront aussi rappeler régulièrement aux salariés que ceux qui commettent ces violences s’exposent à des sanctions. Les syndicats, en affirmant qu’ils sont en alerte, envoient un message aux potentiels harceleurs, qui se sentiront sous surveillance et y réfléchiront à deux fois avant d’agir.

L. B. : Les représentants du personnel doivent s’interroger au sujet de leurs propres pratiques. Si l’organisation du travail tolère des comportements délictueux, ce n’est pas la seule faute de l’employeur. Les responsabilités sont partagées. Ils doivent donc faire en sorte que les directions ne soient pas attentistes et qu’elles respectent leurs obligations légales. C’est seulement si les directions et les représentants du personnel sont capables de coopérer qu’on arrivera à progresser. Le code du travail, en introduisant la notion de sexisme, donne aux organisations syndicales un nouveau levier en vue de lutter contre les violences sexuelles.

 

Pourtant, elles rencontrent quelques difficultés à s’en saisir…

M. B. : Les femmes peuvent être réticentes à saisir des délégués du personnel, qui peuvent par ailleurs tenir des propos sexistes et s’adresser à leurs collègues de manière déplacée. Les hommes violents se trouvent partout, y compris au sein des organisations syndicales. Pour être légitime sur ce sujet, il faut commencer par balayer devant sa porte.

L. B. : Les syndicats sont à l’image de la société. Ils ne sont pas toujours ultravertueux. La Confédération condamne les comportements sexistes et ne tolère aucune violence verbale ou physique, y compris les blagues lourdes, dans l’organisation. Le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales. Ainsi, un élu syndical a été démis de son mandat pour avoir tenu des propos intolérables à l’encontre d’une femme. En matière de respect des personnes, il n’y a pas de compromis possible. La CFDT se doit d’être exemplaire à ce sujet.

 

Comment accompagner les sections syndicales ?

M. B. : Le sujet des violences sexistes et sexuelles au travail ne doit pas reposer sur un individu isolé. Pour être efficace, cette politique doit être portée par une organisation qui servira de support en cas de difficultés et de lieu de ressources. Depuis 2009, l’AVFT anime avec la CFDT de Paris des journées de formation et de sensibilisation. Le but est d’aider les militants à intervenir auprès des victimes et de sensibiliser les salariés de leur entreprise. Dans les milieux masculins, ce n’est pas toujours simple d’imposer ce dossier. C’est donc essentiel de transmettre nos compétences.

L. B. : Lutter contre les stéréotypes nécessite un travail constant. La Confédération forme les sections afin qu’elles sachent comment réagir face à des propos ou à des actes sexistes. L’aspect comportemental est plus difficile à gérer que le droit du travail. Une entreprise peut avoir signé un superaccord sur l’égalité professionnelle mais ne rien comprendre aux violences faites aux femmes. Grâce à ce partenariat, la CFDT bénéficie de l’expertise de l’AVFT, d’un soutien et d’un regard distancié sur ses pratiques. Mais les organisations syndicales ne doivent pas se dédouaner ni sous-traiter ce dossier aux associations. D’ailleurs, la CFDT souhaite dupliquer l’expérience des journées de formation et de sensibilisation menée avec Paris à d’autres unions départementales.

 

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