CET ÉTÉ ENCORE, LES DROITS DES TRAVAILLEURS SAISONNIERS NE SONT PAS EN VACANCES !

Cela fait maintenant 19 ans que la CFDT multiplie les rencontres et les initiatives à destination des travailleurs saisonniers. Venir les informer sur les plages ou dans les champs de fruits et légumes tout au long de l’été est ainsi devenu au fil des ans (depuis 1999 !) un rendez-vous incontournable et apprécié par nos militants, au service des saisonniers.

L’objectif de ces échanges : lutter contre la précarité et les abus dans les conditions de travail, développer l’accompagnement pour valoriser leurs parcours et leur permettre d’évoluer professionnellement afin de réussir à se stabiliser et leur permettre de « Bien vivre la saison » en étant informés et accompagnés et les aider à faire respecter leurs droits : avoir accès à un logement décent,  garantir le paiement de leurs heures supplémentaires, le droit  aux temps de repos…

Saisonniers CFDT logo

Les principaux secteurs d’activité concernés par le travail saisonnier sont notamment l’agriculture avec pas moins de 800 000 contrats saisonniers signés chaque année et les hôtels, cafés et restaurants qui avec l’activité touristique recrutent près de 430 000 contrats saisonniers par an. A noter que dans le thermalisme, 10 000 emplois sont saisonniers sur les 14 000 de la branche.

Les travailleurs saisonniers sont la plupart du temps en transition entre le milieu scolaire et professionnel, entre 2 emplois ou encore entre 2 territoires. Souvent, ils connaissent mal leurs droits, et subissent des abus de certains patrons : mauvaise qualité de l’hébergement, contrats de travail qui ne respectent pas les conventions collectives, voire même absence de contrat. De même, le salaire n’est pas toujours à la hauteur du travail fourni. J’ai cet exemple en tête d’une jeune étudiante qui faisait la saison l’an dernier dans une boutique de souvenirs à Pornic, qui nous avait expliqué avoir été recrutée un mois avant, et n’avoir pas encore obtenu de contrat de travail. Ce qui m’a frappé c’était ce sentiment de découragement qu’elle ressentait, parce qu’elle était certaine de n’en obtenir aucun au final, la CFDT de Loire Atlantique l’a accompagné tout au long de la saison pour faire face à ces difficultés.

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Cette campagne saisonniers, c’est aussi la possibilité pour la CFDT de rencontrer tous ces patrons de TPE qui, parfois par simple méconnaissance du droit, ne proposent pas des conditions d’accueil correctes pour les travailleurs saisonniers et de les sensibiliser à ces questions.

Cette année,  la CFDT sera par exemple présente à Noirmoutier, à Boulogne-sur-Mer, à Narbonne Plage mais également au Parc Astérix ou dans les champs du Limousin lors de la cueillette des pommes.. Ce sera également l’occasion pour les militants de la CFDT d’échanger avec les vacanciers sur la situation des travailleurs saisonniers pour leur faire prendre conscience que le contexte de vacances et de loisirs ne peut être une excuse pour déroger aux droits des salariés.

Cette année encore, ce sont plus de quatre-vingts actions qui sont organisées dans toute la France. La CFDT sera donc aux côtés des travailleurs saisonniers pour faire respecter leurs droits, tout au long de l’été partout sur le territoire. 

Merci !

Jeudi 30 mars j’étais à Arras pour un rassemblement des élu-e-s CFDT des Hauts de France. Ils étaient plus de 1 000 militants et militantes du Nord Pas-de-Calais et de Picardie présents sous le soleil arrageois. J’ai été frappé par leur enthousiasme et leur énergie.

Laurent Arras

Tout au long de cette journée chacun et chacune d’entre eux m’ont témoigné leur fierté d’être à la CFDT. Ils m’ont rappelé les difficultés rencontrées dans leur quotidien, mais ils ont surtout souligné leurs victoires. Et elles sont nombreuses. Leurs actions ne font pas la une des médias, ce ne sont pas celles dont on parle au quotidien, mais ce sont celles qui font le syndicalisme CFDT.

A travers eux c’est l’ensemble de l’action des délégué-e-s syndicaux, des délégué-e-s du personnel, des élu-e-s des comités d’entreprises et des élu-e-s dans les CHSCT que je veux saluer et remercier. Ce sont les élu-e-s qui font vivre notre syndicalisme tous les jours, dans les entreprises et les administrations. C’est eux qui sont au quotidien auprès des salariés pour écouter leurs attentes et relayer leurs difficultés, c’est eux qui font des propositions pour améliorer la situation de chacun et c’est encore eux qui s’engagent pour obtenir des résultats. Et taper du poing sur la table, lorsque c’est nécessaire.

Et les salariés leur font confiance ! Ils nous ont apporté leur voix et ont fait de la CFDT la première organisation syndicale dans le privé de notre pays. C’est historique ! Il ne faut pas avoir peur de le dire. C’est aussi une grande responsabilité qui nous incombe désormais.

Je sais que je peux compter sur chacun-e-s des militants CFDT pour faire le boulot : les élu-e-s et les mandaté-e-s qui avec conviction, contribuent à rendre la vie des gens meilleure et à remettre la solidarité au cœur de notre société.

Les militant-e-s donnent le meilleur à voir du syndicalisme. Un syndicalisme de l’espoir pour l’avenir,  celui qui sait que « changer le travail, c’est changer la société ».

Des avancées concrètes ils en obtiennent tous les jours : les militants de Toyota que j’ai rencontrés m’ont parlé de l’expérimentation sur la qualité de vie au travail qui a été mise en place. Les salariés ont été invités à recenser les anomalies constatées sur les lignes d’assemblage, dans l’objectif que leur soit redonné de l’autonomie dans leur poste de travail. Au final ce sont de meilleures conditions de travail, et plus de sécurité pour les salariés qui ont été obtenues !

Alors nous allons continuer à faire ce que nous savons faire : Parlons travail et allons à la rencontre des salarié-e-s pour valoriser davantage nos actions et nos victoires.

Nous pouvons être fiers de ce résultat ! C’est le leur!

Alors à tous et à toutes, je le dis : merci ! 

Palestine : ces travailleurs victimes d’un conflit qui s’enlise

Si je ne devais retenir qu’une image de la mission que j’ai conduite au Moyen-Orient début mars, ce serait les milliers de visages fatigués des travailleurs palestiniens au checkpoint de Qaliqilyah qui s’apprêtent à rentrer chez eux. Levés à deux heures  du matin pour franchir tous les contrôles de sécurité, ces hommes et ces quelques femmes entre deux âges (Israël interdit le passage aux plus jeunes) ont sué sur les multiples chantiers de construction de la région de 7 heures à 16 heures et n’aspirent plus qu’à rejoindre leur proche. La dernière barrière de sécurité passée, c’est donc d’un pas pressé que nous les voyons s’engouffrer dans des taxis collectifs, dernier étape de leur périple quotidien.

 

Situé à la frontière entre la Cisjordanie et Israël, près de la ville de Naplouse, ce passage piéton représente pour les 12 000 hommes et femmes qui le franchissent chaque jour le pire et le meilleur.  Le meilleur car pour ces ouvriers qui ont un permis de travail israélien, franchir cette frontière signifie obtenir un salaire plus élevé et l’assurance de pouvoir satisfaire aux besoins de leur famille ; le pire car ce checkpoint ultrasécurisé rappelle chaque jour à ces travailleurs frontaliers que leur vie reste soumis à l’arbitraire de décisions prises par le gouvernement israélien au nom de la sécurité de l’Etat hébreux. Un attentat, une agression ou une crise politique et ce passage peut se fermer du jour au lendemain. Pour un ouvrier, une altercation avec la police ou n’importe quelle infraction peut également signifier l’annulation définitive de son permis de travail sans contestation possible.

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Ces travailleurs palestiniens, nous les avons retrouvés le lendemain de notre visite à Qaliqilyah grâce à la confédération syndicale israélienne (Histadrout) qui les prend en charge syndicalement une fois sur le territoire hébreu. Leur situation précaire les rend particulièrement vulnérable face aux employeurs indélicats explique Histadrout qui mène une campagne d’informations dans le secteur de la construction pour les inciter à faire remonter les problèmes qu’ils rencontrent et leur rappeler qu’ils peuvent être accompagner gratuitement par le syndicat s’ils souhaitent aller en justice pour faire respecter leurs droits.

Si cette action syndicale ne résoudra pas la question des files d’attentes interminables au checkpoint et n’a pas non plus comme objectif de lutter contre l’arbitraire des décisions prises au nom de la sécurité, elle montre toutefois que le syndicalisme peut quand même agir pour améliorer les conditions de travail de ces travailleurs, victimes d’un conflit qui s’enlise. Dans l’attente d’un règlement politique de la question israélo-palestinienne, cette défense pragmatique des droits des travailleurs « étrangers », avec toutes les limites liées à la situation géopolitique de la région, est à mettre au crédit de la centrale syndicale israélienne qui reste l’une des organisations importante qui soutient avec courage la création d’un Etat palestinien indépendant dans une période où les discours en faveur de la paix et d’une solution négociée ont bien du mal à se faire entendre dans le pays.

Côté palestinien, la confédération (PGFTU) compte d’ailleurs plus généralement sur la solidarité syndicale internationale pour faire bouger les lignes, pour forcer les acteurs à se remettre autour de la table. Outre la création d’un véritable Etat palestinien, elle se bat aujourd’hui pour obtenir son indépendance vis-à-vis du politique afin de défendre librement le droit des travailleurs. Sur ces deux sujets, la PGFTU sait, et je leur ai réaffirmé de vive voix au cours de cette mission, qu’elle peut compter sur l’appui de la CFDT qui relaiera en France leurs revendications au plus haut niveau. C’est la conception de notre syndicalisme : à la fois soutenir les actions au plus près des salariés pour qu’ils puissent défendre leurs droits et militer à une échelle plus large pour peser, à notre humble niveau, en faveur une reprise du processus de paix. Il n’a jamais été question pour la CFDT de se résigner au statut quo actuel.

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Travail et avenir de l’industrie avec les militants d’Alstom

J’étais le 21 février à Ornans en Franche Comté pour y rencontrer les militants CFDT d’Alstom et visiter leur entreprise. J’ai choisi ce déplacement pour donner l’occasion à la CFDT de rappeler l’État à ses engagements quant au maintien de l’activité du site de Belfort.

C’est toujours très enrichissant de passer plusieurs heures avec des militants fiers de montrer leur entreprise, d’expliquer la réalité du travail et de la production, les difficultés comme les réussites technologiques, dans chacun de ses ateliers.

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Les échanges avec eux m’ont permis de vérifier une fois encore que les élus de l’entreprise en connaissent et maîtrisent les enjeux. Que le débat au sein de la section syndicale et avec les délégués des autres entreprises du groupe porte sur la stratégie de l’entreprise à long terme pour être un contrepouvoir face à la direction et aux actionnaires. On ne dit pas assez que dans nombre d’entreprises ce sont les salariés qui ont une vision de long terme quand les dirigeants ont le nez rivé sur la seule rentabilité de court terme. Les écouter et les entendre est une des clés du maintien et du développement de nos industries.

Chacun de mes déplacements à la rencontre des salariés et des militants CFDT permet de confronter les orientations que défend la confédération CFDT et la vie concrète dans les entreprises et les administrations. De cette visite à Alstom Ornans, je retiendrai deux leçons fortes.

Réussir la transition écologique nous impose de répondre aux besoins de mobilité tout en réduisant la consommation énergétique. À l’évidence, le ferroviaire est une filière stratégique pour laquelle notre pays a des atouts qu’il ne doit pas dilapider. Cela implique à la fois de développer la recherche et l’innovation et de préserver les compétences et les savoir-faire donc une production  localisée sur le territoire. Tout abandon, même conjoncturel devient un handicap qui se remonte difficilement.

Les technologies les plus avancées, comme celle du TGV, continuent à incorporer du travail que les machines et les robots ne savent pas remplacer. Je ne prendrai plus le train sans penser aux ouvrières que j’ai rencontrées qui procèdent manuellement à l’isolation du cuivre des bobines. Cela me renforce dans la conviction qu’il nous faut mettre au centre du débat public la question du travail dans toutes ses composantes  sans céder aux modes qui tendent à n’en donner qu’une vision très partielle. Pour ce faire, la CFDT dispose grâce à la réussite de son enquête « Parlons travail » d’une masse d’informations considérable. Nous lui donnerons l’écho qui convient au mois de mars. 

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Ce que le syndicalisme a de meilleur

Mardi matin à Rouen, j’ai fait une belle rencontre. Une trentaine d’adhérentes et de militantes CFDT, auxiliaires de vie dans la région d’Elbeuf, m’attendait autour d’un café pour échanger. Ces femmes sont courageuses, elles m’ont vraiment impressionné.

Le combat qui les occupe est relatif au changement de convention collective, après que leur structure ait décidé, pour des raisons financières, de passer du statut d’association à celui de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (Scic).  La convention des services à la personne qui s’appliquera désormais est bien moins protectrice pour les salariés : indemnité de frais kilométrique divisée par trois, suppression des jours de congés pour enfant malade, baisse brutale de la rémunération des dimanches et jours fériés travaillés. Soit 150 à 200 euros net en moins sur la feuille de paye. Par peur de perdre leur travail, la plupart des 150 salariées, essentiellement des femmes, souvent à la tête de famille monoparentale, ont dû accepter de signer l’avenant à leur contrat de travail.

Mais la section CFDT résiste, elle a attaqué l’accord transitoire et elle tient tête à la direction.

La section a été créée il y a un an seulement « On s’est retrouvées parce qu’on était déjà celles de caractère, celles qui osent dire non », m’expliquent-elles, et je les crois sans peine.

Aujourd’hui elles s’élèvent contre ce qui a motivé le changement de statut et de convention : l’idée qu’elles seraient « un coût » qu’il faudrait « réduire. » Peu de métiers pourtant ont autant d’utilité que le leur. Elles aident des personnes âgées à conserver un peu d’autonomie dans leur vie quotidienne, et contribuent en cela à la dignité des personnes, au maintien du lien social et à la sérénité des familles. Ce sont des professionnelles, qualifiées, qui n’ont pas choisi leur métier par hasard. Mais elles l’exercent dans des conditions difficiles, avec le sentiment de ne plus pouvoir « bien faire leur travail ». En cause, l’organisation du travail, ou plutôt sa totale désorganisation, qui aboutit au triste exploit de nuire simultanément aux salariées, à la qualité du service rendu, et à l’équilibre financier de la structure.

Toutes travaillent à temps partiel. Et alternent, sans visibilité, des semaines de 13h ou de 44h, et subissent des journées de travail « mitées » par de longues périodes d’attentes entre deux visites. Elles opèrent dans un rayon de 44km, certaines ne sont pas véhiculées. Pour trois heures de travail effectif dans la journée, Yamina passe sa vie « à attendre sur les bancs publics ». Sylvie finit par « connaitre sa voiture par cœur ». Cathia multiplie les allers retours entre chez elle et le boulot, jusqu’à cinq fois dans la journée. Sauf les week-ends travaillés où c’est «non-stop », de 7h30 à 20h. Tandis que certaines salariées n’atteignent pas le nombre d’heures prévu par leur contrat, d’autres doivent enchainer les heures supplémentaires, qui font exploser les coûts de la structure. Démissions, épuisements, arrêts maladies se multiplient sans que l’organisation du travail ne soit remise en question. Personne pourtant ne gagne à cette situation, et certainement pas les personnes âgées qui voient défiler chez elles jusqu’à quatre auxiliaires différentes dans une même journée, et subissent des horaires bousculés par la gestion défaillante des plannings, le diner un jour à 16h, le lendemain à 20h, et ainsi de suite. « Ce n’est plus de l’humain, c’est du bouchage de planning ». Nathalie m’explique qu’elle a le sentiment  de devenir « maltraitante » avec les personnes, parce qu’en une demi-heure par visite elle n’a pas le temps de les accompagner convenablement.  

Leur témoignage prouve une fois de plus que l’organisation du travail est une question centrale pour la qualité de vie au travail et tout simplement pour la qualité du travail, une question qui ne peut être abordée sans ceux qui vivent le travail au quotidien. Pourtant la direction reste sourde et fermée au dialogue social, quand elle n’est pas franchement méprisante. « On nous prend pour des moins que rien. Notre professionnalité n’est pas reconnue, nos diplômes ne sont pas pris en compte ». Preuve supplémentaire, la nouvelle grille de classification ne reconnait pas leur qualification.

D’aucuns pourraient se laisser abattre, mais pas les femmes de la section CFDT.  Au quotidien, chacune travaille en solitaire, loin des autres. Mais grâce au syndicalisme, elles ont recréé un collectif qui leur permet de tenir et de regagner le respect de la direction. Les réunions syndicales du mardi soir sont d’abord un moment de convivialité et de soutien moral, « ça nous empêche d’être désolées ».  Elles échangent sur leur travail, sur le « glissement des tâches » qui les éloignent du métier qu’elles ont choisi et pour lequel elles ont été formées. Avec l’aide de Christel et de Didier du syndicat, elles développent des moyens d’agir et de se défendre. « On sait maintenant  lire une convention collective. On est là aussi pour informer les autres salariées, certaines ne savent même pas qu’elles ont des droits. Et on n’a pas peur d’interpeller la direction ». Cela paye. Grace à leur action, les salariées ont désormais une heure de pause pour déjeuner.

Elles me disent qu’elles sont parties de loin, que le chemin a été long, mais qu’aujourd’hui elles relèvent la tête et qu’elles sont pleines d’espoir.

Ces femmes méritent le meilleur du syndicalisme et elles font vivre ce que le syndicalisme a de meilleur. J’étais très heureux de les rencontrer.

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !