Discours à l'occasion du 1er mai 2018

Publié le 02/05/2018 à 16H28

Retrouvez le discours que j'ai prononcé à l'occasion du 1er mai 2018 que nous avons fêté aux côtés de la CFTC et de l'Unsa.

Bonjour à toutes et à tous,

Le 1er mai est une date importante car c’est la fête du travail et donc des travailleurs. Le travail et les travailleurs qui sont bien souvent les grands absents du débat public... ou alors seulement pour évoquer leur coût... rarement pour mettre en avant leur richesse, leur apport à l’économie et à la société. Voilà pourquoi nous sommes ici. Ici et ailleurs.

En effet, cette année encore, nous sommes nombreux à nous réunir un peu partout en France et ici à Paris, pour fêter le travail et braquer les projecteurs sur les travailleurs qui l’accomplissent.

Parce que nous représentons des centaines de milliers de travailleurs, nos trois organisations pèsent dans le paysage social. Nous sommes une vraie force de propositions, de progrès, même si certains semblent l’oublier.  

L’année dernière, le 1er mai s’inscrivait dans un contexte très particulier, celui de l’entre-deux tours des présidentielles. Face à la menace très concrète qui pesait sur notre démocratie, nous avons su prendre nos responsabilités et appelé à faire barrage à Marine Le Pen. Ce combat, nous l’avons gagné.

Mais avoir repoussé le FN le temps d’un vote ne fait pas disparaître comme par magie les fractures sociales et territoriales sur lesquelles il prospère. Voilà pourquoi l’énergie de tous, et de ceux qui nous gouvernent en premier lieu, devrait être employée à rogner les racines des tensions qui traversent toujours le pays. Pour apaiser la société et favoriser ce fameux « vivre ensemble », il est absolument nécessaire de construire davantage de justice sociale.

Plus que jamais, nous avons besoin de politiques sociales assumées. Le progrès social ne doit pas être vu comme la conséquence de la bonne santé économique mais comme une de ses conditions. Il n’y aura jamais ni ruissellement, ni cordée tirée par le haut. Seuls la solidarité, l’égalité et l’accompagnement des plus fragiles nous garantiront un avenir meilleur collectivement.

C’est d’autant plus urgent qu’en ce 1er mai, les crispations sociales sont fortes et nombreuses.

-       Alors que la relance économique se confirme, le chômage reste toujours beaucoup trop fort. La précarité que nous côtoyons tous les jours dans la rue comme au travail et les inégalités qui se creusent renforcent ce sentiment d’injustice insupportable.  

-       Le manque de considération touche aussi des secteurs d’activités entiers. La situation dans les EHPAD illustre trop bien ces métiers laissés pour compte. D’autres services publics sont aussi en tension comme la pénitentiaire, la justice, les hôpitaux ; autant d’établissements dans lesquels les agents peinent à accomplir pleinement leur missions. Pourtant, les premiers de cordée, ceux qui empêchent la société de dévisser, ce sont eux !

-       Et puis, il y a tous les salariés du privé qui font tourner l’économie et rendent des services à la population. Ils sont nombreux aujourd’hui à craindre pour leur avenir. Je pense notemment, ce ne sont que quelques exemples, aux salariés de Carrefour, de SoLocal, de Doux.

Nous ne pouvons pas rester sourds à ces difficultés. Mais nous ne pouvons pas non plus prétendre qu’elles disparaitront petit à petit en « libérant les énergies ». 

Le Président de la République et son Gouvernement ont lancé une multitude de réformes. Des chantiers très diverses s’amoncellent mais pour aller où ? Vers quel projet de société ? L’efficacité économique, la réforme pour la réforme, le contournement de la société civile, tout cela ne dessine pas un avenir désirable par tous.

Oui, il faut transformer notre modèle social car il ne répond plus à la diversité des besoins de la population. A la CFDT, nous militons pour un système social qui permette de se relever en cas d’accident de parcours, d’évoluer à tous les âges de la vie grâce à une solidarité renforcée et à des droits effectifs et  adaptés. 

Oui, il faut transformer notre modèle économique car il n’est plus soutenable. A la CFDT, nous militons pour le rendre plus qualitatif et plus respectueux des travailleurs et de l’environnement. Ni la libéralisation, ni la croissance à tout prix ne peuvent être une fin en soi.  

Oui, nous devons prendre en compte les désordres du monde pour y faire face mais sans jamais renier nos valeurs humanistes d’accueil et de secours. Et je pense en particulier aux migrants qui sont dans une situation indigne.

Les citoyens aspirent à des transformations, mais des transformations qui font sens et qui emportent tout le monde.

Pour construire une société dans laquelle il fait bon vivre, il est nécessaire d’entendre les aspirations diverses qui traversent notre société. C’est en les prenant en considération que nous pourrons construire des compromis acceptés du plus grand nombre.

Il faut faire confiance à l’intelligence collective. Faire avec les corps intermédiaires, avec les syndicats qui ont acquis leur légitimité du vote des salariés et des agents des fonctions publiques.

Prendre le temps de la concertation, ce n’est pas faire preuve de faiblesse. Au contraire ! C’est la méthode qui réclame le plus de courage politique et qui est de loin la plus efficace.

C’est vrai, nous ne sommes pas aidés par les autres acteurs du dialogue social.

-         Le patronat est enfermé dans une conception dépassée des rapports sociaux. Il fait tout pour contourner autant que faire se peut le terrain du dialogue social et les organisations syndicales.

-         Ce qui conduit certaines organisations syndicales à se retrancher dans la radicalité (comme si la radicalité était une réponse aux besoins sociaux du moment).

Mais il faut continuer à faire valoir notre syndicalisme, celui qui conjugue actions et propositions. Et je conjure le Gouvernement de rompre avec sa logique de contournement du syndicalisme et des corps intermédiaires dans leur ensemble. C’est une impasse pour obtenir les transformations souhaitées car on ne transforme pas sans les premiers concernés. C’est aussi une grave impasse démocratique. Notre capacité de proposition et de dialogue sont la seule voie qui vaille.

A la SNCF, notre méthode commence à payer. Le Gouvernement relance les concertations et a pris des engagements concernant la reprise de la dette de l’entreprise et la sécurisation des travailleurs. Ces annonces restent floues et insuffisantes mais ne lâchons pas en si bon chemin.

Dans la période, le syndicalisme est soumis à rude épreuve. Mais la bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas seuls. La preuve aujourd’hui !

Nous avons des différences mais je crois que nous partageons le même attachement pour la démocratie et, plus largement, une même conception du syndicalisme. Ensemble, nous pouvons être 3 fois plus forts, être 3 fois plus tenaces et 3 fois plus persuasifs.

Nos organisations ont une histoire différente. C’est sûr, nous ne sommes pas les mêmes. Mais nous sommes quand même de la même famille, celle qu’on appelle les réformistes. Face à un patronat archaïque et à un pouvoir tenté de faire sans nous, réfléchir et agir ensemble devient plus que jamais indispensable.

Alors je formule le vœu que le monde du travail et les travailleurs soient pleinement reconnus, que leurs revendications soient entendues, que le rôle des corps intermédiaires soit valorisé. C’est le sens de ce 1er mai. Nous l’avons voulu revendicatif, culturel et plaisant car dès demain, nous poursuivrons nos combats humanistes pour la transformation sociale et la démocratie.

Je vous souhaite à toutes et tous un excellent 1er mai.