Interview “ Nous voulons un système de retraite plus juste ” - 27 septembre 2018

Publié le 28/09/2018 à 09H32

Interrogé par Challenges, je me suis exprimé sur la réforme des retraites et le projet que porte la CFDT.  

Une énième réforme des retraites était-elle vraiment nécessaire?

Les retraites c’est un sujet anxiogène, compliqué et qui concerne tout le monde : la CFDT a lancé il y a deux mois une vaste enquête interactive « Parlons retraites ». Elle a déjà enregistré plus de 120 000 réponses, dont les résultats nourriront le débat et serviront à appuyer nos discussions avec le haut-commissariat à la réforme des retraites.  Aujourd’hui, notre objectif c’est un système plus juste et plus lisible qui conserve et renforce la solidarité intergénérationnelle. Et il y a des droits nouveaux à inventer. Si le gouvernement voulait une réforme budgétaire, ce serait sans nous…

 

C’est aussi un problème budgétaire ! La France consacre déjà 14% de son PIB à assurer les pensions. Peut-on aller plus loin ?

 Les prévisions du Conseil d’orientation des retraites (COR) montrent que ce pourcentage va stagner voire baisser avec la reprise de croissance. L’équilibre des retraites est annoncé vers 2020. Dans le passé, des choix budgétaires ont été faits et on a serré les boulons… Maintenant cette réforme doit être qualitative avec un renforcement de la répartition. Quant aux dépenses, elles sont financées par les cotisations et, autour de 20%, par la solidarité. Cette part, il faudra au moins la maintenir et peut-être l’augmenter. Ce sont des propositions que nous défendrons le 10 octobre, lorsque le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye,  fera le point sur la concertation devant l’ensemble des organisations syndicales et patronales.

 

Comment le gouvernement tranchera-t-il?

 Je n’en sais rien. Pour le moment, nous n’en sommes pas là. Il y a une réelle volonté de construction de la part du HCRR. On partage les documents, on a tous les éléments du problème et on est écoutés. Pour nous, comme pour tous les partenaires sociaux, il y a deux façons de traiter la question : soit on dit « On ne veut pas discuter et le statut quo c’est bien». Soit on entame une discussion et on porte des revendications précises. C’est ce que fait la CFDT. Ceux qui aujourd’hui critiquent le futur système ont une part de malhonnêteté : Ils attisent la peur pour justifier le statut quo alors que personne ne sait encore ce que sera le résultat final. A la CFDT, nous préférons peser pour qu’il soit juste et apporte un mieux pour tout le monde.

 

Ce qu’on sait, c’est que passer du système actuel à une retraite à points sera une révolution. Est-ce une bonne chose ?

Mais on s’en fiche du système à points ! s’il y a des problèmes, des situations spéciales, ce système à points en tiendra compte, en surabondant les points. Ce qui compte, ce n’est pas le système, c’est la justice qu’il construit et les droits nouveaux qu’il permet. Et là-dessus, la CFDT a des propositions à faire et des convictions à défendre pour mieux prendre en compte ceux qui en bavent : les petites retraites, les carrières hachées, ceux qui ont commencé à travailler très jeune… Il faut savoir que ceux qui ont travaillé au Smic toute leur vie ont droit à une retraite qui est supérieure de seulement 38 euros au minimum vieillesse.

Voilà pourquoi la CFDT revendique une pension minimum qui aille vers 100% du Smic.

 

Y a-t-il des lignes à ne pas franchir ?

La réforme doit répondre à trois objectifs : réduire les inégalités, être juste et lisible. Et il y a des principes qui ne sont pas négociables. Le premier, c’est « à carrière égale, retraite égale », qui permet de lutter contre des inégalités comme la situation des femmes. Mais aussi « on cotise et on ouvre ses droits dès le premier jour de travail ». La CFDT a obtenu en 2013 que les apprentis ne cotisent plus un an sans obtenir de droits correspondants. Et aussi que les carrières longues et la pénibilité soient prises en compte. Ce sont des avancées sur lesquelles le syndicat ne transigera pas et que nous voulons étendre.

 

Qui seront les perdants de la réforme ? Les fonctionnaires, les cadres ?

Parce que vous pensez que le système actuel n’en fait pas déjà des perdants ? Pour les fonctionnaires, toutes les études sont extrêmement claires : le taux de remplacement moyen entre le public et le privé est quasi similaire. Donc il faut arrêter de cibler les fonctionnaires et travailler sur un système plus juste pour eux aussi. Il faut également mieux intégrer les primes et les revalorisations de carrière, qui, notamment pour les fonctionnaires de catégorie C, sont très planes... Les fonctionnaires ne doivent pas être perdants.

 

Cette retraite à points, vous l’imaginez fondée sur un système de répartition, comme aujourd’hui, ou par capitalisation, comme cela se fait dans plusieurs pays?

Il faut absolument conserver un système de répartition pur, qui inclut retraite de base et complémentaire. Quant à la capitalisation, il ne faut pas être hypocrite, elle existe déjà, mais de façon individuelle, à travers l’assurance-vie, et dans un certain nombre de grandes entreprises, par les PEE. Le problème, c’est que tout le monde n’y a pas accès.

 

Quelles sont vos propositions pour améliorer l’épargne retraite, alors ?

C’est simple : généralisons dans toutes les entreprises l’épargne retraite collective, à travers le Perco par exemple. Ce sera un outil supplémentaire pour la politique salariale, et pour développer l’investissement socialement responsable, mais cela ne touchera pas à la répartition, essentielle au pacte social.