Repenser l'entreprise : une nécessité !

« Qu’est-ce que l’entreprise ? » Répondre à cette question est essentiel, tant le débat s’hystérise souvent sur ce sujet, entre ceux qui pensent que l’entreprise est le mal absolu et ceux qui pensent qu’elle serait la solution à tous les problèmes de notre société. Pour la CFDT, ce n’est évidemment ni l’un ni l’autre mais l’entreprise est un sujet trop sérieux pour le laisser traiter par les seuls patrons.

Le Gouvernement, lancera au début de l’année prochaine une concertation sur un "plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises" qui devrait aboutir sur un projet de loi au printemps prochain. A la CFDT, nous travaillons sur ce sujet depuis de nombreuses années. C’est donc pour nous l’occasion de faire entendre nos propositions pour une entreprise plus démocratique, respectueuse des travailleurs et de l’environnement qui la portent.

Nos propositions « Repenser l'entreprise »

Une entreprise, quelle que soit sa taille, est un acteur incontournable de l’activité économique. C’est un lieu de création de richesse, c’est un collectif humain, une communauté de travail, un espace de démocratie sociale, un lieu d’investissement productif. Dans ce projet collectif, le financement de l’activité, qui passe parfois par l’actionnariat, est essentiel. Mais les travailleurs et leur savoir-faire le sont tout autant. Or, actuellement, l’intérêt de l’entreprise se confond trop souvent avec celui de ses financeurs qui seuls sauraient ce qui est bon pour elle. Il est temps de rééquilibrer les pouvoirs dans l’entreprise, les rééquilibrer en les partageant.

La question de la redistribution des bénéfices créés par l’entreprise, et celle de l’intéressement et de la participation, sont des questions importantes mais insuffisantes. Il y a quelques mois, nous avons mené une grande enquête auprès des travailleurs pour mieux comprendre comment est vécu le travail. 72% des répondants à cette enquête souhaitent participer davantage aux décisions qui affectent leur entreprise. Il s’agit donc de répondre à cette forte attente en permettant aux salariés de participer aux choix stratégiques qu’ils devront ensuite mettre en œuvre. A la CFDT, nous mettons la démocratie au cœur de nos revendications. Partager le pouvoir dans l’entreprise, est donc pour nous l’enjeu majeur de cette réforme.

Et ce n’est pas une utopie, d’autres pays l’ont fait. Les pays scandinaves, bien sûr, qui sont souvent cités à ce sujet, mais aussi l’Allemagne. Les patrons français aiment s'appuyer sur l'exemple Allemand mais ils ne devraient pas oublier que ce modèle se caractérise d’abord par la codécision dans l’entreprise, avec la présence de nombreux salariés dans les conseils d’administration, une reconnaissance forte du fait syndical, du dialogue social et de la mission d’intérêt général de l’entreprise.

Mais cela suppose de faire confiance aux salariés et de redonner toute sa place au travail. Là encore, rien d’irréaliste. D’abord, parce que cela est légitime : l’entreprise est ce projet auquel les salariés lient leur destin au moins autant que les dirigeants. Mais aussi parce que les salariés ont des idées pour leur entreprise ! Que ce soit en termes d’investissement, de stratégie ou de conditions de travail, ils ont beaucoup à apporter pour améliorer la compétitivité autant que la qualité de l’emploi. Face à une finance court-termiste, ils sont aussi les garants du temps long pour leur entreprise, de la qualité du service ou du produit.

Redonner toute sa place au travail dans l’entreprise, c’est donner plus de poids aux salariés dans les conseils d’administration et les conseils de surveillance. Et c’est aussi renforcer les espaces de dialogue et développer la codécision, par exemple sur l’utilisation des subventions publiques ou sur la rémunération des dirigeants.

Pour changer l’entreprise, nous pouvons faire confiance au dialogue social. Un pari que ce Gouvernement n’a pas su faire avec les ordonnances. Ce prochain projet de loi est donc une nouvelle opportunité d'avancer dans ce sens. La CFDT s’engagera pleinement dans cette voie en prônant des modes de gouvernance plus collaboratifs et un management plus horizontal.

Une entreprise plus démocratique, c’est également une entreprise responsabilisée quant aux conséquences de ses décisions pour la société. La loi sur le devoir de vigilance des multinationales est une première avancée importante à  poursuivre.

Aujourd’hui, dans notre droit, le seul objectif d’une entreprise est le profit financier. Pour évoluer vers un modèle de production de qualité (qualité de la production, qualité des rapports humains, respect de l’environnement), la question de la finalité de l’entreprise doit être posée. Pour la CFDT, la réécriture des articles 1832 et 1833 du code Civil pour que les entreprises prennent en compte l’impact économique mais aussi social et environnemental de leur activité est une évidence. C’est une réforme qui demanderait aux entreprises de s’évaluer (par la notation extra financière) et de mesurer l’impact de leur activité pour la société. C’est une mesure de progrès fondamentale et indispensable.

Et pour les entreprises qui souhaiteraient aller plus loin, nous militons pour la création d’un nouveau statut, celui de la Société à objet social étendu (SOSE). Celles qui le voudraient pourraient alors poursuivre un objectif social, environnemental, humain, scientifique… Il ne s’agit plus uniquement de s’assurer de la neutralité d’une activité mais de rechercher un bénéfice social, environnemental, humain, scientifique… Pour une réelle effectivité ou pour éviter un effet d’affichage, ce statut porteur d’innovation devra être assorti d’une gouvernance intégrant les salariés et les parties prenantes de ce projet (consommateurs, associations...).

Dans les concertations à venir, la CFDT sera vigilante et exigeante pour que ce débat soit utile pour les travailleurs et les citoyens. Changer l’entreprise, c’est changer le travail et changer le travail, c’est changer la société. 

Le réveil de l’Europe sociale

Je me rends demain, vendredi 17 novembre, à Göteborg en Suède, pour intervenir dans le cadre du sommet social européen. Ce rendez-vous pourrait marquer la reprise de la construction de l’Europe sociale : les chefs d’Etats et de gouvernements devraient y proclamer le socle européen des droits sociaux et donner ainsi un nouvel élan vers une Europe plus protectrice des travailleurs et des citoyens.

C’est un signal important et particulièrement attendu. Le projet européen a été imaginé et lancé pour créer des solidarités entre les peuples, des sécurités nouvelles. L’Union européenne a permis de garantir la paix sur le continent et de nombreux acquis pour les salariés sont le résultat de textes européens : l’égalité entre les hommes et les femmes, l’objectif de sécurité et de santé au travail, la liberté de circulation pour les travailleurs… En 1985, Jacques Delors a posé les premières briques du dialogue social européen, c’était une avancée remarquable pour de nombreux Etats qui partaient de zéro.

Depuis, ce processus s’est enrayé, la commission Barroso a malmené le projet européen. La crise économique et financière a motivé une gestion de court terme qui n’est plus tenable. Alors qu’elle était perçue comme porteuse de stabilité, de nouvelles perspectives économiques et sociales, de progrès démocratique, l’Union européenne est considérée aujourd’hui par beaucoup comme une menace. Les populistes surfent sur cette défiance pour promettre un retour aux frontières, au protectionnisme et au repli sur soi. Les citoyens britanniques lui ont claqué la porte.

Je suis convaincu que l’Union européenne reste le meilleur échelon pour relever les défis d’aujourd’hui (changement climatique, transition numérique…) mais aussi que le progrès social est une partie indispensable de notre stratégie commune. Nous devons revenir à des projets de long terme, à une Europe tournée vers les citoyens qui en sont la première richesse.   

La CFDT s’est toujours engagée, au travers la Confédération européenne des syndicats (CES) entre autres, pour la construction d’une Europe sociale au moins autant qu’économique, pour une Europe porteuse d’un nouveau modèle de développement. En 2014, nous menions campagne pour « une nouvelle voie pour l’Europe ». Nous demandions un plan d’investissement ambitieux vers les secteurs d’avenir (numérique, transition énergétique, éducation et formation, infrastructures…). Nous avons obtenu le plan Junker. S’il reste insuffisant au vu des enjeux actuels, c’est une première avancée qu’il faut encourager et développer. Nous demandions également un contrat social européen permettant de tirer les droits des travailleurs européens vers le haut, de créer une convergence des systèmes de protection sociale pour qu’ils ne soient plus l’objet de concurrence entre les travailleurs, les entreprises et les Etats européens.

Le socle social des droits européens est la concrétisation d’une partie des revendications syndicalistes européennes. Ce document, adopté à l’unanimité par les ministres européens en charge de l’emploi et de la politique sociale, donne une orientation politique forte pour les prochains travaux à venir. C’est un bon signe. Mais ces grands principes devront ensuite être déclinés en actions concrètes. Partout en Europe, les travailleurs attendent des actions rapides et de nouvelles règles concernant le congé parental, le congé des proches aidants, l’amélioration des conditions de travail et de sécurité, l’accès à la protection sociale…

La révision de la directive sur les travailleurs détachés fait partie de ces actions concrètes. Le 23 octobre, les ministres des affaires sociales de l’Union ont trouvé un compromis : la durée du détachement a été réduite à 12 mois, le salaire des travailleurs détachés sera fixé en lien avec les salaires pratiqués dans le pays d’accueil. Il reste cependant à obtenir des garanties sur le versement des indemnités, sur l’application des conventions collectives, sur l’inclusion du secteur des transports. La CFDT aurait voulu aller plus loin, mais ces premières avancées sont à saluer. Avec la CES, nous continuerons de porter ces revendications dans les discutions à venir avec le Parlement et la Commission.

Lors du sommet de Göteborg, je plaiderai, devant les chefs d’Etats et de gouvernements pour cette Europe sociale qui est une nécessité, autant pour les citoyens que pour les entreprises. Pour mieux protéger les travailleurs, je demanderai, dans la logique de ce que nous avons commencé à construire en France avec le Compte personnel d’activité (CPA), à ce que les droits ne soient plus attachés à un statut mais à la personne directement et qu’ils soient mobilisables sur tout le territoire européen.

La voie est ouverte ! L’année 2018 est l’occasion de donner un nouveau souffle au projet européen, pour construire une Europe ambitieuse et protectrice dans laquelle chaque citoyen pourra prendre part et trouvera les conditions d’une vie épanouissante. La CFDT y travaille sans relâche. 

Le 9 novembre, changeons le travail !

En mars dernier, la CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le secteur privé. C’est un bouleversement historique, dont nous sommes tous très fiers. Mais nous sommes aussi conscients que trop de salariés sont encore éloignés du syndicalisme ou en ont une vision tronquée, caricaturée.

J’ai la conviction que le syndicalisme est mortel s’il ne fait pas la preuve de son utilité. Pour être utile, il doit être fort et pour être fort, il doit être présent sur le terrain auprès des salariés et des fonctionnaires, pour les écouter et construire avec eux des propositions et des contrepropositions au plus près de leurs réalités.

C’est l’ambition de la CFDT : peser partout où cela est nécessaire, pour améliorer le quotidien des travailleurs, et en premier lieu dans les entreprises et les administrations, quelles que soient leur taille. La dernière réforme du code du Travail rend notre mobilisation d’autant plus nécessaire que dans les entreprises de moins de 50 salariés, ces travailleurs pourront se retrouver seuls face à leur employeur, devront négocier des accords sans forcément bénéficier de l’appui d’une organisation syndicale.

Pour ces raisons, la CFDT a décidé de lancer, ce jeudi 9 novembre, une grande opération pour aller, tous ensemble, à la rencontre des travailleurs sur leur lieu de travail. Le nom de cette opération : « Changeons le travail ! » Dans la continuité de notre grande enquête Parlons Travail, nous souhaitons entendre les besoins des travailleurs, leurs attentes et construire avec eux le travail de demain.

Nous souhaitons faire connaitre le syndicalisme CFDT, qui a l’ambition de renforcer la place des travailleurs dans leur entreprise, qui obtient, là où il est présent, des avancées pour tous et contribue à la bonne marche des entreprises et des administrations ; un syndicalisme qui s’engage aussi pour ses adhérents en leur offrant assistance et services. En somme, un syndicalisme du XXIe siècle, à l’opposé des tendances conservatrices de certaines organisations patronales.

Les équipes CFDT seront donc mobilisées partout sur le territoire, avec des initiatives très diverses. Pour ma part, je serai avec les militants CFDT au Village des marques à Miramas.

Bon courage à toutes les équipes mobilisées lors de cette journée ! Faisons un premier pas ensemble pour changer le travail !

Il est temps de mettre un terme aux violences sexuelles et sexistes !

La période ouverte par l’affaire Weinstein a permis à des milliers de victimes de violences sexuelles et sexistes de bénéficier d’un élan collectif pour libérer leur parole. Les milliers de tweets sur les réseaux sociaux mettent en avant depuis quelques semaines les difficultés rencontrées par les femmes pour dénoncer les faits de harcèlement sexuel, agressions ou viol dont elles sont victimes, dans le cadre de leur travail pour la majorité d’entre elles. Ceci renvoie nécessairement à la responsabilité de tous les acteurs du travail, nous compris.

Dans mon édito du guide CFDT paru début juillet pour la prévention des violences sexuelles et sexistes, je soulignais ces difficultés des victimes à trouver un interlocuteur qu’elles considèrent légitime et avec lequel elles seraient suffisamment en confiance pour dénoncer le harcèlement sexuel. Je vous en propose un extrait : 

"Le harcèlement sexuel, et plus largement les violences sexistes et sexuelles au travail, sont une réalité́ subie chaque année par des milliers de salarié-es dont la quasi-totalité́ sont des femmes. Ce constat, recoupé par de nombreuses enquêtes et études, est insupportable pour les syndicalistes que nous sommes.

Insupportable parce qu’il est avant tout le reflet d’une société́ dominée depuis des siècles par les hommes. Une domination qui se traduit notamment par une incroyable tolérance au sexisme, terreau des violences faites aux femmes.
Insupportable parce qu’au-delà̀ des chiffres, il s’agit bien de femmes dont la vie professionnelle, mais aussi personnelle, peut être brisée par ces faits.
Insupportable enfin parce que trop peu d’acteurs de l’entreprise, nous compris, s’emparent de ce sujet alors que tous les moyens sont à disposition pour prévenir ces comportements.

Les victimes de violences sexuelles et sexistes en parlent peu, et quand elles le font, ce n’est pas toujours à un-e syndicaliste. Il est pourtant de notre responsabilité́ syndicale, chacun-e à notre place, d’agir sur ce sujet.


Je l’ai déjà̀ dit à de multiples reprises : le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales quel que soit le territoire, la branche ou la supposée culture d’entreprise. Pas plus qu’elle ne tolère les propos racistes, la CFDT ne tolère les propos sexistes. »

La CFDT a identifié il y a plus de 10 ans les difficultés des victimes pour s’exprimer. C’est notamment pour cette raison que nous avons construit depuis 2009 un projet (appelé « Respectées ») visant à sensibiliser et surtout former nos militant-e-s sur ce thème. Notre premier objectif : qu'elles/ils s’emparent du sujet et s’affichent comme ressources dans les entreprises, dans la Fonction publique ou encore dans les structures CFDT de proximité  sur les territoires. A Paris d’abord, puis en Ile-de-France, 3000 militant-e-s ont été formé-e-s en 10 ans grâce notamment à notre travail avec -sans être exclusif- l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail -AVFT*. Ce projet doit maintenant s’étendre à tout le territoire. C’est l’enjeu de la journée  »Respectées 2017 » que nous organisons avec 200 militant-e-s le 21 novembre à Paris. 

Le changement des mentalités que nous attendons ne se décrète pas, il faut agir pour. En tant que secrétaire général de la 1ère organisation syndicale dans le privé,  j’ai le devoir de tout mettre en œuvre pour impulser une prise de conscience collective et des actions à tous les niveaux de mon organisation, la CFDT. 

Je veux passer ici 3 messages :

- Le premier aux victimes de violences sexuelles et sexistes au travail : Vos agresseurs ont parfaitement conscience de ce qu’ils vous font subir. Parfaitement conscience de ne pas être dans le cadre de la séduction. Ils veulent vous ôter votre liberté fondamentale au libre-choix, votre liberté à consentir.  Ils ne vous respectent pas. Ils s’en prennent à votre dignité.
Je m’engage à déployer toutes les formations nécessaires en interne pour que vous trouviez en la CFDT, que ce soit auprès de nos représentants dans votre entreprise ou dans les fonctions publiques mais aussi dans nos structures de proximité, l’interlocuteur à qui vous pourrez parler en toute confiance. C’est déjà le cas dans un grand nombre d’endroits. 

- Le deuxième message s’adresse aux employeurs : c’est votre rôle de mettre en œuvre les dispositifs de prévention des violences sexuelles et sexistes au travail. Sans attendre qu’il y ait des victimes. Une mention au règlement intérieur (obligatoire) ne suffit pas. Il faut former, sensibiliser les cadres intermédiaires, relayer un message fort d’absence de tolérance du sexisme et a fortiori du harcèlement sexuel dans l’entreprise, et travailler avec les représentants syndicaux sur les dispositifs à mettre en place pour les victimes. Ce n’est pas un supplément d’âme : c’est votre responsabilité.  

- Le troisième message est pour les  militant-e-s CFDT : Notre organisation est engagée depuis presque 50 ans dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Nous sommes porteurs de cet héritage dont nous pouvons être fiers. Nous devons être exemplaires sur le sujet. C’est d’ailleurs déjà le cas de la majorité des militant-e-s que j’ai rencontré-e-s depuis que je suis à la CFDT. Mais pas tous, et c’est aussi important de se le dire pour y remédier. 
Notre organisation a mis en place de nombreux moyens pour agir en proximité : guide, modules de sensibilisation, modules de formation, affiches, brochure etc. Nous devons nous en saisir à tous les niveaux de l’organisation. Je compte vraiment sur chacun d’entre vous. 

Libérer réellement la parole des victimes, c’est leur permettre de dénoncer les faits inadmissibles qu’elles ont subis dans le cadre de leur travail auprès de nos élu-e-s CFDT. C’est aussi leur assurer qu’elles seront accompagnées pour faire valoir leurs droits. A nous de construire la confiance et les conditions qui leur permettront de le faire. 

* A lire ici mon entretien croisé avec Marilyn Baldeck, Déléguée générale de l’AVFT

Défendre les fonctions publiques et leurs agents

Ce mardi 10 octobre, la CFDT manifestait de façon unitaire pour dénoncer le manque de considération des agents de la fonction publique et exiger une juste reconnaissance de leur travail.  

Laurent Manif 10oct 2

Nous ne devons pas oublier que les fonctionnaires, ce sont des femmes et des hommes qui travaillent tous les jours pour l’intérêt collectif et le bien commun. C’est une aide-soignante qui s’occupe de personnes hospitalisées, c’est un agent de conseil départemental qui coordonne l’aide sociale à l’enfance, c’est une policière qui travaille pour la sécurité de tous, c’est un agent qui s’occupe de la propreté des rues… Que ce soit dans la fonction publique hospitalière, d’Etat ou territoriale, ils sont des milliers de personnes à travailler au service de la société. Trop peu visible, leur travail est pourtant indispensable au bon fonctionnement de nos institutions, à la vie quotidienne des citoyens comme des entreprises. Les agents des fonctions publiques attendent respect et considération de leur travail.

Le service public, quand il est abordé dans le débat public, c’est essentiellement sous le prisme budgétaire, comme la cible d’économie financière. Ce discours est intenable. Les agents et le travail qu’ils effectuent ne sont pas une charge mais une richesse pour la société. Il faut sortir de cette logique mortifère. Cette situation n’est plus acceptable car le moral et la santé des agents en pâtissent. Et quand le bien-être des travailleurs diminue, c’est également la qualité du service rendu qui se dégrade. 

Le service public n’est pas immuable ou statique. Dans un monde qui bouge, lorsque les besoins de la population évoluent, il est nécessaire de s’interroger sur les services publics de demain, sur le sens que nous voulons leur donner. Mais pour cela, il faut que tous les acteurs en débattent ensemble : responsables politiques,  usagers du service public et bien entendu les agents. Si ces derniers étaient réellement écoutés, ils seraient les premiers à proposer des solutions constructives et durables. C’est pour cela que la CFDT demande une réflexion globale sur les missions de service public pour ensuite aborder la question des moyens nécessaires à leur accomplissement. Nous devons répondre au « pourquoi » avant d’aborder le « comment ».  

Le manque de dialogue social dans les hôpitaux, les administrations et les collectivités locales est criant. L’employeur public doit prendre ses responsabilités, créer des lieux d’expression sur le travail et son organisation. Les fonctionnaires ont besoin de signes de confiance.

Aujourd’hui, l’expression politique occulte largement le travail des agents. S’ils reconnaissent la légitimité démocratique des décisions politiques, ils subissent cependant un mouvement de balancier qui leur demande de faire et défaire régulièrement.  Prenons l’exemple des rythmes scolaires. En 2014, toutes les écoles primaires publiques sont passées à la semaine de quatre jours et demi. La mise en place d’une telle réforme a nécessité un gros travail de préparation pour les équipes éducatives, les services municipaux et étatiques, en collaboration avec les centres de loisirs, les associations jeunesses et sport… En 2017, le nouveau Président de la République fait marche arrière sans beaucoup de considération pour ces années de préparation, sans réelle évaluation ni concertation.  L’exemple se retrouve dans de nombreux domaines. Cette gestion politique du travail provoque découragement et baisse de motivation chez les agents qui s’investissent pour changer les choses.

Face à cette fatigue, ce manque d’écoute et ces tensions grandissantes, que répond le gouvernement ? Il répond rétablissement du jour de carence sans analyser les causes de l’absence d’agents. Il répond gel du point d’indice et suppression d’emploi. Il freine même à appliquer ce qui avait été négocié avec les partenaires sociaux comme le protocole parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR) qui permet de mieux reconnaître l’engagement des fonctionnaires civils et des militaires en revalorisant leurs grilles indiciaires et en améliorant leurs perspectives de carrière.

Emmanuel Macron candidat à la présidence de la République avait promis une augmentation du pouvoir d’achat des agents publics. Avec la hausse de la CSG, cela se traduira au mieux par une compensation. 

Ca suffit !

La CFDT appelle le gouvernement à tenir ses engagements en matière de pouvoir d’achat et de perspective de carrières. Nous exigeons de réelles négociations salariales qui aboutissent à une reconnaissance méritée du travail des agents, titulaires comme contractuels. Nous appelons à une revalorisation des carrières et  à ce que l’employeur public, au même titre que l’employeur privé, participe à la prise en charge de la complémentaire santé et prévoyance des agents.

La CFDT s’engage pour que la parole des fonctionnaires soit entendue et leur investissement  respecté. Nous étions vendredi 6 octobre à l’Elysée pour remettre au Président de la République les cartes pétition de plus de 10 000 agents de la fonction publique.

Nos responsables politiques doivent enfin comprendre qu’il n’y aura pas d’action publique efficace sans reconnaissance de ceux qui l’incarnent au quotidien.

Laurent manif 10 octobre

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !