Intervention à la réunion multilatérale sur la réforme de l'assurance chômage le 18 juin 2019

Monsieur le Premier Ministre,

Madame la Ministre,

Il y a une semaine tout juste, le Président de la République prononçait un discours remarqué à Genève dans le cadre du centenaire de l’OIT. Nous y avons entre autre entendu « nos concitoyens veulent plus de sens, de proximité et plus d’humanité ». Et le président d’ajouter : « Nous avons parfois construit des réponses trop loin de nos concitoyens en considérant qu’il y avait les « sachants » et les « subissants ». C’était une erreur fondamentale ».

Dimanche 26 mai 2019, votons pour une Europe plus sociale

A quelques jours des élections européennes, j’ai répondu aux questions des journalistes de Ouest de France et de l’AEF. Deux interviews, dont l’une avec Philippe Martinez, pour rappeler l’importance d’aller voter pour l’Europe.  

 

Vous pouvez lire ces interview ci-dessous

Invité de la matinale de France info - 9 mai 2019

 

09.05.2019 France info

Au matin d’une journée de mobilisation pour les agents des fonctions publiques, j’étais l’invité de la matinale de France info. A ce micro, je suis notamment revenu sur les revendications CFDT pour qu’enfin les fonctionnaires soient mieux considérés et leur rôle dans la société valorisé. 

Vous pouvez écouter cette interview ci-dessous

Mon interview dans Liaisons sociales - 1er mai 2019

La CES est un bel outil pour faire l’Europe sociale

 

 Comment concevez-vous le rôle de président de la Confédération européenne des syndicats ?

Laurent Berger: J'aurai un rôle d'animation, d'impulsion et légèrement de représentation, en lien étroit avec le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats. Le président n'a pas un rôle exécutif, je reste donc secrétaire général de la CFDT. J'ai été investi dans la composition de la future équipe. La gouvernance de la CES répond à des équilibres subtils et doit prendre en compte à la fois les différentes régions d'Europe, les genres, ainsi que les sensibilités syndicales. Jusqu'ici, elle se composait d'un président ou d'une présidente et d'une quinzaine de vice-présidents. Leur nombre va être réduit à quatre. L'exécutif de la CES, qui représentait une équipe de sept personnes, va passer à six membres. Il y aura un secrétaire général, Luca Visentini, deux secrétaires généraux adjoints et trois secrétaires confédéraux.

Pour une Europe plus sociale, écologique et démocratique !

Depuis longtemps, la CFDT se mobilise pour construire plus de solidarités entres les travailleurs européens. Alors à quelques jours des élections européennes, je continue de prendre part aux débats pour faire entendre la voix des travailleurs : nous voulons une Europe plus sociale, écologique et démocratique. Le repli sur soi n’a jamais été une solution.

Ci-dessous mon interview parue dans le CFDT Magazine et ma participation au débat de France culture « À qui profite l'Europe ? ».   

Mon interview dans Le Monde - «Ce sont des mots. Nous jugerons aux actes » - 27 avril 2019

Au lendemain des annonces du Président de la République suite au grand débat national, j'ai répondu aux questions des journalistes du Monde. 

Vous pouvez lire cette interview ci-dessous 

Le quinquennat à quitte ou double

Nous n’avons plus le temps d’attendre ! Avec 15 autres représentants d’associations et de syndicats, nous appelons à un vrai sursaut politique pour que ce quinquennat ne soit pas perdu pour la transition écologique et la justice sociale.

Vous pouvez lire notre tribune parue dans le JDD du 14 avril 2019 ci-dessous

Invité de la matinale de CNews - 12 avril 2019

12.04.2019 LB Cnews

Ce matin, vendredi 12 avril, je répondais aux questions de Jean-Pierre Elkabbach sur CNEWS. A ce micro j’ai rappelé qu’il est possible et nécessaire de répondre à la fois au défi climatique et au défi social. Pour cela, il faut travailler avec tous les acteurs engagés, syndicats, associations ou autres collectifs, qui construisent des solutions et permettent leur mise en œuvre.  

Vous pouvez regarder cette interview ci-dessous : 

Invité de la matinale de France inter - 8 avril 2019

J’étais, au matin de la restitution du grand débat, l’invité de la matinale de France inter. Je suis revenu sur les suites très attendues du grand débat notamment en termes de justice fiscale, sociale et de transition écologique. J’ai répondu à des questions sur la réforme des retraites et d’autres sujets forts pour la CFDT.

 

08.04.2019 LB France inter

Vous pouvez écouter cette interview ci-dessous.

 

Mon interview pour « Vivre dans le noir » - 29 mars 2019

J’étais vendredi 29 mars l’invité de Vivre FM pour une interview des plus originales : une interview plongée dans le noir le plus complet ! Une expérience inhabituelle pour mieux saisir ce que vivent les personnes mal voyantes. Dans ces conditions pour le moins déstabilisantes, nous avons abordé les grands sujets d’actualité pour le syndicalisme CFDT dont l’intégration des personnes en situation de handicap dans l’emploi et dans la société en général.

Vous pouvez écouter cette interview ci-dessous.

Mon interview dans La dépêche du midi - 27 mars 2019

"Financement de la dépendance: pas touche à l'âge de départ à la retraite", avertit Laurent Berger (CFDT)

Le secrétaire général de la CFDT est ce jeudi à Toulouse, dans le cadre de ses rencontres hebdomadaires de terrain avec les salariés et les militants du premier syndicat de France. Dans un entretien à « La Dépêche du Midi », il explique pourquoi la CFDT reste opposée au projet de loi de transformation de la fonction publique. Il rappelle aussi que toute tentative du gouvernement de repousser l’âge de départ à la retraite constituerait un casus belli, et dit ses attentes sur les conclusions du Grand débat.

 

Invité de la matinale de France culture - 19 mars 2019

Ce mardi 19 mars 2019, j’étais l’invité de la matinale de France culture. Par les questions de Guillaume Erner, j’ai eu le temps de m’exprimer sur les grands sujets actuels : la place des corps intermédiaire et le rôle que veut jouer la CFDT pour l’intérêt général ; le grand débat national et notre Pacte du pouvoir de vivre ; la démocratie qui doit être renforcée par d’autres formes d’expression que le vote y compris sur les lieux de travail ; la justice fiscale et le consentement à l’impôt ; l’anticipation nécessaire des transitions en cours, technologiques comme écologiques ; … Autant de sujets dont la CFDT, en tant que 1er organisation syndicale, se saisit pour améliorer les conditions de vie des travailleurs.

Vous pouvez écouter cette interview ci-dessous

Invité de la matinale d'Europe 1 - 13 mars 2019

 

13.03.2019 LB Europe 1

Ce mercredi 13 mars, j'étais l'invité de la matinale d'Europe 1. Je suis revenu sur le Pacte du pouvoir de vivre que nous portons avec 18 autres organisations (associations, mutuelles, syndicats), des propositions pour mener la transition écologique dans la justice sociale. 

Invité de la matinale de Radio Classique - 1 mars 2019

Ce vendredi 1er mars 2019, j'étais l'invité de la matinale de Radio classique. J'ai eu l'occasion de revenir sur la place des corps intermédiaires (syndicats et associations) dans notre société et sur leur importance dans les transformations à mener. 

Vous pouvez écouter cette interview ci-dessous 

 

Mon interview dans Décideurs magazine - « Le socle européen des droits sociaux est un engagement politique fort »

Pour Décideurs Magazine, j’ai répondu à des questions sur la place du dialogue social européen et le rôle des partenaires sociaux dans la construction de nouvelles solidarités entre les travailleurs européens.

Vous pouvez lire l'interview ci-dessous 

Invité des 4 vérités de France 2 - 25 février 2019

25.02.2019 LB 4 vérités

J’étais, ce lundi 25 février, l’invité des 4 vérités sur France 2. J’ai répondu à des questions sur la réforme de l’assurance chômage, sur la proposition d’instaurer un jour de carence, sur la justice fiscale ou encore sur le mouvement des gilets jaunes. J’ai pu rappeler le besoin de politiques sociales fortes, co-construites avec le plus grand nombre.

Invité de la matinale de France inter - 21 février 2019

2019.02.21 LB FI

J'étais, jeudi 21 février, l'invité de la matinale de France inter. J’ai répondu aux questions de Léa Salamé sur l’assurance chômage et l'échec des négociations. 

Vous pouvez écouter mon interview ci-dessous. 

Invité du "24h Pujadas l'info en questions" sur LCI - 18 février 2019

J'étais, lundi 18 février, l'invité de l'émission "24h Pujadas, l'info en questions".  Je me suis exprimé sur le climat social délétère. Il faut prendre le temps de la condamnation des violences insupportables (la CFDT participera aujourd’hui au rassemblement organisé pour dénoncer les propos et actes antisémites de ces derniers jours) et il faut des réponses sociales fortes. Je suis également revenu sur la négociation assurance chômage en cours : nous attendons du patronat qu’il propose des mesures susceptibles de limiter le recours aux contrats couts. C’est sa responsabilité.

Vous pouvez regarder cette interview ci-dessous

Invité de la matinale de RTL - 14 février 2019

14.02.2019 LB RTL

 

J’étais ce matin l’invité de la matinale de RTL. Avant une séance de négociation décisive sur l’assurance chômage, j’ai notamment rappelé que c’est au patronat de nous proposer des mesures efficaces pour réduire le nombre de contrats couts. Aujourd’hui trop d’employeurs en abusent, tout particulièrement dans le médico-social ou la restauration. A défaut d’accord, le gouvernement reprendrait la main et devrait appliquer, comme il l’a annoncé, le bonus-malus pour sanctionner les patrons qui ont trop facilement recours aux contrats courts. La balle est dans le camps du patronat.

 Vous pouvez écouter cette interview ci-dessous. 

Interview croisée avec Geoffroy Roux de Bézieux - Le Parisien du 3 février 2019

Nous avons, avec Geoffroy Roux de Bézieux, répondu aux questions du Parisien sur le mouvement des gilets jaunes. Pour pouvoir avancer collectivement, il ne faut pas nier les intérêts divergents qui existent dans notre société mais au contraire les confronter par le débat. C’est ce que nous avons fait dans cette interview croisée. Et c’est ce que la CFDT veut continuer à faire dans les entreprises. 

Invité de l'éco sur France info TV - 4 février 2019

04.02.2019 LB France info TV

J'ai répondu ce lundi 4 février 2019 aux questions de Jean-Paul Chapel sur France Info TV. Je suis revenu sur le grand débat et la nécessité d'organiser un grenelle du pouvoir de vivre. J’ai également rappelé la responsabilité du patronat pour limiter l'abus de contrats courts et mieux répartir la richesse créée dans les entreprises.

Vous pouvez écouter et regarder cette interview ci-dessous

 

 

Invité de la matinale de France Info du 1er février 2019

01.02.2019 LB France Info 

J'étais ce vendredi 1er février 2019 l'invité de la matinale de France Info. Je suis notamment revenu sur la nécessité de renforcer notre démocratie, de rétablir la justice fiscale et sur les négociations assurance chomage en cours. 

Vous pouvez réécouter et regarder mon interview ci-dessous

 

INVITÉ DE JEAN-JACQUES BOURDIN SUR BFM TV ET RMC - 28 janvier 2019

J'étais ce matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV et RMC. J'ai répondu à des questions sur la crise démocratique et sociale que nous vivons, sur le grand débat national et son issue, sur la place des corps intermédiaires, sur les négociations en cours sur l'assurance chômage...Vous pouvez écouter et regarder mon interview ci-dessous.

 

"IL FAUT UNE INFLEXION SOCIAL" - mon interview parue dans le JDD du 27 janvier 2019

Le leader du premier syndicat français, qui prône un pouvoir moins vertical et une politique plus sociale, pointe la « responsabilité » du chef de l'État dans la crise actuelle

Avez-vous eu des contacts avec le président de la République depuis le 10 décembre ?

Non, aucun. Mais ça n'est pas le sujet. Le vrai sujet, c'est ce débat, cette ouverture des fenêtres pour changer les choses, avoir plus de justice sociale et fiscale. Et surtout, son issue.

Mon interview au Figaro parue le 21 janvier 2019

Le secrétaire général de la CFDT, première centrale syndicale tous secteurs confondus depuis 2018, revient sur la crise démocratique que vit la France et s’interroge sur le rôle que les partenaires sociaux doivent jouer pour en sortir. Il sera l’invité jeudi sur France 2 d’un numéro spécial « gilets jaunes » de « L’Émission politique ».

Mon interview dans La Montagne du 20 janvier 2019

LAURENT BERGER Le secrétaire général de la CFDT, premier syndicat français, ne transige pas avec les valeurs

Depuis le début de la crise des « gilets jaunes », le leader du premier syndicat français, public/privé confondus, insiste sur le rôle des corps intermédiaires et met en garde contre certaines paroles publique trop « complaisantes »

Un peu comme une vigie, Laurent Berger est de ceux, attachés à certaines valeurs, qui ne tanguent pas dans la tempête. Le secrétaire de la CFDT évoque sa « vision de l’intérêt général ».

Invité de JEAN-PIERRE ELKABBACH sur Cnews le 14 janvier 2019

Ce lundi 14 janvier 2019, j'ai répondu aux questions de Jean-Pierre Elkabbach sur Cnews. Je suis revenu sur le grand débat national et les conditions nécessaires à sa réussite. J’ai également rappelé que la CFDT participerait, avec d’autres, à ce grand débat en portant des propositions pour une transition écologique juste, pour réduire les inégalités sociales, fiscales et territoriales.  

14.01.2019 LB Cnews

Mon interview ci-dessous 

 

 

Bonne année à toutes les militantes et tous les militants CFDT !

Je vous souhaite une belle année 2019 ! Que cette nouvelle année réponde à vos attentes, vous apporte santé, bonheur et satisfaction dans tous vos projets. 

Je formule également un vœu collectif : que nous sachions refaire société. Je souhaite que nous sachions remettre la justice sociale au cœur de l’ensemble des politiques menées. Que nous sachions faire vivre l’ensemble de nos valeurs, la liberté bien sûr, mais aussi l’égalité, la solidarité et la fraternité trop malmenées ces derniers temps. 

Invité de Questions politiques sur France Inter le 6 janvier 2019

J'étais ce dimanche 6 janvier l'invité de Questions politiques. Je suis revenu sur les sujets qui font l'actualité de ce début d'année : le mouvement des gilets jaunes, la démocratie, la justice fisacle, l'assurance chômage...Vous pouvez voir ou écouter mon interview ci-dessous 

 

19.01.07 LB FI

Invité de la matinale d'Europe 1 le 17 décembre 2018

J'étais, ce lundi 17 décembre, l'invité de la matinale d'Europe 1. Je suis revenu sur les annonces du Président de la République suite au mouvement des gilets jaunes et j'ai notamment rappelé que la CFDT pèsera dans les débats à venir pour poser la question de la contribution des plus hauts revenus à la solidarité nationale. 

17.12.2018 Europe 1

Intervention devant le président de la République

Lors de la réunion à l'Elysée ce lundi 10 décembre, je suis intervenu pour exprimer l'état d'esprit de la CFDT durant la période actuelle, son analyse et surtout ses attentes pour relever les défis auxquels notre société est confrontée. Voici l'intégralité de mon intervention.

 

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames , Messieurs,

La situation que notre pays traverse est grave. Nous avons à plusieurs reprises fait part auprès de votre gouvernement de nos analyses et propositions pour en sortir. 

Les causes de cette grave crise sont multiples et trouvent leurs racines dans les profondes inégalités qui minent notre contrat social depuis des décennies.

Mon interview dans La croix du 5 décembre 2018

Vous pouvez lire ci-dessous mon interview parrue dans le journal La Croix du 5 décembre 2018.

Mon interview dans l'Express du 5 décembre 2018

J'ai répondu aux questions de l'Express sur, entre autre, la nécessaire justice ficale, la place essentielle des partenaires sociaux pour sécuriser les évolutions en cours, le rôle des agents publics à valoriser. 

 

 

Invité de la matinale de France inter le 5 décembre 2018

J'étais ce mercredi 5 décembre interviewé par Léa Salamé sur France inter. Je suis revenu sur les annonces du Premier ministre de la veille et j’ai rappelé les propositions de la CFDT pour, notamment, plus de justice fiscale.

 05.12.2018 France inter

Invité du Grand rendez-vous sur Europe 1 et Cnews - dimanche 2 décembre 2018

J'étais ce dimanche 2 décembre l'invité du Grand rendez-vous. J'ai notamment eu l'occasion de revenir sur le mouvement des gilets jaunes. 

Pour être visibles et parler de vos métiers, votez CFDT !

Jusqu’au 6 décembre prochain, vous êtes 5,5 millions d’agents publics appelés à voter pour élire vos représentants dans les comités techniques, les commissions administratives paritaires et les commissions consultatives paritaires. Partout sur vos lieux de travail, c’est l’occasion de vous faire entendre, de rappeler que derrière tous les services publics, il y des femmes et des hommes qui travaillent pour les assurer.

Invité de l'interview éco sur France info - mardi 27 novembre 2018

Le Président de la République a réaffirmé sa volonté de poursuivre la transition écologique mais pour la CFDT, il manque toujours de vraies mesures pour réduire les inégalités entre les citoyens et entre les territoires. La CFDT portera ses propositions lors de la concertation annoncée.  

C’est le message que j'ai porté ce mardi 27 novembre sur France Info, suite à l’allocution du Président de la République. Vous pouvez réécouter mon interview ci-dessous. 

FI 27.11.2018

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV et RMC

Pas de transition écologique sans justice sociale. C'est le message que j'ai rappelé ce matin lors de mon interview face à Jean-Jacques Bourdin. Tous les acteurs doivent se réunir dans les territoires et discuter de solutions durables. 

LB BFM

Vous pouvez écouter mon interview ci-dessous. 

Les douaniers de la CFDT se mobilisent pour défendre leurs missions

Dès le début de ma visite à la brigade motorisée des douanes de Lille, j’ai compris la fierté des agents et leur fort attachement à leurs missions. 

« Nous, syndicalistes, nous marcherons pour dire stop aux violences sexistes et sexuelles que subissent les femmes au travail »

Dans une tribune parue sur le site du Monde le 19 novembre, j’appelle le plus grand nombre à aller marcher le 24 novembre avec #noustoutes contre les violences sexistes et sexuelles. Pour mettre un terme à ces violences au travail comme ailleurs, la CFDT se mobilise. 

Vous pouvez retrouver cette tribune sur le site du Monde ou ci-dessous. 

Mon interview dans Le Monde du 20 novembre 2018

Pour Le Monde, j'ai répondu à des questions sur le mouvement des gilets jaunes et la nécessité d'enclencher une transition écologique juste et solidaire. Vous pouvez retrouver mon interview ci-dessous

 

 

Invité de la matinale de France info le 12 novembre 2018

Ce lundi 12 novembre 2018 j'étais l'invité de la matinale de France info. J'ai été interrogé sur le mouvement du 17 novembre et la transition écologique, sur la négociation assurance chômage, la future réforme des retraites ou la grève des enseignants. Vous pouvez réécouter mon interview ci-dessous.

 13.11.2018 France info

La CFDT s'engage pour un système de retraites plus juste

Jeudi 18 octobre, la CFDT présentait les résultats de sa grande enquête "Parlons retraites". En conclusion de cet après-mid, j'ai exposé les propositions de la CFDT pour une retraite plus juste. Vous pourrez retrouver ces propositions en vidéo ci-dessous ou en téléchargeant le manifeste ici

LB Parlons retraites

Du respect pour les agents publics de la mairie d’Annecy !

La semaine dernière, je me suis rendu à Annecy pour rencontrer les agents de la mairie. J’y ai vu le manque de considération de l’employeur public pour leur travail et le mal être que cela engendre.

Matinale de Cnews du 10 octobre

J'étais ce matin, mercredi 10 octobre, l'invité de la Matinale sur Cnews. J'ai eu l'occasion de parler des élections dans les fonctions publiques, de la réforme des retraites, de l'assurance chômage et de la nécessaire transition écologique. 

10.10.2018 LB C news

Invité de "L'interview éco" mercredi 3 octobre sur Franceinfo

J'étais ce mercredi 3 octobre l'invité de "l'interview éco" sur Franceinfo. 

LB France info

Plus de moyens pour l’hôpital public

Le personnel hospitalier est à bout de souffle et nous devons au plus vite réinvestir dans l’hôpital public. C’est le constat que je tire de mes dernières rencontres avec les agents hospitaliers du Kremlin-Bicêtre, de Rennes ou de Blois.

Interview “ Nous voulons un système de retraite plus juste ” - 27 septembre 2018

Interrogé par Challenges, je me suis exprimé sur la réforme des retraites et le projet que porte la CFDT.  

Emission "Le Grand Jury" du 23 septembre 2018

J'étais ce dimanche, 23 septembre, l'invité de l'émission "Le Grand Jury". Je me suis notamment exprimé sur la nouvelle réforme de l'assurance chômage. Pour la CFDT il n'y aura ni chaise vide, ni chèque en blanc. Notre priorité, c'est de parler de la situation de ceux qui subissent le chômage et de la manière de lutter efficacement contre le recours aux contrats courts.

 LB - Le grand jury

Invité de la matinale de France Inter le 11 septembre 2018

Je répondais ce matin aux questions de Léa Salamé sur France Inter. L’occasion de rappeler le besoin de politiques sociales assumées, tournées vers les personnes les plus fragiles.

11.09.2019 LB France Inter

Emission "Les 4 Vérités" du 5 septembre 2018

J'étais ce matin l'invité de Caroline Roux dans l'émission "Les 4 Vérités" pour aborder les sujets de la rentrée sociale. Au programme notamment : la place de la transition écologique, la réforme des retraites, la loi PACTE ou encore l'assurance chômage. 

 

Interview dans le journal Le Monde du 04/09/2018

A l'occasion de la rentrée sociale et avant de rencontrer le Premier ministre, mardi 4 septembre, j'ai donné une interview au journal Le Monde pour réagir sur les annonces budgétaires et mettre en avant les attentes de la CFDT pour les mois à venir.

Articuler parcours professionnel et engagement syndical, c’est possible !

Il y a quelques semaines, je me suis rendu à Niort pour rencontrer les militants de la MAIF. A cette occasion j’ai croisé Fabienne Godec. La première fois que j’ai rencontré Fabienne, c’était en 2013 à Châtellerault. Elle était alors responsable du service clientèle au sein du groupe Mory-Ducros. Elle y a travaillé pendant 27 ans. Sous l’étiquette CFDT, Fabienne est élue, d’abord au sein du comité d’entreprise de son établissement, puis ensuite au sein d’un CE national unique. Elle en sera aussi la trésorière.

Interview à l’OBS "Notre système de retraites est injuste" – 11 juillet 2018

Cette interview a été publiée dans l’Obs le 11 juillet. Je réponds notamment à des questions sur la réforme des retraites.

Depuis 20 ans aux côtés des travailleurs saisonniers !

Informer, renseigner, échanger. Que ce soit sur les plages, dans les champs de fruits et de légumes ou à la montagne,  la CFDT va, comme chaque année depuis 20 ans, à la  rencontre des  travailleurs saisonniers.

Matinale de CNEWS du 20 juin

Ce mercredi 20 juin, j’étais l’invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Cnews. Au cours de cette interview, j’ai répondu à des questions sur la mobilisation syndicale à la SNCF et ses résultats, le besoin de dialogue social et de solidarités.

 

Bravo aux militants CFDT de Carrefour pour leur action !

Bravo aux 101 militants CFDT- Carrefour qui ont participé à l'assemblée générale des actionnaires de leur entreprise !

Ce vendredi 15 juin, pour faire entendre la voix des salariés, les 101 salariés et militants CFDT qui avaient acheté des actions Carrefour ont pris la parole durant l’Assemblée Générale (AG) du groupe. Devant l’ensemble des investisseurs et le nouveau PDG, ils ont dénoncé et appelé à faire cesser certaines pratiques injustes et intolérables. Au premier rang de celles-ci  : la prime de départ versée au PDG sortant au titre de « ses bons résultats » alors même que le groupe supprime plus de 7000 postes dans le monde dont 5000 en France. Suite à cette AG, le PDG sortant a annoncé renoncer à cette prime de 3,9 millions d’euros.

Matinale de France info du 15 juin

Vendredi dernier, j'ai répondu aux questions de Jean-Michel Apathie et Bruce Toussaint sur France Info. Lors de cette interview, j'ai notamment abordé la question de la SNCF, avant le début des négociations de la convention collective du ferroviaire, et la future réforme des retraites.

Parlons retraites !

Comme nous l’avons annoncé lors du congrès de Rennes la semaine dernière, la CFDT lance une grande enquête nationale : Parlons retraites !

Cette enquête se situe dans le prolongement de Parlons travail, menée en 2016 et dont le succès (plus de 200 000 répondants) a permis de mettre le travail au cœur de la campagne présidentielle de 2017. Comme pour Parlons travail, le questionnaire Parlons retraites est interactif, accompagné de nombreux témoignages en vidéos, parfois drôles ou touchants, et toujours remplis d’humanité. Il vous permet de donner votre avis et de comparer vos réponses en temps réel à celles des autres répondants, de manière strictement confidentielle bien sûr.

Un congrès pour prendre un nouvel élan !

Du 4 au 8 juin se tiendra notre 49e congrès confédéral à Rennes. Ce sera mon 5ème congrès en tant que militant et mon second en tant que secrétaire général. 

Interview à l'AEF - 16 mai 2018

Cette Interview a été publié le 16 mai 2018 sur aef.info. Propos recueillis par Jérôme Lepeytre

Intervention à l'occasion des 50 ans de mai 68

Ce discours a été prononcé le 15 mai 2018 à l'occasion du colloque de la CFDT pour l'anniversaire des 50 ans de mai 68. 

TRIBUNE « Les salariés de l’UE ne peuvent plus continuer à être exclus de la construction européenne »

Cette tribune, publiée dans le journal Le Monde propose cinq réformes pour forger un nouveau modèle européen du travail. J'en suis l'un des signataire, au côté de quatre cent vingt personnalités françaises et européennes, issues de la politique, du syndicalisme et de la recherche.

Interview dans Les Echos le 7 mai 2018

Interview publiée dans le journal Les Echos le lundi 7 mai 2018, à un mois du 49e congrès confédéral.

Vous rencontrez ce lundi Edouard Philippe sur  la réforme de la SNCF . Qu'attendez-vous de ce rendez-vous ?

Ce rendez-vous est pour moi un acte d'ouverture. J'en attends des engagements clairs sur la reprise de la dette, la politique d'investissement de l'Etat dans le ferroviaire et la garantie de l'Etat que l'Union des transports ferroviaires négociera une convention collective de haut niveau en matière notamment de protection sociale, de classifications et de carrière. Tout dépendra de l'option choisie par le gouvernement : soit il cherche à mettre à terre les organisations syndicales et nous serons forcément en désaccord, soit il fait des avancées.  La tribune que nous avons publiée avec le secrétaire général de la CFDT cheminots, Didier Aubert, donne des pistes pour cela.

Les cheminots CFDT ne sont-ils pas sur une ligne plus dure que vous ?

Pas du tout. Demandez à la CFDT cheminots et vous verrez. Nous sommes totalement en ligne et mobilisés sur nos objectifs que sont un système ferroviaire de qualité et un cadre social de bon niveau qui respecte les cheminots.

Le non a gagné à Air France. N'est-ce pas un échec pour la CFDT qui appelait à voter oui ? 

La CFDT n'a en rien perdu. Seuls deux syndicats appelaient à voter oui dont la CFDT et 45% des salariés l'ont fait. Mais la question n'est clairement pas celle-ci aujourd'hui. Air France entre dans une grave crise de gouvernance dans un contexte économique et concurrentiel très difficile. Le dialogue social est bloqué car aux mains d'un syndicat de pilotes - le SNPL - qui l'instrumentalise dans une logique corporatiste au mépris de la situation économique et des autres personnels. Il y a de quoi être inquiet et je le suis tout comme nos équipes d'Air France. La CFDT qui est la première organisation chez les personnels au sol va continuer de se battre pour l'emploi et la situation des salariés de la compagnie aérienne.

Vous allez rempiler lors du congrès de la CFDT pour un nouveau mandat. Ce sera le dernier ?

J'irai au bout de ce mandat. Après, je n'en sais encore rien. En tout cas, je sais que ce n'est pas bon de lancer une succession trop en amont et que j'aurai une vie après la CFDT. Mais pour l'heure, ce n'est pas du tout d'actualité.

Le congrès de Force ouvrière a été très violent et a contraint  Jean-Claude Mailly à partir par la petite porte . Cela vous a-t-il surpris ?

Je ne suis pas un spécialiste des congrès de Force ouvrière. Je trouve juste dommage d'avoir besoin de « tuer le père » pour exister. Que l'on soit d'accord ou pas avec lui, je pense que Jean-Claude Mailly ne méritait pas ça. Je le lui ai d'ailleurs dit.

Pourrait-il y avoir des turbulences aussi pendant votre congrès ?

Je vais une à deux fois par semaine débattre avec des militants depuis que j'ai été élu secrétaire général. Ces rencontres sont l'occasion d'exprimer leurs questions, leurs interrogations et parfois leurs désaccords. Les débats au congrès en seront, bien sûr, le reflet. Le bilan de la CFDT est positif - nous sommes devenus la première organisation syndicale dans le privé ! - et je suis satisfait du boulot que les militants ont fait, que la confédération a fait.

Mais ces quatre années ont été très denses et compliquées. A la crise sociale, dont on n'est pas encore sorti, se sont ajoutées trois réformes du dialogue social, et un bouleversement politique profond avec l'arrivée au pouvoir de personnes peu convaincues du rôle de la démocratie sociale. Tout cela est intervenu alors qu'il y a des transformations majeures du travail et dans un environnement mondial beaucoup plus incertain et anxiogène qu'auparavant. Cela bouscule forcément le corps militant même si la CFDT a tenu son cap, sa vision du syndicalisme, de la démocratie, de ses valeurs.

Les débats au congrès seront animés. Les congrès, ça sert à sortir avec des lignes claires donc il faut qu'il y ait des débats. Mais notre culture syndicale ce ne sont pas les joutes verbales, c'est la recherche de solutions. Si le syndicalisme n'en est pas capable, il mourra et je suis persuadé que sans syndicalisme, ce serait la jungle du chacun pour soi et du pouvoir tout puissant des employeurs.

A la rentrée,  la réforme du Code du travail a suscité un malaise dans l'organisation. Cela va mieux ?

On a largement eu le temps de s'expliquer sur le positionnement de la CFDT sur les ordonnances. Personne ne remet en cause l'intérêt d'avoir participé aux concertations. Mais certains éléments de la réforme nous posent encore et toujours un gros problème, y compris dans notre action au quotidien. Je pense particulièrement aux fortes difficultés rencontrées par nos équipes d'entreprise dans la mise en place des comités sociaux et économiques.

Discours à l'occasion du 1er mai 2018

Retrouvez le discours que j'ai prononcé à l'occasion du 1er mai 2018 que nous avons fêté aux côtés de la CFTC et de l'Unsa.

[Tribune] Réforme de la SNCF : la CFDT appelle le gouvernement à sortir de sa "posture"

Dans cette tribune initialement publiée dans le journal Le Monde le 20 avril 2018, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, et Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT-Cheminots, dénoncent un déni de démocratie sociale et invitent le gouvernement à de véritables négociations.

Interview journal Ouest-France 17/04/2018

Cette interview est issu du site internet de Ouest-France et mise en ligne le 17 avril 2018

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[Tribune] "Des réformes mais surtout plus de démocratie sociale"

Cette tribune a été initialement publié dans le journal Libération le 13 avril 2018. 
Elle est cosignée par Luc Bérille secrétaire général de l'Unsa , Laurent Berger secrétaire général de la CFDT , Philippe Louis président de la CFTC

Invité de la matinale de RTL le 13 avril

Retrouvez mon passage du vendredi 13 avril dans la matinale de RTL. La grève à la SNCF était à nouveau au coeur du débat, j'ai tenu à rappeler au gouvernement que les revendications des cheminots devaient être entendues. 

Laurent RTL

Pour une meilleure intégration des personnes en situation de handicap

« Évoluer vers une société inclusive, un dossier prioritaire pour le Gouvernement », c’est par ces mots que la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées a lancé la concertation sur l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap, le 15 février 2018.

Invité de la matinale de France Inter le 9 avril

Retrouvez mon passage du lundi 9 avril dans la matinale de France Inter. La question de la grève à la SNCF était au coeur du débat, mais j'ai tenu également à m'exprimer sur la loi "Asile et immigration" qui arrive à l'Assemblée. 

Laurent inter

Au boulot !

Aujourd'hui sort le livre Au boulot ! aux éditions de l'aube. Un ouvrage où je m'entretiens avec le journaliste Denis Lafay autour de la question du travail. Bien évidemment, le titre n'est pas une injonction à travailler plus, mais de se mettre au boulot pour réenchanter le boulot. Je souhaitais partager ici avec vous l'avant propos de ce livre pour vous en donner un avant-goût. 

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Interview au Figaro le 3 avril 2018

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Propos receuillis par Marie Visot et Cécile Crouzel.

Redonner une place pleine et entière au travail dans les entreprises

Suite à la parution du rapport Sénard-Notat « L’entreprise, objet d’intérêt collectif », j’ai participé avec Jean-Dominique Senard, au débat organisé par Dialogues sur le rôle social de l’entreprise.

Durant le débat, j’ai rappelé la nécessité de redonner de la visibilité au travail dans les entreprises.


Pour cela, la CFDT propose d’avancer vers une codétermination à la française qui allie une meilleure représentation des salariés dans les conseils d’administration et un dialogue social modernisé. 

 
Ce débat a également été l’occasion d’aborder l’enjeux actuel de la mise en œuvre des nouvelles instances représentatives du personnel. 

Mayotte : la CFDT veut du concret

Je suis de près l’évolution de Mayotte depuis une dizaine d’années. Ce que vit ce département de l’océan indien depuis plus de trois semaines est tout sauf une surprise. La départementalisation de mars 2011 menée à la hussarde, sans véritable préparation, s’est faite avec une vision métropolitaine en total décalage avec les attentes d’une population soumise à un contexte local et régional critique.

L’alignement des minimas sociaux, des salaires, des retraites va mettre encore 10 ans pour être effectif, pendant que les mesures fiscales tombent, elles, sans progressivité. J’ai ainsi interpellé le ministère du Travail lors de la transposition du code du Travail en marquant ma désapprobation face au peu d’empressement de ce dernier à faire de Mayotte un territoire de plein droit. A ce titre, le recul de l’installation d’un tribunal des prudhommes par le ministère, est un mauvais signal envoyé à un peuple attaché à son appartenance française.

Mayotte, c’est aussi une situation régionale où le PIB par habitant dépasse de loin celui des autres pays de la zone et crée un effet d’aspiration. Il serait facile de jeter l’anathème sur une population de migrants issue principalement des Comores.

Ces milliers de réfugiés économiques, qui arrivent sur les plages de Mayotte fuient un pays qui pointe à la 153ème place (sur 176) au classement international en terme de corruption, un pays où l’immigration à tout prix amène à risquer sa vie pour échapper à la misère.

Pour autant, l’arrivée massive de migrants sur un territoire de 180 km2 n’est pas sans conséquences. Les politiques publiques du département sont ainsi dimensionnées pour une population de 250 000 habitants recensés officiellement. La réalité est probablement toute autre et le nombre d’habitants approche plus vraisemblablement les 350 000. Dès lors, les services de santé, les établissements scolaires, les moyens de sécurité publique ne peuvent que colmater des brèches béantes face à une démographie exponentielle.

Le Gouvernement ne peut laisser la situation se détériorer plus encore. Des mesures fortes afin de donner à Mayotte les moyens de se développer dans des conditions de sécurité acceptables, s’imposent comme une évidence. 

Il y a urgence à redonner aux jeunes des perspectives d’avenir et d’émancipation.  Cette mission a été trop longtemps abandonnée par les collectivités locales. Une telle situation, dans laquelle des milliers d’enfants sont laissés à eux-mêmes suite à la reconduction de leurs parents aux Comores, ne pouvait que se solder par le résultat que l’on connaît aujourd’hui.  Et il faut rétablir la sécurité pour tous les habitants de Mayotte, en donnant aux forces de police les moyens d’effectuer leurs missions de service public. 

Dans ce contexte, rien ne serait pire que l’inaction. J’invite donc les acteurs des territoires à mettre en œuvre des dispositifs de formation aux métiers d’accompagnement et de suivi des jeunes en difficulté : un dispositif utile et valorisant pour les agents des collectivités concernés, au service d’une politique publique dont Mayotte a réellement besoin.

J’interpelle également le Président de la République sur la nécessité d’une politique diplomatique sans concession à destination des Comores. Pour cela, toute la transparence doit être faite sur l’origine et l’utilisation des aides financières apportées à ce pays.

Enfin, et parce que je n’ai pas pour habitude d’esquiver les sujets qui peuvent fâcher, j’invite les acteurs du territoire à dénoncer et à s’engager pour mettre un terme à l’exploitation des migrants trop souvent tue, voire dissimulée. Je m’oppose fermement à un double discours consistant à tirer profit d’une immigration de survie, tout en la désignant comme source de tous les maux de Mayotte.

En 2011, Mayotte est devenue département français ; en 2014, région européenne. Cette appartenance lui confère des devoirs mais aussi des droits. Ces droits ne peuvent être inversement proportionnels à la distance qui nous sépare. Il est désormais temps que Mayotte puisse devenir une véritable composante de notre République. Le temps des atermoiements est révolu.

Interview sur LCI le 15 mars 2018

J'étais hier soir l'invité de David Pujadas et Fabien Namias sur LCI. Je suis notamment revenu sur la mobilisation des EHPAD en rappelant la nécessité d'avoir des politiques sociales assumées dans notre pays.

Invité de la matinale d'Europe 1 le 14/03/2018

Ce mercredi 14 mars j'étais l'invité de Patrick Cohen dans la matinale d'Europe 1. Je voulais particulièrement insister sur un message : il faut arrêter de stigmatiser les cheminots !

 

Interview aux Echos le 27 février 2018

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Cette interview est initialement parue dans le quotidien Les Echos daté du 27/02/2018

Deux accords nationaux interprofessionnels négociés en 48 heures, c'est du jamais vu, non ?

Il faut s'en réjouir. La CFDT a fait le job, et dans des conditions compliquées. Le résultat, ce sont deux textes qui créent de nouveaux droits. Ils sont le pendant des ordonnances réformant le Code du travail, le volet sécurisation pour les travailleurs. J'alerte le gouvernement sur le danger qu'il y aurait à le compromettre.

Manifestement, Muriel Pénicaud ne partage pas votre avis. Elle doit annoncer ce mardi une réforme de la formation professionnelle qui devrait remettre en cause la gestion paritaire du système. Est-ce un casus belli ?

Il est regrettable qu'à peine la négociation finie, Muriel Pénicaud ait choisi de critiquer injustement son résultat , au lieu, d'abord et avant tout, de souligner les nouveaux droits que nous avons instaurés pour les salariés. Cela dit, on verra en fonction du contenu précis des annonces. On a besoin d'opérateurs gérés par les partenaires sociaux pour recueillir les besoins de compétences et qui conseillent les entreprises. Bien sûr qu'il faut réduire le nombre de branches professionnelles ou revoir les OPCA [organismes partitaires collecteurs agréés des fonds de la formation, NDLR] dans une logique de filière. Tout cela, on peut en discuter. Mais si ça revient à mettre les salariés face à leur smartphone pour utiliser leurs heures de CPF, alors on aura loupé la transformation car les moins qualifiés, ceux pour qui la formation n'est pas forcément un bon souvenir, seront les grands perdants.

C'est pour cela que l'accompagnement gratuit et universel est si important. Il faut donc maintenir cet acquis de la CFDT dans la négociation : ceux qui n'en ont pas besoin s'en passeront, les autres en profiteront.

Êtes-vous prêt à ce que la collecte des fonds de formation soit retirée aux OPCA, comme certains le souhaitent ?

La collecte des fonds de formation mutualisés n'est pas un sujet pour la CFDT. Le sujet qui nous obsède c'est l'effectivité des droits acquis. Les gens se moquent du back office. C'est pour cela qu'on a souhaité une réforme des certifications professionnelles ou qu'on se penche sur la question de la qualité des organismes de formation. Là, il y a encore du travail à faire. La CFDT n'est pas fermée à regarder comment faire évoluer les OPCA, on ne peut pas nous taxer de conservatisme. Mais le gouvernement ne peut pas décider dans son coin sans en discuter. Attention aux fausses bonnes idées !

J'ai été conseiller en insertion professionnelle. Il y a énormément de personnes qui n'auraient jamais retrouvé du travail si on n'avait pas été là. Il est faux de dire que chacun peut se débrouiller tout seul pour trouver une formation. On a besoin du conseil en évolution professionnel. C'est indispensable.

Mais vous signez quand même l'accord, bien que le gouvernement n'en reprenne qu'une partie...

On le signe en demandant au gouvernement que l'ensemble des droits soient effectifs et garantis dans le projet de loi. Si on passe d'une organisation à l'autre brutalement, alors cela ne fonctionnera pas. En 2013, quand nous avons négocié le précédent accord, et malgré toute l'énergie des syndicats, du patronat et de l'Etat, il a fallu un an et demi pour tout mettre en place. Le changement, c'est long. Le gouvernement doit entendre les négociateurs.

Le ministère du Travail n'est pas convaincu non plus par votre accord sur la couverture chômage des démissionnaires. Il voulait une indemnisation moins favorable qu'en cas de licenciement...

Nous ne voulons pas de droits dégradés pour les démissionnaires qui profiteront de ce nouveau droit. C'est une ligne rouge pour la CFDT.

Le volet contrats courts de l'accord sur l'assurance-chômage n'est pas très différent de ce qui est déjà prévu et n'a jamais été appliqué. Pourquoi la CFDT a-t-elle accepté ?

L'accord renvoie à des négociations dans les branches qui doivent se dérouler cette année. Et il rappelle que le gouvernement appliquera des sanctions financières si elles échouent. Cela fait partie de l'équilibre de l'accord. La ministre du Travail doit très vite annoncer le dispositif de sanctions qui s'appliquera en 2019. On ne lui demande pas un gros effort puisque le bonus-malus était une promesse de campagne ! La diminution du nombre de  contrats courts est un enjeu majeur pour l'emploi de qualité.

Le gouvernement sous-estime-t-il les tensions sociales provoquées par ses réformes ?

C'est bien que le président se préoccupe d'améliorer l'image de la France à l'international. Mais il fait comme si la question sociale avait disparu avec l'amélioration de la conjoncture, comme si c'était devenu une question subalterne. Je dis au gouvernement : attention, danger ! Il commet une grave erreur, car les grands enjeux sociaux sont devant nous.  La croissance est de retour , tant mieux, mais elle doit être plus inclusive. Beaucoup de personnes, de beaucoup de territoires, ne sont pas montées dans le train et continuent de décrocher. Les facteurs d'inquiétude d'avant l'élection présidentielle sont toujours présents. Le pays ne s'en sortira pas sans une politique sociale ambitieuse et assumée. Nous sommes à un moment clef du quinquennat.

Peut-il y avoir de fortes mobilisations ? La formation professionnelle ne fait pas descendre les gens dans la rue...

Le mécontentement ne se mesure pas tout le temps à l'aune du nombre de manifestants. Ce que je vois, c'est que les tensions s'accumulent dans les Ephad, les hôpitaux, chez Carrefour, dans les prisons, la police, l'éducation, les collectivités territoriales... Il faut apporter des réponses concrètes aux agents. Et puis il y a la SNCF. Le gouvernement pouvait se permettre de procéder par ordonnance sur la réforme du marché du travail, car il l'avait clairement dit pendant la campagne et parce que la réforme est intervenue juste après l'élection. Ce n'est pas le cas pour la SNCF. Si le gouvernement donne le sentiment qu'il se précipite, ça se passera mal...

Mais la SNCF peut-elle continuer comme cela ?

Il y a trois sujets. Sur l'ouverture à la concurrence, nous ne la voulions pas, mais nous ne sommes pas fermés à regarder les conditions de mise en oeuvre. Sur la gouvernance, la  SNCF doit rester une entreprise publique et dans ce cas, nous pouvons débattre des évolutions éventuelles. Quant au statut des agents, expliquez-moi en quoi cela nécessite des ordonnances ? Un tel dossier doit être traité par la concertation et la négociation au sein de l'entreprise. Surtout, les difficultés de l'entreprise ne peuvent se résumer au statut des cheminots, après des années de sous-investissement.

Oui, l'entreprise doit évoluer, mais avec les cheminots, pas contre les cheminots. Là, on leur présente la réforme en disant : « Tout cela est un peu de votre responsabilité alors on va vous remettre au boulot ». Je ne laisserai personne cracher à la figure des cheminots, pareil pour les fonctionnaires.

Vous n'êtes manifestement pas séduit par la méthode Macron...

Je ne suis pas anti-Macron ou pro-Macron, je suis attaché à la justice sociale et à la démocratie. Autrement, on fait progresser toutes les forces conservatrices. Sur la formation professionnelle et l'assurance-chômage, je vous rappelle qu'on a été confrontés à des lettres de cadrage pas forcément très débattues et au contenu très aléatoire et que les négociations se sont déroulées sans que l'on sache vraiment ce que voulait le gouvernement. Moi, pendant les nuits de négociation, je ne dors pas. Muriel Pénicaud aurait pu m'appeler dans la nuit de mercredi à jeudi si elle trouvait que le projet en discussion lui posait problème, non ?

C'est la première fois que l'on entend un syndicaliste réclamer officiellement des tractations en coulisse...

Le gouvernement a eu des échanges avec l'ensemble des négociateurs durant ces négociations. Elles ont été ouvertes à la demande du gouvernement, il était donc logique qu'il les accompagne. Le problème, c'est qu'à tous les étages de l'exécutif, au ministère du Travail ou ailleurs, on peut vous donner la date à laquelle va se faire l'arbitrage par Emmanuel Macron - ce lundi pour la formation et l'assurance-chômage - mais personne n'est capable de prévoir son contenu.

La méthode Macron, c'est: Vous discutez et je tranche, et personne ne sait de quel côté ça va tomber. On a des interlocuteurs suspendus à la décision du président de la République. Cela pose un problème de fonctionnement démocratique et d'efficacité.

Avec Emmanuel Macron, plus question de laisser au patronat et aux syndicats le pouvoir d'édicter les normes sociales. N'est-ce pas aussi un échec cuisant pour la CFDT ?

Non. La CFDT comme d'autres a largement montré qu'elle n'était pas fermée aux réformes. Nous revendiquons d'ailleurs un syndicalisme de transformation sociale. Mais attention à la méthode. Il y a dans ce pays des corps intermédiaires attachés à l'intérêt général qui méritent d'être écoutés, considérés ! Au sein de la CFDT, le mécontentement commence à monter et la façon dont l'exécutif va réagir aux deux accords de la semaine dernière sera déterminante pour la suite. Attention au chamboule-tout décidé dans la précipitation et sans réel dialogue. Si on nous piétine, il ne faudra pas ensuite venir nous chercher pour éteindre l'incendie.

Ne vous sentez-vous pas un peu seul désormais à prôner le primat des partenaires sociaux sur le social, compte tenu du désengagement du Medef ?

On a effectivement une partie du patronat qui est tétanisée avec la  succession de Pierre Gattaz au Medef, ce qui n'aide pas dans les négociations. Mais il n'y a pas que le Medef, il y a aussi l'U2P et la CPME avec laquelle nous venons de signer un texte commun sur la responsabilité sociale et environnementale. L'histoire sociale, ce n'est pas une photo mais un film avec des moments où ça patine et d'autres où ça va mieux.

Propos recueillis par Leïla de Comarmond, Etienne Lefebvre et Alain Ruello

Les travailleurs, acteurs indispensables et moteurs de la transition écologique

J'ai eu le plaisir de collaborer le mois dernier au numéro 89 de la revue Responsabilité & environnement des Annales des Mines de l'école des Mines - ParisTech intitulé : ZEN 2050 : Vers une Europe Zéro Emission nette en 2050

Mon article porte sur l'importance de la place des travailleurs dans la transition écologique. Je rappelle que nous ne souhaitons pas une transition brutale et décidé unilateralement. La transition écologique doit se faire démocratiquement et à hauteur d'homme. Le travail et l'emploi ne peuvent être des variables d'ajustement.

Pour le consulter gratuitement, c'est par ici.

2018 re janvier couverture

 

 

 

Visite du centre d’hébergement d’urgence Romain Rolland à Montrouge

Ce jeudi 15 février, je me suis rendu à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, pour visiter le centre d’hébergement d’urgence Romain Rolland du Samu social de Paris.

Ce centre, ouvert en 2014, accueille une population hétérogène, avec des parcours très différents. Il a la particularité de pouvoir proposer en même temps 49 places pour l’hébergement d’urgence, mais également 44 places en chambres individuelles pour des périodes d’accueil plus longues. Le personnel est composé de 30 salariés à temps plein (travailleurs sociaux, médecins, animateurs …) ainsi qu’une vingtaine de vacataires.

C’est Pierre Joubert, le directeur du centre et Christine Laconde, directrice générale du SAMU Social de Paris qui me font visiter. Ils insistent sur l’importance de la reprise d’autonomie des pensionnaires. Pour cela ils misent sur la dynamique de groupe. Ainsi, le jardin par exemple est entretenu par les usagers. Face à la diversité des parcours des personnes accueillies ils disent « Nous sommes des généralistes de tous les maux de la société ». Pierre Joubert me précise un élément important « Nous ne sommes pas dans le logement, mais dans l’hébergement. Notre objectif, c’est de faire cette transition vers le logement ». Les centres d’hébergement d’urgence ne peuvent être que des solutions provisoires vers des solutions plus durables. C’est pourquoi l’accompagnement est primordial. Malheureusement, les mesures en ce sens font défaut. Le gouvernement a annoncé vouloir promouvoir « Le logement d’abord » et annoncé le chiffre de 50 000 solutions de logement durables. C’est une bonne chose, mais cela ne sera probablement pas suffisant pour faire face à la demande.

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Après cette visite, je rencontre la section CFDT. Une belle équipe qui réalise 40% des voix aux élections professionnelles. Brigitte, déléguée syndicale, me prévient d’entrée : « Ce centre est un peu la vitrine, les conditions y sont très bonnes, mais attention, ailleurs les locaux sont beaucoup plus vétustes ! »

Cette vétusté est au cœur des préoccupations des salariés : les locaux sont souvent inadaptés à l’outil de travail, voire à la limite de la conformité pour certains. Ce qui nuit évidemment aux conditions de travail mais aussi aux conditions d’accueil.

Pour ces travailleurs, qui se dédient aux plus fragiles avec une conviction admirable, la reconnaissance fait parfois cruellement défaut. Il leur a fallu plus de 20 ans pour obtenir un statut et des grilles de salaires, qui restent malgré tout très bas. Pourtant ces travailleurs et travailleuses sont une richesse, ils sont les chevilles ouvrières de la solidarité envers les plus précaires et méritent donc une meilleure situation que celle qui leur est faite. C’est pourquoi la CFDT a pris l’initiative d’entamer des négociations, actuellement en cours, pour rééquilibrer les disparités de traitement existantes entre les salariés. 

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Mais le sujet au cœur des discussions de ces professionnels du social, c’est la circulaire Collomb, qui prévoit le recensement des migrants dans les centre d’hébergement d’urgence. Ils y sont résolument opposés. Une travailleuse sociale me dit « Nous ne sommes pas  là pour faire un tri sélectif, cela nous pose un problème éthique et déontologique » Brigitte me confirme « L’inconditionnalité de la prise en charge était au cœur du projet créé par Xavier Emmanuelli[1] ».

La CFDT est résolument opposée à cette circulaire et à la politique migratoire du gouvernement, qui va notamment à l’encontre d’un traitement humain des personnes(J'ai d'ailleurs co-signé une tribune a ce sujet). Cela est d’autant plus une question syndicale qu’elle impacte fortement le quotidien des personnels qui sont en première ligne sur le terrain. Au SAMU social cette circulaire est une problématique transversale à tous les métiers : dans les espaces sociaux d’insertion par exemple, qui font de l’accueil de jour, c’est autour de 70% des personnes accueillies qui sont issues des flux migratoires. Sur ce sujet comme sur d’autres, il est urgent de ne pas perdre la bataille des idées.


[1] Médecin, fondateur en 1993 du SAMU social de Paris.

La CFDT s’engage pour sécuriser les parcours professionnels de tous les actifs

La CFDT est engagée dans les discussions lancées par le Gouvernement pour réformer l’apprentissage, la formation professionnelle et l’assurance chômage. Nous abordons ces trois chantiers ensemble, avec un même objectif : pour endiguer le chômage de masse, faire face aux mutations profondes amenées par les évolutions technologiques toujours plus rapides et la transition écologique indispensable, nous voulons construire une véritable sécurisation des parcours. Nous voulons mettre le travailleur en capacité d’agir et de décider de son parcours.

Demain, se tient une des dernières séances de négociation sur la formation professionnelle. La CFDT fait des propositions pour le développement des compétences de tous les actifs, jeunes en alternance, salariés comme demandeurs d’emploi. La montée en compétences, c’est un enjeu majeur de sécurisation des parcours et par la même de la compétitivité des entreprises.

Lors des négociations de 2013, la CFDT avait obtenu la création du compte personnel de formation (CPF), un droit à la formation directement attaché à la personne et non plus à son statut professionnel. Nous voulons aujourd’hui renforcer ce droit et le rendre plus équitable. Nous proposons de consolider un droit à la formation pour tous, tout en le renforçant pour les travailleurs les moins sécurisés (personnes peu qualifiées, séniors licenciés, salariés en temps partiel…).  Le CPF doit également permettre à ceux qui le souhaitent, d’opérer une transition professionnelle plus profonde.

Mais un droit n’est rien s’il n’est pas connu et mobilisable. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur l’accompagnement, un accompagnement gratuit et universel, pour tous et pas seulement les mieux informés ou les plus agiles. Cet accompagnement doit permettre à chacun de s’interroger sur son parcours professionnel, d’anticiper les changements et de construire un projet. On l’oublie souvent, mais les freins à l’emploi ne sont pas uniquement professionnels, ils peuvent aussi être la conséquence de problèmes de santé, de problèmes familiaux… Ce sont tous ces aspects de la vie d’une personne qui doivent être pris en compte pour la réussite d’un projet professionnel. C’est dans ce sens que la CFDT propose de renforcer le Conseil en évolution professionnelle : le rendre plus visible en multipliant les campagnes de communication envers ceux qui en auraient le plus besoin, plus accessible en l’organisant au plus près des travailleurs et plus global en impliquant l’ensemble des acteurs de l’accompagnement (partenaires sociaux, assistants sociaux, associations…).

Enfin, la formation des travailleurs doit être l’objet de discussions entre employeurs et salariés dans les entreprises. D’abord, parce que le besoin en compétences est un choix stratégique pour une entreprise, un élément essentiel de la qualité de ses produits ou de ses services. Mais aussi parce que l’écart qui pourrait exister entre le besoin en compétences et les aptitudes des salariés représente un risque pour les travailleurs de déqualification. Au même titre que l’employeur est responsable de la sécurité des salariés dans l’entreprise, il doit être responsable de leur employabilité. 

Dans un monde en mouvement, la CFDT veut donner aux travailleurs la capacité de voir venir, de rebondir en cas d’accident de parcours et de garder prise sur leur avenir professionnel. Nous voulons poursuivre la transformation de notre modèle social vers un système solidaire dans lequel chacun bénéficie de droits adaptés à ses besoins et de l’accompagnement nécessaire à la construction de son parcours.  

Matinale de CNEWS le 12/02/2018

J'étais l'invité de Jean-Pierre Elkabbach sur CNEWS ce 12 février. L'occasion de faire le point sur les négociations en cours et de réagir sur les annonces faites sur les fonctions publiques. 

 

En Lorraine, contre la baisse des moyens pour l'INRS

Ce mercredi 7 février, je suis allé soutenir l’équipe CFDT de l’INRS à Vandœuvre-les-Nancy. Cette équipe se bat pour que l’INRS puisse continuer à exercer ses missions de prévention des risques pour la santé au travail.

L’INRS, c’est l’Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des maladies professionnelles et des accidents du travail. Les 580 salariés de cet organisme (chercheurs, formateurs, experts…) travaillent sur des sujets variés : il y a les troubles musculo-squelettiques, les risques que présentent les nanoparticules, l’exposition aux agents chimiques, au bruit, aux risques mécaniques, aux divers facteurs de pénibilité… Les risques pour la santé ne manquent malheureusement pas. Et à côté de leurs travaux de recherche ils accomplissent également des missions de formation, d’information et d’assistance dans les entreprises au bénéfice des 21 millions de travailleurs dépendants de la Sécurité Sociale.

L’INRS est aujourd’hui menacé par des restrictions budgétaires intenables. En 2013 déjà, une baisse de 10% du budget et 50 suppressions de postes avaient lourdement pesé sur l’activité de l’établissement. Cette année de nouvelles menaces pèsent sur le budget de l’INRS et le nombre d’emplois. Avec moins de salariés et moins de moyens  ce  sont de nombreuses études pourtant précieuses pour la prévention des risques professionnels qui seront abandonnées.

Laurent INRS bandeau

Depuis plusieurs semaines, ils sont mobilisés. Pour faire connaître leur combat et se faire entendre du gouvernement, ils se sont rendus au ministère du Travail… à pied ! (récit à lire ici). Ils ont également lancé une pétition qui a recueilli la signature de 99% des salariés ! Dans leurs actions, les militants CFDT sont  soutenus par leurs collègues qui leur ont fait confiance à 60% aux dernières élections professionnelles.

S’ils sont légitimement inquiets pour leurs emplois et leurs conditions de travail, c’est également le péril qui pèse sur leur mission qui les préoccupe. Derrière ces baisses de budget à répétition, c’est  notre système de prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles qui est remis en cause.

La santé au travail est au cœur de l’action syndicale. Dans notre grande enquête « Parlons Travail » en 2016, 32% des répondants déclaraient avoir déjà subi plus de 8 jours d’incapacité totale de travail (ITT) à cause de leur travail, 21% s’y sont déjà blessés, 9% ont déjà été hospitalisés et 8% y ont attrapé une maladie grave, chronique ou en sont sortis avec un handicap irréversible. Ces chiffres prouvent que la recherche et la prévention dans ce domaine sont indispensables et rendent d’autant plus insupportables les baisses répétées des moyens alloués à l’INRS.

Si l’on veut parler diminution des dépenses, je rappelle que les accidents du travail dans notre pays, coûtent annuellement 6 milliards d’euros de réparation alors que le budget de l’INRS est seulement de 80 millions d’euros. Réaliser des économies de bouts de chandelle sur la recherche quand 1000 salariés perdent la vie tous les ans au travail, c’est irresponsable.

C’est pourquoi la CFDT continuera à se battre. Si vous voulez aussi montrer votre soutien aux militants de l’INRS, vous pouvez suivre leur combat sur Twitter en vous abonnant à leur compte : @longmarcheINRS

L'autre trésor public

La CFDT fonctions publiques (Uffa-CFDT) publie un ouvrage intitulé L'autre trésor public. Un livre pour donner la paroles aux agents qui font le service public et se plonger dans la réalité de leur quotidien au travail, qu'ils soient secrétaire, sage-femme, policier, sapeur-pompier ... J'ai eu le plaisir de le préfacer, je partage donc ici, avec vous, ces quelques mots d'introduction :

L’autre trésor public, c’est le trésor humain, celui composé des agents des trois fonctions publiques. C’est un trésor fait de femmes et d’hommes dont la valeur est celui de leur engagement au travail, désireux de bien faire par-delà les seules procédures et circulaires. A force de parler de masse salariale, on oublie trop souvent que la fonction publique est une réalité incarnée. Ici, le lecteur s’apprête à découvrir des récits chargés d’une profonde humanité. Ils donnent à voir des agents publics non pas tournés vers eux seuls mais toujours en direction de ceux à qui le service est rendu, qu’il s’agisse des usagers ou des collègues.

Et le travail des fonctionnaires comme des contractuels est créateur de richesse. Chaque page montre concrètement ce qu’il en est pour la paix civile, l’aménagement du territoire, l’éducation, la santé, le développement économique… En effet, l’action publique est à la fois ce qui accompagne les individus et les familles au quotidien, assure les équipements nécessaires à la compétitivité des entreprises ainsi que le ciment indispensable à la cohésion sociale. C’est là tout le bénéfice autant individuel que collectif qui fonde la légitimité de l’action publique.

Par l’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, « la Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration ». Avec les témoignages qui suivent et qui se tiennent à côté des nombreux rapports publiés régulièrement, chacun pourra se rendre compte. Ce livre s’adresse donc à tous les usagers et citoyens qui sont par ailleurs déjà nombreux, sondages après sondages, à saluer le travail des agents.

Ce livre est aussi à destination des décideurs politiques, nationaux et locaux, pour leur montrer que toute opération de transformation publique, aussi légitime soit-elle, n’est pas qu’affaire de coûts et de réduction de dépenses mais qu’elle engage avec elle des femmes et des hommes. Pour être efficace, cette transformation doit se faire avec les usagers qui en bénéficieront ainsi qu’avec les agents qui seront chargés de la mettre en œuvre.

Pour la CFDT, il faut penser l’action publique selon ses finalités, au service des individus, des familles, des entreprises, des territoires. Ces finalités ne peuvent être crédibles qu’en y associant les moyens humains, matériels et financiers nécessaires. Et elles ne seront effectives que si elles sont réalisées en proximité avec les usagers. Aujourd’hui, les démarches administratives en ligne sont en plein développement. Les nouveaux outils numériques peuvent effectivement faciliter l’accès aux services publics. Toutefois, ils ne doivent pas accentuer les inégalités. Profitons-en plutôt pour améliorer l’accompagnement des usagers et la personnalisation des services publics. Voilà pourquoi la CFDT revendique une juste articulation entre la présence physique des services publics sur tout le territoire, un accompagnement humain global et un portail numérique des droits et démarches.

Toute évolution doit s’appuyer sur les agents, ce qui demande d’abord de les écouter. Ils ont en effet des choses à dire sur leur travail, les conditions de son exercice et la réalité du service rendu par rapport aux finalités attendues. C’est ce que montre les résultats de l’enquête « Parlons travail », notre grande enquête pour mieux connaître le travail et à laquelle plus de 200 000 personnes ont répondu. Ce livre s’inscrit dans la continuité de cette démarche. La voix des agents porte un profond désir d’être utile et la fierté du travail réalisé. Ils savent aborder les difficultés avec lucidité, alerter sur les déficiences ainsi que proposer des pistes d’améliorations. Entendre les agents, c’est renforcer la qualité de l’action publique. Entendre les agents fait partie de la reconnaissance à laquelle ils aspirent et que, fondamentalement, ils méritent.

Interview au journal Le Monde - 03/02/2018

Cette interview donnée au journal Le Monde est initialement parue le 3 février 2018

Comment accueillez-vous les annonces du gouvernement de jeudi concernant les fonctionnaires ?

Laurent Berger : Ils y vont fort. La CFDT demande des clarifications. Il y a un gros problème de méthode : c’est très étonnant d’annoncer une concertation sur toute l’année 2018 et de donner dès à présent une partie des conclusions. Dans les fonctions publiques, c’est aussi l’état du dialogue social et du corps social qui pose un vrai problème. C’est la démonstration que lorsqu’il n’y a pas de dialogue social, les agents n’ont aucune chance d’être écoutés.  Je demande que le gouvernement rencontre très vite les organisations syndicales.

Quelles sont les mesures qui vous heurtent ?

Sur les rémunérations, il faut qu’on se dise quelle est la part de la rémunération collective et quelle est la part de l’individuel. Ça ne peut pas être un basculement, une décision qui entrainerait des disparités liées aux marges budgétaires des employeurs plus qu’en fonction de l’investissement au travail. On nous parle du développement du contrat dans les fonctions publiques : ça veut dire quoi ? Pour qui ? Comment ? Tout ça mérite des éclaircissements car il y a des craintes de profonds bouleversements pour les agents. La CFDT n’est pas opposée à des évolutions mais encore une fois, il est urgent de dire clairement de quoi on parle.

Sur l’idée d’un plan de départs volontaires, il n’y a pas tellement d’ambiguïtés…

Le terme est totalement inapproprié. Nous n’avons pas de tabou à construire des dispositifs d’accompagnement à des évolutions professionnelles : formation, montée en compétences, mobilités, et pourquoi pas pour celles et ceux qui en auraient exprimé clairement le souhait, accompagner un départ. Mais sur la seule base du volontariat et de manière sécurisée. Aujourd’hui, une indemnité de départ volontaire existe déjà. A peine quelques dizaines de fonctionnaires ont souhaité en bénéficier et on les comprend : les conditions sont très risquées d’autant qu’en plus, les fonctionnaires ne cotisent pas à l’assurance chômage et en sont donc exclus. Les freins au changement ne sont pas toujours du côté où on les croit.

Absence de coup de pouce au pouvoir d’achat, rétablissement du jour de carence, gel du point d'indice… Est-ce que les fonctionnaires sont les mal-aimés de ce gouvernement ?

Des gouvernements successifs. Le problème, c’est qu’on ne parle pas des missions du service public ni de ce que notre pays est prêt à investir pour avoir des politiques publiques de solidarité dignes de ce nom. On n’écoute pas les fonctionnaires, on ne parle pas du travail réel. Toutes les dernières politiques publiques ont été conduites sous l’angle budgétaire. Les fonctionnaires souffrent parfois de conditions de travail très dures mais surtout d’un sentiment de non-reconnaissance qui est terrible. Etre considéré comme un coût en permanence donne un sentiment de mal-être. Hurler au loup maintenant n’a aucun sens mais la CFDT sera attentive et exigeante pour que l’action publique continue de reposer demain sur des agents publics reconnus et respectés.

Propros recueillis par Elise Barthet, Raphaëlle Besse Desmoulières et Audrey Tonnelier

Assurance-chômage : sécurisons les parcours professionnels !

Cet après-midi, la CFDT participe à une nouvelle séance de négociations sur la réforme de l’assurance chômage. La semaine dernière, le patronat nous a soumis une première proposition de texte d’accord. Cette proposition ne nous convient pas et nous voulons l’améliorer pour répondre au vrai défi du marché du travail : donner des sécurités aux travailleurs dans les périodes de transition professionnelle plus fréquentes.

Le revenu de remplacement, avec la formation tout au long de la vie et l’accompagnement personnalisé, est un élément essentiel de la sécurisation des parcours professionnels portée par la CFDT. Les carrières professionnelles ne seront plus aussi linéaires qu’elles ont pu l’être. Plus souvent, les travailleurs passent d’un emploi ou d’un statut à l’autre et ces transitions, qui ne sont pas forcément choisies, peuvent être entrecoupées de périodes de chômage. Aujourd’hui, la France compte encore cinq millions de demandeurs d’emploi.

Les réformes en cours de l’apprentissage, de la formation professionnelle et de l’assurance chômage doivent s'articuler pour permettre à chacun, y compris les plus fragiles, d'améliorer ses compétences, de trouver un emploi de qualité et de rester au chômage le moins longtemps possible. L’employeur a l’obligation de former ses salariés et de maintenir leur employabilité. Avoir une main d’œuvre qualifiée, c’est aussi dans l’intérêt des entreprises. Nous ne voulons pas que les employeurs se déchargent de cette obligation sur Pôle Emploi. 

Aujourd’hui, plusieurs sujets majeurs sont en discussion.

Pour faire reculer la précarité dans l'emploi, les entreprises ont une responsabilité toute particulière. Dans certains secteurs, comme la restauration, le commerce de détail, l’intérim, l’hébergement médicosocial, le transport/logistique, le spectacle,  les entreprises recourent très largement à des contrats courts (de quelques jours à moins d’un mois). Quitte à réembaucher la même personne très rapidement, elles comptent sur l’assurance chômage pour prendre le relai. Pour inciter les entreprises à embaucher sur des périodes plus longues, la CFDT propose de mettre en place une cotisation patronale dégressive. Au-delà de l’incitation financière, les partenaires sociaux pourraient se mettre d’accord dans chaque branche d’activité sur les moyens d’agir efficacement contre le recours abusif à ces contrats de très courte durée.

Concernant l’élargissement de l’assurance chômage aux démissionnaires ou aux indépendants, la CFDT n’y est pas opposée. Alors que le marché du travail évolue et que les emplois atypiques se développent, il est normal de prévoir de nouvelles protections adaptées aux besoins de ces travailleurs. Mais l’extension du nombre de bénéficiaires de l’assurance chômage ne doit pas se traduire par une baisse de ces droits pour tous.

Pour les démissionnaires, la CFDT propose d’élargir l’assurance chômage à ceux qui ont un projet professionnel construit et qui n’ont pas d’autres choix que de démissionner pour le mettre œuvre. Ils devront avoir la certitude de pouvoir bénéficier d’une allocation chômage avant même de décider de démissionner.

Pour les indépendants, qui sont une catégorie de travailleurs très hétérogène (allant des médecins libéraux aux travailleurs des plateformes, en passant par les artisans), la CFDT propose d’organiser une réflexion plus large sur l’ensemble des protections sociales à apporter à ces travailleurs, au-delà de la perte d’activité.

L’assurance chômage doit rester un outil de sécurisation des parcours professionnels. Pour être efficace, assurer aux travailleurs la capacité financière nécessaire à la recherche d’un emploi de qualité sans tomber dans la pauvreté, elle ne peut se réduire à un minima social accessible à tous mais de faible niveau. 

Grève dans les EHPAD : un mouvement au service des soignants et des personnes âgées.

Ce mardi 30 janvier, la CFDT, avec plusieurs autres organisations syndicales et  l’Association des Directeurs au service des Personnes Agées, appelle à la grève dans les EHPAD (Etablissement Hospitalier pour Personnes Agées Dépendantes). Je me rendrai également au rassemblement à Paris devant le ministère de la santé pour interpeller Mme Buzyn.

La CFDT ne lance jamais une grève « à la légère ». Si nous nous sommes engagés dans ce mouvement, c’est pour alarmer sur la situation dramatique dans laquelle se trouve ces établissements et les personnels qui y travaillent.

Ce qui frappe lorsqu’on rencontre des salariés des EHPAD, c’est à la fois le sentiment de fierté de faire un métier au service des autres… mais aussi l’épuisement. L’épuisement face à l’impression de ne pas pouvoir bien faire son travail, de courir partout, tout le temps, sans jamais que cela ne suffise à s’occuper de nos ainés comme il le faudrait.

Faute de temps on pare au plus pressé. On donne à manger plutôt que d’aider à prendre son repas, on débarbouille à toute vitesse plutôt que d’aider à faire la toilette, parfois même on met des couches pour ne pas avoir à accompagner aux toilettes. Ces situations ne sont pas des cas isolés ou exceptionnels. Ce sont les mêmes histoires répétées cent fois, les mêmes souffrances.

J’alerte depuis longtemps sur la situation intenable dans laquelle se trouve les agents : les besoins augmentent sans que les moyens et l’organisation du travail ne suivent.  Le manque criant de dialogue social empêche trop souvent de faire remonter efficacement les préoccupations ou les idées des infirmières, infirmiers et aides-soignants, et autre professionnels, pour mieux s’organiser. Là comme ailleurs, l’écoute est souvent le premier moyen de faire avancer les choses.

Les Ehpad, leurs personnels sont donc au bord de la rupture. Il est temps de réagir rapidement et pour cela l’intersyndicale a émis une liste de propositions très concrètes :

  • Mettre fin à l’application de la réforme de la tarification et aux décrets de décembre 2016 visant à réduire les budgets de nombreux établissements avec des conséquences en termes de réductions d’effectifs ;
  • Maintenir et pérenniser tous les postes, notamment ceux occupés jusque-là par les contrats aidés car ils répondent à de réels besoins ; ouvrir aux salariés concernés les formations qualifiantes correspondant aux fonctions effectuées ;
  • Mettre en place dans les meilleurs délais les ratios de personnels préconisés dans le cadre du Plan Solidarité Grand Age 2007-2012 (1 pour 1) ;
  • Réorganiser le financement de l’aide à domicile pour que la pérennisation du secteur ne se fasse plus au détriment des conditions de travail des salariés ;
  • Renforcer la formation et la promotion professionnelle en établissement et à domicile car la qualité de vie et le respect des personnes âgées fragilisées ne peut passer que par la qualité des conditions de travail et le respect des salariés ;
  • Mettre en place un financement pérenne et solidaire de l’aide à l’autonomie prenant en compte les besoins humains ;
  • Valoriser l’exercice professionnel auprès des personnes âgées ;
  • Engager une large réflexion sur le regard que porte notre société sur le vieillissement, les personnes âgées et les salariés à leur service.

En réaction à ce mouvement qui prend de l’ampleur, le gouvernement a annoncé la semaine dernière avoir débloqué 50 millions d’euros supplémentaires, confiés au Agences Régionales de Santé (ARS) afin de leur permettre de parer au cas par cas aux difficultés rencontrés. C’est un premier pas, mais largement insuffisant au regard de l’urgence et de la gravité de la situation.

De mes nombreuses visites dans les EHPAD et à l’hôpital, je reste marqué par l’attitude des soignants. Pourtant confrontés à des conditions de travail que peu de secteurs toléreraient, ils s’investissent d’autant plus avec une priorité : garantir le meilleur accueil possible aux personnes âgées. Il est plus que temps de leur rendre un peu de ce dévouement en leur garantissant des conditions de travail plus soutenables. Cela profitera à tout le monde, et d’abord à nos aînés. 

Ci-dessous mon passage dans la matinale de France Inter ce mardi 30 janvier à ce sujet. 

Matinale de France Info le 29/01/2018

Retrouvez le replay de mon intervention dans la matinale de France Info ce lundi 29 janvier 2018. L'occasion de faire le tour de l'actualité sociale du moment et notamment des licenciements annoncés chez Carrefour. 

 

Matinale de RTL le 26/01/2018

J'étais l'invité d'Elizabeth Martichoux dans la matinale de RTL ce vendredi 26 janvier. L'occasion d'aborder, entre autres, le mouvement des agents pénitentiaires, des suppressions d'emplois chez Carrefour ou encore la situation dans les EPHAD et les hôpitaux.

 

Débat aux Assises de la citoyenneté : Le modèle économique et social français est-il enviable ?

J'ai participé vendredi dernier aux Assises nationales de la citoyenneté, organisées par Ouest France et France Inter à Rennes. Le débat "Le modèle économique et social français est-il enviable ?", dans lequel j'intervenais, a été diffusé sur France Inter dans le cadre de l'émission "On n'arrête pas l'éco."

[LETTRE OUVERTE] “M. Macron, votre politique contredit l'humanisme que vous prônez !”

Cette lettre ouverte a été publié initialement dans le journale Le Monde daté du 17 janvier 2018. 

Monsieur le Président de la République, de votre projet, nous avions retenu que nous aurions une politique de l’asile stricte, mais exemplaire : que sous votre autorité la France veillerait à ce que le droit d’asile ne soit pas détourné de son objet, et que, dans le même temps, elle accorderait sa protection à celles et ceux qui sont légitimes à la demander.

Les Français pour qui la protection des persécutés ne fait qu’un avec la vocation historique de notre pays pensaient trouver là un motif de fierté. Ils accueillirent donc avec joie votre profession de foi « universaliste » à Orléans le 27 juillet 2017. Ils saluèrent votre promesse d’une France où plus personne ne dormirait « dans la rue, dans les bois » et où l’on ne chercherait plus à dissuader quiconque d’exercer son droit à la protection. Comme ils avaient salué, quelques mois plus tôt, votre coup de chapeau à l’Allemagne de Madame Merkel qui, disiez-vous alors, avait sauvé la « dignité collective » de l’Europe en accueillant plus d’un million de réfugiés. Enfin, ils approuvèrent votre souci de raccourcir les délais de procédure des demandes d’asile. Bref, à leurs yeux comme aux nôtres, et dans une assez grande diversité de sensibilités, votre présidence se plaçait sous les auspices d’un humanisme responsable et assumé.

« Mépris du principe d’accueil inconditionnel »

Nous nous sommes hélas réveillés dans un pays où l’on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais. Où l’on lacère leurs toiles de tente à Paris. Où l’on peut se perdre, pieds et mains gelés, sur les pentes enneigées de la frontière franco-italienne. Où des circulaires cherchent à organiser le recensement administratif dans les centres d’hébergement d’urgence, au risque de décrédibiliser le travail des associations et au mépris du principe d’accueil inconditionnel qui devrait seul régir ces sanctuaires. Où des projets de loi permettront bientôt de priver de liberté pendant 90 jours des femmes et des hommes dont beaucoup n’ont fait l’objet d’aucune mesure d’éloignement du territoire. C’est ainsi que des Erythréens, des Soudanais ou des Syriens, humiliés dans leur pays, torturés en Libye, exploités par des passeurs criminels, terrorisés en Méditerranée et entrés en Europe par la Grèce ou l’Italie, pourraient bientôt être privés de liberté en France.

Que se passe-t-il donc ? Tout porte à croire que les artisans de ces initiatives suivent un raisonnement d’une glaçante simplicité : puisque vous leur avez fait obligation d’appliquer le droit d’asile à 100 %, ils n’ont de cesse de faire baisser la demande en cherchant à dissuader les candidats de venir sur notre sol, voire en les éloignant avant même qu’ils aient pu tenter de faire valoir leurs droits. Pour cela, les moyens ne manquent pas. Ainsi du désormais fameux « règlement de Dublin » qui dispose qu’à l’exception de certaines situations familiales, c’est le pays d’entrée dans l’Union européenne qui a la responsabilité d’examiner les demandes d’asile. En vertu de ce texte qui était resté longtemps sans véritable application, un réfugié du Darfour entré en Europe par l’Italie sans y avoir demandé l’asile, devrait y être rapidement reconduit.

A ce compte-là, il n’y aurait plus de problème, puisque l’écrasante majorité des demandeurs d’asile ne sont pas entrés en Europe par notre pays. Donc, 100 %, oui, mais de pas grand-chose si possible. Le malheur et la guerre grondent aux portes de notre continent, mais nous laisserions ainsi aux Italiens, aux Grecs et aux Espagnols qui n’en ont bien souvent ni les moyens ni le désir, le soin d’être les gardiens exclusifs de nos proclamations d’hospitalité.

Cette logique et les mesures réglementaires qui l’accompagnent ont leur cohérence. Mais nous ne pouvons nous y retrouver, pour au moins deux raisons. La première est qu’elle a de fortes chances de ne pas atteindre ses fins. Si demain des « équipes mobiles » font irruption dans les centres d’hébergement d’urgence pour y recenser les migrants illégaux et autres « dublinés », ils sèmeront le désordre que vous souhaitiez précisément combattre. Car une bonne partie des intéressés iront alors vivre dans les bois et dans les rues, formant de nouveaux campements de fortune sur la voie publique, indisposant les riverains, révoltant les élus, etc. C’est là un bien mauvais calcul.

Pour « une politique commune de l’asile » en Europe

La seconde est que cette logique est en rupture avec l’humanisme que vous prônez. Pire, elle sème dans les esprits le poison du doute : après les centres d’hébergement d’urgence, les forces de l’ordre visiteront-elles demain les hôpitaux, les dispensaires, les écoles… sans se soucier du secret professionnel et de la déontologie des acteurs de terrain ? Telles sont les questions que se posent aujourd’hui des milliers de travailleurs sociaux et des centaines d’associations dont vous aurez besoin demain, parce qu’ils sont bien souvent le dernier rempart contre le malheur et le dénuement, d’où qu’ils viennent.

Pour être fidèle à la lettre comme à l’esprit de votre projet, il importe donc de mettre un terme à ces doutes et de convaincre chacune et chacun que l’exécutif n’a pas un double langage : celui des tribunes et celui de la nuit, celui des professions de foi et celui des intimidations, celui de la générosité publique et celui du zèle bureaucratique. La recherche de l’équilibre est vertueuse, mais on ne peut pas en même temps vouloir et refuser, promettre et dissuader. On peut appliquer les critères de l’asile avec rigueur et promptitude, et le dire, mais on ne peut porter un réel effort d’accueil en offrant simultanément tous les signes du rejet.

Si l’on veut véritablement protéger les persécutés parce qu’ils y ont droit, où qu’ils se trouvent, il convient de se partager cette mission avec ceux des pays européens qui se reconnaissent dans ces valeurs. Dublin a été conçu pour un monde qui n’existe pas ou qui n’existe plus, celui de demandes beaucoup moins nombreuses et géographiquement beaucoup moins concentrées. Face au grand vent de la crise migratoire, il faut bâtir avec ceux de nos partenaires qui y sont prêts un nouvel accord aux termes duquel un office européen des réfugiés accorderait ou refuserait l’asile, à la seule lumière du droit et en toute indépendance, puis répartirait équitablement les réfugiés entre les différents pays participants. Cette politique commune de l’asile, vous en aviez puissamment dessiné les contours durant la campagne, notamment dans votre discours de Berlin en janvier 2017.

Et en attendant qu’un tel cadre soit mis sur pied, il faut s’efforcer d’« être à la hauteur de nos idéaux », pour reprendre vos propres mots. Toute autre voie viendrait ajouter sa pierre au mur d’indifférence morale qui grandit un peu partout sur notre continent.

Laurent Berger (secrétaire général de la CFDT), 
Thierry Pech 
(directeur général de Terra Nova), 
Jean Pisani-Ferry 
(professeur à Sciences Po), 
Jean-François Rial 
(PDG du groupe Voyageurs du monde) 
Lionel Zinsou 
(président de Terra Nova)

Interview pour le groupe de presse Ebra - 10 janvier 2017

Logo EBRA

. Votre état d’esprit dans cette rentrée 2018 ?

Déterminé, parce qu’il y a beaucoup de combats à mener. Et serein, sur la capacité de la CFDT à porter des propositions. Nous sommes face à de grands défis de transformation du travail, de l’emploi, du modèle social, de l’Europe, avec un gouvernement qui veut avancer vite…

. Trop vite ?

J’entends des organisations qui se plaignent que tout aille trop vite, qu’on ouvre trop de dossiers à la fois : le chômage, l’emploi, la formation… Mais c’est un discours catastrophique pour le syndicalisme ! Notre cœur de métier, c’est bien de parler de tous ces sujets, et d’être capable de faire des propositions. La CFDT est prête à relever ce défi.

. La négociation sur l’assurance chômage s’ouvre jeudi. Un accord est-il vraiment possible entre patronat et syndicats ?

Oui, je crois possible un accord. C’est aux partenaires sociaux de trouver les voies du maintien d’un bon niveau d’indemnisation, en montant et en durée, de trouver des solutions sur l’extension aux démissionnaires et aux indépendants, avec une contribution des plateformes, et sur la réduction de la précarité.

. L’enjeu est gros : si la négociation échoue, c’est le paritarisme qui sera en échec, et la CFDT…

Il est sûr qu’un échec donnerait des gages à tous ceux qui préfèrent les affrontements stériles, au patronat comme dans les syndicats, et aux politiques qui pensent que la démocratie n’a pas besoin de démocratie sociale… Nous devons assumer nos responsabilités, d’abord pour les chômeurs ! Je suis assez confiant du côté des organisations syndicales, et j’appelle le patronat à prendre ses responsabilités et à entrer dans cette négociation pour parvenir à un accord.

. Quand Emmanuel Macron a été élu, vous lui avez demandé de « partager le pouvoir ». Il vous a écouté ?

Ses vœux télévisés résumaient son état d’esprit : j’écoute, mais je suis déterminé… Il nous reçoit, il nous associe aux réflexions, l’enjeu est maintenant de nous faire entendre. Le président a parfois une conception un peu étroite du pouvoir, mais je suis convaincu que, si nous sommes capables d’avancer des propositions, nous serons entendus, et donc utiles aux travailleurs.

. Philippe Martinez (CGT) a critiqué les ruptures conventionnelles collectives, comme il s’en prépare chez PSA. Vous le suivez sur ce point ?

Nous sommes très critiques sur ces ruptures conventionnelles. Même si elles sont encadrées par un accord, elles ne favorisent pas l’emploi, mais les départs de l’entreprise, et dans des conditions moins favorables qu’un plan social. Elles représentent un vrai danger pour les seniors.

. Vous voulez aussi partager le pouvoir dans les entreprises. Vous pensez être entendus ?

L’ouverture du dossier est une bonne nouvelle : dans l’enquête que la CFDT a menée l’an passé sur le travail, 72% des travailleurs disaient vouloir être davantage associés aux décisions de l’entreprise. Après, je vois bien le conservatisme d’un certain patronat, qui considère que toute discussion avec les salariés est une forme de remise en cause de sa souveraineté… Pour la CFDT, il faut redéfinir le rôle des entreprises qui ne peuvent plus être uniquement un lieu de recherche de la seule rentabilité à court terme. Il faut inventer une forme de codétermination à la française pour un meilleur partage du pouvoir et une gouvernance plus coopérative.  Cela suppose de donner plus de poids aux salariés et à ceux qui les représentent, notamment par une présence accrue dans les conseils d’administration. Je ne suis pas marxiste, mais je crois qu’il faut rééquilibrer les pouvoirs dans l’entreprise entre le capital et le travail. Aujourd’hui, le travail est devenu trop invisible.

. Nicole Notat, qui  vous a précédé à la tête de la CFDT, est chargée, avec Jean-Dominique Senard, d’un rapport préparatoire sur le sujet. Une gêne ou un avantage pour vous ?

Ni l’un, ni l’autre. Nicole Notat a quitté ce bureau (devenu celui de Laurent Berger, où se déroule l’entretien) il y a quinze ans, elle est libre, et la CFDT est indépendante.

. Et Jean-Dominique Senard, le PDG de Michelin, vous regrettez qu’il ne devienne pas président du Medef ?

Ce n’est pas à moi de choisir le président du Medef ! La CFDT côtoie Jean-Dominique Senard chez Michelin : tout n’est pas merveilleux, mais il a une vraie politique du dialogue social et il accepte d’écouter les autres… C’est quelqu’un de bien.

. La comédie de la succession de Pierre Gattaz au Medef a dû vous étonner un peu, non ?

Je constate qu’hier à la CFDT, et maintenant à Force Ouvrière, la transition se fait dans la clarté. Au Medef, cela fait deux fois que des gens qui nous expliquent tout connaître de l’entreprise et du management se prennent les pieds dans le tapis au moment de choisir leur président… Ils ont peut-être besoin d’un coup de main. On ne leur donnera pas pour le Medef, mais dans les entreprises, nous sommes légitimes à le faire.

. Le gouvernement semble tenté d’inclure une désindexation du smic dans sa prochaine loi sur les entreprises, le Pacte…

On nous explique que le smic pose des questions macro-économiques, mais j’aimerais qu’on pense davantage aux travailleurs qui touchent moins de 10 euros par heure pour vivre. Moi je sais ce que c’est, j’ai été payé au smic pendant trois ans...  Le smic doit rester indexé. Et toute évolution ne peut intervenir qu’après un vrai débat sur la politique salariale et les évolutions de carrière, pas sur le seul sujet de la désindexation.

. Sur les retraites, êtes-vous partisan d’attendre 2019 ?

Nous sommes partisans d’un grand débat. Si l’on veut une vraie réforme de fond, qui maintienne le système par répartition mais le rende plus juste, plus pérenne et laissant plus de choix, il faut prendre le temps de la réflexion en 2018. Cela conduit à faire les choix au cours de l’année 2019.

. Ce délai n’est pas pour éviter la collision avec les élections de décembre dans la fonction publique, avec en toile de fond la fin du régime spécial ?

Non, la CFDT a toujours dit les choses clairement. Et je reste persuadé qu’on peut avoir une réforme systémique des retraites très favorable aux fonctionnaires, comme aux autres travailleurs, et notamment aux femmes et aux agents de catégorie C.

. La CGT reconnaît une baisse du nombre de ses adhérents en 2017. Et vous ?

Nous publierons nos chiffres 2017 dans deux mois. Nous devrions être sur une légère progression, de 1%. C’est trop faible : ce n’est pas parce que les partis politiques sont en déliquescence que nous devons nous satisfaire de progresser lentement. Les salariés nous attendent, à nous d’aller les voir. Nous ferons des propositions assez fortes à notre congrès de Rennes, en juin.

propos recueillis par Francis Brochet

Invité de Patrick Cohen dans la matinale d'Europe 1

Ce jeudi 11 janvier, j'étais l'invité de Patrick Cohen dans la matinale d'Europe 1. J'ai tenu à insister sur l'opposition de la CFDT à la politique migratoire du gouvernement et j'en ai profité pour évoquer la table ronde que la CFDT organisait ce même jour sur le partage du pouvoir dans l'entreprise. 

Bonne année à toutes et tous !

Repenser l'entreprise : une nécessité !

« Qu’est-ce que l’entreprise ? » Répondre à cette question est essentiel, tant le débat s’hystérise souvent sur ce sujet, entre ceux qui pensent que l’entreprise est le mal absolu et ceux qui pensent qu’elle serait la solution à tous les problèmes de notre société. Pour la CFDT, ce n’est évidemment ni l’un ni l’autre mais l’entreprise est un sujet trop sérieux pour le laisser traiter par les seuls patrons.

Le Gouvernement, lancera au début de l’année prochaine une concertation sur un "plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises" qui devrait aboutir sur un projet de loi au printemps prochain. A la CFDT, nous travaillons sur ce sujet depuis de nombreuses années. C’est donc pour nous l’occasion de faire entendre nos propositions pour une entreprise plus démocratique, respectueuse des travailleurs et de l’environnement qui la portent.

Nos propositions « Repenser l'entreprise »

Une entreprise, quelle que soit sa taille, est un acteur incontournable de l’activité économique. C’est un lieu de création de richesse, c’est un collectif humain, une communauté de travail, un espace de démocratie sociale, un lieu d’investissement productif. Dans ce projet collectif, le financement de l’activité, qui passe parfois par l’actionnariat, est essentiel. Mais les travailleurs et leur savoir-faire le sont tout autant. Or, actuellement, l’intérêt de l’entreprise se confond trop souvent avec celui de ses financeurs qui seuls sauraient ce qui est bon pour elle. Il est temps de rééquilibrer les pouvoirs dans l’entreprise, les rééquilibrer en les partageant.

La question de la redistribution des bénéfices créés par l’entreprise, et celle de l’intéressement et de la participation, sont des questions importantes mais insuffisantes. Il y a quelques mois, nous avons mené une grande enquête auprès des travailleurs pour mieux comprendre comment est vécu le travail. 72% des répondants à cette enquête souhaitent participer davantage aux décisions qui affectent leur entreprise. Il s’agit donc de répondre à cette forte attente en permettant aux salariés de participer aux choix stratégiques qu’ils devront ensuite mettre en œuvre. A la CFDT, nous mettons la démocratie au cœur de nos revendications. Partager le pouvoir dans l’entreprise, est donc pour nous l’enjeu majeur de cette réforme.

Et ce n’est pas une utopie, d’autres pays l’ont fait. Les pays scandinaves, bien sûr, qui sont souvent cités à ce sujet, mais aussi l’Allemagne. Les patrons français aiment s'appuyer sur l'exemple Allemand mais ils ne devraient pas oublier que ce modèle se caractérise d’abord par la codécision dans l’entreprise, avec la présence de nombreux salariés dans les conseils d’administration, une reconnaissance forte du fait syndical, du dialogue social et de la mission d’intérêt général de l’entreprise.

Mais cela suppose de faire confiance aux salariés et de redonner toute sa place au travail. Là encore, rien d’irréaliste. D’abord, parce que cela est légitime : l’entreprise est ce projet auquel les salariés lient leur destin au moins autant que les dirigeants. Mais aussi parce que les salariés ont des idées pour leur entreprise ! Que ce soit en termes d’investissement, de stratégie ou de conditions de travail, ils ont beaucoup à apporter pour améliorer la compétitivité autant que la qualité de l’emploi. Face à une finance court-termiste, ils sont aussi les garants du temps long pour leur entreprise, de la qualité du service ou du produit.

Redonner toute sa place au travail dans l’entreprise, c’est donner plus de poids aux salariés dans les conseils d’administration et les conseils de surveillance. Et c’est aussi renforcer les espaces de dialogue et développer la codécision, par exemple sur l’utilisation des subventions publiques ou sur la rémunération des dirigeants.

Pour changer l’entreprise, nous pouvons faire confiance au dialogue social. Un pari que ce Gouvernement n’a pas su faire avec les ordonnances. Ce prochain projet de loi est donc une nouvelle opportunité d'avancer dans ce sens. La CFDT s’engagera pleinement dans cette voie en prônant des modes de gouvernance plus collaboratifs et un management plus horizontal.

Une entreprise plus démocratique, c’est également une entreprise responsabilisée quant aux conséquences de ses décisions pour la société. La loi sur le devoir de vigilance des multinationales est une première avancée importante à  poursuivre.

Aujourd’hui, dans notre droit, le seul objectif d’une entreprise est le profit financier. Pour évoluer vers un modèle de production de qualité (qualité de la production, qualité des rapports humains, respect de l’environnement), la question de la finalité de l’entreprise doit être posée. Pour la CFDT, la réécriture des articles 1832 et 1833 du code Civil pour que les entreprises prennent en compte l’impact économique mais aussi social et environnemental de leur activité est une évidence. C’est une réforme qui demanderait aux entreprises de s’évaluer (par la notation extra financière) et de mesurer l’impact de leur activité pour la société. C’est une mesure de progrès fondamentale et indispensable.

Et pour les entreprises qui souhaiteraient aller plus loin, nous militons pour la création d’un nouveau statut, celui de la Société à objet social étendu (SOSE). Celles qui le voudraient pourraient alors poursuivre un objectif social, environnemental, humain, scientifique… Il ne s’agit plus uniquement de s’assurer de la neutralité d’une activité mais de rechercher un bénéfice social, environnemental, humain, scientifique… Pour une réelle effectivité ou pour éviter un effet d’affichage, ce statut porteur d’innovation devra être assorti d’une gouvernance intégrant les salariés et les parties prenantes de ce projet (consommateurs, associations...).

Dans les concertations à venir, la CFDT sera vigilante et exigeante pour que ce débat soit utile pour les travailleurs et les citoyens. Changer l’entreprise, c’est changer le travail et changer le travail, c’est changer la société. 

A la rencontre des militants CFDT de Ouest-France !

Mardi 5 décembre, je suis allé à la rencontre des adhérents et militants CFDT de Ouest France, près de Rennes. 

Laurent Ouest France

Ouest France est le plus grand quotidien de la presse régionale française. 1 400 personnes y travaillent, et les journalistes ne représentent que 40% d’entre-eux ! Ce journal a la particularité d’avoir ses propres ateliers d’impression ; 420 ouvriers travaillent donc sur les rotatives, installées à Rennes, Nantes et Angers. Dans le contexte de la transition numérique, c’est un vrai pari ! Même si la diffusion se tasse, Ouest France reste d’abord un journal « papier » avec 700 000 exemplaires par jour. Parallèlement, les abonnements numériques augmentent. Ouest France est au 5e rang du classement des audiences numériques, devant BFM.

Face aux évolutions de la presse et des médias, à la forte demande de contenus en ligne, Ouest France veut prendre le virage de la révolution numérique. L’équilibre et le modèle économique restent à trouver mais le quotidien dit vouloir miser sur la qualité de l’information pour s’inscrire dans cette transition, qui remet en cause à la fois l’organisation du travail et les fonctionnements de l’entreprise au quotidien.

Une information de qualité passe d’abord par des conditions de travail acceptables pour les travailleurs. Or, Philippe Gaillard, délégué syndical CFDT chez Ouest France me le rappelait lors de notre rencontre : « Les efforts de productivité demandés aux salariés et le manque de perspectives claires ont des impacts sur l’ambiance de travail. » Car pour répondre à ces nouvelles demandes multimédias, les journalistes doivent écrire à la fois pour l’édition papier, le site internet mais aussi réaliser des vidéos et alimenter les réseaux sociaux.

Et les journalistes ne sont pas les seuls impactés par ce changement de modèle. J’ai rencontré plusieurs salariés et ils sont inquiets. Les effectifs ont baissé année après année, sans licenciements, mais tous les départs en retraite ne sont pas remplacés. Dans le même temps, les salaires n’ont
pas été augmentés depuis 5 ans. Les dépassements d’horaires sont récurrents et la direction peine à l’admettre. Cela se traduit par du stress et une qualité de vie au travail qui se dégrade.

La section CFDT Ouest France de Rennes compte 90 adhérents et militants qui s’attachent à représenter l’ensemble des professions présentes au sein du journal. Avec ces transformations, l’organisation du travail et donc le management sont questionnés. C’est pourquoi la CFDT travaille à sensibiliser les cadres de l’entreprise -ils sont plus de 360- et organisera, début 2018, un débat, ouvert à tous, sur ce sujet.

Ouest France est représentatif des mutations auxquelles le secteur de la presse écrite doit faire face. Et pour les anticiper, les organiser, la présence et l’action syndicale sont essentielles. Le syndicalisme, par le dialogue social, a tout son rôle à jouer pour construire, avec les travailleurs, les réponses à ces défis. Cette visite à Ouest France est une nouvelle fois l’occasion de rappeler que les salariés doivent être formés et accompagnés dans ces changements. La CFDT milite pour sécuriser les parcours professionnels de chacun et ne laisser personne au bord du chemin.

Table ronde sur les inégalités au sommet de l'économie de Challenges

Invité du 4e sommet de l'économie organisé par le magazine Challenges le 1er décembre dernier, j'ai eu l'occasion de participer à une table ronde sur la question des inégalités, où j'ai rappelé notamment le rôle fondamental de la formation et de l'accompagnement de chacun pour les réduire, ainsi que la place des syndicats. Je vous invite à découvrir ces débats en vidéo. 

 

L'article du magazine Challenges est à retrouver ici

Interview à L'Usine Nouvelle

Cette interview a été donné au journal L'Usine Nouvelle le 9 novembre 2017

La réforme de la formation est présentée par le gouvernement comme une contrepartie de sécurisation face aux nouvelles flexibilités du droit du travail. Vous êtes d’accord ?

Cette sécurisation, à travers l’apprentissage, l’assurance-chômage et surtout la formation professionnelle, est nécessaire, mais il ne suffit pas de la décréter pour qu’elle soit réelle. Le risque est d’aborder cette question par le biais de la tuyauterie et des financements, qui ne sont pas des fins, mais des moyens pour aider les salariés à évoluer vers des emplois qui existent ou vont exister.

Quelles sont les conditions pour que cette sécurisation soit effective ?

Il est indispensable d’accompagner les salariés dans l’utilisation de leur droit à la formation. Actuellement, face à leur compte personnel de formation (CPF), nombre d’entre eux sont comme une poule face à un couteau... Pour se former, il faut connaître les besoins des territoires et des entreprises, identifier les bonnes formations, connaître les voies à emprunter pour les suivre. Ma vision ne sera jamais : « on te donne des droits et après tu te débrouilles, si tu ne te formes pas et ne trouves pas d’emploi, c’est de ta faute ». Il ne faut pas laisser les salariés seuls face à une application numérique. Pour la CFDT, il ne sera pas question de résumer une réforme à l’augmentation d’un portefeuille de droits et au renvoi à la seule responsabilité individuelle.

Qui existe ?

Bien sûr. Il est hors de question pour nous de le nier, mais c’est le renvoi à cette seule responsabilité individuelle qui nous pose problème. Il y a besoin d’intermédiation.

A qui confier cet accompagnement ? A un service public ? Aux syndicats ? Aux employeurs ?

A tous ! Oui, il y a une responsabilité des représentants syndicaux et des délégués de proximité pour assurer ce service auprès des salariés. Il y a aussi une responsabilité des employeurs. Cette réforme ne peut pas être un outil de déresponsabilisation des patrons, au prétexte que les salariés sont responsabilisés. Cela passe par des plans de formation dans l’entreprise, qui doit rester un lieu très fort d’accès et d’incitation à la formation. Sur ce sujet, il faut que les employeurs progressent. Les évolutions des métiers vont s’accélérer, tout comme les transformations du travail. Nombre d’entreprises sont en situation de risques, victimes du court terme si elles ne forment pas leurs salariés aux défis de demain. La CFDT souhaite un service public de l’accompagnement qui pourrait prendre de multiples canaux, être par exemple de la responsabilité des structures porteuses des congés individuels de formation (CIF), impliquer Pôle emploi…

Au-delà d’un socle de droits pour tous, il faut des droits renforcés pour ceux qui en ont le plus besoin, les chômeurs, les salariés des plus petites entreprises, les moins qualifiés, ceux qui travaillent dans des secteurs soumis à de fortes évolutions… Là-dessus, nous serons d’accord avec le gouvernement s’il y a des politiques ciblées.

Comment repérer les besoins en formation ?

Il faut partir de ceux des territoires, des entreprises, des branches professionnelles, des salariés, pour se fixer des objectifs. Pour y parvenir, l’exploitation des données ne suffira pas, il faudra de la confrontation et du dialogue social entre les différents acteurs. Et il faut absolument privilégier une approche territoriale. On connait les difficultés de la mobilité ! Dans les territoires, le dossier est technique, mais il passe aussi par une implication de tous les acteurs (organisations syndicales, patronat, pouvoirs publics) sur les besoins d’aujourd’hui et de demain.

Les branches professionnelles ont un rôle déterminant à jouer, à condition qu’elles dépassent la logique adéquationniste de court terme. Un salarié ne se forme pas seulement pour occuper le poste de demain, mais aussi pour faire progresser sa carrière professionnelle et occuper d’autres postes après-demain. La réponse des entreprises ou celle des OPCA ne peut pas être le chacun pour soi. Les missions des OPCA pourraient évoluer vers cette mise à plat des besoins en compétences dans les branches. Mais nous aurons besoin de maturité des acteurs pour assumer leurs responsabilités.

Le gouvernement envisage de nommer un chef de file sur chaque sujet : les salariés, les chômeurs, les apprentis. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas idiot, à condition de rester dans le dialogue social. Si c’est pour donner à ce chef de file toutes les clés, sans aucun droit de regard des autres acteurs, ce n’est pas possible. Il est déterminant de garder une logique quadripartite pour définir les politiques à mener. Et il faut qu’on progresse sur la qualité des structures de formation et la possibilité d’offrir des certifications des formations suivies pour éviter que des gens une fois formés ne puissent pas valoriser ce qu’ils ont appris.

Si on parle d’abord de la finalité de la réforme, alors on pourra ensuite parler de tuyauterie et de financement. Si on veut que, demain, les salariés soient sécurisés, il faut les former. Et si on veut qu’ils soient formés, il faut qu’ils soient accompagnés dans leurs parcours professionnels et que ce qu’on leur propose soit de qualité, y compris en apprentissage.

Faut-il donner plus de pouvoirs au monde de l’entreprise pour définir les parcours d’apprentissage ?

Je n’ai pas d’opposition à ce que les branches soient davantage associées aux référentiels, mais il n’est pas question de leur confier tous les pouvoirs ! En dépit des évolutions de 2014, toutes les branches n’ont pas joué le jeu du développement de l’apprentissage. Elles doivent accompagner les jeunes dans leur recherche d’une entreprise. Beaucoup sont démunis faute de réseaux. La CFDT demande aussi un véritable statut de l’apprenti, qui doit se rapprocher de celui de l’étudiant, car il faut limiter le taux d’abandon, particulièrement fort chez les jeunes peu qualifiés, de niveau IV et V. Il y a un besoin d’accompagner la double résidence, la mobilité, la reconnaissance...

Vous avez défendu le Compte personnel d’activité (CPA), qui devait incarner une forme de sécurisation pour les salariés. Vous y croyez toujours ?

On ne parle plus du CPA pour des raisons politiques, parce que ce gouvernement prend soin de ne pas évoquer ce qui a été fait sous le quinquennat précédent. Le CPA, c’est à la fois un CPF renforcé, un droit à l’assurance chômage, la garantie jeunes, et la CFDT espère toujours y intégrer une banque du temps, pour laquelle nous nous battrons. Dans le CPA, il y avait une logique d’accompagnement très forte, quand celle du gouvernement paraît très timide. Je crois à l’émancipation, qui permet de progresser individuellement mais aussi avec les autres. Si on veut permettre à chacun d’être acteur de son parcours, il faut un cadre collectif qui lui en donne les possibilités. 

Journée internationale contre les violences faites aux femmes

Ce samedi 25 novembre est la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Dans le contexte actuel, cette journée prend cette année une dimension inédite. Cependant, la CFDT n’a pas attendu 2017 pour faire de cette cause nécessaire un combat syndical du quotidien. Je tenais à m’exprimer une nouvelle fois ici sur ce sujet en partageant avec vous quelques propos que j’ai pu tenir à nos militants réunis pour une journée spéciale ce mardi 21 novembre au siège de la confédération et dont vous trouverez le résumé en vidéo à la fin de ce billet.

Après l’affaire Weinstein, les dénonciations de harcèlement sexuel se multiplient. Les milliers de tweets et de messages sur les réseaux sociaux lèvent le voile sur l’ampleur de ces violences et le silence intolérable qui les entoure.

Cette actualité relayée par de nombreux médias permet d’éveiller les consciences, c'est essentiel. Mais ce qui permettra réellement de changer les choses, c’est la vigilance collective et l’action au quotidien. En tant que syndicalistes, en tant qu’acteurs du travail, nous avons entre les mains une partie de ces réponses. Nous pouvons, et nous devons, contribuer à changer les choses. Notre mobilisation aujourd’hui va dans ce sens.

La CFDT n’a pas attendu cette médiatisation pour s’emparer du sujet des violences sexuelles et sexistes. Dès l’entrée massive des femmes sur le marché du travail au cours des années 70, la CFDT s’est penchée sur la question de la place des femmes dans l’organisation, dans le monde du travail et plus globalement dans la société.

Très tôt, la CFDT milite pour que la femme retrouve pleine possession de son corps : reconnaissance du droit à l’avortement et à la contraception, lutte contre les violences conjugales ou exercées contre les femmes ; ce sont des combats que nous avons menés.

Dans notre organisation, le Bureau national encourage, dès 1971, la création d’une commission de travailleuses mandatées par les structures pour appréhender collectivement ce qui peut être perçu, à tort, comme des problèmes individuels mais aussi pour que les structures syndicales intègrent effectivement la libération des femmes dans leur stratégie et leur action quotidienne.

Sur le plan légal, nous avons largement contribué à créer de nouvelles protections pour les victimes de harcèlement au travail. Par la voix de Nicole Notat, la CFDT revendique l’introduction dans le code du Travail de la définition de harcèlement sexuel. Et nous obtiendrons gain de cause en 1992 ! La réforme Rebsamen a ensuite ajouté en 2015 la notion d'agissement sexiste dans la loi.

Aujourd’hui, nous pouvons également compter sur l’expertise et le soutien de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). Retrouvez ici mon interview croisée avec sa déléguée générale, Maryline Baldeck.

La CFDT est féministe, c’est dans notre ADN. Nous militons depuis des années pour une amélioration de la condition des femmes, au travail comme dans la société. Je le répète souvent, en matière de respect des personnes, il n’y a pas de compromis possible.

La lutte contre les violences sexuelles et sexistes est un vrai sujet syndical et non un supplément d’âme. Il ne s'agit pas que d'un sujet d'éthique ou moral mais aussi d’un sujet politique, car ces violences au travail s'inscrivent dans des relations de pouvoir, des rapports de domination hiérarchique ou économique. Elles s’inscrivent dans la domination masculine à l’œuvre dans nos sociétés et c’est intolérable.

Dans les entreprises et les administrations, nous avons la responsabilité d’agir et de tout faire pour créer les conditions qui, d’un côté, refreineront les harceleurs et de l’autre sécuriseront les victimes.

Alors, à nous de continuer ce travail maintenant ! Ce travail doit aller bien plus loin qu’une réaction de dégout ou de condamnation face à ces violences. Le travail que nous devons mener, c’est une action syndicale quotidienne dans l’anonymat de nos organisations et de nos lieux de travail

A la rencontre des travailleurs guyanais

La Guyane ne ressemble à aucun autre outre-mer. A l'arrivee à l'aéroport Félix Eboué le climat se charge de vous rappeler que vous êtes a 4 degrés de l'équateur. D'un côté le Surinam, de l'autre le géant brésilien. Et de la forêt. Partout. Sur la bande littorale entre St Laurent du Maroni et St Georges de l'Oyapock, 90% d'une population de 260 000 habitants vit au rythme d'un pays dur, d'un pays où près de 40% des jeunes sont au chômage. Un pays où les technologies de pointe du secteur spatial côtoient des quartiers, ou plutôt des favelas, concentrés de misère et de souffrance.

La CDTG CFDT, union interprofessionnelle de la CFDT vit et agit au rythme de ces réalités. J'ai assisté à leur congrès les 3 et 4 novembre. Les débats m'ont fait comprendre que ce département souffrait de handicaps structurels malgré un potentiel unique dans l'outre-mer.

Guyane 1

Mon déplacement à St Laurent du Maroni avec Daniel clet, brillamment réélu à la tête de la CDTG CFDT, me fait entrer de plain pied dans une réalité Guyanaise que je n'imaginais pas. C'est une rencontre avec 4 salariés d'une entreprise d'exploitation du bois, la forestière Guyanaise, qui va me révolter. Des salariés corvéables du lundi matin au vendredi soir contraints de dormir dans des hamacs bricolés, l'eau pour boire et se laver vient d'un bidon que la pluie se charge de remplir. Pour le reste, il faudra un mort sur le chantier pour que le patron daigne investir dans une boîte à pharmacie, remplie de médicaments périmés...

Pour l'appel des secours en ces zones reculées de la forêt amazonienne il faudrait un téléphone satellitaire, investissement peu compatible pour un individu qui ne paie déjà pas toutes les heures de ses salariés.

Ces derniers viennent d'être licenciés oralement. Leur tort ? Avoir appelé au secours, il n'y a pas d'autre mot, en sollicitant la CFDT. Aujourdhui ils ont peur. Je les ai quitté en m'engageant à appuyer la CDTG qui s'est bien investie sur ce dossier et a m'investir personnellement.

Cette rencontre m'éclaire sur la nature d'une société qui ne peut que se cliver. Quand une partie de la société agit dans un tel mépris de l'autre, c'est la Guyane qui se désagrège. On ne bâtit pas un pays sur des traitements humains dégradants. La CDTG CFDT fait du vivre ensemble son premier combat. A cet égard, elle est pleinement dans une démarche incontournable pour l'avenir de la Guyane. Les militants CDTG CFDT portent un syndicalisme dont leur territoire a  besoin. Un syndicalisme porteur de projets concrets pour les salariés. Un syndicalisme qui sait s'engager. L'engagement, c'est précisément de cela que la Guyane a besoin, loin des seuls constats stériles qui n'apportent rien sauf la désespérance. C'est au contraire l'espoir que porte la CFDT dans cette magnifique terre de France en Amérique du sud.

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Le réveil de l’Europe sociale

Je me rends demain, vendredi 17 novembre, à Göteborg en Suède, pour intervenir dans le cadre du sommet social européen. Ce rendez-vous pourrait marquer la reprise de la construction de l’Europe sociale : les chefs d’Etats et de gouvernements devraient y proclamer le socle européen des droits sociaux et donner ainsi un nouvel élan vers une Europe plus protectrice des travailleurs et des citoyens.

C’est un signal important et particulièrement attendu. Le projet européen a été imaginé et lancé pour créer des solidarités entre les peuples, des sécurités nouvelles. L’Union européenne a permis de garantir la paix sur le continent et de nombreux acquis pour les salariés sont le résultat de textes européens : l’égalité entre les hommes et les femmes, l’objectif de sécurité et de santé au travail, la liberté de circulation pour les travailleurs… En 1985, Jacques Delors a posé les premières briques du dialogue social européen, c’était une avancée remarquable pour de nombreux Etats qui partaient de zéro.

Depuis, ce processus s’est enrayé, la commission Barroso a malmené le projet européen. La crise économique et financière a motivé une gestion de court terme qui n’est plus tenable. Alors qu’elle était perçue comme porteuse de stabilité, de nouvelles perspectives économiques et sociales, de progrès démocratique, l’Union européenne est considérée aujourd’hui par beaucoup comme une menace. Les populistes surfent sur cette défiance pour promettre un retour aux frontières, au protectionnisme et au repli sur soi. Les citoyens britanniques lui ont claqué la porte.

Je suis convaincu que l’Union européenne reste le meilleur échelon pour relever les défis d’aujourd’hui (changement climatique, transition numérique…) mais aussi que le progrès social est une partie indispensable de notre stratégie commune. Nous devons revenir à des projets de long terme, à une Europe tournée vers les citoyens qui en sont la première richesse.   

La CFDT s’est toujours engagée, au travers la Confédération européenne des syndicats (CES) entre autres, pour la construction d’une Europe sociale au moins autant qu’économique, pour une Europe porteuse d’un nouveau modèle de développement. En 2014, nous menions campagne pour « une nouvelle voie pour l’Europe ». Nous demandions un plan d’investissement ambitieux vers les secteurs d’avenir (numérique, transition énergétique, éducation et formation, infrastructures…). Nous avons obtenu le plan Junker. S’il reste insuffisant au vu des enjeux actuels, c’est une première avancée qu’il faut encourager et développer. Nous demandions également un contrat social européen permettant de tirer les droits des travailleurs européens vers le haut, de créer une convergence des systèmes de protection sociale pour qu’ils ne soient plus l’objet de concurrence entre les travailleurs, les entreprises et les Etats européens.

Le socle social des droits européens est la concrétisation d’une partie des revendications syndicalistes européennes. Ce document, adopté à l’unanimité par les ministres européens en charge de l’emploi et de la politique sociale, donne une orientation politique forte pour les prochains travaux à venir. C’est un bon signe. Mais ces grands principes devront ensuite être déclinés en actions concrètes. Partout en Europe, les travailleurs attendent des actions rapides et de nouvelles règles concernant le congé parental, le congé des proches aidants, l’amélioration des conditions de travail et de sécurité, l’accès à la protection sociale…

La révision de la directive sur les travailleurs détachés fait partie de ces actions concrètes. Le 23 octobre, les ministres des affaires sociales de l’Union ont trouvé un compromis : la durée du détachement a été réduite à 12 mois, le salaire des travailleurs détachés sera fixé en lien avec les salaires pratiqués dans le pays d’accueil. Il reste cependant à obtenir des garanties sur le versement des indemnités, sur l’application des conventions collectives, sur l’inclusion du secteur des transports. La CFDT aurait voulu aller plus loin, mais ces premières avancées sont à saluer. Avec la CES, nous continuerons de porter ces revendications dans les discutions à venir avec le Parlement et la Commission.

Lors du sommet de Göteborg, je plaiderai, devant les chefs d’Etats et de gouvernements pour cette Europe sociale qui est une nécessité, autant pour les citoyens que pour les entreprises. Pour mieux protéger les travailleurs, je demanderai, dans la logique de ce que nous avons commencé à construire en France avec le Compte personnel d’activité (CPA), à ce que les droits ne soient plus attachés à un statut mais à la personne directement et qu’ils soient mobilisables sur tout le territoire européen.

La voie est ouverte ! L’année 2018 est l’occasion de donner un nouveau souffle au projet européen, pour construire une Europe ambitieuse et protectrice dans laquelle chaque citoyen pourra prendre part et trouvera les conditions d’une vie épanouissante. La CFDT y travaille sans relâche. 

Au plus proche des salariés de Miramas

Pour de (trop !) nombreux salariés, les mots « syndicalisme » et « proximité » ne semblent pas aller de pair. Les salariés dépeignent souvent les syndicats comme trop éloignés de leurs préoccupations, de leurs réalités. Ma dernière visite me démontre tout le contraire. J’étais le 9 novembre à Miramas pour l’inauguration de l’Union locale CFDT en présence du Maire de la ville. Le projet est né d’un constat simple : la CFDT doit être présente sur ce territoire en plein développement économique.

En effet, depuis le 13 avril 2017, Le Village des Marques Mac Arthur Glen a ouvert ses portes. Il a déjà permis de créer 650 emplois dans plus de 120 boutiques et 6 moyennes surfaces. A termes, c’est l’équivalent de 1000 emplois à temps plein qui sont attendus, dont 30% seront réservés aux demandeurs d’emploi de Miramas. Je ne parle même pas de tous les emplois indirects et induits qui seront nécessaires.

Miramas

A l’occasion de la journée de mobilisation « Changeons le travail » le 09 novembre (voir mon billet du 07/11), j’ai accompagné les militants CFDT qui rencontraient les salariés des différents magasins et des entreprises environnantes. J’ai pu engager la conversation avec des salariés sur leur quotidien au travail et ce qu’ils souhaitaient changer pour l’améliorer. Ils ont surtout évoqué la précarité de leur emploi car les employeurs ont recours au CDD trop facilement. Ils ont aussi parlé de la difficulté à voir leurs heures travaillées le dimanche majorées à 100% comme la loi le prévoit, ainsi que des problèmes de transport pour se rendre sur le site aux heures demandées.

Nathalie Nave, responsable CFDT avait déjà fait le constat des difficultés des salariés de Village des Marque en échangeant à de nombreuses reprises avec eux. Elle m’a confirmé qu’il est nécessaire d’instaurer un climat de confiance pour que la parole des salariés se libère.

C’est la raison pour laquelle ils ont créé une Union locale, avec des locaux à proximité du site et une permanence pour recevoir les salariés qui ont des questions. Cette permanence est assurée actuellement sur rendez-vous téléphonique par Nathalie et Serge Nardelli (Secrétaire général du syndicat Commerce et Services des Bouches-du-Rhône). Pour des conseils juridiques, des temps de permanence seront également assurés. L’ouverture de cette UL, avec le soutien de la CNAS, est une formidable opportunité pour notre organisation syndicale de répondre au mieux aux besoins des salariés mais aussi de simplifier leur vie de citoyen.

En plus de la permanence à l’UL, Nathalie souhaite intensifier ses visites hebdomadaires sur le site de Village des Marques ainsi que sur la plateforme logistique de Clésud. Ces rencontres permettent d’informer les salariés sur leurs droits, de les écouter pour ensuite agir et améliorer leurs conditions de travail.

Le 9 novembre, changeons le travail !

En mars dernier, la CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le secteur privé. C’est un bouleversement historique, dont nous sommes tous très fiers. Mais nous sommes aussi conscients que trop de salariés sont encore éloignés du syndicalisme ou en ont une vision tronquée, caricaturée.

J’ai la conviction que le syndicalisme est mortel s’il ne fait pas la preuve de son utilité. Pour être utile, il doit être fort et pour être fort, il doit être présent sur le terrain auprès des salariés et des fonctionnaires, pour les écouter et construire avec eux des propositions et des contrepropositions au plus près de leurs réalités.

C’est l’ambition de la CFDT : peser partout où cela est nécessaire, pour améliorer le quotidien des travailleurs, et en premier lieu dans les entreprises et les administrations, quelles que soient leur taille. La dernière réforme du code du Travail rend notre mobilisation d’autant plus nécessaire que dans les entreprises de moins de 50 salariés, ces travailleurs pourront se retrouver seuls face à leur employeur, devront négocier des accords sans forcément bénéficier de l’appui d’une organisation syndicale.

Pour ces raisons, la CFDT a décidé de lancer, ce jeudi 9 novembre, une grande opération pour aller, tous ensemble, à la rencontre des travailleurs sur leur lieu de travail. Le nom de cette opération : « Changeons le travail ! » Dans la continuité de notre grande enquête Parlons Travail, nous souhaitons entendre les besoins des travailleurs, leurs attentes et construire avec eux le travail de demain.

Nous souhaitons faire connaitre le syndicalisme CFDT, qui a l’ambition de renforcer la place des travailleurs dans leur entreprise, qui obtient, là où il est présent, des avancées pour tous et contribue à la bonne marche des entreprises et des administrations ; un syndicalisme qui s’engage aussi pour ses adhérents en leur offrant assistance et services. En somme, un syndicalisme du XXIe siècle, à l’opposé des tendances conservatrices de certaines organisations patronales.

Les équipes CFDT seront donc mobilisées partout sur le territoire, avec des initiatives très diverses. Pour ma part, je serai avec les militants CFDT au Village des marques à Miramas.

Bon courage à toutes les équipes mobilisées lors de cette journée ! Faisons un premier pas ensemble pour changer le travail !

Interview à Alternatives Economiques - octobre 2017

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Les consultations sur l’avenir de l’assurance chômage viennent de démarrer. Qu’en attendez-vous ?

D’abord, que le gouvernement confirme que les chômeurs conservent les droits actuels à indemnisation : il est hors de question pour la CFDT que l’on revienne sur le montant ou la durée.

Ensuite, il faut élargir les droits aux « travailleurs des plates-formes », à tous ceux qui sont indépendants mais qui travaillent dans une situation de dépendance économique. Leurs donneurs d’ordre devront contribuer au financement de cette protection sociale, qui doit rester prioritairement fondée sur un système contributif : je touche parce que je cotise. L’assurance chômage est un revenu de remplacement, pas un revenu universel majoritairement financé par l’impôt.

Faut-il instaurer un système de bonus-malus sur les contrats courts ? 

Oui. On verra quelle est la meilleure formule de taxation, mais le sens doit être clair : limiter la précarité des contrats de travail par une responsabilisation des employeurs. La lutte contre la précarité passe également par une meilleure articulation avec les dispositifs de solidarité. Dans un pays où le ministère des Finances est toujours en quête de coups de rabots budgétaires, il ne faut jamais baisser la garde. La CFDT se bat pour que le revenu de solidarité active (RSA) soit revalorisé comme d’autres minima sociaux. C’est une question de justice sociale.

Que pensez-vous de la possibilité d’étendre les droits aux personnes qui démissionnent ?

Pourquoi pas, mais il y a déjà 25 règles d’indemnisation prévues en cas de démission ! Cependant, l’assurance chômage est là pour assurer un revenu de remplacement pour vivre. Elle permet, parce que l’on est indemnisé et accompagné, de retrouver du travail plus facilement. Ce n’est pas un système de gestion des réorientations professionnelles. Il est légitime que des salariés veuillent changer de voie.

Pour cela, il existe déjà des dispositifs d’accompagnement comme le congé individuel de formation… Je suis favorable à ce que l’on ouvre aux salariés la possibilité d’une réorientation professionnelle profonde une fois au cours de leur carrière. Mais ce n’est pas à l’assurance chômage d’en porter le coût.

La formation des chômeurs leur garantit-elle un emploi ?

Notre approche est de partir des besoins des entreprises et des territoires, d’assurer une certification des formations et d’être dans une logique d’accompagnement. Dire que chaque salarié va porter son « sac à dos de droits » individuellement entre période d’emploi, de formation, de chômage, c’est très bien, mais cela profitera aux plus qualifiés. C’est pourquoi il faut un accompagnement public fort. L’Afpa1  pourrait s’en charger : c’est plus d’une centaine de centres répartis sur tout le territoire, au plus près des besoins, et disposant de la légitimité et des compétences nécessaires.

Enfin, le plan de formation professionnelle voulu par le gouvernement ne doit pas aboutir à déresponsabiliser les entreprises dans le maintien et l’évolution des compétences de leurs salariés. Nous, syndicats, devons pousser à faire de la formation un élément central de la négociation collective. Nous pouvons aussi, et ça marche très bien, jouer un rôle de conseil auprès des salariés dans ce domaine.

Qu’est-ce que cela change d’avoir plus de représentants des salariés dans les conseils d’administration ?

Cela permet de faire entrer le travail, et non plus seulement le capital, dans les conseils d’administration, afin que les administrateurs sachent comment il est organisé dans l’entreprise. Ce sont les chefs d’entreprise qui le disent aujourd’hui, après que la loi de 2013 leur a imposé de donner plus de place aux représentants des salariés. Cela reste insuffisant. Mais toute progression doit s’inscrire dans une évolution plus générale de la gouvernance d’entreprise.

Premier niveau, il faut revoir l’article 1833 du code civil qui définit l’entreprise uniquement comme un centre de profit. La réécriture doit intégrer des objectifs sociaux et environnementaux. Les statuts de l’entreprise doivent également être revus. On pourrait ouvrir la possibilité d’opter pour la « Société à objet social étendu », comme le proposent les chercheurs Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, ou de recourir à un statut équivalent, pour donner un sens plus sociétal à l’entreprise. C’est possible par exemple aux États-Unis ; la France, elle, est en grand retard dans ce domaine. Cela permettrait aux entreprises qui veulent avancer de pouvoir s’en saisir.

Le second niveau passe par le renforcement de la place des représentants des salariés dans les conseils d’administration, comme représentants du travail, pas seulement de l’actionnariat salarié. Dans une vision idéale, il faudrait monter jusqu’à 50 % d’administrateurs salariés. Des espaces de codécision employeurs salariés sont également nécessaires. Par exemple, on se bat souvent pour savoir si les aides que touchent les entreprises sont des cadeaux au patronat ou des aides utiles à tous : leur utilisation pourrait relever de la codécision. Nous souhaitons que la rémunération des dirigeants entre dans ce périmètre. L’autorégulation a montré son incapacité à avancer sur le sujet.

Enfin, la démocratisation de l’entreprise doit s’accompagner d’un renforcement du dialogue social. Il faut donner plus de place à la confrontation des points de vue et ouvrir des espaces d’expression des salariés sur leurs conditions de travail.

Selon le patron du Medef, les syndicats français ne sont pas assez mûrs pour qu’on leur accorde une place plus grande dans les conseils d’administration.

Nous avons un patronat du XXe siècle. C’est difficile d’avancer vers plus de démocratie sociale en France parce qu’il y a un maillon faible : le manque d’interlocuteur.

Le Medef est empreint d’une vision limitée des syndicats de salariés et du dialogue social. Heureusement, le patronat, ce n’est pas les entreprises, on peut y dialoguer. J’espère que le prochain responsable du Medef aura une vision plus ouverte pour que nous puissions avancer collectivement.

Accroître l’intéressement et la participation, est-ce une bonne chose ?

Nous souhaitons de véritables négociations sur le partage de la valeur ajoutée. Car c’est un débat important sur les capacités d’investissement de l’entreprise et sur sa vision à long terme. Si la refondation de l’entreprise que propose le président de la République consiste à nous appâter avec l’intéressement et la participation, cela ne suffira pas. Bien sûr, on peut s’accorder sur les moyens de la rendre moins inégalitaire. Quand j’entends le patron de la CPME2 dire que cela ne concerne pas les petites entreprises et que c’est très bien comme cela, je ne suis pas d’accord !

Les salariés, dans les entreprises de moins de 50 personnes, doivent pouvoir en bénéficier. Et il faudra parler de l’entreprise au sens large : quand un paquebot sort des chantiers à Saint-Nazaire, 11 000 personnes ont travaillé dessus. Qui va toucher de l’intéressement ? Les salariés de STX, quelques sous-traitants de rang 1, peut-être. Tous les autres ont pourtant contribué à la réussite du projet.

Dans votre enquête « Parlons travail », les trois quarts des répondants réclament plus d’autonomie dans le travail. Est-ce une priorité d’action pour la CFDT ?

Oui, clairement, mais c’est dur à réaliser. Nous devons agir dans les entreprises, partir de l’expression des salariés, aller plus loin que les lois Auroux de 1982. Depuis 2014, nous avons réalisé 200 000 enquêtes flash : le syndicat propose d’écouter les salariés sur tel ou tel sujet, la façon de produire, le rapport à la hiérarchie… C’est un début. Oui, c’est insuffisant.

Le rôle du syndicaliste, c’est d’écouter les salariés, pas de leur dire ce qu’il faut faire. Ce qui nous fait bondir dans les ordonnances, ce sont les décisions unilatérales de l’employeur dans les entreprises de moins de 20 salariés. Mais cela a été rendu possible par le fait que nous y sommes absents. Cela fait partie de nos faiblesses. Nous devons complètement revoir notre façon de représenter les salariés de TPE. Ce sera un grand thème de notre prochain congrès de Rennes. Mais pour cela, il faut repartir du travail. Nous nous sommes sans doute trop concentrés sur l’aspect emploi, moins sur ce que devenait le travail. Or, il y a une énorme appétence des salariés à parler de ce qu’ils font.

Il faut faire de cette expression un vrai outil de l’action syndicale. Des accords intéressants ont été signés chez Toyota, Monoprix, et même dans des PME comme la CAIB, une menuiserie industrielle à côté de Cholet. L’autonomie des salariés augmente, la hiérarchie devient plus à l’écoute et moins dans l’injonction. La productivité mais aussi la qualité de vie des gens s’améliorent. Si on veut changer la société, il faut commencer par changer le travail. Ça change aussi la place du syndicat. La CFDT en tire les fruits dans les élections professionnelles. Nous progressons dans les entreprises où nous avons travaillé la question du travail.

Le nouveau Conseil social et économique sera-t-il le lieu de cette expression ?

La fusion des instances représentatives, ce n’est pas bête. Sauf que le gouvernement a imposé les mêmes règles à tous sans laisser les entreprises négocier. Cela a du sens de remettre le travail au cœur de cette instance. Mais soyons francs : quelles que soient les instances et le nom qu’elles prennent, qui empêche les organisations syndicales, depuis 1982, de faire des enquêtes sur la vie au travail ? Aujourd’hui, c’est vrai, les conditions sont plus compliquées. Mais syndicalement on ne peut pas baisser les bras et laisser croire aux salariés que tout est foutu.

Les reculs sur le compte pénibilité vous inquiètent-ils ?

Depuis longtemps, la bataille du compte pénibilité est vraiment acharnée. Les ordonnances ont changé la donne. Sur 10 critères d’exposition aux risques votés dans la loi de 2013, il y en a six qui ne bougent pas, trois qui sont désormais mesurés différemment, c’est à dire qu’on est davantage dans une logique de mesure de l’impact que de prévention, ce qui ne nous plaît pas. On veut négocier dans les branches pour qu’il y ait des accords de prévention. Le dernier risque sur l’exposition aux produits chimiques nous pose un vrai problème. Mais il faut qu’on se batte pour l’éviction de ces produits dans les entreprises. Dans les dix ans qui viennent, plus personne ne devrait être exposé à ce risque puisque les produits auront disparu. Ce serait ça le vrai progrès.

On a arraché ce compte pénibilité et on va continuer à tout faire pour qu’il s’améliore. Grâce à ce dispositif, 300 000 personnes exposées à des risques vont pouvoir partir plus tôt à la retraite dans les 10 ans qui viennent. Ce n’est pas négligeable. Alors, bien entendu, il y a eu des reculs. Les nouvelles règles du jeu ne nous conviennent pas. Mais je préfère considérer que nous ne partons pas de zéro. On s’est battu tout seul en 2013 pour obtenir ces avancées. Ça continue d’être une bataille idéologique menée avec un patronat ultra-rétrograde qui considère qu’on peut mesurer la productivité individuelle mais pas l’exposition à la pénibilité qui serait, elle, une usine à gaz.

Les fonctionnaires sont-ils les grands oubliés des réformes du gouvernement ?

Ce sont surtout les plus stigmatisés. Ils sont perçus comme un coût par Bercy, ce qui peut sembler logique lorsqu’on fonctionne avec des règles de calcul dans la tête. Mais ils souffrent aussi d’une mauvaise image dans la société. C’est pourquoi nous menons une campagne « je suis une richesse ». Les agents publics sont une richesse pour notre pays. On n’accepterait pas que nos gamins soient confiés à n’importe qui, ni d’être soignés à l’hôpital par des gens peu compétents. Or l’hôpital par exemple est en plein burn out. La souffrance y est extrêmement forte.

Nous avons signé un en 2015 avec FSU et l’Unsa un accord dans les fonctions publiques pour améliorer les parcours professionnels, les carrières et les rémunérations (PPCR). D’autres n’ont pas voulu signer et comme nous étions juste en dessous des 50% de voix nécessaires, l’accord en est resté à l’état de protocole. Le gouvernement avait tout de même décidé de l’appliquer unilatéralement. Mais là, il nous dit que le PPCR ne s’appliquera pas en 2018. Il peut faire ce qu’il veut. Toute la force d’un accord signé avec des partenaires sociaux, c’est justement d’éviter ce genre de coupes budgétaires. Malgré cette difficulté, la CFDT veut l’application de PPCR en 2018. Je n’oublie pas non plus le gel du point d’indice et la réintroduction du jour de carence qui pénalisent et stigmatisent les agents.

Comment améliorer la situation des agents ?

Sur le dossier de la hausse de 1,7 % de la CSG et de la suppression de cotisations sociales pour les salariés, le gouvernement avait annoncé un gain de pouvoir d’achat pour tous les actifs. C’est vrai pour les salariés du privé, pour les indépendants mais pas pour les fonctionnaires. Cette hausse de la CSG sera compensée pour les fonctionnaires, parce qu’on s’est mobilisés.

Mais nous réclamons aussi une prise en charge de la complémentaire santé, une meilleure prise en compte de la pénibilité. Enfin, nous voulons une revalorisation des fonctionnaires, y compris dans le discours public. Pourquoi attendre des catastrophes et des attentats pour que le politique assume la richesse du service public ? Le 3 octobre, nous avons lancé une pétition, « l’appel des 10 000 » représentants du personnel dans les entreprises des secteurs privé et public, pour améliorer la situation de ceux qui y travaillent. Cet appel s’adresse aussi à l’employeur public.

Comment un syndicat réformiste gagne-t-il sa légitimité aujourd’hui ?

En France, le nombre d’adhésions syndicales reste trop modeste, mais nous avons gagné notre légitimité par le vote des salariés dans les entreprises. Et aujourd’hui certains partis politiques, qui ne font même pas payer leur adhésion, n’ont rien à envier aux syndicats. On gagne des adhérents en faisant du service, en accompagnant, en défendant les salariés. La CFDT va beaucoup se mobiliser sur la proximité des salariés et la syndicalisation. C’est le fruit d’un gros travail d’introspection que nous avons mené pendant 4 ans. Nous avons eu des débats, il y en a dans cette maison, et ce projet trouvera son aboutissement au Congrès de Rennes en juin prochain.

Je ne sais pas s’il y a une place pour le syndicalisme réformiste mais, en tout cas, il y en a une pour le syndicalisme utile et concret. D’autres attitudes syndicales, plus radicales, existent mais elles pourraient bien nous renvoyer sur les étagères de l’Histoire. Et beaucoup, y compris dans le monde politique, ont envie de nous y envoyer. Pour éviter de leur donner ce plaisir, il faut qu’on porte des idées orientées sur le progrès social et sociétal. On a réfléchi aux questions de famille, d’immigration et bien d’autres encore. Je le répète à l’envi, le syndicalisme est mortel. Mais nous aussi, on a pensé le monde d’aujourd’hui et de demain. Peut-être que c’est cela le défi que nous imposent les ordonnances. Elles ne nous satisfont pas, tant pis. Mais nous devons montrer qu’il y a des voies pour le syndicalisme de transformation sociale.

Propos recueillis par Christian Chavagneux et Sandrine Foulon

Il est temps de mettre un terme aux violences sexuelles et sexistes !

La période ouverte par l’affaire Weinstein a permis à des milliers de victimes de violences sexuelles et sexistes de bénéficier d’un élan collectif pour libérer leur parole. Les milliers de tweets sur les réseaux sociaux mettent en avant depuis quelques semaines les difficultés rencontrées par les femmes pour dénoncer les faits de harcèlement sexuel, agressions ou viol dont elles sont victimes, dans le cadre de leur travail pour la majorité d’entre elles. Ceci renvoie nécessairement à la responsabilité de tous les acteurs du travail, nous compris.

Dans mon édito du guide CFDT paru début juillet pour la prévention des violences sexuelles et sexistes, je soulignais ces difficultés des victimes à trouver un interlocuteur qu’elles considèrent légitime et avec lequel elles seraient suffisamment en confiance pour dénoncer le harcèlement sexuel. Je vous en propose un extrait : 

"Le harcèlement sexuel, et plus largement les violences sexistes et sexuelles au travail, sont une réalité́ subie chaque année par des milliers de salarié-es dont la quasi-totalité́ sont des femmes. Ce constat, recoupé par de nombreuses enquêtes et études, est insupportable pour les syndicalistes que nous sommes.

Insupportable parce qu’il est avant tout le reflet d’une société́ dominée depuis des siècles par les hommes. Une domination qui se traduit notamment par une incroyable tolérance au sexisme, terreau des violences faites aux femmes.
Insupportable parce qu’au-delà̀ des chiffres, il s’agit bien de femmes dont la vie professionnelle, mais aussi personnelle, peut être brisée par ces faits.
Insupportable enfin parce que trop peu d’acteurs de l’entreprise, nous compris, s’emparent de ce sujet alors que tous les moyens sont à disposition pour prévenir ces comportements.

Les victimes de violences sexuelles et sexistes en parlent peu, et quand elles le font, ce n’est pas toujours à un-e syndicaliste. Il est pourtant de notre responsabilité́ syndicale, chacun-e à notre place, d’agir sur ce sujet.


Je l’ai déjà̀ dit à de multiples reprises : le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales quel que soit le territoire, la branche ou la supposée culture d’entreprise. Pas plus qu’elle ne tolère les propos racistes, la CFDT ne tolère les propos sexistes. »

La CFDT a identifié il y a plus de 10 ans les difficultés des victimes pour s’exprimer. C’est notamment pour cette raison que nous avons construit depuis 2009 un projet (appelé « Respectées ») visant à sensibiliser et surtout former nos militant-e-s sur ce thème. Notre premier objectif : qu'elles/ils s’emparent du sujet et s’affichent comme ressources dans les entreprises, dans la Fonction publique ou encore dans les structures CFDT de proximité  sur les territoires. A Paris d’abord, puis en Ile-de-France, 3000 militant-e-s ont été formé-e-s en 10 ans grâce notamment à notre travail avec -sans être exclusif- l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail -AVFT*. Ce projet doit maintenant s’étendre à tout le territoire. C’est l’enjeu de la journée  »Respectées 2017 » que nous organisons avec 200 militant-e-s le 21 novembre à Paris. 

Le changement des mentalités que nous attendons ne se décrète pas, il faut agir pour. En tant que secrétaire général de la 1ère organisation syndicale dans le privé,  j’ai le devoir de tout mettre en œuvre pour impulser une prise de conscience collective et des actions à tous les niveaux de mon organisation, la CFDT. 

Je veux passer ici 3 messages :

- Le premier aux victimes de violences sexuelles et sexistes au travail : Vos agresseurs ont parfaitement conscience de ce qu’ils vous font subir. Parfaitement conscience de ne pas être dans le cadre de la séduction. Ils veulent vous ôter votre liberté fondamentale au libre-choix, votre liberté à consentir.  Ils ne vous respectent pas. Ils s’en prennent à votre dignité.
Je m’engage à déployer toutes les formations nécessaires en interne pour que vous trouviez en la CFDT, que ce soit auprès de nos représentants dans votre entreprise ou dans les fonctions publiques mais aussi dans nos structures de proximité, l’interlocuteur à qui vous pourrez parler en toute confiance. C’est déjà le cas dans un grand nombre d’endroits. 

- Le deuxième message s’adresse aux employeurs : c’est votre rôle de mettre en œuvre les dispositifs de prévention des violences sexuelles et sexistes au travail. Sans attendre qu’il y ait des victimes. Une mention au règlement intérieur (obligatoire) ne suffit pas. Il faut former, sensibiliser les cadres intermédiaires, relayer un message fort d’absence de tolérance du sexisme et a fortiori du harcèlement sexuel dans l’entreprise, et travailler avec les représentants syndicaux sur les dispositifs à mettre en place pour les victimes. Ce n’est pas un supplément d’âme : c’est votre responsabilité.  

- Le troisième message est pour les  militant-e-s CFDT : Notre organisation est engagée depuis presque 50 ans dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Nous sommes porteurs de cet héritage dont nous pouvons être fiers. Nous devons être exemplaires sur le sujet. C’est d’ailleurs déjà le cas de la majorité des militant-e-s que j’ai rencontré-e-s depuis que je suis à la CFDT. Mais pas tous, et c’est aussi important de se le dire pour y remédier. 
Notre organisation a mis en place de nombreux moyens pour agir en proximité : guide, modules de sensibilisation, modules de formation, affiches, brochure etc. Nous devons nous en saisir à tous les niveaux de l’organisation. Je compte vraiment sur chacun d’entre vous. 

Libérer réellement la parole des victimes, c’est leur permettre de dénoncer les faits inadmissibles qu’elles ont subis dans le cadre de leur travail auprès de nos élu-e-s CFDT. C’est aussi leur assurer qu’elles seront accompagnées pour faire valoir leurs droits. A nous de construire la confiance et les conditions qui leur permettront de le faire. 

* A lire ici mon entretien croisé avec Marilyn Baldeck, Déléguée générale de l’AVFT

Journée mondiale du refus de la misère 2017

A l'occasion de la 30e journée mondiale pour le refus de la misère, organisé par ATD quart-monde qui fête cette année ses 60 ans, j'ai tenu à leur adresser un message vidéo pour rappeler l'engagement de la CFDT en faveur des plus pauvres et saluer le précieux travail fourni par toutes les associations qui luttent contre la pauvreté. 

 

Matinale d'Europe 1 - Vendredi 13 octobre 2017

Invité de la matinale d'Europe 1, j'ai présenté le positionnement de la CFDT suite aux ordonnances réformant le code du travail, et avant les réformes à venir sur la formation professionnelle, l'apprentissage et l'assurance chômage. J'ai notamment détaillé nos propositions et nos impératifs, en particulier concernant l'indemnisation et l’accompagnement des demandeurs d'emploi.

Défendre les fonctions publiques et leurs agents

Ce mardi 10 octobre, la CFDT manifestait de façon unitaire pour dénoncer le manque de considération des agents de la fonction publique et exiger une juste reconnaissance de leur travail.  

Laurent Manif 10oct 2

Nous ne devons pas oublier que les fonctionnaires, ce sont des femmes et des hommes qui travaillent tous les jours pour l’intérêt collectif et le bien commun. C’est une aide-soignante qui s’occupe de personnes hospitalisées, c’est un agent de conseil départemental qui coordonne l’aide sociale à l’enfance, c’est une policière qui travaille pour la sécurité de tous, c’est un agent qui s’occupe de la propreté des rues… Que ce soit dans la fonction publique hospitalière, d’Etat ou territoriale, ils sont des milliers de personnes à travailler au service de la société. Trop peu visible, leur travail est pourtant indispensable au bon fonctionnement de nos institutions, à la vie quotidienne des citoyens comme des entreprises. Les agents des fonctions publiques attendent respect et considération de leur travail.

Le service public, quand il est abordé dans le débat public, c’est essentiellement sous le prisme budgétaire, comme la cible d’économie financière. Ce discours est intenable. Les agents et le travail qu’ils effectuent ne sont pas une charge mais une richesse pour la société. Il faut sortir de cette logique mortifère. Cette situation n’est plus acceptable car le moral et la santé des agents en pâtissent. Et quand le bien-être des travailleurs diminue, c’est également la qualité du service rendu qui se dégrade. 

Le service public n’est pas immuable ou statique. Dans un monde qui bouge, lorsque les besoins de la population évoluent, il est nécessaire de s’interroger sur les services publics de demain, sur le sens que nous voulons leur donner. Mais pour cela, il faut que tous les acteurs en débattent ensemble : responsables politiques,  usagers du service public et bien entendu les agents. Si ces derniers étaient réellement écoutés, ils seraient les premiers à proposer des solutions constructives et durables. C’est pour cela que la CFDT demande une réflexion globale sur les missions de service public pour ensuite aborder la question des moyens nécessaires à leur accomplissement. Nous devons répondre au « pourquoi » avant d’aborder le « comment ».  

Le manque de dialogue social dans les hôpitaux, les administrations et les collectivités locales est criant. L’employeur public doit prendre ses responsabilités, créer des lieux d’expression sur le travail et son organisation. Les fonctionnaires ont besoin de signes de confiance.

Aujourd’hui, l’expression politique occulte largement le travail des agents. S’ils reconnaissent la légitimité démocratique des décisions politiques, ils subissent cependant un mouvement de balancier qui leur demande de faire et défaire régulièrement.  Prenons l’exemple des rythmes scolaires. En 2014, toutes les écoles primaires publiques sont passées à la semaine de quatre jours et demi. La mise en place d’une telle réforme a nécessité un gros travail de préparation pour les équipes éducatives, les services municipaux et étatiques, en collaboration avec les centres de loisirs, les associations jeunesses et sport… En 2017, le nouveau Président de la République fait marche arrière sans beaucoup de considération pour ces années de préparation, sans réelle évaluation ni concertation.  L’exemple se retrouve dans de nombreux domaines. Cette gestion politique du travail provoque découragement et baisse de motivation chez les agents qui s’investissent pour changer les choses.

Face à cette fatigue, ce manque d’écoute et ces tensions grandissantes, que répond le gouvernement ? Il répond rétablissement du jour de carence sans analyser les causes de l’absence d’agents. Il répond gel du point d’indice et suppression d’emploi. Il freine même à appliquer ce qui avait été négocié avec les partenaires sociaux comme le protocole parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR) qui permet de mieux reconnaître l’engagement des fonctionnaires civils et des militaires en revalorisant leurs grilles indiciaires et en améliorant leurs perspectives de carrière.

Emmanuel Macron candidat à la présidence de la République avait promis une augmentation du pouvoir d’achat des agents publics. Avec la hausse de la CSG, cela se traduira au mieux par une compensation. 

Ca suffit !

La CFDT appelle le gouvernement à tenir ses engagements en matière de pouvoir d’achat et de perspective de carrières. Nous exigeons de réelles négociations salariales qui aboutissent à une reconnaissance méritée du travail des agents, titulaires comme contractuels. Nous appelons à une revalorisation des carrières et  à ce que l’employeur public, au même titre que l’employeur privé, participe à la prise en charge de la complémentaire santé et prévoyance des agents.

La CFDT s’engage pour que la parole des fonctionnaires soit entendue et leur investissement  respecté. Nous étions vendredi 6 octobre à l’Elysée pour remettre au Président de la République les cartes pétition de plus de 10 000 agents de la fonction publique.

Nos responsables politiques doivent enfin comprendre qu’il n’y aura pas d’action publique efficace sans reconnaissance de ceux qui l’incarnent au quotidien.

Laurent manif 10 octobre

Matinale de RTL - lundi 9 octobre 2017

Invité de la matinale de RTL à la veille d'une grande mobilisation dans les fonctions publiques à laquelle la CFDT participe, j'ai eu l'occasion de rappeler nos exigences pour le pouvoir d'achat des fonctionnaires et la bonne marche du service public.

 

[Tribune] La codétermination, une réforme nécessaire

Cette tribune a été initialement publié dans le journal Le Monde daté du 6 octobre 2017

La codétermination fait l’objet d’un mouvement de fond. Depuis quelques années, de nombreux chefs d’entreprise, dirigeants syndicaux, personnalités politiques, économistes, juristes et acteurs sociaux ont pris position en sa faveur en France. Ils demandent un renforcement de la présence des représentants des salariés dans les conseils d’administration ou de surveillance des entreprises, que ce soit sur le mode allemand (une moitié de représentants salariés dans les grandes entreprises) ou scandinave (un tiers de représentants dans les plus petites entreprises), ou selon des formes intermédiaires.

L’idée n’est pas nouvelle, puisque sa mise en oeuvre dans le secteur privé date des années 50. En Allemagne, en Autriche, en Scandinavie, en Finlande et aux Pays-Bas, elle participe d’un modèle qui s’attache à protéger les salariés tout en recherchant l’efficacité économique. En France, elle trouve des soutiens dans toutes les sensibilités politiques. On lui reconnait en général les qualités suivantes :

- Elle donne aux salariés la possibilité de participer aux choix stratégiques de l’entreprise, conférant ainsi une voix aux salariés sur des décisions dont leur avenir dépend – ce qui est juste.

- Elle permet au conseil d’administration de bénéficier de sources d’informations complémentaires qui lui sont précieuses – ce qui est efficace.

- Elle incite les entreprises à mieux prendre en compte les variables non financières et les impératifs de la RSE – ce qui est responsable.

- Elle crée en conséquence un effet de mobilisation pouvant renforcer la compétitivité de l’entreprise tout en prenant en compte toute sa dimension humaine – ce qui peut être le fondement d’une dynamique vertueuse de confiance et d’innovation.

Il est donc difficile d’imaginer pour l’économie et la société françaises une réforme structurelle … plus structurante. De fait elle a été logiquement mentionnée dans le texte de la loi d’habilitation, et logiquement évoquée dans la phase de concertation. Son abandon à l’arrivée, inexpliqué, est dès lors incompréhensible.

Les signataires pensent que cette absence est dommageable pour la France, ses entreprises et ses salariés.

La loi travail avait été annoncée sous le signe d’une volonté réformatrice innovante et équilibrée. Le premier grand texte social du quinquennat a-t-il réussi le test de cette exigence ? En particulier, comment renouveler le dialogue social au plus près de chaque entreprise, sans veiller à l’équilibre du pouvoir de négociation des acteurs que l’on souhaite voir dialoguer ? Comment créer une dynamique sans instaurer les conditions institutionnelles de la confiance ? Faudrait-il s’en remettre à la bonne volonté de chacun ? C’est une vision naïve car si rien ne se crée sans les hommes, rien ne dure sans les institutions.

Cette absence – par son manque d’ambition - est aussi dommageable pour l’Europe. Le discours du président au pied de l’Acropole a montré une volonté de relance du processus européen. Or, l’extension de la codétermination en Europe, et notamment en Europe du Sud, pourrait participer d’un projet faisant renaître l’Europe sociale de ses cendres, en introduisant progressivement et pragmatiquement le travail et l’emploi dans l’horizon de gestion de l’euro. Cela n’a rien d’une utopie :

tous les syndicats italiens ont intégré l’an dernier la co-détermination dans leur plate-forme commune de revendications et on dit l’Allemagne prête à de nouvelles avancées. 

Premiers signataires : Christophe Clerc, avocat, Descartes Legal, et Olivier Favereau, professeur d’économie Paris Nanterre et co-directeur du département Economie et Société du Collège des Bernardins ; Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT ; François Hommeril, président de la CFE-CGC ; Joseph Thouvenel, vice-président de la CFTC. 

Semaine bleue : les retraités ont toute leur place dans notre société !

Du 2 au 8 octobre, c’était la semaine bleue. Cette semaine était l’occasion  de rappeler la place et le rôle social des personnes retraitées dans notre société. La  CFDT, par son engagement pour la solidarité intergénérationnelle et la justice sociale pour tous les âges, y a pris toute sa place et continuera toute l’année de porter ces valeurs.

Beaucoup de personnes restent actives après la retraite. Nous connaissons leur engagement dans la vie associative, politique ou familiale. Qu’ils ou elles soient en bonne santé ou freinés par un problème de santé, les retraités gardent une place importante dans la société. Leur contribution à la richesse du pays est réelle et il faut leur reconnaitre.   

Ces derniers temps, des discours ou décisions politiques tendent à opposer les générations les unes aux autres, en usant de caricatures ou de généralités sur les jeunes et les personnes âgées. Les dernières annonces sur la hausse de la CSG en font partie. Dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, il est prévu de transférer la partie du financement de l’assurance chômage et de l’assurance maladie par les cotisations salariales vers l’impôt (la CSG). La CFDT reconnait que la CSG est la contribution sociale la plus solidaire et la plus équitable pour financer la protection sociale. Elle n’est bien entendu pas opposée à ce que les retraités participent comme tout le monde au financement des sécurités collectives. Mais la CFDT s’oppose à cette hausse si elle est créatrice de nouvelles inégalités que ce soit entre les fonctionnaires et les salariés ou entre les actifs et les retraités.

Le Président de la République a annoncé des compensations pour les retraités touchant moins de 1200€ par mois. Mais à ce niveau de revenus, pas plus les retraités que d’autres, ne peuvent se compter « parmi les plus aisés ». Pour qu’elle soit acceptée, cette réforme doit être juste socialement. Nous demandons la suppression de la cotisation maladie de 1% sur les retraites complémentaires et celle de la taxe d’habitation pour tous.

Les retraités participent aussi  aux efforts de redressement des comptes publics et sociaux : fiscalisation de la majoration de pension pour enfant, suppression de la demi-part fiscale, non-revalorisation des retraites... Ils sont solidaires du reste de la population. Et ce, malgré l’absence d’augmentation des pensions depuis quatre ans.

Au moment où il est également annoncé une hausse du forfait hospitalier, il est important de réaliser que cette augmentation se reportera sur le prix des mutuelles. Or, les retraités ont à leur charge  leur assurance maladie complémentaire. De nouvelles augmentations risquent d’accentuer le nombre de renoncements aux soins à cause de leur coût. La CFDT demande à ce que la complémentaire santé pour les retraités, comme pour l’ensemble des personnes en fin de droits, ne soit pas uniquement à la charge de l’individu. Nous insistons également pour que le tiers payant généralisé soit rapidement effectif pour l’ensemble de la population.  

 

 

Bientôt s’ouvriront les discussions sur notre système de retraites. Pour les futurs retraités, la CFDT défendra un modèle solidaire par répartition tout en portant une attention toute particulière aux plus fragiles. Mais c’est la question, plus large, du bien vieillir qui nous intéresse.

A l’horizon 2050, un français sur trois serait âgé de 60 ans ou plus. L’espérance de vie augmente, c’est une bonne nouvelle. Mais ce que nous voulons c’est que cela se fasse dans de bonnes conditions. Le vieillissement de la population, et la perte d’autonomie sont des réalités à prendre en compte dans de nombreux domaines : santé, mobilité, logement… Il existe actuellement de fortes disparités de niveau de vie chez les personnes âgées et les femmes restent les plus touchées par la précarité. Tous les retraités ne sont pas en mesure d’accéder à l’accompagnement dont ils auraient besoin, aux infrastructures adaptées. Et ce sont généralement les proches qui prennent cette charge, lourde financièrement comme psychologiquement. Avec l’âge, c’est aussi l’isolement  qui a tendance à s’accentuer. 

Parce que cela est l’affaire de tous,  la CFDT s’engage pour que l’accompagnement du vieillissement soit pris en charge de façon mutualisée. Améliorer le bien-être des retraités, c’est également créer des emplois de qualité nécessaires à leur accompagnement. Nous devons nous en donner les moyens. Il est temps de changer notre regard sur le vieillissement et d’agir en conséquence.  

Discours aux militants à l'occasion du "Progrès en tête'"

Mardi 3 octobre, la CFDT a rassemblé 10 000 de ses militants pour fêter sa première place aux élections professionelles. Elle en a profité pour lancer un appel au gouvernement, aux employeurs publics et aux organisations patronales que je vous invite à découvrir et à signer ici. Je vous propose de revivre mon discours de clôture de cet évènement, vous trouverez ci-dessous la vidéo ainsi que la retranscription écrite. Merci à toutes et à tous pour votre mobilisation !

 

 

Bonjour à toutes et à tous !!

Merci de votre accueil chaleureux.

Quel plaisir d’être un militant CFDT !

Quel plaisir d’être avec vous.

Vous qui êtes 10.000. Vu d’ici, c’est très impressionnant.

C’est un moment fort dans une vie militante qu’un tel rassemblement. Un moment fort pour nous tous.

Merci à vous toutes et tous d’être là !

C’est une immense fierté de vous avoir vu aujourd’hui, de vous avoir écouté, d’avoir échangé avec vous.

D’avoir partagé cet enthousiasme qui est le vôtre.

C’est aussi cela le syndicalisme : le plaisir de moments partagés à 3, à 5, à 10 et à 10 000 !

***

Si nous sommes réunis là aujourd’hui, c’est pour une occasion très particulière. Vous vous rappelez du 31 mars 2017 ? Oui, bien-sûr ! C’est le jour où la CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le secteur privé.

Dans les médias, une information chasse l’autre. Mais nous, nous le savons. Nous vivons ensemble, avec tous les autres militantes et militants, un moment historique. Historique pour la CFDT et historique pour le paysage social français.

Depuis 1895, la CGT était la première organisation syndicale : depuis 122 ans.

Mes camarades, ensemble, nous avons changé l’histoire : la première force syndicale de ce pays, désormais, c’est nous… c’est la CFDT !

***

Cette victoire, qui s’ajoute à nos bons résultats dans les fonctions publiques, c'est la preuve que des centaines de milliers de salariés nous font confiance, vous font confiance, dans les entreprises et les administrations.

Cette victoire c’est la vôtre ! Vous les militants de l’hexagone comme ceux de l’Outre-Mer, dont je salue ici les représentants.

Vous, les femmes et les hommes qui, chaque jour, vous engagez auprès de vos collègues.

Vous, qu’ils ont choisis pour les représenter.

Vous, qui avez obtenu leur confiance et leur vote. Alors bravo à vous et merci !

Soyez fiers de ce que vous accomplissez chaque jour.

Avec vous, le syndicalisme vient de changer de visage.

***

Ce nouveau visage du syndicalisme, c’est le vôtre. Pour les salariés dans les entreprises, pour les agents dans les fonctions publiques, la CFDT, c’est d’abord vous ! Vous, les délégués syndicaux, les élus du personnel ; c’est vous qui les écoutez, qui les défendez et qui obtenez des avancées ; ces avancées qui changent la vie des salariés.

Votre présence dans les lieux de travail, c’est la garantie que le pouvoir n’est pas entre les seules mains des employeurs, des actionnaires ou des PDG.

C’est la garantie que les inégalités de salaire au sein d’une entreprise ne s’envolent pas. Imaginez une seule minute si nous n’étions pas là pour exiger que tout le monde profite des bons résultats. Et cela, je ne suis pas le seul à le dire, le Fond Monétaire International aussi, et on ne peut pas le soupçonner de flatter le syndicalisme.

Votre présence dans les entreprises et les administrations, c’est la garantie que les travailleurs sont représentés et que leurs problèmes, leurs besoins et leurs aspirations sont pris en compte, dans toute leur diversité.

***

Ce travail quotidien, ce travail de l’ombre, c’est le vôtre. Et c’est un sacré boulot que vous faîtes.

Soyez fiers de votre engagement qui est indispensable aux travailleurs.

Soyez fiers de participer ainsi à leur bien-être mais aussi à la bonne santé des entreprises et des services publics.

Qu’on se le dise :

- il n’y a pas de performance économique sans prise en compte du travail et sans respect des travailleurs ;

- il n’y a pas d’action publique efficace sans reconnaissance des agents.

***

Cette victoire, c’est aussi celle de notre syndicalisme.

Un syndicalisme solide sur ses valeurs et qui n’en a jamais dévié.

Emancipation. Solidarité. Démocratie. C’est au nom de ces valeurs que la CFDT a toujours été aux côtés des militants qui luttent pour la démocratie et pour un syndicalisme libre. Hier, c’était contre les dictatures en Pologne, au Brésil ou en Espagne. Aujourd’hui, c’est au Venezuela, à Cuba que nous soutenons nos camarades dans leurs combats.

C’est au nom de ces mêmes valeurs que la CFDT continue de se battre pour une Europe plus sociale, plus solidaire, plus démocratique.

C’est ce qui nous guide aussi dans notre engagement contre les discriminations et pour une société accueillante et ouverte. Aujourd’hui, quand nous dénonçons le sort indigne qui est fait aux migrants, nous restons fidèles à ces valeurs.

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Notre syndicalisme, c’est aussi celui qui regarde le réel pour mieux le transformer.

Prendre en compte le réel, ce n’est pas capituler.

C’est refuser les postures et les commentaires. C’est s’engager pour le transformer.

Notre nombre, notre représentativité comptent dans le rapport de forces.

Mais nous le savons tous, notre capacité à nous engager, la qualité de nos propositions comptent tout autant. Et c’est pour cela que ce sont nos propositions qui font l’histoire !

Quand certains voudraient faire croire que le syndicalisme n’est qu’une longue plainte inutile, je vous le demande :

- Qui a obtenu la création des sections syndicales d’entreprises ?

- Qui a porté la réduction du temps de travail et les 35 h ?

- Qui a arraché « les carrières longues », pour ceux qui ont commencé à travailler très jeunes ?

- Qui a créé le compte personnel de formation, pour le public comme pour le privé ?

Oui c’est nous, c’est la CFDT qui a obtenu ces droits !

Et je pourrais continuer longtemps comme cela, en parlant compte pénibilité, garanties jeunes, ou droits rechargeables au chômage. La liste est longue.

Mais elle est autrement plus longue si on y ajoute vos acquis, ceux que vous avez obtenus dans les entreprises et les administrations. Nous en avons eu de très beaux exemples cet après-midi.

Soyons fiers de ces avancées. Elles sont un démenti cinglant à ceux qui affirment que rien n’a changé depuis 30 ans. Ce résultat, oui, c’est le vôtre ! Mais il vient de loin.

C’est le combat de générations de militantes et militants qui, au fil des décennies, ont fait des choix courageux, souvent dans l’adversité. Des militants qui ont su construire et affirmer l’originalité de la CFDT. Qui ont fait de la CFDT un acteur incontournable du paysage social.

Nicole, Jean, merci d’être là aujourd'hui. Je salue aussi tous les anciens qui sont présents. Et un de ces grands militants vient de nous quitter. Je n’en parle que maintenant parce qu’il n’aurait pas voulu que je commence mon intervention en parlant de lui. Mi-septembre, il espérait encore pouvoir participer à ce rassemblement, et savourer ensemble notre victoire, dont il était si fier.

Edmond Maire est décédé ce dimanche. La CFDT a perdu une figure emblématique. Nous lui rendons ici, tous ensemble, un hommage appuyé. Nous aurons l’occasion de le faire à nouveau dans les semaines à venir : nous lui rendrons un hommage à la hauteur de ce qu’il nous a apporté, à nous et au syndicalisme français.

À travers lui, c’est à l'ensemble des hommes et des femmes qui ont construit la CFTC, puis la CFDT au fil de nos presque 100 ans d’histoire, que je veux rendre hommage.

Aujourd’hui, j’ai également une pensée particulière pour un homme. Un grand militant, qui a notamment permis que la représentativité des syndicats soit assise sur le vote des salariés. Ce militant, c’est François Chérèque et c’est aussi sa victoire. Nous pensons tous très fort à toi aujourd'hui François. Edmond, François et à tous les autres, merci !

Edmond, Jean, Nicole, François et nous tous, militants de la CFDT, nous avons construit ensemble ce qui fait le socle de la CFDT : la constance de nos valeurs, la cohérence de nos positions, la fierté de nos couleurs. C’est ce socle, qui nous permet de tenir le cap dans un monde qui change et où les repères se brouillent.

On parle de révolution numérique, on parle de transition écologique : ces bouleversements peuvent être de formidables opportunités pour mieux vivre, pour mieux travailler. Notre rôle, c’est de tout faire pour qu’il n’y ait pas, d’un côté les gagnants et de l’autre, les perdants du changement.

Voilà ce qui nous guide depuis toujours : le combat contre l’injustice sociale et pour la transformation de la société. Notre conviction, c’est que demain peut être à la fois plus juste et plus agréable à vivre.

Notre détermination, c’est de construire du progrès pour tous.

Non, à la CFDT, nous n’avons pas peur du changement. Au contraire ! Le « c‘était mieux avant », ce n’est pas pour nous ! Je n’ai pas de nostalgie pour le monde d’hier. C’est vrai, vivre pendant les 30 glorieuses, c’était sans doute plus rassurant à bien des égards. Mais c’était aussi vivre dans une société autoritaire et sexiste, au travail comme dans les foyers.

Alors, que le monde bouge, ce n’est pas un problème en soi. Ce qui est insupportable, c’est quand il ne tourne pas rond.

C’est quand trop de richesses se concentrent entre si peu de mains, c’est quand les intérêts de quelques entreprises priment sur l’intérêt des salariés, des citoyens et de la planète. C’est quand le populisme et le rejet de l’autre menacent nos démocraties.

C’est notre rôle d’organisation syndicale de dénoncer ces injustices et ces dérives, et d’agir pour les faire reculer.

Mais parce que nous sommes proches des travailleurs, notre rôle est aussi de combattre les injustices du quotidien, celles dont on parle peu, qui restent dans l’ombre :

-          quand une infirmière est rappelée 4 fois pendant ses congés, parce que l’organisation du travail à l’hôpital est une catastrophe, ce n’est pas tenable ;

-           quand un chauffeur Uber doit travailler 60 heures, pour toucher à peine plus que le SMIC, ce n’est pas acceptable ;

-          quand un ouvrier risque de perdre 7 ans de sa vie, parce qu’il exerce un métier pénible, c’est insupportable.

Depuis quelques mois, l’économie repart. On ne peut que s’en réjouir. Mais aujourd’hui, en France, il y a encore 5 millions de pauvres ; il y a deux millions et demi de personnes qui sont au chômage depuis plus d’un an. Derrière chacun de ces chiffres, n’oublions jamais que des femmes, des hommes et des enfants vivent ces situations.

La France va peut-être mieux, mais les inégalités se creusent. Et pourtant, c’est ce moment que choisi le Gouvernement pour prendre des décisions qui font peser les efforts sur les plus précaires : baisse des APL, suppression brutale de contrats aidés, menace sur le pouvoir d’achat des retraités modestes.

Ces décisions sont injustes. Elles sont inacceptables! D’autant plus inacceptables quand, dans le même temps, on baisse drastiquement l’impôt sur la fortune!

Dans un monde aux multiples chaos, nous avons plus que jamais besoin de politiques sociales assumées, de soutien aux plus fragiles, d’acteurs qui luttent contre les inégalités… Nous sommes un de ces acteurs, et non des moindres.

Oui, n’en déplaise aux modernes ou aux conservateurs -et parfois ce sont les mêmes-, pour obtenir plus de justice sociale, pour conquérir l’émancipation, le 21ème siècle aura plus que jamais besoin de syndicalisme. Oui de syndicalisme ! Mais pas n’importe lequel.

Un syndicalisme qui sait dénoncer les injustices, sans pour autant sombrer dans la désespérance. Un syndicalisme qui ne se contente pas d’être indigné mais qui fait des propositions concrètes et qui s’engage pour obtenir des avancées. Un syndicalisme qui regarde vers l’avenir et qui innove, au contact des travailleurs. Voilà le syndicalisme dont le 21ème siècle a besoin !

Et vous le savez bien, ce syndicalisme, c’est le nôtre ! Celui que vous faites vivre au quotidien sur vos lieux de travail. C’est le syndicalisme CFDT ! C’est vous !

Je le disais, c’est de justice sociale et du syndicalisme CFDT dont les travailleurs ont besoin.

Alors, vous me répondrez, ça tombe bien, puisque nous venons de devenir première organisation syndicale dans le privé.

Quelle belle occasion pour le pouvoir politique de moderniser les relations sociales et de renforcer les syndicats !

Quelle belle occasion de donner plus de pouvoir aux salariés dans les entreprises ; de renforcer leur présence dans les conseils d’administration ; de s’inspirer du « fameux » modèle de codécision.

Une belle occasion, c’est vrai, mais une (sacrée) occasion manquée.

En adoptant les ordonnances sur le code du Travail, le Gouvernement n’a pas fait le choix du dialogue social et du syndicalisme.

Quand on croit au dialogue social, on ne renforce pas le pouvoir unilatéral des patrons dans les petites entreprises.

Quand on croit au dialogue social, on garantit aux élus d’entreprise les moyens d’exercer leurs missions.

En facilitant les licenciements, avec ces mêmes ordonnances, le Gouvernement a fait preuve de dogmatisme : « faites du développement économique et le progrès social suivra ». Comme si licencier plus facilement allait permettre de lutter contre le chômage. Quelle absurdité !

La CFDT a porté des critiques précises, aiguisées et sans ambigüité sur les ordonnances. Nous avons dit nos désaccords et ils sont profonds.

Fallait-il pour autant hurler avec les loups et dire des contre-vérités ? Non, les ordonnances, ce n’est pas la mort du code du Travail. Non, ce n‘est pas un coup d’Etat social. Et non, ce n’est pas la fin des syndicats. Un peu de sérieux ! Un peu de nuances ! Cela ne nuit jamais à la qualité du débat démocratique. C’est aussi cette crédibilité que les salariés reconnaissent à la CFDT.

Notre travail de syndicalistes, nous l’avons fait tout au long des concertations. Contrairement à d’autres, nous nous sommes battus tout l’été. Nous avons fait reculer le Gouvernement sur de nombreux points et nous avons même obtenu quelques avancées ; trop peu, mais elles ne sont pas anodines ; je pense à l’augmentation des indemnités légales de licenciement.

C’est vrai, la position et la stratégie que nous avons décidée au bureau national confédéral ne sont pas les plus confortables. Mais appeler à une manifestation, avant même d’avoir commencé les concertations, c’est faire bien peu de cas du syndicalisme.

Oh je sais. C’est plus facile de faire des tweets ou des commentaires instantanés, quitte à dire de grosses bêtises sur tout et n'importe quoi. Le syndicalisme, c’est aussi une cohérence et une vision de long terme.

La cohérence qui est la nôtre, c’est la conviction que notre efficacité est auprès des travailleurs et dans le rapport de forces que nous menons dans les lieux de travail. Face aux ordonnances, le défi à relever est celui-là. C’est plus compliqué qu’une manif’, je vous l’accorde.

Mais c’est beaucoup plus efficace. Qu’est ce qui fait ce rapport de forces ? C’est vous, tous les jours.

Et aujourd'hui, la CFDT fait une démonstration de force. « Vous ne ferez pas sans nous ». « Vous ne ferez pas sans les représentants des salariés ». C’est pour cela que nous continuons à nous battre pour qu’ils aient les moyens de faire leur travail !

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Je comprends l’envie légitime de certains d’entre-nous d’enfiler les baskets pour exprimer notre colère. Mais avec quels résultats possibles ? Avec quel soutien des salariés ?

Ne donnons pas au Gouvernement les arguments pour nous ranger sur l’étagère du vieux monde, au rayon des râleurs impuissants.

Le syndicalisme n’est pas un simple vecteur de contestation. Ce qui fait son utilité, c’est sa capacité de transformation.

J’entends la fatigue, parfois la colère, devant ces réformes qui se succèdent sans fin. Je vois aussi pointer le découragement ; c’est vrai, notre investissement et notre travail de syndicalistes ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur.

Oui, nous n’avons pas gagné cette bataille. Mais nous avons aussi beaucoup de victoires à notre actif.

Des victoires, nous en aurons d’autres. Le syndicalisme est un long combat.

Le Gouvernement laisse entendre qu’après la flexibilité, viendra la sécurité et le pouvoir d’achat pour les travailleurs. Je le dis au Gouvernement : message reçu ! Vous avez intérêt à être au rendez-vous !

Nous attendons de vous que vous placiez la justice sociale et la sécurisation des parcours professionnels au cœur des prochaines réformes.

A la CFDT, nous sommes prêts. Nous avons, comme toujours, des propositions pour des emplois de qualité, pour un travail qui permette à chacun de s’épanouir, pour l’émancipation de tous et pour la protection des plus fragiles.

Ces combats, nous les mènerons avec détermination.

Et de la détermination, nous en aurons besoin. Car nous avons à faire à un patronat rétrograde ; peut-être « le plus bête d’Europe ». Un patronat qui préfère quémander, qui choisit le lobbying plutôt que le dialogue social. Un patronat d’un autre temps, qui se satisfait trop bien de la lutte des classes –tant que c’est lui qui en sort vainqueur.

Mais maintenant, je le dis : ça suffit ! Ca suffit les jérémiades, les promesses non tenues, les slogans insultant envers les personnels de l’Education. Maintenant, on veut du CONCRET ! Ce n’est pas d’un pin’s dont le pays a besoin, c’est du million d’emplois !

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Heureusement, les organisations patronales ne sont pas représentatives de tous les employeurs. Beaucoup ont bien compris l’utilité du dialogue social. Et là où ils lui font une vraie place, la CFDT engrange des avancées sur l'emploi, le travail, les salaires ou la protection sociale.

C’est cela, la vraie vie pour de nombreux travailleurs, dans beaucoup d’entreprises. Je le vois dans mes rencontres avec vous : ces derniers jours à Miko, Novo Nordisck, chez Rockett ou Nestlé.

Evidemment, je vois aussi des endroits où les patrons bloquent le dialogue social, voire pire, font de la discrimination syndicale. Ces situations intolérables, nous devons les dénoncer et apporter un soutien sans faille à nos militants. Je veux ici les saluer, tous ceux qui continuent d’avancer, malgré les obstacles mis sur leur chemin.

Quand je parle de blocage, j’ai aussi une pensée particulière pour vous, militants des fonctions publiques. Je pense aux dégâts que provoque le manque cruel de dialogue dans les hôpitaux, dans les administrations, dans les collectivités. Cela nourrit un syndicalisme de posture.

L’Etat employeur doit comprendre que le respect et la reconnaissance des agents sont les piliers d’un service public de qualité. Que les logiques purement budgétaires sont contre-productives et qu’elles atteignent le moral des agents. Revenir sur la promesse faite aux fonctionnaires d’améliorer leur pouvoir d’achat, ce n’est tout simplement pas acceptable. C’est du mépris.

Monsieur le Président de la République, respectez vos engagements de campagne. C’est ce qu’exprime la « carte-pétition » lancée par l’UFFA. C'est le message que la CFDT portera, avec d’autres, le 10 octobre.

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Le dialogue social est un combat. C’est celui que nous devons poursuivre, car c’est notre marque de fabrique. Convaincre et nous battre, partout, pour permettre aux travailleurs d’être entendus, reconnus et respectés. C’est un combat difficile, parfois même ingrat. Mais c’est le nôtre, c’est le combat de la CFDT.

C’est aussi le sens de l’« appel des 10 000 » : nous sommes ici les représentants de millions de salariés et d’agents, d’horizon et de professions très diverses. Nous sommes le syndicalisme du progrès social. Le patronat, les employeurs, privés comme publics, et le Gouvernement doivent l’entendre !

Vous voulez qu’ils l’entendent ? Alors, relayez cet appel partout, signez-le en ligne, interpellez votre direction, les organisations patronales, votre député, le Gouvernement. Faites leurs savoir que le progrès social, c’est nous !

Nous n’avons pas attendu d’être premiers pour être combatifs. Nous avons toujours eu le sens des responsabilités. Mais être premiers, nous oblige encore plus. Et demain, la CFDT doit être encore plus forte !

La proximité, c’est la force du syndicalisme. Nous représentons les travailleurs parce que nous sommes nombreux, parce que les salariés votent pour nous, mais aussi parce que nos revendications sont les leurs. Plus que jamais, nous devons être à leur image, pour représenter leur diversité, pour répondre à leurs aspirations.

L’année dernière, nous avons mené une grande enquête sur le travail, la plus grande jamais réalisée : 20 millions de réponses, 200 000 participants ! Alors continuons à « Parler Travail », continuons à faire du travail une préoccupation centrale. Si nous ne parlons pas du travail, qui le fera ?

Allons à la rencontre des travailleurs ! Le 9 novembre prochain, nous serons dans les entreprises et les administrations, partout où il y a des travailleurs !

Ce jour-là, nous les écouterons d’abord, nous les écouterons et nous valoriserons l’action de la CFDT et ses résultats. Nous leur dirons pourquoi l’engagement syndical devient encore plus nécessaire ; pour tous les salariés et surtout pour ceux de petites entreprises. Faisons du 09 novembre une journée orange ! Appelons les salariés à nous rejoindre !

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Car pour construire le rapport de force, un argument pèse plus que d’autres : c’est la force du nombre!

Le syndicalisme d’adhérents, c’est notre identité ! Proposer l’adhésion doit devenir un réflexe, une évidence. Nous devons faire beaucoup plus pour donner envie aux travailleurs d’adhérer à la CFDT.

Alors, participez au challenge développement !

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Une CFDT plus forte, c’est aussi obtenir plus de votes aux élections professionnelles. Ce défi, vous le relevez tous les jours dans les entreprises. Dans les fonctions publiques, le prochain grand rendez-vous, ce sont les élections de décembre 2018. Toute la CFDT doit se mobiliser, avec un objectif : devenir la 1ère organisation syndicale dans le privé ET dans le public !

Plus d’adhérents, plus de votes, c’est comme cela que nous pourrons peser ; c’est comme cela que nous pourrons construire le syndicalisme moderne, dont les travailleurs ont besoin.

Aujourd’hui comme demain, la CFDT doit être ce collectif qui soude les travailleurs, quelle que soit leur situation. Nous devons regrouper les travailleurs de tous les secteurs professionnels, chacun doit avoir sa place à la CFDT.

Nous devons accueillir plus largement les free-lance, les travailleurs des plateformes, même lorsqu’ils ne sont pas salariés. Nous devons donner envie aux jeunes de nous rejoindre ! Et nous devons innover avec les salariés des très petites entreprises : nous ne pouvons pas les laisser seuls face à leur patron.

La CFDT doit aussi offrir de meilleurs services à ses adhérents, pour qu’adhérer apporte un vrai plus. Le service Réponses à la carte est prometteur. Nous pouvons faire encore plus. Utilisons les opportunités du numérique pour mieux coopérer, mieux communiquer, mieux militer !

La CFDT doit être le réseau de ceux qui n’en ont pas. Elle doit offrir à ceux qui le souhaitent, et il y en a beaucoup, la possibilité de s’engager. S’engager pour des valeurs, pour défendre ses collègues, pour faire avancer ses idées. Mais aussi s’engager pour partager des moments forts, comme celui que nous vivons aujourd’hui.

Car je vous le dis mes camarades, la CFDT est belle de tous les moments que nous passons ensemble, de nos débats, de nos actions communes, de nos moments de convivialité. Nous ne faisons pas du syndicalisme triste ! Les militants que je croise au quotidien, ce sont des belles personnes, des personnes chaleureuses, des personnes sur lesquelles on peut compter.

Oui, cette organisation, elle est belle. Elle râle parfois et c’est normal, le débat fait partie de nos valeurs. Et il n’y a pas de débat sans désaccords. Mais elle est là, la CFDT, elle est solidaire, elle est fraternelle, elle agit, elle construit du progrès.

Et demain, le progrès, c‘est la banque du temps, c‘est aller encore plus loin dans la sécurisation des parcours des travailleurs, c‘est une meilleure qualité de vie au travail, c‘est le partage du pouvoir dans les entreprises et les administrations, c‘est une société où les plus fragiles sont aidés. C’est une démocratie vivante et ouverte.

C’est cela, le syndicalisme de transformation sociale !

Je voudrais vous lire quelques phrases extraites d’un discours d’Edmond Maire.

« La situation que nous vivons appelle une CFDT forte, entreprenante, foisonnante d’initiatives et d’innovations pour construire le changement social ; une CFDT pleinement indépendante et capable d’impulser les transformations nécessaires dans l’Etat et les institutions, comme dans la société. Cette CFDT-là doit prendre les moyens de devenir à moyen terme la force principale du syndicalisme français. Elle ne le fera pas en s’enfermant dans sa vérité d’un moment ou en restant les deux pieds dans le même sabot, par peur des risques. Il n’y a pas d’innovation sans risque. »

Ces phrases datent de 1982. Elles sonnent toujours aussi juste, plus de 35 ans après. Mais ce qui a changé, c’est que depuis, la CFDT est bien devenue la “force principale du syndicalisme français”. Et je sais qu’Edmond en était très fier.

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Il reste encore beaucoup à faire, mais je suis confiant ; j’ai confiance en votre travail remarquable, dont vous avez témoigné tout l’après-midi ; j’ai confiance dans votre capacité à construire du rapport de forces, à obtenir des avancées. Le progrès social, le palpable, le concret, c’est vous qui l’obtenez.

Le syndicalisme a changé de visage, nous avons écrit l’histoire. Mais l’histoire n’a pas de fin.

Demain, plus que jamais, c’est dans les entreprises et dans les fonctions publiques que la CFDT devra s’imposer. Toute l’organisation sera à vos côtés pour vous soutenir ; pour vous aider à aller au contact des salariés, à négocier des nouveaux droits, à faire des adhésions et bien-sûr, à gagner les élections.

Alors allez-y, continuez, continuons ensemble ! Soyons exigeants sur l’efficacité de notre action, soyons confiants dans notre cohésion qui fait notre force, soyons forts, soyons offensifs, soyons convaincants. Nous avons gagné la première place dans le privé, gagnons la première place avec le public. Les travailleurs en ont besoin, soyons les premiers tout court. Soyons incontournables. Soyez la CFDT ! Soyons la CFDT !

Le progrès en tête !

Mardi 3 octobre, 10 000 militants CFDT se réunissent à Paris

La raison d’être de ce rassemblement est d’abord de célébrer la 1ère place de la CFDT aux élections professionnelles dans le secteur privé, 1ère place acquise de haute lutte en mars dernier. Il s’agit d’un évènement historique, fruit du travail de terrain réalisé depuis des décennies par les militants. Nous voulons donc fêter cette victoire tous ensemble et rendre hommage à tous ces élus, mandatés, responsables et adhérents qui font la CFDT au quotidien.

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C’est le Paris Event Center de la porte de la Villette à Paris qui accueillera cette journée festive et revendicative. La matinée sera consacrée aux échanges et aux débats, au travers d’un grand « village » où les militants pourront s’exprimer sur de nombreux sujets, découvrir les services de la confédération et profiter des espaces détentes. L’après-midi, place à la plénière pour se remémorer notre histoire, parler du développement de l’organisation et célébrer nos victoires!

Bien évidemment, l’actualité s’invitera dans nos débats. La question des ordonnances réformant le code du travail sera abordée, notamment au cours de 2 agoras dans la matinée. L’occasion de rappeler nos désaccords sur cette réforme  et de mettre en garde le gouvernement pour celles qui vont suivre.

Nous avons appelé cette journée « Le progrès en tête ».  En tête, parce que le progrès social est l’objectif qui motive l’action de chacun des militants CFDT. En tête, par ce que notre syndicalisme, celui qui obtient du progrès social a gagné la confiance des salariés.

Le monde bouge et se transforme et nous avons d’autant plus besoin de syndicalisme. Un syndicalisme d’engagement qui veut transformer la vie des salariés dans les entreprises et les administrations. Le syndicalisme a changé de visage, c’est plus que jamais la CFDT qui l’incarne, elle doit donc être écoutée. C’est ce que nous allons dire tous ensemble avec force ce 3 octobre. Les inscriptions sont closes, place à la fête est au débat ! Rendez-vous le 3 octobre. 

Matinale de RTL - vendredi 22 septembre

J'étais l'invité de la matinale de RTL ce vendredi 22 septembre. Après avoir évoqué la polémique sucité par le MEDEF sur l'éducation nationale, nous avons évoqué le sujet des ordonnances sur la réforme du Code du Travail. 

Laurent RTL

 

Ma préface pour la note « Portrait(s) de travailleurs – Comprendre la qualité de vie au travail » de la Fabrique de l'Industrie

La Fabrique de l'Industrie m'a fait l'honneur de me demander de préfacer leur note « Portrait(s) de travailleurs – Comprendre la qualité de vie au travail » J'ai tenu à en partager le contenu avec vous ici. Pour lire l'intégralité de la note, vous pouvez le faire en cliquant ici 

Le travail, quelle que soit sa forme, garde un rôle structurant dans la vie de chacun. C’est un facteur essentiel d’émancipation et de cohésion sociale. Il participe à la construction de notre identité et de notre lien aux autres. C’est aussi la première source de création de richesse pour les entreprises. Le travail a pourtant perdu en visibilité dans le débat social comme dans le débat public, souvent confondu ou éclipsé par les questions d’emploi, qui ont pris légitimement une place prépondérante alors que le chômage reste massif.

Beaucoup de clichés et d’idées fausses sont véhiculés, alors que le travail est en perpétuelle transformation. Avec le numérique et la transition écologique, de nouvelles formes d’activité voient le jour, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise. Parallèlement, des formes d’activité plus traditionnelles perdurent : non, le taylorisme n’est pas encore dernière nous ! Si les réalités de travail se diversifient, une chose demeure cependant : le besoin des travailleurs d’être écoutés et de s’exprimer sur leur quotidien.

Toutes les initiatives qui contribuent à remettre le travail et les travailleurs au-devant de la scène sont donc à saluer, c’est le cas de ces « portraits de travailleurs » initiés par la Fabrique de l’industrie.

En décembre 2016, la CFDT a quant à elle lancé une grande enquête, à laquelle plus de 200 000 personnes ont répondu en quelques mois.

Nos deux initiatives montrent d’abord une chose : quand on écoute les gens parler de leur travail, les caricatures et les préjugés tombent rapidement. Le travail est un lieu complexe. Ça n’est pas tout noir ou tout blanc. Ce n’est « ni l’aliénation systématique, ni le nirvana pour tous» !

Plus des trois quarts des répondants à notre enquête disent aimer leur travail. Beaucoup s’y sentent utiles et en sont fiers. Leur engagement dans leur travail dépasse la seule contrepartie financière.

Mais cette fierté n’exclut pas les difficultés. Le travail peut être dangereux pour la santé, source de douleurs et d’anxiété. La pénibilité physique est toujours une réalité pour 44% des travailleurs. Et la note de La Fabrique met en lumière un profil d'"accidentés du travail" dont les individus font part de fortes tensions au travail. Avec les nouvelles technologies et la course perpétuelle au profit, l’intensification du travail est également une cause de mal-être.

La CFDT milite pour une approche préventive de la pénibilité. C'est cette dimension que nous défendons dans la mise en œuvre du compte pénibilité. C'est aussi pour cela que nous demandons la généralisation des négociations sur la qualité de vie au travail (QVT). L’étude de la Fabrique révèle qu’il y a peu d’intérêt à évoquer les différentes composantes du travail indépendamment les unes des autres. Cela donne un aperçu tronqué du travail, trop éloigné du ressenti des travailleurs. Négocier la QVT dans son ensemble permet au contraire d’examiner conjointement l’organisation du travail, ses conséquences sur la santé, la formation, l’égalité professionnelle…

Mais le mal-être au travail peut aussi provenir du manque d’autonomie. Près de la moitié des répondants à notre enquête Parlons travail estiment passer davantage de temps à rendre des comptes qu’à travailler ! Beaucoup ont l’impression de pouvoir être remplacés par une machine. Ces situations sont sources de dévalorisation pour le travailleur et pour les entreprises, ce sont des potentiels de travail sous-estimés.

Plus d'autonomie ne doit pas signifier être livré à soi-même et responsable de tout, sous peine de créer plus de pression et d’insécurité encore, comme le montre la note de la Fabrique. Mais il est important que les travailleurs puissent retrouver les marges de manœuvre nécessaires pour effectuer leur travail. Il faut faire évoluer le management vers des pratiques plus coopératives, s’appuyant sur les compétences de chacun et sur un collectif de travail. Le modèle de l’entreprise hyper hiérarchisée et verticale a fait son temps. Dans les entreprises, comme dans les administrations ou les collectivités locales, les travailleurs attendent davantage de lieux d’expression sur leur travail et sur son organisation.

Mais au-delà de pouvoir s’exprimer, ils veulent pouvoir peser sur leur quotidien au travail et sur l’avenir de l’entreprise. C’est le sens de l’engagement de la CFDT pour un réel dialogue économique et social dans les entreprises. Par les instances représentatives du personnel comme dans les négociations, la vie des salariés doit compter dans les entreprises.

Dans ce monde en plein bouleversement, les entreprises ne doivent pas s’y tromper : celles qui tireront leur épingle du jeu seront celles qui feront de l’engagement et des savoir-faire de leurs salariés l’atout de leur réussite, une réussite basée sur l’émancipation, la reconnaissance et le respect des travailleurs.

Un exemple de dialogue social au service de l’emploi et de la compétitivité

Ce jeudi 7 septembre, j’ai rencontré à Chartres l’équipe CFDT de l’entreprise Novo Nordisk, qui fabrique des cartouches et des stylos d’insuline. Ce sont des élus motivés, qui ont les pieds sur terre et qui s’engagent au quotidien par le dialogue social pour améliorer les conditions de travail des salariés de l’entreprise. 

Laurent Nordisk Blog

Le 10 février dernier, la section CFDT a négocié et signé un accord sur l’organisation et la durée du travail. La direction visait à augmenter la productivité du site en vue d’intégrer de nouvelles lignes de production. L’action de la CFDT a permis d’intégrer à cet accord la création d’emplois et l’investissement dans de nouvelles infrastructures pour les salariés. Cet accord a ensuite été soumis aux salariés qui l’ont approuvé à 64,48%.

Voilà un bel exemple de la vision moderne et constructive du dialogue social portée par la CFDT. Il ne s’agit pas de nier les intérêts divergents qui existent dans l’entreprise, ni de bloquer toute évolution. Il s’agit de réunir autour de la table les différents acteurs pour leur permettre de réfléchir à des solutions justes pour les salariés et efficaces pour l’entreprise.

Bien sûr, cela nécessite au préalable de créer les conditions d’un dialogue social équilibré et loyal,  de s’assurer que les acteurs négocient à armes égales. Et pour cela, la présence syndicale est essentielle. Un syndicat permet aux représentants du personnel de compenser le lien de subordination qui les lie à leur supérieur. Un syndicat, c’est de la formation, des conseils économiques, sociaux, un soutien matériel et humain. C’est aussi une vision globale de l’entreprise et de la branche d’activité, ce qui exclut la défense corporatiste d’une profession.  

La CFDT défend un dialogue social de qualité et régulier au sein de l’entreprise. L’information, l’échange sincère et loyal permet d’anticiper au mieux les difficultés à venir et d’y faire face sans casse sociale. Sur un marché mondialisé et considérant les transitions que nous vivons, aussi bien numérique qu’écologique, il n’est pas anormal qu’une entreprise ait besoin de revoir son organisation. Ce qui est inacceptable c’est que ces mouvements se décident sans les salariés, par une décision unilatérale de l’employeur. Les travailleurs sont la principale richesse de l’entreprise, ils doivent pouvoir prendre part à ces décisions stratégiques. C’était le sens de nos propositions pour un renforcement de la place des salariés dans les Conseils d’administration ou pour d’avantage de codécision dans les entreprises sur des sujets tels que l’utilisation des subventions publiques, l’évolution des compétences, la rémunération des dirigeants ou l’organisation du travail.

Nous continuons à peser auprès du gouvernement pour que les représentants du personnel aient les moyens d’effectuer leurs missions correctement, que ce soit en termes d’heures de délégation ou de nombre de mandat.                                                                                              

Le dialogue social n’est pas une épine dans le pied de l’employeur, bien au contraire. Aujourd’hui, suite à cet accord chez Novo Nordisk, 350 emplois ont été créés, un restaurant d’entreprise construit et l’entreprise est restée leader mondial sur le marché de l’insuline.

Par le dialogue social, la qualité de vie au travail peut être améliorée, l’emploi et la compétitivité de l’entreprise préservés. Les militants de la CFDT le prouvent au quotidien. 

Invité de la matinale France Info : Mardi 12 septembre

Laurent France Info

J'étais ce mardi 12 septembre l'invité de Bruce Toussaint et Jean-Michel Apathie sur France Info pour évoquer les ordonnances qui réforment le code du Travail. L'occasion de rappeler que si la CFDT n'appelle pas à la manifestation, elle reste opposé aux mesures annoncées et compte peser sur les décrets et les débats à venir. 

 

Interview dans Le Monde sur la réforme du code du travail

Interview parue dans Le Monde le 31 août 2017.

Comment jugez-vous le contenu des ordonnances ?

La CFDT n’était pas demandeuse d’une réforme du code du travail mais d’une évaluation de celles menées par les précédents gouvernements. Le président de la République avait annoncé ce projet et il est donc légitime à le faire. Nous sommes entrés dans la concertation de façon loyale, en faisant des propositions. La CFDT y voyait une occasion d’avancer vers la codécision dans l’entreprise ou le renforcement de la présence de représentants des salariés dans les conseils d’administration. Au final, nous sommes déçus. Peu de nos propositions ont été retenues. Nous avons le sentiment que l’on reconnaît la présence syndicale a minima sans lui donner les moyens de se déployer. Le gouvernement a raté le coche. Il y a une occasion manquée sur le renforcement du dialogue social et par ailleurs des dispositions négatives pour les salariés.

Lesquelles ?

Nous désapprouvons, par exemple, le choix du gouvernement de privilégier le périmètre national et non plus mondial pour apprécier les difficultés d’une multinationale qui voudrait licencier. Il n’y aura pas de possibilité réelle de déceler une éventuelle duplicité de l’entreprise. Il y a aussi un dispositif de plan de départs volontaires mis en place en dehors des plans sociaux qui peut avoir un impact grave sur l’emploi des seniors.

Quelles sont les avancées de ce texte ?

La concertation sur l’articulation entre négociations de branche et d’entreprise a été productive et la position finale est intelligente. On est dans la philosophie d’un code du travail qui protège, avec des accords de branche qui offrent une protection conventionnelle adaptée aux secteurs professionnels et des accords d’entreprise qui permettent de coller à ses spécificités. A une seule condition : que l’on s’interroge sur la façon dont se passe le dialogue dans l’entreprise selon la taille. C’est là où le gouvernement a raté sa cible : il n’y a pas eu un renforcement du dialogue social. Plus encore, en l’absence de mandatement syndical dans les entreprises de moins de onze salariés, il y a un risque énorme de voir la situation des travailleurs relever de décisions unilatérales de l’employeur.

Sur la barémisation des indemnités prud’homales, qui était un point très important pour la CFDT, vous avez obtenu des aménagements ?

La CFDT était contre sur le principe, elle continue de l’être. Nous nous sommes battus pour que le plancher ne soit pas la moitié d’un mois. S’il est de trois mois pour un salarié, c’est mieux. Nous avons aussi obtenu un élargissement des exceptions à cette barémisation : il y a évidemment celles pour harcèlement et discrimination mais aussi pour toute atteinte aux libertés fondamentales. C’est important. Et si la CFDT ne l’avait pas demandé, avec d’autres syndicats, il n’y aurait pas d’augmentation des indemnités de licenciement.

Qu’en est-il de la fusion des instances représentatives du personnel ?

La CFDT voulait que cette fusion soit laissée à la négociation dans chaque entreprise pour avoir des instances représentatives du personnel adaptées à leur besoin. Cela aurait été cohérent avec le renvoi à la négociation d’entreprise de beaucoup d’autres sujets. Même si l’ensemble des prérogatives des comités d’entreprise, délégués du personnel et comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail sont préservées, il aurait été plus intelligent de laisser de la souplesse. Ce qui nous inquiète désormais c’est le nombre d’élus dans l’instance unique et les heures de mandat pour exercer leur responsabilité.

Y a-t-il encore une possibilité d’avancer sur les moyens des syndicats ?

Sur les moyens, ce n’est pas dans les ordonnances, c’est dans les décrets. Cela va nous mobiliser dans les jours à venir car les choses ne sont pas figées. Une de nos inquiétudes concerne la possibilité pour les représentants syndicaux de recourir à des experts pour éclairer leur positionnement.

Le gouvernement a-t-il tenu compte d’un certain nombre de lignes rouges syndicales ?

Oui, car nous avons travaillé avec FO et la CFTC pour qu’un certain nombre de points, qui auraient été néfastes pour les salariés, ne soient pas actés, comme sur le seuil de déclenchement d’un plan de sauvegarde de l’emploi ou un délai très court de recours aux prud’hommes. Quant au référendum d’entreprise à l’initiative de l’employeur, il ne sera possible qu’avec un accord préalable de syndicats représentant 30 % des salariés. Cette concertation a montré que le patronat a une vision passéiste du dialogue social et du syndicalisme. Il y a une sorte de malédiction française où l’on considère que le bien-être des salariés serait contradictoire avec la performance économique. Et une malédiction du dialogue social hexagonal où la vision de l’entreprise reste dogmatique. Le gouvernement n’a pas fait le choix d’aller vers une modernisation qui permette d’allier à la fois performance économique et qualité du travail. C’est un élément de désaccord et une déception profonde. Comme si les représentants des salariés étaient vus comme un mal nécessaire. Le gouvernement a-t-il compris que le syndicalisme réformiste, dans sa diversité, est aujourd’hui majoritaire en France ?

Le gouvernement a-t-il oublié sa « révolution » promise ?

Si vous parlez de la logique libérale qui paraissait la sienne au départ, je dirais oui car ce n’est pas la casse du code du travail que certains ont annoncée. Et nous avons contribué à ce que cela ne soit pas le cas. Mais ce qui me gêne c’est que le gouvernement a raté le coche pour moderniser les relations sociales en France et avancer vers une forme de démocratisation de l’entreprise.

Comment qualifieriez-vous le climat social et politique de cette rentrée ?

Il y a une forme d’incompréhension et de paradoxe. On a vécu un été où on a des chiffres de la relance économique plutôt porteurs d’espoirs pour les créations d’emploi. Et une progression des inégalités. C’est ce moment-là que choisit le gouvernement, complètement à contretemps, pour annoncer la baisse des APL [aide personnalisée au logement] et une rupture brutale avec la logique des contrats aidés. La baisse de popularité de l’exécutif n’est pas surprenante. Je l’avais dit au président de la République après son élection : il faut des politiques à hauteur d’homme, empreintes de justice sociale. Or j’ai l’impression que c’est l’inverse qui a été fait durant l’été. Après l’élection d’Emmanuel Macron, il y avait une attente de modernisation et un certain optimisme. Et on annonce aux Français qu’ils doivent se serrer la ceinture. Il y a des logiques budgétaires qu’il faut parfois poursuivre mais ça ne peut pas se faire en tapant sur les plus fragiles.

Pourquoi êtes-vous opposé à la baisse du nombre de contrats aidés ?

Cela me met dans une colère noire. Les contrats aidés correspondent à des postes utiles à lapopulation et, s’ils sont bien ciblés sur les plus fragiles et accompagnés d’une formation, ils permettent un retour à l’emploi. L’approche qui a été faite est insupportable parce qu’on n’a jamais entendu un responsable politique parler de la personne, de celle qui grâce à un emploi aidé retrouve de la dignité et un parcours professionnel. C’est une faute très grave. Sur cette question, comme sur la baisse des APL, j’appelle le gouvernement à revoir sa copie. Et qu’en 2018 il maintienne l’effort collectif pour les contrats aidés.

Approuvez-vous Emmanuel Macron quand il met la pression sur la Pologne pour modifier la directive sur les travailleurs détachés ?

La CFDT soutient la démarche du président, comme la Confédération européenne des syndicats. Nous sommes d’accord avec le discours sur le renforcement de la directive, la prise en compte des conditions de logement, de transport, de protection sociale, de nourriture et la lutte contre les escroqueries et l’exploitation à laquelle elles donnent lieu. A ce moment-là, Emmanuel Macron donne du sens, quand il dit que l’Europe ne peut pas se construire sur le dumping social et qu’il parle des gens. C’est pour cela que je dis dans cette rentrée, attention, il faut du sens mais surtout remettre l’humain et la réduction des inégalités au coeur des politiques menées.

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, a annoncé mercredi que son organisation ne participerait pas, comme la CDFT, à la manifestation de la CGT le 12 septembre. Vous ne changerez pas d’avis malgré votre déception concernant la réforme du code du travail ?

Non. Lorsqu’on va dans la rue, on le décide ensemble, on ne répond pas à une convocation. La CFDT a fait le choix de peser dans la concertation et elle a bien fait car cela a permis de contrer des mesures négatives. La CFDT n’ira pas le 12 septembre. L’important dans une mobilisation syndicale, c’est son débouché. Celui de la CFDT est de renforcer la présence syndicale dans les entreprises. C’est dans les entreprises que nous allons nous mobiliser en redoublant d’effort pour démontrer l’utilité du syndicalisme.
Nous allons aussi rencontrer les autres syndicats. Et surtout, le 3 octobre, la CFDT réunit 10 000 de ses militants d’entreprises à Paris, ce sera une bonne occasion de montrer la vivacité du dialogue social. Enfin, on va s’adresser directement aux salariés en leur disant que demain encore plus qu’aujourd’hui ils auront besoin de la présence syndicale.

Est-ce une défaite pour la CFDT ?

En aucune façon. Nous avons fait notre travail de syndicaliste. La CFDT va continuer à être combative, à s’investir dans les entreprises, à porter ses revendications au niveau national. Le volet sécurisation des parcours professionnels arrive. Nous voulons reparler du compte personnel d’activité qui a disparu des radars, d’un vrai contrat d’insertion, de l’accompagnement des personnes exclues de l’emploi, de la lutte contre la pauvreté, de l’accès à la formation professionnelle. Il y aura aussi la question de l’assurance-chômage. Si le gouvernement réduit la protection des salariés, la CFDT s’y opposera.

L’épisode des ordonnances augure-t-il mal de la suite ?

Pas forcément. La CFDT n’a jamais été dans la cogouvernance. Elle n’est ni dans l’opposition ni une force d’appoint. Elle est libre, autonome, indépendante, et elle se positionne sur les contenus. Mettre en oeuvre son programme, c’est normal, c’est la légitimité démocratique mais la campagne présidentielle a montré de profondes fractures. La ligne à suivre doit être la réduction des inégalités qui minent la société française. Faire des politiques à hauteur du porte-monnaie de l’Etat ne peut pas être la seule clé d’entrée. Si on ne remet pas de la justice sociale, de l’attention aux plus fragiles, du sens et des valeurs, on se perd. Et si on se perd, je ne sais pas quelle sera la situation sociale dans trois ou six mois. Donc je dis au gouvernement : écoutez-nous davantage, plus que sur les ordonnances où notre vision de l’entreprise n’a pas été entendue.

Propos reccueillis par Raphaëlle Besse Desmoulière et Michel Noblecourt

Attention à la justice sociale !

Interview publiée par Paris Match, le 12 juillet 2017.

Jugez-vous nécessaire cette réforme du code du travail, un an seulement après la loi El Khomri ?
Après les lois El Khomri, Rebsamen, et de sécurisation de l’emploi, il aurait été pertinent d’évaluer les dispositifs déjà mis en place. Mais notre pays ne parvient jamais à faire le bilan des lois successives. Ceci dit, le président de la République a été élu après avoir promis de mener cette réforme, nous devons donc faire avec.

Permettra-t-elle de créer massivement des emplois ?
Je ne le pense pas. Seuls deux éléments le permettent. D’une part, des investissements intelligents sur les enjeux de demain, comme les transitions numérique et écologique, pour créer une économie performante par sa capacité à innover et à faire face aux transformations du monde. D’autre part, l’élévation des compétences et un meilleur accompagnement des salariés dans leurs parcours professionnels. C’est tout l’objet du Compte personnel d’activité que la CFDT a défendu et que le gouvernement devrait développer davantage.

Les chefs d’entreprises jugent pourtant qu’elle aidera à lever des verrous…
Il faut arrêter. Ces verrous sont surtout dans la tête de quelques responsables d’organisations patronales. Certains d’entre eux ont été levés avec la création de la rupture conventionnelle, avec la négociation des plans sociaux, avec le raccourcissement du délai de recours aux prud’hommes de cinq ans à un an. A chaque fois, les responsables patronaux se sont livrés à une course à l’échalote pour demander davantage de souplesse et le chômage n’a pas baissé pour autant. Ainsi, plafonner à un bas niveau les indemnités prud’homales entraînera une vague de licenciements, puisque les entreprises commenceront par purger. Voilà pourquoi la CFDT se battra sur la hauteur du plafond. Nous demandons aussi un relèvement des indemnités légales de licenciement qui sont parmi les plus basses d’Europe.

La méthode des ordonnances prises pendant l’été n’est-elle pas un moyen de vous contourner ?
La CFDT veut peser dans les discussions, donc je me refuse à manier la mauvaise foi. Des concertations approfondies ont lieu en ce moment. Fin août, quand les projets d’ordonnances auront été écrits, je demande une réunion multilatérale pour que nous puissions avoir un débat franc. Nous prendrons alors position.

L’Assemblée nationale est-elle ainsi transformée en simple chambre d’enregistrement, comme le regrettent des députés ?
Ce n’est pas à cause des ordonnances ni de la loi d’habilitation, mais de la façon dont les parlementaires s’organisent. Mais c’est leur problème, pas le mien. En tant que citoyen, je pense qu’il est nécessaire qu’un débat ait lieu au sein du Parlement.

Avez-vous obtenu satisfaction sur certains points?
Sur l’articulation entre la négociation d’entreprises et celle de branches, le « premier bloc », les organisations syndicales ont été entendues. Le rôle des branches a été renforcé, ce qui n’était pas prévu au départ. Dans certains domaines, les branches pourront se saisir de certains sujets. Et les négociations d’entreprise pourront avoir lieu notamment sur l’organisation du travail. Sur le « deuxième bloc » qui concerne la présence syndicale et le fonctionnement des instances représentatives du personnel, je dis attention. On ne peut pas vouloir développer le dialogue social dans l’entreprise et réduire juridiquement les prérogatives du syndicalisme. Si ce choix est fait, la Cfdt s’y opposera fortement. Quand j’entends Pierre Gattaz dire qu’il faut moins de réunions et moins de syndicats, je lui réponds que je suis favorable au renforcement du dialogue social dans l’entreprise pour trouver des solutions adaptées à chacune d’entre elles ; mais cela ne peut pas se faire sans présence syndicale.

La CGT appelle à une journée d’action le 12 septembre prochain, elle dénonce le démantèlement de 120 ans de droit du travail. Est-il exclu que la CFDT la rejoigne ?
La CFDT est la première organisation syndicale dans le privé. Si elle doit se mobiliser, elle en discutera avec les autres, mais elle ne rejoindra pas une date préemptée par une organisation dans son coin. Tant que les discussions sont ouvertes, nous jouons le jeu. Prendre d’emblée position empêche de peser sur les discussions en cours. Ce n’est pas le choix de la CFDT. Nous n’excluons rien pour la rentrée, mais nous ne serons à la remorque d’aucun parti politique ni d’aucune organisation syndicale.

Les fonctionnaires sont stigmatisés
Le gouvernement rétablit le jour de carence pour les fonctionnaires supprimé sous François Hollande. Cette mesure est-elle juste?
Puisque les finances publiques sont dégradées, il faut que le budget soit maîtrisé. Mais pourquoi agir sur le point d’indice et le jour de carence des fonctionnaires ? Les fonctionnaires sont stigmatisés, considérés comme une variable d’ajustement, alors qu’ils permettent au pays de maintenir sa cohésion sociale. La logique comptable gouvernementale traduit une certaine fainéantise. Je veux bien discuter du jour de carence, à condition que l’on parle aussi de la création d’une complémentaire santé payée par l’employeur, comme dans le privé, et des raisons d’un certain absentéisme qui s’explique parfois par leurs conditions de travail. Il faut arrêter cette culpabilisation systématique des fonctionnaires et le discours : ‘vous coûtez cher et vous ne travaillez pas assez’.

Le gouvernement veut modifier le compte de prévention de la pénibilité. Est-ce un détricotage de cette mesure à laquelle vous tenez ?
Le patronat essaie de faire croire à ses troupes que ce compte aurait disparu, c’est faux. Six critères sont maintenus, dont le bruit, alors que beaucoup se sont mobilisés pour qu’il ne soit plus pris en compte. Le président de la République avait annoncé pendant sa campagne qu’il suspendrait ce dispositif, ce n’est pas le cas. La Cdft n’est pas pour rien dans ce revirement : nous avons alerté sur les dangers d’une disparition de cette mesure de justice sociale. Je regrette néanmoins que l’évaluation de trois critères soit laissée à un médecin puisque cela ne concernera que les salariés déjà inaptes. La CFDT regrette également que le financement ne soit plus principalement pris en charge par les entreprises qui font le plus subir de pénibilité à leurs salariés. Ce dossier a été mal géré depuis le début. Il est certes complexe, mais jamais son sens n’a été expliqué, alors qu’il s’adresse à des salariés qui meurent plus tôt ou vieillissent en mauvaise santé à cause de leurs conditions de travail.

Une information judiciaire vient d’être ouverte dans l’affaire Business France, qui était alors dirigé par Muriel Pénicaud, l’actuelle ministre du Travail. Peut-elle toujours mener les discussions ?
Mon appréciation de la ministre du Travail n’a pas changé depuis sa nomination, c’est quelqu’un qui connaît bien ses sujets. Pour le reste, je n’ai aucun commentaire à faire.

Vous attendez-vous à une rentrée sociale agitée ?
Je me demande surtout si le gouvernement va enfin développer un discours d’empathie et prendre des mesures concrètes envers ceux qui souffrent le plus dans la société. Va-t-il lutter contre la pauvreté, contre la précarité, contre les inégalités territoriales, contre les conditions de logement dégradées ? Deux millions d’enfants grandissent sous le seuil de pauvreté, de nombreux jeunes vivent un parcours du combattant pour entrer sur le marché du travail… J’attends des mesures concrètes. Pour l’instant, j’observe un déséquilibre dans la politique du gouvernement, qui envoie trop de signaux qui ne vont pas dans le sens de la justice sociale. Je dis attention ! Il n’y a aucun projet en faveur de la jeunesse, du renforcement des services publics dans les zones rurales. J’ai proposé au Premier ministre une incitation forte des entreprises à intégrer des demandeurs d’emploi longue durée. Même si la situation économique s’améliore, ceux qui sont au bord du chemin vont avoir du mal à se relever. La question des inégalités sociales et territoriales est posée au gouvernement, ce doit être la priorité.

Comment jugez-vous les deux premiers mois de la présidence Macron ?
Force est de constater qu’en politique étrangère et européenne, les choses avancent et c’est bon signe. La volonté de faire face aux transitions écologiques et numériques me semble bienvenue. Mais nous sommes dans une période politique nouvelle, je pense que l’enjeu des prochaines semaines est de ne pas oublier de mener des politiques à hauteur d’hommes, qui soient comprises par tous afin que l’espoir ne cède pas la place à la défiance et à la déception. J’ai dit au président de la République que nous étions sur une poudrière. Les inégalités et les mécontentements qui se sont manifestés lors des élections n’ont pas baissé. L’équité et la justice seront les juges de paix.

Les sympathisants CFDT ont massivement voté pour Macron. Cela vous condamnerait-il pas à une certaine bienveillance ?
Ni allié docile, ni opposant de principe. C’est la ligne que j’ai définie dès le lendemain de l’élection. Nous serons exigeants et constructifs.

Les partis traditionnels sont à terre. Les organisations syndicales seront-elles les prochaines victimes de l’effet Macron ?
Je suis convaincu depuis longtemps que le syndicalisme sera soumis aux mêmes tensions, à la même défiance, que toutes les institutions. Comme les autres, il est mortel. Il doit faire sa mue et prouver son utilité. Si la CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le privé, c’est sans doute car elle répond aux préoccupations des travailleurs. La CFDT ne transigera pas sur ses valeurs d’émancipation, de démocratie et de justice sociale - elle l’a montré dès le soir du premier tour ; et si elle reste en même temps capable de faire face aux attentes des travailleurs, alors elle a de beaux jours devant elle.

La hausse de la CSG a été confirmée pour financer la suppression des cotisations salariales sur l’assurance-maladie et l’assurance-chômage. Cette mesure vous satisfait-elle ?
Nous sommes favorables à un transfert de plusieurs cotisations, notamment celles pour les familles, vers la CSG. Mais nous sommes réservés sur le fait que l’assurance-chômage bascule vers la CSG. Je ne crois pas que la CSG puisse financer un revenu de remplacement comme l’allocation chômage. Nous voulons une complémentarité entre l’Etat et les partenaires sociaux pour gérer l’assurance-chômage. Le risque est grand que l’indemnisation des chômeurs baisse. Je suis inquiet pour leurs droits.

Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a déclaré « sortons une fois pour toutes de la lutte des classes ». Partagez-vous son injonction ?
Le terme « lutte des classes » ne me semble pas adapté à la réalité d’aujourd’hui. En revanche, que les intérêts diffèrent entre ce qui relève du capital et du travail, entre ce qui relève de l’employeur et des travailleurs, c’est certain. D’ailleurs une société qui n’accepterait pas des intérêts divergents en son sein et qui ne s’organiserait pas pour qu’ils se confrontent afin de trouver des compromis se trouverait dans une impasse démocratique.

CET ÉTÉ ENCORE, LES DROITS DES TRAVAILLEURS SAISONNIERS NE SONT PAS EN VACANCES !

Cela fait maintenant 19 ans que la CFDT multiplie les rencontres et les initiatives à destination des travailleurs saisonniers. Venir les informer sur les plages ou dans les champs de fruits et légumes tout au long de l’été est ainsi devenu au fil des ans (depuis 1999 !) un rendez-vous incontournable et apprécié par nos militants, au service des saisonniers.

L’objectif de ces échanges : lutter contre la précarité et les abus dans les conditions de travail, développer l’accompagnement pour valoriser leurs parcours et leur permettre d’évoluer professionnellement afin de réussir à se stabiliser et leur permettre de « Bien vivre la saison » en étant informés et accompagnés et les aider à faire respecter leurs droits : avoir accès à un logement décent,  garantir le paiement de leurs heures supplémentaires, le droit  aux temps de repos…

Saisonniers CFDT logo

Les principaux secteurs d’activité concernés par le travail saisonnier sont notamment l’agriculture avec pas moins de 800 000 contrats saisonniers signés chaque année et les hôtels, cafés et restaurants qui avec l’activité touristique recrutent près de 430 000 contrats saisonniers par an. A noter que dans le thermalisme, 10 000 emplois sont saisonniers sur les 14 000 de la branche.

Les travailleurs saisonniers sont la plupart du temps en transition entre le milieu scolaire et professionnel, entre 2 emplois ou encore entre 2 territoires. Souvent, ils connaissent mal leurs droits, et subissent des abus de certains patrons : mauvaise qualité de l’hébergement, contrats de travail qui ne respectent pas les conventions collectives, voire même absence de contrat. De même, le salaire n’est pas toujours à la hauteur du travail fourni. J’ai cet exemple en tête d’une jeune étudiante qui faisait la saison l’an dernier dans une boutique de souvenirs à Pornic, qui nous avait expliqué avoir été recrutée un mois avant, et n’avoir pas encore obtenu de contrat de travail. Ce qui m’a frappé c’était ce sentiment de découragement qu’elle ressentait, parce qu’elle était certaine de n’en obtenir aucun au final, la CFDT de Loire Atlantique l’a accompagné tout au long de la saison pour faire face à ces difficultés.

photo saisonniers 1

Cette campagne saisonniers, c’est aussi la possibilité pour la CFDT de rencontrer tous ces patrons de TPE qui, parfois par simple méconnaissance du droit, ne proposent pas des conditions d’accueil correctes pour les travailleurs saisonniers et de les sensibiliser à ces questions.

Cette année,  la CFDT sera par exemple présente à Noirmoutier, à Boulogne-sur-Mer, à Narbonne Plage mais également au Parc Astérix ou dans les champs du Limousin lors de la cueillette des pommes.. Ce sera également l’occasion pour les militants de la CFDT d’échanger avec les vacanciers sur la situation des travailleurs saisonniers pour leur faire prendre conscience que le contexte de vacances et de loisirs ne peut être une excuse pour déroger aux droits des salariés.

Cette année encore, ce sont plus de quatre-vingts actions qui sont organisées dans toute la France. La CFDT sera donc aux côtés des travailleurs saisonniers pour faire respecter leurs droits, tout au long de l’été partout sur le territoire. 

Interview au Figaro le 28/06/2017

Le projet de loi d’habilitation vous convient-il ?

Le projet de loi d’habilitation reprend le cadre dans lequel les discussions s’opèrent : je rappelle que toutes les mesures proposées dans ce projet ne seront pas forcément dans les ordonnances. Ceci étant dit, nous n’étions pas demandeurs d’une nouvelle réforme du Code du travail mais la méthode de la concertation choisie par le gouvernement nous convient. Elle permet de réagir aux propositions et de faire valoir nos contre-propositions. Est-ce que la règle du jeu sera respectée jusqu’au bout ? Nous ne sommes ni dans la confiance absolue, ni dans la défiance généralisée. Nous jugerons sur pièce à la fin du processus.

Quelles sont vos lignes rouges ?

La CFDT ne fonctionne pas tant en terme de lignes rouges que de propositions et d’alerte. Le syndicalisme n’est pas une force de témoignage, mais une force de propositions et de contre-propositions. Les sujets abordés sont complexes et les réponses ne peuvent pas être binaires. Notre objectif est de d’obtenir toujours plus pour les travailleurs. Entre les points d’accord et de désaccord,  nous jugerons l’équilibre global.

Quels sont les aspects positifs ?

Le renvoi de la négociation à l’entreprise sur certains sujets et le renforcement du rôle des branches sont une bonne chose. Il faut permettre aux entreprises de négocier les sujets qui visent l’organisation du travail. Et les six domaines sur lesquels les négociations doivent être menées au niveau de la branche doivent être conservés (salaire minimum, classification professionnelle, protection sociale complémentaire, formation, pénibilité et égalité professionnelle femmes hommes). Nous voulons en ajouter un septième : la qualité de l’emploi qui inclut les négociations sur le temps partiel À 24 h. Un autre point à creuser est le «chèque syndical» en entreprise qui vise à offrir aux salariés la possibilité d’adhérer à un syndicat de leur choix avec des ressources financées par l'employeur. Par ailleurs, nous soutenons tout ce qui sera fait pour accroître la possibilité d’expression des salariés sur leur travail.

Il y a quand même des points qui vous gênent…

Oui et nous y serons très attentifs. Si on veut renforcer le dialogue social, il faut renforcer le fait syndical. Des accords en entreprise ne doivent pouvoir être négociés et signés que par le représentant d’un syndicat. Il n’est pas question que des élus (délégué du personnel, membres du comité d’entreprise ou du CHSCT) non mandatés par un syndicat puissent le faire, en tout cas dans les entreprises de plus de 11 salariés. Nous serons aussi vigilants, si cette option est retenue, sur l’instance unique : elle devra pouvoir ester en justice, conserver les prérogatives des instances qu’elle remplace (DP, CE et CHSCT), traiter des questions de conditions de travail, d’hygiène et de sécurité, renforcer le droit d’expertise et demeurer une instance de proximité. Et, nous proposons qu’une telle évolution ne puisse intervenir que si les syndicats et les directions le décident par accord majoritaire.

Avez-vous évolué sur le plafonnement des indemnités prud’homales ?

Nous restons en désaccord avec cette mesure. On nous dit que les dommages et intérêts obtenus aux prud’hommes en France en cas de licenciement abusifs sont les plus élevés d’Europe. Mais les indemnités légales, qui sont le socle quand un salarié est licencié, sont parmi les plus basses! C’est pourquoi nous demandons leur augmentation. Je rappelle aussi que les délais de recours aux prud’hommes ont déjà été raccourcis en 2013. Et que des erreurs sur le formalisme peuvent aussi servir à cacher des problèmes sur le fond.  Enfin, nous voulons que les licenciements économiques soient validés en prenant en compte la santé de l’ensemble du groupe multinational, et non en se limitant à l’état de la filiale française.

Le gouvernement réfléchit à l’option de décaler dans le temps la mise en place des accords majoritaires. Qu’en pensez-vous ?

Je partage la volonté de Muriel Pénicaud de revoir les modalités du dialogue social pour le renforcer. Mais ce projet ne peut fonctionner que si on permet au syndicalisme de faire sa mue. Le fait que les accords, pour être validés, soient signés par des organisations ayant recueillies au moins 50% des voix aux élections (et non plus 30%) est un pas capital. Ces accords majoritaires doivent devenir la norme en 2019, nous ne souhaitons pas à priori changer de calendrier.

Comment analysez-vous le climat social ?

Le climat sociétal, politique et social est tendu : une vraie poudrière ! C’est la première chose que j’ai dite à Emmanuel Macron lors de notre rencontre. Les difficultés sociales sont toujours là et les Français expriment le besoin d’avoir plus de prise sur leur travail. Il faut redonner de la respiration à la société, recréer des marges de manœuvre au plus près des citoyens et des salariés. Les réformes sont nécessaires pour s’adapter aux révolutions numériques, écologiques, à la mondialisation. Mais il ne faut pas que cela se fasse sur le dos de travailleurs. C’est pourquoi je me réjouis que le contrat de chantier reste borné par les branches. Sinon, cela aurait été un mauvais signal.

La CPME dit que vous avez trouvé un accord sur le compte pénibilité. Est-ce exact ?

Une organisation n’a pas à s’exprimer au nom d’une autre et je n’ai rien conclu avec François Asselin, le président de la CPME! Les salariés qui voient leur espérance de vie altérée par leurs conditions de travail doivent avoir une juste réparation. Il faut aussi entrer davantage dans une politique de prévention. Pour les trois critères ergonomiques de pénibilité, on peut regarder à nouveau les choses pour que la mise en œuvre soit simplifiée sans revenir sur l’objectif. Mais les six autres critères doivent s’appliquer comme le prévoit la loi. Sur ce point, le patronat doit arrêter de pleurer et assumer ses responsabilités !

Emmanuel Macron vous aurait menacé d’étendre la moralisation de la vie politique encours à la vie syndicale si vous ne soutenez pas sa réforme ?

C’est du grand n’importe quoi. Jamais le président, ou son entourage, n’en a parlé lors de notre entretien. Et s’il l’avait fait, je l’aurai dénoncé. Ceci dit, La CFDT n’a rien à cacher et encore moins à craindre d’une opération de transparence ou moralisation.

propos recueillis par Marc Landré, Cécle Crouzel et Manon Malhère

Invité de la matinale d'Europe 1 le 28/06/2017

Retrouvez mon interview par Thomas Sotto sur les réformes du code du travail prévues par le gouvernement.

 


Laurent Berger sur la loi Travail: "Etre dans... par Europe1fr

La CFDT réfléchit à l'industrie du futur

Le 20 juin dernier, la CFDT organisait une deuxième journée d’ateliers autour de l’industrie du futur : une centaine de militants sont venus échanger et réfléchir sur les mutations qui traversent l’industrie, mais surtout sur les moyens de les anticiper et de les sécuriser. 

L’industrie se transforme au gré des innovations techniques et technologiques : le numérique et toutes les technologies qui en dérivent, l’automatisation et la robotisation, les imprimantes 3D, l’internet des objets, la réalité augmenté… La liste est longue et n’a pas fini de s’allonger. Les techniques de production évoluent à une vitesse considérable. 

On parle de fabrication par imprimante 3D des équipements industriels, de production de textile connecté dédié à la santé personnelle, de fabrication de pièces composites à grande cadence (technique qui permet de réaliser en une seule étape des sous-ensembles complexes dans des temps de cycle plus courts)…

Les activités des entreprises deviennent, par là même, de plus en plus complexes, de plus en plus diversifiées si bien que la distinction entre service et industrie n’est plus si évidente et n’a plus forcément de sens.

Au-delà de ces évolutions, nous devons encourager la nécessaire transition écologique, nous tourner vers une industrie plus propre, respectueuse des travailleurs, de la planète et des générations futures. C’est d’abord une question d’avenir de l’humanité. C’est également une opportunité de compétitivité. 

Ces transformations ne sont pas sans risque. Mal préparées, elles peuvent être synonymes de perte d’emploi, de creusement des inégalités entre les travailleurs ou de polarisation des compétences. Il ne s’agit pas de les minimiser. 

Mais l’industrie du futur c’est également l’opportunité de produire mieux, dans de meilleures conditions.  La possibilité de se tourner vers une économie de la qualité, une économie durable. Les premiers ateliers de l’industrie du futur nous ont permis d’identifier ces perspectives : ré-industrialisation, création d’emploi moins délocalisables et moins pénibles, valorisation des collectifs de travail, organisation plus horizontale, parcours professionnels plus riches … 

La CFDT veut saisir les opportunités qu’offre l’industrie du futur, contribuer à leur réalisation, pour qu’elles profitent à tous et pas uniquement à un petit nombre. Il n’y aura pas d’industrie du futur si l’humain n’est pas placé au centre de ces transformations. 

 

Le cœur de l’industrie du futur, ça ne doit pas être la technologie mais le travail et les compétences. 

La poursuite d’un modèle low cost basé sur la concurrence par les couts n’a pas d’avenir. C’est en adoptant un nouveau modèle de production fondé sur la qualité, l’innovation, l’initiative des salariés que nous concilierons demain compétence économique et progrès social. 

Pour créer les conditions d’une transition favorable à tous, la formation et l’accompagnement des salariés seront des éléments décisifs. Mais c’est aussi grâce au dialogue social à tous les niveaux, que nous réussirons à mener ces transitions.

Dans les entreprises, dans les bassins de vie, au plus près des réalités des travailleurs, le dialogue social doit permettre d’identifier la diversité des intérêts et des besoins, de les confronter et enfin de proposer des solutions concertées et adaptées au territoire. C’est par le dialogue social que nous saurons proposer avec les travailleurs des  alternatives crédibles et désirables qui ne laissent personne sur le bord du chemin

Avec les ateliers de l’industrie du futur, la CFDT regarde la réalité du travail et ses évolutions. La CFDT regarde vers l’avenir car elle veut contribuer à le construire et l’orienter vers davantage de justice sociale. 

La CFDT soutient l'Alliance Syndicale Indépendante du Vénézuela

Ce lundi 19 juin la CFDT avait pris l’initiative d’organiser une table ronde sur la situation au Vénézuela.

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Depuis 2014 d’importants mouvements sociaux agitent un pays en proie à une grave crise économique, sociale et démocratique.  Alors que le Venezuela possède une des plus importante réserve pétrolière au monde, les gens souffrent de la faim, le PIB recule, l’inflation s’envole et le salaire minimum est à moins de 30$. Sur un mois ce revenu ne permet aux vénézuéliens de se procurer de la nourriture que  pour 16 jours.

Dans ce contexte intenable, les mouvements sociaux, où les jeunes sont très nombreux, sont traversés par une terrible violence qui a déjà tué par dizaines. Cette violence est autant le fait des partisans du pouvoir en place que de l’opposition qui réclame le départ de Maduro.

La CFDT soutient l’Alianza Sindical Independiente (ASI - Alliance syndicale indépendante) depuis sa création en 2015. Au sein de cette organisation, chavistes et opposants cohabitent pour une représentation des travailleurs indépendante des partis politiques.  

Carlos Navarro, le président de l’ ASI était présent lors de cette table ronde afin de témoigner de la situation vécue par les travailleurs vénézuéliens, un quotidien terrible rythmé par de nombreuses pénuries dans le pays, notamment d’alimentation « on voit les gens maigrir à vu d’œil » ou de médicaments et des manifestations régulièrement suivies d’emprisonnement ou de morts.

La répression est brutale. Le gouvernement a promulgué sept lois visant à criminaliser l’action syndicale indépendante. Des tribunaux militaires condamnent des civils, violant ainsi la constitution du pays. Les personnes arrêtées sont parfois mise au secret et torturées.

Le pouvoir refuse tout dialogue avec l’opposition, pourtant largement majoritaire au Parlement. Le pouvoir judiciaire est mis au pas par l’exécutif pour court-circuiter les décisions du pouvoir législatif. Le Président Maduro a lancé un projet d’Assemblée Constituante qui lui permettra d’en contrôler la composition et de se maintenir au pouvoir. Si cette Constituante se met effectivement en place le 30 juillet comme prévu, les affrontements et la violence risquent de décupler.


Table ronde sur la situation au Vénézuela avec... par CFDT_TV

Le soutient de la CFDT au syndicalisme indépendant et démocratique n’est pas nouveau, elle a toujours apporté son appui aux  syndicalistes qui luttent pour l’émancipation des travailleurs, où qu’ils soient et quelle que soit leur couleur politique, philosophique ou religieuse …) face à ceux qui veulent bâillonner leur peuple, ou s’attaquer aux droits des travailleurs.

Pour la CFDT, le syndicalisme doit porter les valeurs de démocratie, de solidarité, de justice. Quand des hommes et des femmes courageux et courageuses se lèvent contre des pouvoirs autoritaires pour défendre la liberté, la démocratie, le droit à une vie digne, le devoir de ceux qui tiennent à ces valeurs est d’être à leur côté, et le syndicalisme doit s’y engager. La CFDT l’a fait tout au long de son histoire, hier au Brésil ou en Pologne, plus récemment en Tunisie, et aujourd’hui en Turquie, en Iran, en Chine, à Cuba ou au Venezuela.

Interview au JDD du 18 juin

Cette interview est initialement parue dans le Journal du dimanche du 18 juin 2017

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La « vague Macron » change-t-elle le rapport de force ?

C’est le choix des citoyens, mais cette large majorité renforce la nécessité de construire des politiques en contact avec la société civile et les corps intermédiaires. Partagez le pouvoir ai-je envie de dire au président et au gouvernement ! Le concentrer ne serait pas sans risque et sans difficulté tant les fractures sociales et territoriales sont réelles. Il va falloir apporter des réponses en matière de lutte contre la pauvreté, d’accompagnement des travailleurs dans leur parcours professionnel, favoriser le retour à l’emploi des chômeurs de longue durée, développer une action publique de proximité. La question posée est celle du sens : soit on construit des politiques de progrès qui font vivre des valeurs, réduisent les inégalités, favorisent l’équilibre entre performance économique et justice sociale au service d’une fraternité retrouvée. Soit on élabore juste des politiques qui misent bout à bout n’incarnent aucune grande logique. Jamais il n’y a eu un tel paradoxe entre d’un côté, un pouvoir très concentré, et de l’autre, des tensions et des attentes fortes en termes de changement. La victoire ne laisse pas de place à l’euphorie. Il n’y a pas d’homme providentiel, ni de solution miracle.

Dans ce contexte, les organisations syndicales ont-elles un plus grand rôle à jouer ?

Nous devons concourir à l’intérêt général, personne n’a intérêt à ce que le pays implose. Les risques de manifestations et de violence sont important tant la société vit sous tension. C’est pour cela qu’il faut du dialogue social, les syndicats ont un rôle à jouer sur le code du travail, l’assurance chômage, la formation professionnelle… Mais nous ne devons pas nous cantonner à ces sujets essentiels. Fin mai, nous avons remis au premier ministre des propositions en matière de fiscalité, d’Europe, de pauvreté et qui prouvent que le syndicalisme tel que le construit la CFDT est porteur d’une vision.

Avec FO, vous demandiez un délai pour discuter des ordonnances sur le code du travail. Avez-vous le sentiment d’avoir été entendu ?

Il y a eu une détente du calendrier jusqu’à fin septembre, nous avons six rendez-vous avec le ministère du Travail durant lesquels nous présentons nos propositions. Sur le calendrier, il ne faut pas faire de procès d’intention, il n’est pas un facteur de blocage. Le syndicalisme se grandit quand il est sur les questions de fond. Ce n’est pas en restant au bord du terrain qu’on peut influer sur le jeu. Contrairement à ce que disent certains, ce n’est pas plié. Ne sifflons pas la fin du match avant qu’il ne soit joué !

Quelles sont vos lignes rouges ?

Nous sommes contre le référendum d’entreprise à l’usage de l’employeur en cas d’absence d’accord avec les organisations syndicales. Sur le plafonnement des dommages et intérêts versés aux prud’hommes, nous sommes en désaccord par principe car il est normal de toucher une réparation intégrale après un licenciement abusif. Attention aux fausses solutions ! On élaborera des contre-propositions, à nous aussi de faire en sorte que les politiques ne fassent pas n’importe quoi. Nous ne sommes pas demandeurs d’une fusion des instances représentatives du personnel. Mais si c’est le cas, il doit y avoir une commission spéciale sur la sécurité et la santé au travail et qu’elle puisse ester en justice. Enfin, nous souhaitons augmenter les indemnités légales de licenciement et développer la place et les moyens des syndicats. La branche doit voir son rôle renforcé notamment en matière de qualité de l’emploi, et les entreprises doivent négocier sur l’organisation du travail et leur responsabilité sociale.

Et si vous n’êtes pas écoutés ?

Je ne suis pas animé par la peur, ni par la confiance absolue, mais par la détermination et l’exigence. La désertion sociale n’est pas une solution. S’il y a des désaccords profonds, nous le dirons car nous sommes libres et engagés. Le gouvernement a deux options : une simplification bête et méchante des relations sociales. Ou bien l’élaboration d’un nouveau pacte social qui articule un droit du travail supplétif élevé avec un rôle renforcé des branches et un espace de discussion dans les entreprises. Le gouvernement ne doit pas nous squeezer. S’il le fait, nous nous mobiliserons. Un pays qui fonctionne bien est un pays qui articule démocratie politique et démocratie sociale.

Etes vous favorable à une étatisation de l’Unedic ?

Non, mais le paritarisme pour le paritarisme alors que nous sommes déjà dans une logique tripartite n’est pas non plus la solution. Il faut un système où les partenaires sociaux conservent une place pour établir les règles. Ce second temps de réforme ne doit pas être abordé uniquement sous l’angle du pilotage, de la gouvernance, du mécano. On veut des mesures concrètes sur les chômeurs de longue durée et les jeunes sans qualification. Plus personne ne parle du compte personnel d’activité qui est pourtant un outil de portage des droits dans un cadre collectif et de sécurisation des salariés. Nous souhaitons y intégrer une banque des temps pour accompagner les parcours professionnels. 

 Propos receuillis par Emmanuelle Souffi et Rémy Dessart

Les cadres : des travailleurs à part entière !

J’étais ce mardi 13 juin au 15ème congrès de la CFDT cadres.

J’étai très heureux de pouvoir célébrer avec les militants présents la première place de la CFDT dans le secteur privé. Chez le personnel encadrant la CFDT reste première organisation représentative. C’est une belle reconnaissance de notre militantisme et de notre engagement pour améliorer le quotidien des salariés, quel que soit leur métier, leur fonction, et la nature de leur activité.

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Les cadres ont changé de visage. Tous secteurs confondus, leur nombre est en constante augmentation. Ils étaient près de 2,5 millions en 1990, ils sont aujourd’hui près de 4,7 millions. Celles et ceux qui encadrent, managent des équipes, des projets représentent près de 20% du salariat. Derrière ces chiffres ce sont des réalités de travail très variées : il y a les cadres administratifs, les cadres commerciaux, ingénieurs, cadres techniques d’entreprise, cadres des professions scientifiques, de l’information ou des arts…

La dernière définition de l’encadrement date de 1947. Il est grand temps de l’actualiser ! La CFDT  demande à ce que s’ouvrent les négociations sur la fonction d’encadrement. Cela permettrait  de définir les activités et les missions du manager tout en leur reconnaissant des droits fondamentaux : un droit d’expression libre, un doit d’alerte ou encore un droit de retrait. Trop souvent les cadres sont contraints à mettre en œuvre des décisions contraires à leurs valeurs. Ce sont des situations humainement intenables.   

Le personnel encadrant est également bousculé par les transformations actuelles. La révolution numérique défie les modèles de management historiques et de nouvelles organisations de travail voient le jour, parfois virtuelles. Les travailleurs aspirent à davantage d’autonomie mais le besoin de coordination du travail, de collectif reste le même.

Les cadres gardent un rôle charnière dans l’entreprise, dans la prise de décision et dans l’organisation du travail. Ce sont des salariés particulièrement exposés dans leur travail mais qui ne disposent pas d’assez de marge de manœuvre pour accomplir leur mission. Ils sont légitimes à participer aux discussions stratégiques car ils en ont besoin pour motiver leurs équipes et mener à bien leur projet. Ils méritent une meilleure reconnaissance de leurs compétences et de leur capacité à innover et à fédérer.

En tant que 1ère organisation représentative chez les cadres la CFDT continuera de porter l’identité, les aspirations, les attentes de ces salariés à part entière.

Nous avons plus que jamais besoin d'Europe

J’ai récemment effectués 2 déplacements fortement marqués par leur dimension européenne. Tout d’abord, je me suis rendu à Rome pour la conférence de mi-mandat de la Confédération Européenne des Syndicats (CES) et la célébration du soixantième anniversaire du traité de Rome puis j’ai participé à une table ronde sur l’avenir de l’Europe lors du congrès de l’Union Régionale CFDT des Pays de la Loire aux Sables d’Olonnes. Ces déplacements m’ont confirmé une chose que je savais déjà : l’Union européenne  a plus que jamais  du sens mais elle doit changer !

A Rome, j’ai défendu que la CES et les organisations syndicales ont un rôle majeur pour faire entendre la voix des travailleurs mais aussi pour déconstruire le discours europhobe porté par les populistes et les partisans du repli sur soi.

Pour la CFDT, le syndicalisme européen doit porter l’idée d’une Europe plus sociale et plus intégrée pour faire face aux enjeux de demain. L’initiative de la Commission pour un socle Européen des droits sociaux, avec par exemple un la mise en place de salaires minimums dans tous les pays de l’UE, est une opportunité. Il faudra la saisir et aller encore plus loin. Au niveau de la zone Euro notamment, il faudra créer un « Eurogroupe social » sur le modèle de l’Eurogroupe économique et monétaire, afin que les questions macroéconomiques ne relèvent pas uniquement des ministres des finances.

Laurent Rome

Aux Sables d’Olonnes, j’ai plaidé pour une réappropriation des débats européens au niveau national. Il faut que le fonctionnement de l’Union Européenne change vers plus de démocratie, et qu’il soit mieux expliqué  aux citoyens. Pour cela il faut mobiliser l’ensemble des institutions publiques concernées ainsi que la société civile organisée.

Laurent blog PDL

Il faudra également que l’Europe réponde présente lors des crises ayant une dimension internationale, comme la crise des migrants. Aujourd’hui les demandes d’asiles reposent sur le pays dans lequel le migrant est entré. Cette règle fait peser une charge particulière sur les pays du Sud de l’Europe alors même que ceux-ci connaissent des difficultés économiques et les tentatives de répartition des arrivants se heurtent à de nombreuses résistances. Face aux amalgames et aux fantasmes véhiculés par  les xénophobes, il est temps que l’Europe prenne ce problème à bras le corps pour mettre en place une politique plus humaine et plus réaliste en matière de migration. C’est à cette condition que l’immigration pourra être vécue comme une richesse par les citoyens des pays d’accueil !

Il faudra également que l’Europe investisse pour préparer l’avenir. Sur la transition numérique ou la transition énergétique, c’est au niveau Européen que les solutions existent et c’est donc au niveau européen que les investissements doivent être prioritairement réalisés.

C’est parce que les enjeux sont majeurs et que les défis sont immenses qu’il ne peut y avoir de solutions pérennes et positives dans le repli sur soi. Plus que jamais il est urgent de rendre plus lisible le fonctionnement des institutions européennes et donner un visage à l’Union Européenne pour les citoyens au sein même de leurs pays. Il faut une Europe plus démocratique et cela ne se fera pas sans une relance du dialogue social à l’échelle continentale.

La CFDT a toujours cru et croit plus que jamais à la nécessité du projet européen. Celui-ci est parfois en crise, mais il reste indispensable. Indéniablement,  nous avons nous aussi notre rôle à jouer pour porter l’ambition d’une Europe sociale forte qui renoue avec les citoyens de tous les pays. Et je constate chaque jour combien les militants de la CFDT sont attachés à la dimension européenne de notre action.  Comme toujours, la CFDT assumera ses responsabilités.  

Invité de Jean-Pierre Elkabbach sur CNEWS

Ce mercredi 7 juin, j'étais l'invité de la matinale de CNews pour réagir aux annonces du gouvernement et porter les propositions de la CFDT sur la réforme du droit du travail. 

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Laurent Berger invité de Jean-Pierre Elkabbach par CNEWS

Tribune dans Le Monde pour la coécriture des lois entre élus et citoyens

L’association Parlement & Citoyens appelle l’ensemble des candidats à s’engager pour faire évoluer l’élaboration des lois vers plus de transparence et de participation afin de restaurer la confiance des citoyens et l’efficacité des décisions publiques.

Dans quelques semaines, de nouveaux députés seront amenés à rejoindre les bancs de l’Assemblée nationale dans un profond climat de défiance. L’élimination au premier tour de l’élection présidentielle des candidats issus des deux grandes primaires illustre le mécontentement et la désillusion que les français nourrissent à l’égard de ceux qui les ont dirigés depuis des dizaines d’années.

La victoire d’Emmanuel Macron le 7 mai dernier, couplée à l’entrée en vigueur de la loi sur le non cumul des mandats, devraient conduire à un renouvellement des visages sans précédent au sein de l’Assemblée nationale. Mais ce renouvellement serait insuffisant  s’il ne s’accompagnait pas d’un changement des pratiques démocratiques, à commencer par la fabrication de la loi, dont les nouveaux députés seront les principaux artisans.

La population, de plus en plus informée et connectée, exige de prendre part aux décisions qui la concernent. Cette exigence de transparence et de participation citoyenne est insuffisamment prise en compte par le législateur, laissant ainsi se développer le sentiment que ce sont les lobbys qui nous gouvernent.

Co-construire la loi avec les citoyens permettrait d’élaborer des textes correspondant mieux à la réalité de la vie des français et des territoires, dans le seul intérêt général.

Face à ce constat, l’association Parlement & Citoyens expérimente depuis quatre ans une méthode de rédaction collaborative de la loi afin de restaurer la confiance des citoyens et l’efficacité de la décision publique. S’appuyant sur une plateforme numérique, elle réunit aujourd’hui 30 parlementaires de toutes sensibilités politiques et 35 000 citoyens qui ont travaillé ensemble à l’écriture de neuf propositions de loi, dont l’une - la loi “Labbé” - a été adoptée au Parlement.

La démarche a également convaincu plusieurs ministres d’appliquer cette méthode, notamment sur le projet de loi pour une République numérique, qui aura marqué un tournant et inspiré de nombreux décideurs.

En tant que représentants de la Nation, au coeur même du dispositif législatif, les futurs députés auront prochainement le pouvoir de systématiser cette démarche et ainsi changer en profondeur le fonctionnement de notre démocratie. Nous en sommes intimement convaincus. C’est avec vous, que nous pouvons agir le plus efficacement pour renouveler la démocratie.

Nous, parlementaires de tous bords politiques, élus locaux, responsables associatifs, syndicalistes, dirigeants d’entreprise ou d’institutions publiques, lançons aujourd’hui un appel aux candidats des 577 circonscriptions législatives de France : rejoignez-nous !

Engagez-vous dès aujourd’hui à associer les citoyens à l’ensemble de votre travail parlementaire, à l’Assemblée comme dans vos circonscriptions. Soyez les élus qui, demain, réenchanteront la démocratie représentative. Le renouvellement démocratique est à portée de main.

Les signataires de la tribune :

Luc Belot (député PS), Laurent Berger (secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail), Yannick Blanc (président de la Fonda), Loïc Blondiaux (professeur de science politique), Henri Cabanel (sénateur PS), Pascal Coste (président du Conseil départemental de la Corrèze), Jean-Paul Delevoye (ancien ministre, ancien président du Conseil économique, social et environnemental), Charles Fournier (vice-président de la Région Centre-Val-de-Loire), Bastien Jaillot (cofondateur de Parlement & Citoyens), Nathalie Kosciusko-Morizet (députée LR), Joël Labbé (sénateur EELV), Mathieu Labonne (mouvement Colibris), Cyril Lage (cofondateur de Parlement & Citoyens), Claudy Lebreton (ancien président de l’Assemblée des départements de France), Armel Le Coz (cofondateur de Démocratie ouverte et de Parlement & Citoyens), Christian Leyrit (président de la Commission nationale du débat public), Claudia Montero (associée d’Eurogroup Consulting), Cécile Ostria (directrice de la Fondation Nicolas-Hulot), Bertrand Pancher (député UDI et président de Décider ensemble), Alain Rochon (président de l’Association des paralysés de France), Hugues Sibille (président de la Fondation du Crédit coopératif), Cécile Sornin (adjointe au maire de Mulhouse), Dominique Valck (coprésident de la Coordination nationale des Conseils de développement).

Interview à l'Obs : "Le Président doit prendre le temps du dialogue"

Interview parue dans L'OBS le 18 mai 2017

Emmanuel Macron a besoin des syndicats réformistes pour dérouler son projet. Avez-vous le sentiment d’être l’homme-clé de ce début de quinquennat ?

Non, ce n’est pas celui qui m’importe. Ce qui intéresse la CFDT, c’est le fond des sujets pour les salariés. Le nouveau président est tout juste investi et nous sommes déjà sommés de nous positionner sur sa politique. Pourquoi pas sur son bilan tant qu’on y est ? Moi, je dis : Laissons-le former son gouvernement. La CFDT n’est ni un opposant de principe, ni un allié. 

N’avez-vous pas peur d’être un peu seul face à lui, notamment dans la discussion sur le Code du travail ? 

Je souhaite que de nombreuses autres organisations sortent du jeu des postures et examinent les projets qui seront avancés : certains peuvent être positifs, d’autres non. Un président a été élu. Qu’il plaise ou non, il faut respecter ce choix démocratique et le laisser préciser ses ambitions.

Mais nous l’appelons à ne pas agir dans la précipitation. Et à garder à l’esprit que beaucoup de gens n’ont pas voté pour lui par adhésion, mais pour repousser le risque du FN. C’était le sens de l’appel de la CFDT. 

Il doit aussi entendre que la société ne va pas bien, qu’il y a des territoires abandonnés, avec des gens qui, sans être forcément pauvres, ont le sentiment qu’on ne s’occupe plus d’eux, parce que les services publics se sont éloignés, que les industries ont disparu, que les transports sont compliqués. Il doit se préoccuper de ces Français qui ont le sentiment d’être relégués, méprisés. 

Bref, il doit donner un horizon et un sens de progrès à ses projets.

La CFDT a beaucoup travaillé depuis quelques mois: nous sommes prêts à remettre au Président de la République et au Premier ministre des propositions sur de multiples sujets.

Connaissez-vous Edouard Philippe, Le premier ministre ? 

Pas du tout. Dans les entreprises, nous ne choisissons pas notre direction. Au gouvernement, nous faisons aussi avec ceux qui sont en place. J'espère qu'il sera à l'écoute et nous recevra rapidement. Nous lui remettrons un dossier d'une cinquantaine de pages, avec des propositions, autour de trois thèmes : investir pour créer les emplois de demain, investir dans l'émancipation des personnes et faire du dialogue social le levier privilégié du changement. 

Sur la question du projet d’ordonnances pour réformer le code du travail, qu’est-ce qui vous agace le plus ?  La méthode ou le fond ? 

Sur le fond, nous avons des désaccords. Nous sommes contre la “barémisation” des indemnités aux prud’hommes, par exemple. Pour ce qui est de la volonté de favoriser la négociation en entreprise, nous y sommes favorables à condition qu’elle permette de discuter de nouveaux droits concrets, au plus près des besoins des salariés. Pour cela, nous avons besoin d’un socle de droits élevé dans le code du travail, d’un encadrement de la négociation extrêmement fort, et d’une présence syndicale réaffirmée. Il n'est pas question, par exemple, de faire par la négociation en entreprise des entorses à l'ordre public social : le smic, les règles de sécurité au travail …

Sur la méthode, c’est surtout un sujet qu’Emmanuel Macron doit régler avec le Parlement: quel est le meilleur moyen de faire adopter une loi ?  Pour nous, ce qui compte, c’est que l’on prenne le temps du dialogue. Le calendrier qui est annoncé, pour régler autant de sujets différents, me paraît  intenable. Mais attendons de voir ses propositions.

Emmanuel Macron semble estimer que le dialogue a eu lieu lors de la préparation des lois Macron, Rebsamen, El Khomri, ou autour des rapports Combrexelle ou Barthélémy-Cette…

Tous les spécialistes des relations sociales, dont certains que vous avez cités, vous diront qu’il est impossible de boucler de façon sereine et intelligente une telle réforme en deux ou trois mois. Nous n’avons pas encore évalué l’impact des précédentes lois. Commençons par cela ! La loi Macron par exemple a fixé un barème indicatif pour les prud’hommes et pousse à la conciliation. Cela a-t-il été efficace ? Il me semble que oui. Plus fondamentalement, en quoi une réforme rapide du Code du travail serait-elle de nature à créer de l’emploi ?

C’est en tout cas la conviction profonde du Président…

Pour moi, la baisse du chômage viendra de la formation, de l’élévation des compétences, de la montée en qualité de notre modèle productif et donc de  l’investissement -dans la transition écologique et dans les besoins sociaux : la petite enfance, la dépendance, la prise en charge des personnes en situation de handicap… La lutte contre le chômage passe aussi par une relance au niveau européen. Si l'idée était de se doter  d’un code du travail le moins protecteur possible, qui s’appliquerait en l’absence d’accord négocié dans l’entreprise, ce serait “niet” pour la CFDT.  

Emmanuel Macron met en avant le rapport Combrexelle - que la CFDT a soutenu-, mais faut-il lire tout le rapport. La première partie, dont hélas personne ne parle, porte sur la culture du dialogue social. Et les autres parties portent sur les nouvelles compétences à ouvrir à la négociation collective dans l’entreprise, comme la responsabilité sociale de l'entreprise. Parlons-en, l’enjeu est très fort : comment traite-t-on les sous-traitants, les salariés, les territoires ... 

Mais les patrons sont-ils aujourd’hui prêts à accepter un vrai renforcement de la présence syndicale dans les entreprises ? À partager un peu plus le pouvoir, en associant les représentants du personnel aux décisions et aux réflexions stratégiques ? C'est de cela dont je veux parler avec les organisations patronales avant de discuter plus avant. Pourquoi n’irait-on pas vers de la codécision ?  

Emmanuel Macron en a parlé dans son discours d’Albi. C’est l’autogestion, comme on disait autrefois ?

Appelez ça comme vous voulez.  La défense de l’autogestion fait partie de l’histoire de la CFDT et j’en revendique la filiation au sens d’un pouvoir partagé dans l’entreprise. Dans la grande enquête que nous avons menée sur le travail, l’attente numéro un des salariés, c’est de peser davantage sur les décisions qui  les concernent. 

L’avez-vous beaucoup vu Emmanuel Macron pendant la campagne ? 

Non, je l’ai rencontré comme et même après d’autres organisations syndicales.

Quels sont vos interlocuteurs dans son équipe ? 

Pendant la campagne, nous avons eu comme interlocuteurs Jean-Pisani Ferry (conseiller économique, ndlr) et Marc Ferracci (économiste spécialiste du travail, ndlr).  

La présence dans l’entourage d’Emmanuel Macron de personnalités comme Nicole Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT, est-elle un avantage pour votre organisation ?

Ni un avantage ni un désavantage. Nicole Notat est une amie, je la vois dans un cadre personnel, mais elle n’est pas le messager d’Emmanuel Macron et elle n’engage pas la CFDT. Elle ne le veut d’ailleurs pas. Elle a déjà beaucoup donné et elle a droit à sa liberté. 

Emmanuel Macron juge que les syndicats ne sont pas les détenteurs de l’intérêt général, que leur place est davantage au niveau de l’entreprise qu’au niveau national… Qu’en pensez-vous ?

Nous ne sommes pas détenteurs de l’intérêt général, mais nous y contribuons certainement.

In fine, c’est le pouvoir politique qui incarne l’intérêt général. Mais pour le définir, le comprendre, il a besoin de la confrontation de visions différentes. Comme le dit Pierre Rosanvallon, le peuple n’est pas seulement un “peuple électoral”. Dans un monde devenu plus horizontal, plus rapide, il faut articuler la démocratie politique et la démocratie sociale, la démocratie participative et la démocratie représentative. 

Si Emmanuel Macron juge que les syndicats ne sont là que pour défendre des intérêts particuliers, je lui souhaite bien du courage pour faire avancer des réformes. On s’en est expliqué,  je pense qu’il a entendu. 

Emmanuel Macron veut également mettre fin au paritarisme pour la gestion de l’assurance-chômage ?

Sur l’assurance-chômage, il y a eu deux temps dans sa campagne. Il a d’abord dit qu’il fallait tout nationaliser. Pourquoi se priver de ceux qui connaissent le mieux le monde du travail -les représentants des employeurs et les salariés- dans la définition des règles ? Ce serait idiot, d’autant que nous avons fait la démonstration, notamment dans la dernière convention Unedic signée en avril, que nous pouvions maintenir un système d'indemnisation à la hauteur, en prenant en compte les évolutions du marché du travail. 

Dans un deuxième temps, Emmanuel Macron a parlé d’une approche tripartite. Pourquoi pas? L’Etat est déjà dans le système de façon non assumée. Il le sera davantage si le président vise une forme d'universalisation de l'assurance- chômage. 

Dans ce cadre, nous sommes ouverts à la discussion. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le paritarisme pour le paritarisme, c'est l'efficacité au service des salariés et des chômeurs.

Emmanuel Macron remet aussi en question le rôle des syndicats dans la formation professionnelle. C’est négociable?

Il y a déjà eu une réforme en 2013. L’ambition est triple : le compte personnel de formation, les plans de formation des entreprises et la formation des demandeurs d'emploi. Dans ce dernier domaine, les partenaires sociaux ont fait la démonstration qu’ils étaient capables de se mobiliser en mettant en œuvre le plan de formation des chômeurs (500 000 puis 1 million). Regardons ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ! Améliorons le système plutôt que de faire table rase pour laisser l’Etat s’en charger, seul. On a besoin de tous les acteurs autour de la table. 

Est-ce une question de financement des syndicats ?  

Plus du tout. Depuis 2014, les syndicats sont financés par un prélèvement sur les entreprises, géré par l’AGFPN, une association contrôlée, transparente et paritaire, qui n’a rien à voir avec la formation professionnelle. 

Est-ce qu’Emmanuel Macron vous a demandé des propositions pour renforcer le compte personnel d’activité ? 

Pas encore. Mais c’est un bon sujet. La CFDT propose de compléter le CPA avec un accompagnement personnalisé, une banque du temps, des aides à la mobilité… Ces droits doivent s’inscrire dans un cadre collectif mais être attachés à la personne. Il faut réinventer la protection sociale autour de l’idée de la sécurisation des parcours professionnels.

Comment fonctionnerait cette banque du temps ? 

Un salarié aurait la possibilité, tout au long de sa carrière, de capitaliser du temps : jours de congés, heures supplémentaires, abondement par l’employeur… Le salarié pourrait le mobiliser à des moments qui lui conviennent (projet personnel, familial, réorientation professionnelle, retraite…). Cela répond à l’aspiration des salariés d’avoir prise sur les choix qui les concernent. 

Ne créerait-on pas un privilège pour ceux qui ont un emploi salarié, les “insiders”, finalement peu utile pour les demandeurs d’emploi ou les salariés précaires, les “outsiders” ?

LA CFDT ne défend pas que les salariés en situation stable : son histoire, c’est celle d’un syndicat attaché à réduire les inégalités, et qui s’intéresse à ceux qui ont le plus de difficultés. Nous avons œuvré pour renforcer le plan pauvreté, pour la revalorisation du RSA… Les droits rechargeables pour les demandeurs d’emplois ont été obtenu par la CFDT. Actuellement, nous travaillons pour obtenir de nouveaux droits pour les travailleurs des plateformes… Il faut se méfier de cette distinction “insider-outsider”. On peut être insider un jour, et parce qu’on n’a pas reçu de formation professionnelle, parce qu’on n’est pas accompagné, se retrouver définitivement outsider. Il ne faut pas opposer les uns aux autres.

L’ère qui s’ouvre peut-elle être une ère de régénération du dialogue social ? 

Oui, si chacun joue le jeu, notamment le patronat. Ce dernier a deux options aujourd’hui: soit il repart dans une logique de lobbying, de plaintes, soit il comprend qu’il doit dialoguer avec les organisations syndicales. Nous sommes entrés dans une période totalement nouvelle, puisque la CFDT est la première organisation syndicale dans le privé. C’est historique. 

Le gouvernement, lui, doit donner l’exemple: veut-il travailler avec les corps intermédiaires, avec les citoyens ? Ou veut-il, au prétexte de l’urgence, s’abandonner à la doxa de la recherche économique  académique, et décider de la vie des gens, à leur place et sans les consulter ? Cette deuxième voie serait une impasse.

 

La CFDT fait délibérer ses militants et adhérents !

Ce vendredi 19 mai, à la confédération, une centaine d’adhérents et de militants CFDT sont venus travailler ensemble sur l’évolution de notre organisation.  Durant cette journée, ils ont débattu et précisé les  principales propositions de solutions issues de la plateforme participative pour bâtir la CFDT de demain.

Journée délibérative

C’était une première à la CFDT (et nous sommes la première organisation syndicale à le faire) : A travers une plateforme internet, chaque adhérent(e) a pu s’exprimer directement, donner son avis, faire de nouvelles propositions pour que notre organisation réponde toujours mieux aux attentes des salariés. 

Nous avons associé tous les acteurs de notre organisation à ce chantier : la confédération, les unions régionales, les fédérations, les syndicats et les sections ont contribué au diagnostic initial et à la préparation de premières pistes de réflexion. Mais nous sommes allés plus loin en donnant directement la parole aux militants de terrain

Au total, 1456 adhérents ont participé aux débats et déposer 3243 contributions. La plateforme participative s’est ouverte sur 20 propositions pour améliorer le fonctionnement de notre organisation.  Les contributeurs en ont rajouté 375 ! Plus de 15 000 votes ont été réalisés. Ces chiffres montrent bien le dynamisme de notre organisation et de ses membres !

A la CFDT, nous faisons confiance à l’intelligence collective. Pour relever les défis du syndicalisme du XXIème siècle, nous avons besoin d’être nombreux, de faire ensemble en nous appuyant sur les savoirs, les pratiques, les richesses de chacun.

La démocratie participative ne se substituera pas à nos instances délibératives. Après cette phase de consultation c’est le bureau national qui déterminera la suite à donner à ces propositions. Nous voulons donner la possibilité à chacun de s’exprimer sur les grands enjeux qui concernent notre organisation tout en maintenant une structure décisionnelle efficace.

Cette démarche participative n’est pas uniquement une méthode au service de l’évolution de notre organisation. Elle est partie intégrante de l’évolution elle-même vers une CFDT toujours plus démocratique, où chacun y trouve sa place et s’y sent écouté. Une CFDT qui tire son dynamisme et sa force de l’ensemble de ses militants.

Cette première expérience est un vrai succès. Nous avons donc décidé de la renouveler pour l’écriture de la résolution qui sera soumise aux syndicats lors du congrès de Rennes en 2018. 

Interview aux Echos : “PASSER À LA HUSSARDE SUR LE CODE DU TRAVAIL, ÇA NE MARCHERA PAS”

Cette interview a été initialement publié dans le quotidien "Les Echos" daté du 16 mai 2017

Quelle lecture fait la CFDT des résultats de l’élection présidentielle ?

Ce qui frappe, c’est le peu d’enthousiasme après la victoire d’Emmanuel Macron sur le Front national, l’absence d’émotion, contrairement au 21 avril 2002. Cette élection présidentielle révèle plusieurs choses : une formidable attente de renouvellement mais aussi beaucoup de défiance à l’égard des responsables politiques ainsi qu’un sentiment d’abandon de la part de certains Français. Il y a une sorte de « nihilisme » politique qui s’est exprimé. Trop de Français sont tout simplement « paumés ». La société française est en attente de sens et de décisions à « hauteur d’homme » au service d’un projet collectif et non pas imposé d’en haut. Le nouveau président doit faire attention à sa façon de fonctionner : une forme de pouvoir jupitérien, trop vertical ne pourrait pas marcher.

Où sont les lignes de fracture dans la société française selon vous ?

Ce ne sont pas sept millions de partisans d’extrême droite qui ont voté Marine Le Pen au premier tour, ce sont souvent des Français qui ont l’impression d’être oubliés, à cause d’industries qui sont parties, de services publics qui ont fermé… Quand le premier médecin est à 45 kms de chez vous, vous avez le sentiment d’être abandonné. Il faut sortir de la seule macro-économie et faire des propositions qui changent réellement la vie de ces citoyens.

L’explosion des partis politiques préfigure-t-elle celle de certains syndicats ?

Nous devons tous nous demander si nous produisons des idées nouvelles depuis quinze ans. LR, le PS… Les grands partis ont manifestement déserté ce champ. Pas nous. A la CFDT, nous sommes à l’écoute des demandes concrètes des travailleurs et dans un monde en forte mutation, nous portons un projet et des propositions.

Certains mettent la légitimité du président en doute parce qu’une partie de ses électeurs a voulu faire barrage au FN et non soutenu son programme. Qu’en pensez-vous ?

Emmanuel Macron est arrivé en tête au 1er tour et il a obtenu 66% au second. Il est légitime. Il n’y aucun doute là-dessus. Et personne n’a intérêt à ce qu’il échoue. On ne sait pas ce qui se passerait alors, je pense y compris au risque d’affrontements violents. Face à une société angoissée, le nouveau chef de l’Etat doit être vigilant sur la méthode. Il n’a aucun intérêt à y aller « à la hache » en déroulant un programme technocratique sans concertations. Ce serait perdant pour le pays, et perdant pour lui. Le dialogue n’est jamais une perte de temps. Emmanuel Macron doit se nourrir des réflexions des acteurs et de la diversité de la société.

N’est-ce pas encore et toujours des grands-messes, donner du temps au temps alors qu’il y a une demande de résultats ?

La CFDT n’est ni une opposante, ni une alliée par principe. Mais il faut faire attention à l’empilement. Prenons l’exemple de l’emploi. Ces dernières années, de nombreuses réformes ont été lancées pour lutter contre le chômage : rupture conventionnelle, nouvelles procédures pour les plans sociaux, restauration des marges des entreprises… Je demande qu’une évaluation en soit faite. Même chose sur les indemnités prud’homales que le Président veut plafonner. On a mis en place un barème indicatif, ne faudrait-il pas d’abord mesurer ses résultats ? Nous pensons que le préjudice subi doit être réparé intégralement. J’attends d’ailleurs la démonstration de l’efficacité d’un plafonnement.

Il marche en Allemagne…

En Allemagne, ce qui est efficace, c’est le dialogue social. Quand on parle de souplesse du marché du travail, on la cite aussi toujours en exemple. Mais j’aimerais que le patronat s’inspire de celui d’Outre-Rhin également sur la cogestion. Le patronat allemand est moins conservateur que le nôtre. En France, la CFDT a pris le risque de soutenir la politique de restauration des marges des entreprises mais le patronat ne joue pas le jeu en ne prenant aucun engagement sur l’emploi. Il faut qu’il sorte de la plainte permanente et s’engage réellement dans le dialogue social.

Donc vous ne voulez pas de la réforme du code du travail qu’Emmanuel Macron a promise pour la rentrée par ordonnance ?

Ordonnance ou pas, ça, c’est une question qui concerne l’exécutif et le parlement. Nous, c’est le fond qui nous intéresse. Une réforme du code du travail à elle seule ne va pas créer de l’emploi. Nous croyons au renforcement du dialogue social dans l’entreprise, mais pas dans n’importe quelles conditions. Il faut renforcer le pouvoir des salariés. Il faut dans le même temps que le socle garanti par la loi en l’absence d’accord reste à un niveau élevé, voire plus élevé qu’aujourd’hui. En outre, une réforme hâtive du code du travail serait contre-productive. Il faut regarder sujet par sujet ce qui relève de la négociation d’entreprise. Le temps de la concertation est indispensable. Si Emmanuel Macron veut passer à la Hussarde, ça ne marchera pas. Il se trompe s’il croît que cela lui permettra d’éviter un conflit social.

La CFDT défend donc le statu quo ?

Non, cela ne veut pas dire que la CFDT défend le statu quo. Mais le gouvernement devra commencer par évaluer, écouter, parler. Il devra jouer la transparence et la concertation et donner du sens à son projet. Et ne pas se focaliser sur le seul code du travail. Il ne faut pas oublier que les leviers essentiels pour développer l’emploi sont nombreux : investissements massifs dans la transition écologique, montée en gamme de nos industries, formation professionnelle et accompagnement soutenu pour les salariés comme pour les demandeurs d’emploi, action publique plus efficace mais également développement de la cogestion dans les entreprises, Emmanuel Macron a évoqué ce sujet pendant la campagne électorale. Il est pour nous essentiel.

Le président de la République veut renforcer le rôle de l’Etat dans l’Assurance chômage. Craignez-vous d’être laissés de côté comme c’est le cas de l’Assurance maladie ?

Au départ, Emmanuel Macron parlait d’étatisation. Maintenant, il parle de tripartisme, ce qui n’est pas la même chose. Aujourd’hui, nous sommes dans une forme de tripartisme non avouée : l’Etat est concerné ne serait-ce que parce qu’il agrée les conventions et qu’il garantit la dette du régime. Et en réalité, il y a déjà un dialogue constant _ mais informel _ entre l’Etat et les partenaires sociaux. Une discussion va s’ouvrir à l’automne. Nous y sommes prêts. Mais il n’est pas question que nous soyons exclus de la définition des règles et de la gestion de l’Assurance chômage. Par ailleurs, le projet d’Emmanuel Macron pour aller vers un système universel amène plusieurs questions : quel niveau d’indemnisation serait garanti, quelle ampleur de l’aide au retour à l’emploi serait proposée… Par expérience je sais qu’une sécurité financière permet de se concentrer sur sa recherche d’emploi.

Que pensez-vous de la suppression de l’indemnisation pour les chômeurs qui refuseraient deux offres d’emploi qu’annonce le chef de l’Etat?

C’est un pur affichage politique et une mesure cosmétique. Il y a déjà un dispositif de sanction ! Il faut arrêter avec cette idée reçue du chômeur à qui on doit mettre un coup de pied aux fesses pour qu’il retrouve du travail. Croyez-moi, j’ai côtoyé beaucoup de chômeurs qui n’attendaient que de l’accompagnement et des offres d’emplois.

Edouard Philippe vient d’être nommé premier ministre. Y voyez-vous un signal positif ou négatif ? Et quel devrait être selon vous le profil du futur ministre du travail ?

La CFDT prend acte de la nomination d’Edouard Philippe. Nous ne choisissons pas nos interlocuteurs. Personnellement, je ne le connais pas. Je ne sais pas quelle est sa conception du dialogue social. Il faudra qu’on le rencontre très vite pour entrer dans le fond des dossiers. Pour ce qui est du prochain ministre du travail, pour nous, dans l’idéal, ce doit être quelqu’un qui connaît le monde du travail, ses nécessités économiques mais aussi son besoin de justice sociale, quelqu’un qui croit au dialogue social et qui a envie de s’occuper d’emploi mais aussi de travail. Notre enquête auprès des salariés l’a montré, il y a une profonde aspiration à rendre plus visible ce qui fait la vie quotidienne des salariés, les questions de conditions de travail, la construction de vrais espaces de dialogue pour les salariés.

Propos recueillis par Nicolas Barré, Leïla de Comarmond, Alain Ruello et Dominique Seux

Rencontre avec les militants CFDT de Vinci

La CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le groupe Vinci, leader français et européen dans le secteur de la construction : cela méritait bien un moment convivial, chaleureux, quelques mots de félicitations et le verre de l’amitié. C’est avec un grand plaisir que j’ai partagé ce moment, jeudi 11 mai, avec les militants de cette entreprise venus de toute la France, à l’invitation de notre fédération Construction-Bois.

Laurent Vinci

 

En arriver à cette première place, ce n’est pas un objectif en soi : pour nos militants de Vinci - comme pour tous les militants CFDT -  l’objectif premier, c’est de placer le salarié au centre de nos préoccupations. C’est obtenir de nouveaux droits pour eux, par la négociation, par la confrontation s’il le faut. Le reste suit : de meilleurs résultats aux élections professionnelles, de nouveaux adhérents, et l’accueil de militants et d’adhérents de la CGT qui ont rejoint la CFDT. Cette première place, ce n’est pas un hasard : c’est le fruit de vingt ans d’action syndicale et d’adaptation au modèle Vinci qui a fait le choix d’une organisation fortement décentralisée dans les années 1980. Pour être dans la proximité avec les salariés, il a fallu s’implanter partout où le groupe a créé des entités juridiques, mêmes les plus petites. Il a fallu développer la communication entre nos structures syndicales, et revendiquer des espaces d’échanges voire de consultation des salariés sur des thématiques telles que la formation professionnelle, la prévoyance, la santé et la sécurité, le dialogue social…

Laurent Vinci 2

C’est un bel exemple de ce que sait faire la CFDT. Si nous sommes première organisation dans l’ensemble du secteur privé, c’est grâce au syndicalisme de proximité que nous sommes capables de déployer grâce à des milliers de militants. L’exemple de la CFDT de Vinci prouve, s’il en était besoin, qu’il n’est plus possible de prétendre transformer positivement la vie des travailleurs par des décisions politiques qui nieraient le fait syndical. A Vinci comme ailleurs, la CFDT tient une place de choix : la première. A bon entendeur…

Lettre ouverte à Emmanuel Macron

Monsieur le Président de la République,

Vous venez d’être élu par plus de vingt millions de Français qui ont choisi de vous apporter leur voix. Votre élection représente la victoire de la République sur la haine.

Fidèle à ses valeurs, la CFDT a pris toute sa part dans le combat pour faire barrage à l’extrême-droite. Il y a des moments dans l’histoire qui ne supportent pas l’ambiguïté : notre appel à voter pour vous au second tour a été clair.

Les conditions particulières de votre élection vous obligent certes à tenir compte de ceux qui vous ont soutenu, mais aussi de ceux qui ont voté pour vous, non par adhésion à votre programme, mais par rejet du Front National.  

Lors de cette élection, les Français ont exprimé autant de peur et de défiance que d’attentes et d’espoir, auxquels il faut répondre. Ce qui s'est exprimé, c’est aussi une aspiration à la fraternité, à la solidarité et à l'amélioration des conditions de vie et de travail face à la précarité, au chômage et à la pauvreté. 

 

C’est d’une ambition partagée et d’un projet d’avenir dont nous avons besoin pour sortir par le haut de la dépression collective dans laquelle nous sommes englués. Il faut recréer de la cohésion, ouvrir des perspectives pour chacun et pour tous les territoires de la République, lutter contre les divisions qui nous minent et le repli sur soi.

Construire un monde de progrès et de justice sociale, où chacun peut trouver sa place et mener une vie digne, où la jeunesse retrouve confiance dans l’avenir.

C’est un projet à mener au niveau européen : si la convergence économique et fiscale que vous appelez de vos vœux est indispensable, l’Union européenne doit avant tout être plus sociale et créer de la solidarité entre Etats, mais aussi entre citoyens européens. De nombreuses initiatives pourraient le permettre, comme la garantie de salaires minimum en Europe, ou d’une assurance-chômage européenne.

En France, l’urgence, c’est d’abord de créer des emplois de qualité car le chômage est insupportable. Pour cela, il ne suffira pas d’encourager les « success stories » et les aventures individuelles. Une nouvelle réforme du code du travail, surtout si elle est menée sans concertation, ne peut pas non plus être une recette miracle.

N’oubliez pas, Monsieur le Président : il n’y a pas de réformes acceptées si elles ne sont pas justes, comprises et concertées.

Vous devez investir massivement dans les emplois de demain, dans le numérique bien sûr mais aussi dans les transitions écologique et démographique.

Pour faire face aux changements, il faudra également investir dans l'émancipation des personnes, grâce à de nouveaux droits sociaux. L’accès aux modes de garde et à l’éducation dès le plus jeune âge, la formation tout au long de la vie, la garantie du pouvoir d’achat, le droit pour tous à l’accompagnement avec le Compte personnel d’activité. Voilà de quoi les travailleurs ont besoin pour être réellement libres de choisir leur vie !

Mais vous ne devrez pas oublier les plus fragiles, ceux qui doivent faire face à un « incident de parcours », ceux qui se sentent isolés dans des territoires abandonnés, ceux qui n’ont même pas le minimum pour vivre dignement. Bâtir une société inclusive pour toutes et tous en particulier les personnes vivant des situations de dépendances, de maladies, de handicaps, de solitude est un impératif moral, autant qu’une opportunité de créer des emplois locaux.

Investir dans les emplois, dans l’émancipation des personnes et protéger les plus fragiles exige une action publique présente sur tous les territoires et des fonctionnaires reconnus. 

Monsieur le Président, dans les 5 ans à venir, vous serez à la tête d’un pays qui devra faire face à d’immenses défis. Et, vous le savez bien, vous ne pourrez pas les affronter seul. Le mythe de l’homme providentiel, qui décide tout d’en haut, est un mythe dangereux pour notre démocratie. Les citoyens ne supportent plus d’être consultés une fois tous les 5 ans. Les travailleurs n’en peuvent plus d’être traités comme des êtres mineurs dès lors qu’ils passent le seuil de leur entreprise ou de leur administration.

Partagez le pouvoir ! Donnez de l’air à notre société ! Laissez de l’espace aux organisations dont la mission est de faire entendre la voix de ceux qui n’en ont pas. Faites confiance aux organisations qui permettent aux individus de s’organiser ensemble pour peser sur leur avenir ! Sans la démocratie sociale, la démocratie politique est impuissante. 

Monsieur le Président, dans le contexte qui est le nôtre, vous devez le pressentir, vous ne bénéficierez d’aucun état de grâce. A vous de savoir si vous voulez utiliser votre victoire pour mettre la société en mouvement vers un avenir commun, ou si vous préférez tenter de diriger d’en haut un pays qui aspire pourtant à un exercice du pouvoir profondément renouvelé. Un pouvoir partagé au service d'une société plus juste, plus écologique et plus solidaire. Nous attendons de vous des actes forts dans cette direction.

Quoi qu’il en soit, la CFDT, premier syndicat dans le secteur privé et largement implanté dans le secteur public, saura défendre sa vision de la société et ses propositions, participer aux discussions et aux négociations, et s’engager. Elle saura également s’opposer aux mesures qu’elle jugerait injustes.

La CFDT ne sera ni un allié docile, ni un opposant de principe, mais une organisation syndicale qui assume en toute indépendance  à la fois son rôle de contre-pouvoir et de contributeur à l’intérêt général.

POUR L’HONNEUR DE CHACUN, DE LA FRANCE ET DE L’HUMANITÉ

Cette tribune a été originellement publié sur Le HuffPost entre les 2 tours de l'élection présidentielle. 

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle est un séisme pour notre démocratie. Beaucoup de citoyens n’en réalisent pas suffisamment l’ampleur, comme s’ils s’étaient habitués à cette perspective.

Pourtant l’extrême droite est à son plus haut niveau historique, et jamais les Français n’ont été aussi près de lui confier leur destin.

Les enjeux du deuxième tour ne sont donc pas seulement politiques. Ce qui est en jeu, c’est notre conception de la France et de l’humanité, menacées par l’idéologie, le programme et les hommes de l’extrême droite ; et menaçant l’avenir de nos libertés et de nos enfants.

Le résultat de l’élection est d’autant plus incertain que se multiplient les ambiguïtés et les refus de choisir clairement la démocratie, sur fond de petits calculs, de ressentiments, de pertes de repères, de peurs et de colères.

Ne nous trompons pas, laisser l’extrémisme arriver au pouvoir serait une fuite en avant qui ajouterait l’autoritarisme liberticide, le chaos et peut-être la guerre, aux maux actuels de la société.  

 

La gravité exceptionnelle de cette situation conduit les signataires de cette tribune, jamais réunis jusqu’ici, et hors de tout clivage politique, à se rassembler dans leur diversité pour lancer un appel solennel à nos concitoyens.

Nous savons bien que beaucoup d’électeurs de l’extrême droite ne sont pas plus fascistes ou nazis que ne l’étaient les premiers électeurs du parti national-socialiste. 

Mais une fois au pouvoir, l’extrême droite nationaliste a toujours et partout produit un engrenage d'atteintes aux libertés publiques et aux droits économiques et sociaux, de mesures contraires à la fraternité, à l’égalité et à la solidarité, d’intolérances politiques, xénophobes, racistes et antisémites, de menaces et d’insécurité pour tous, de dangers pour la paix civile entre les citoyens qu’elle divise.

Ses discours prônent, provoquent ou encouragent la stigmatisation, l’exclusion, le rejet de l’autre.

Sa dynamique sociétale s’appuie sur des peurs pour attiser des passions ou des haines identitaires dont les effets sont souvent immaitrisables.

Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont payé de leur dignité, de leur liberté voire de leur vie, les politiques d’un extrémisme identitaire au pouvoir ou leur lutte contre cette pathologie sociale qui parvient à corrompre l’humain dans l’homme.

D’anciens résistants et déportés nous alertent aujourd’hui sur les mécanismes dangereux qu’ils disent reconnaître derrière les masques de respectabilité des héritiers du régime de Vichy qu'ils ont connu et combattu, qui a trahi notre pays, imposé l’arbitraire contre tous, et mené des politiques criminelles aveugles. Ils nous rappellent que l’arrivée au pouvoir des extrémistes n’a été possible que par l’appétit de certains de leurs alliés suicidaires et surtout par les divisions des démocrates.

Et où croit-on que se trouvent aujourd’hui les héritiers de Vichy si ce n’est à l’extrême-droite dont les sympathies ou les ambiguïtés sur ce régime ont été encore confirmées par de récents « actes manqués » bien révélateurs ?

Il serait indécent de ne pas écouter l’avertissement de nos aînés, scandaleux de ne pas respecter leurs combats et leurs souffrances, insupportable d’oublier l’expérience historique au point de prendre le risque d’en enclencher à nouveau les engrenages mortifères.

Les situations ne sont évidemment pas les mêmes mais les dynamiques à l’œuvre sont largement semblables, et les hommes d’alors n’étaient pas plus stupides que ceux d’aujourd’hui. N’entend-on pas déjà évoquer l’ouverture de camps pour les « suspects » ou les « indésirables » ?

Dans une Europe où se développent les tensions politiques et les crispations identitaires,  comme face aux attaques terroristes et aux défis de la modernité, notre pays ne doit pas être affaibli par la division, l’intolérance et l’arbitraire, voire par la collaboration avec l’ennemi.

Pour qui croit-on que voteraient aujourd’hui Daesh, Poutine, Trump, Orban, Kaczynski ou d’autres démocrates bien connus ?

Cet enjeu doit exclure toute tentation de désengagement et toute politique du pire. Car le danger extrémiste n’est pas écarté à ce jour, et nous ne supportons pas l’idée que, pour la première fois de son histoire, notre peuple puisse se soumettre librement à l’extrême droite.

Après cette élection, si la démocratie est préservée, chacun de nous reprendra sa mission et ses actions, dans la grande diversité de nos convictions respectives. 

Mais pour ce moment historique, nous appelons ensemble à un vote puissant contre l’extrême-droite identitaire afin qu’elle en soit affaiblie et que le cauchemar de sa victoire soit clairement écarté.

Nous voterons donc pour le seul candidat démocrate qualifié par nos concitoyens pour le second tour.

Pour l’honneur de la France, pour ses valeurs humanistes et pour ses chances de progrès.

Laurent Berger, responsable syndical
Alain Chouraqui, chercheur,
Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen
Pape Diouf, président de l'OM 2005-2009
Illham Grefi, responsable associative
Ariane Mnouchkine, metteuse en scène
Marie-Laure Sauty de Chalon, cheffe d'entreprise
Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers

 

Parce que la République est menacée, nous, CFDT et Unsa, appelons à voter pour Macron, le seul candidat républicain

Cette tribune, que je co-signe avec Luc Bérille, secrétaire général de l'UNSA, a été publié sur le HuffPost entre les 2 tours de l'élection présidentielle. 

Le Front National est au second tour de l’élection présidentielle menaçant le cadre-même de notre démocratie républicaine. Ce qui a provoqué un séisme en 2002 ne parait plus traumatiser grand monde aujourd’hui. Et pourtant… Devons-nous rappeler que le Front National incarne la xénophobie, la préférence nationale, le repli sur soi ? L’accession de ce parti au second tour d’une élection,  qui plus est de l’élection présidentielle, ne doit pas être banalisée. Nous avons à peine deux semaines pour empêcher le pire d’arriver. Toutes les énergies doivent être mobilisées dans cette bataille. Et cette bataille devrait être la priorité de tous.

La CFDT et l’Unsa, en tant qu’organisations syndicales, n’ont pas à prendre parti pour ou contre tel ou tel candidat. Nous ne jugeons pas non plus les citoyens qui ont votés FN parce que beaucoup d’entre eux vivent de vraies difficultés et portent des inquiétudes légitimes sur l’avenir. Pourtant, nous ne pouvons pas traiter le Front National comme les autres partis politiques, parce que le Front National n’est pas un parti comme les autres. Il n’apporte  aucune réponse aux difficultés des citoyens et notamment les plus fragiles. Son programme économique est irresponsable, son projet social est inégalitaire et xénophobe et son projet politique est autoritaire et antidémocratique. Pour nos organisations, le Front National n’est donc pas une option. 

Face à la République menacée, la CFDT et l’Unsa ne resteront ni silencieuses, ni passives. Dès l’annonce des résultats, elles ont pris leurs responsabilités et ont appelé à faire barrage à l’extrême-droite et donc à voter pour Emmanuel Macron, le seul candidat républicain de ce second tour.  En cela, nos organisations sont  en phase avec leurs histoires car elles ont toujours lutté contre toutes les formes de totalitarisme et sont toujours restées fidèles aux valeurs de démocratie, de justice sociale et d’égalité qui sont les leurs.

Face à la menace  que fait peser sur la France et l’Europe la présence de Marine Le Pen au second tour, chacun doit prendre ses responsabilités et appeler au sursaut démocratique. La CFDT et l’Unsa prendront part, dans les jours à venir, à toutes les initiatives qui viseront à rassembler les citoyens qui s’engagent dans une France tolérante, fraternelle, généreuse et ouverte sur l’Europe et le monde.

Ceux qui appellent la France à sortir de l’Union Européenne, à sortie de l’euro, au rejet de son voisin, en voulant faire croire que l’Europe est le problème plus qu’elle n’est la solution mentent aux français ! Face aux instabilités que connait le monde, notre destin est et doit être collectif. Il est européen !

Ceux qui par lâcheté appellent les électeurs à se détourner des urnes font peser une menace sur la démocratie et ils le font en conscience. S’abstenir ou voter blanc, c’est laisser le champ libre à l’extrême-droite.  La seule solution pour faire barrage au FN est de voter pour Emmanuel Macron. Mais nos deux organisations mettent en garde : cela ne vaut pas acceptation de son programme. Nous saurons être critiques et resterons vigilants et exigeants sur la lutte contre les inégalités, la reconnaissance du travail et des salariés du public et du privé, la qualité des emplois, la valorisation de l’action publique, la transition écologique, le dialogue social et la place du syndicalisme.

Le 1er mai, la CFDT et l’UNSA seront présentes avec la FAGE et de nombreux acteurs de la société civile, aux côtés des citoyens, des travailleurs, pour rappeler son attachement aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Nous le faisons parce que nous avons la solidarité au cœur de notre syndicalisme. C’est une lourde responsabilité. Nous ne la fuirons pas.

Au-delà des échéances électorales, nos organisations à la place qui est la leur, aux côtés des salariés, feront entendre leur voix, porteront leurs propositions et revendications. La démocratie se joue dans les urnes, mais elle se joue aussi dans la vie de tous les jours, dans les entreprises ou dans la société, dans sa vie professionnelle et personnelle. Après le 7 mai, la CFDT et l’Unsa feront ce qu’elles ont toujours fait, elles continueront de mettre le travail et le dialogue social au centre de leur projet pour les salariés. Avec pour objectif de changer le quotidien des salariés et de construire une société plus juste.

Interview au journal "La Vie" - 14 avril 2017

La Vie

 

« A la CFDT, nous prenons clairement position contre Marine Le Pen »

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, Laurent Berger, le patron de la CFDT - désormais premier syndicat de France dans le privé - s'inquiète de la montée du vote FN. Et aucun candidat ne trouve grâce à ses yeux.

Propos recueillis par Laurent Grzybowski et Pascale Tournier

Suite aux dernières élections professionnelles, la CFDT est devenue le premier syndicat au niveau national dans le secteur privé, devant la CGT. Est-ce une révolution ?

Nous vivons un moment historique parce que la CGT a toujours été la première centrale de ce pays. Et maintenant, dans le privé, c’est nous. C’est une reconnaissance du travail quotidien effectué par des milliers de militants de la CFDT, pour défendre leurs collègues. C’est important de le relever car nous avons besoin aujourd’hui d’une société qui se mette en mouvement. C’est cela qui nous manque. La campagne présidentielle en est la preuve.

Qu’est ce que cette situation va changer ?

Il y a de la place pour un syndicalisme qui regarde la réalité en face, mais qui s’engage pour essayer de la transformer plutôt que de rester dans le commentaire ou la simple contestation. Ma plus grande fierté aujourd’hui, ce n’est pas d’être premier, mais que notre organisation n’ait jamais dérivé sur ses valeurs. Quelles qu’aient été les formes de xénophobie, de rejet de l’autre, nous n’avons jamais été pris à défaut. C’est l’aboutissement d’une autre forme de syndicalisme, né en 1919, qui n’a jamais cessé de remettre en cause son fonctionnement, notamment ces quinze dernières années.

Vous avez des exemples concrets ?

Nous avons fait beaucoup d’efforts pour nous implanter dans les petites entreprises. Nous avons mis beaucoup d’énergie à accompagner nos militants, notamment à travers des formations. Nous avons développé des "enquêtes flash" adaptées à chaque entreprise pour écouter la vie des salariés afin d’établir nos plans d’action. Notre syndicalisme n’est pas le fait de dogmes, mais se construit à partir de la vie réelle des travailleurs.

Est-ce votre ligne réformiste qui l’a emporté ?

Oui. C’est un syndicalisme qui dit la vérité, ne tremble pas quand il faut assumer des choix difficiles. Je suis nourri au collectif, donc je ne ramène jamais les choses à moi, mais je ne vais pas vous cacher qu’après le printemps que j’ai vécu avec la loi Travail et avec toutes les insultes que j’ai reçues, c’est plutôt satisfaisant que les salariés nous fassent de plus en plus confiance. Il y a l’écume des choses et il y a la vague. L’écume c’est ce qu’on commente et qui n’a pas beaucoup d’intérêt. La vague, c’est l’attente profonde des salariés qui attendent de notre syndicat un changement pour de vrai. Nous allons continuer à montrer ce que doit être le syndicalisme. Dans cette optique, nous allons rassembler 10 à 15 000 militants le 3 octobre à Paris.

Quel sera le but de ce rassemblement ?

Relancer une dynamique collective avec trois appels, notamment aux politiques : pour transformer la société ils doivent compter sur le syndicalisme et l’action collective. Aucun homme providentiel ne peut faire face aux défis actuels. Quand j’entends dire Monsieur Mélenchon qu’il abrogera tous les accords dans les entreprises, parce que le code du travail s’appliquera à tous de manière uniforme, cela m’inquiète énormément. C’est l’inverse de la société que je veux contribuer à construire : une société qui se met en mouvement où chacun cherche à construire du progrès.

Quels autres appels lancerez-vous ?

Nous dirons au patronat que le syndicalisme n’est pas un mal nécessaire mais une chance, qu’il est une opportunité de performance sociale et économique. Et puis, nous lancerons un appel aux autres organisations syndicales dites « réformistes », la CFTC, l’UNSA et la CGC s’ils le veulent, en leur suggérant de travailler encore plus souvent ensemble pour creuser ce syndicalisme attendu par les salariés.

 

Quel bilan tirez-vous de la loi Travail ?

Il reste encore un peut tôt pour se prononcer, mais le bilan est déjà positif. Les droits nouveaux sont en train de se mettre en place. Je suis effaré que le Compte personnel d’activité (CPA) pour la sécurisation des parcours professionnels ne soit pas au cœur du débat présidentiel. On peut citer la garantie jeune qui accompagne les 16-25 ans les plus vulnérables sur le marché du travail. Nous avons des retours très positifs. Sur les négociations d’entreprise, les choses avancent avec des accords d’entreprise positifs pour les salariés.

Comment expliquez-vous ces débats passionnés autour de la loi Travail ?

Notre pays se nourrit de symboles : la loi Travail est devenue une ligne de démarcation. Ceux qui veulent abroger cette loi s’appellent Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon. L’une parce qu’elle ne croit pas au syndicalisme, l’autre parce qu’il est sur une ligne populiste : un dirigeant, un peuple, et qu’il nie le fait que notre société a besoin de se mettre en mouvement. Or, elle se compose de corps intermédiaires qui permettent à chacun de participer et de peser sur les décisions prises collectivement. Je crois à la démocratie participative pour faire avancer le bien commun. On ne peut pas tout attendre du politique.

Comment prenez-vous en compte les rapports d’exploitation ou de domination qui peuvent aussi exister dans le monde du travail ?

L’enquête « Parlons travail » que nous avons publiée en mars dernier montre que 77 % Français aiment leur travail. Bien sûr, nous ne sommes pas dans le monde des bisounours, que décrit un certain patronat qui explique que le patron est là pour faire le bonheur des salariés. 74 % d’entre eux souhaiteraient plus d’autonomie et moins d’encadrement. La moitié considère que leur charge de travail est excessive et 35 % que leur travail nuit à leur santé, voire même les délabre. Ils veulent donc pouvoir en parler et être écoutés. 73 % des répondants veulent participer davantage aux décisions importantes qui affectent leur entreprise. On découvre dans cette enquête, que l’organisation du travail est la question centrale qui détermine le bien-être ou le mal-être des salariés. Il faut donc du dialogue et partir des réalités vécues. Cela ne se décrète pas d’en haut, mais se construit avec les personnes concernées. C’est ça la loi Travail.

La question du travail est-elle correctement abordée au cours de la campagne ?

Le sujet est abordé sous des prismes souvent très réducteurs. Je pense notamment à la loi Travail ou à la question du temps de travail qui, d’après notre enquête n’est pas la question centrale pour les salariés. Ils veulent rester à une durée légale de 35h.

Comment réagissez-vous à la position d’Emmanuel Macron qui veut réformer le code du travail par ordonnance ?

Il méprise l’article 1 de la loi Larcher qui prévoit que toute réforme du code du Travail doit faire l’objet d’une négociation. Vouloir réformer le marché de cette manière est contraire à la vision de la CFDT. D’autre part, il estime que les syndicats n’ont pas à concourir à l’intérêt général et les renvoie donc à la négociation d’entreprise. Nous ne sommes évidemment pas d’accord. Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon considèrent de leur côté que la négociation est un risque pour les travailleurs et qu’il faudrait tout cadrer au niveau national. Je n’approuve pas davantage.

François Fillon veut porter l’âge du départ à la retraite à 65 ans. Votre position ?

Nous sommes contre une réforme paramétrique qui consisterait à jouer sur l’âge, parce que les réformes successives des retraites, depuis 2003, produisent des résultats. Progressivement, nous allons vers l’équilibre. On peut encore rendre le système plus juste pour ceux qui ont des carrières hachées, démarrent tôt, ont des périodes de chômage, notamment pour les femmes. On peut travailler sur le qualitatif pas sur le paramétrique. Mais mettre la retraite à 65 ans pour tout le monde, c’est une méthode à la Brutus. Cela n’a aucun intérêt.

Avez-vous un candidat préféré ?

Nous ne donnons aucune consigne de vote. En revanche, nous avons clairement pris position contre Marine Le Pen et publié un argumentaire pour nos militants. Tant sur la construction européenne qui nous semble indispensable, que sur l’égalité hommes/femmes (salaire maternel pour renvoyer les femmes à la maison) ou sur la question des migrants. Nous refusons toute forme de xénophobie. A la différence d’autres instances comme le MEDEF, nous n’avons jamais invité le FN à nos rencontres. Du coup, on outille nos militants pour aller à la rencontre des salariés. Le programme du FN nous conduirait dans une impasse économique, sociale et démocratique. Notre vivre ensemble s’en trouverait aussi fragilisé.

Vous êtes engagés sur la question des migrants. Ce n’est pas banal pour un syndicat….

On travaille avec certaines entreprises, on travaille avec France terre d’asile avec le dispositif duo demain. Mais ces initiatives restent invisibles. Personne ne souhaite trop que cela se sache. On préfère surfer sur des trucs qui ne vont pas bien, alors que des actions positives se passent.

Cette thématique est-elle aujourd’hui traitée sérieusement ?

Le démantèlement de Calais a été bien fait. Des maires ont eu du courage dans leur politique d’accueil. Mais l’Europe avec cet accord indigne avec la Turquie et la France n’est pas à la hauteur de son devoir de fraternité.

La France a un devoir d’accueil mais aussi d’intégration pour les réfugiés. Il est important de se rendre compte qu’on ne migre pas par choix. Les gens qui arrivent aux frontières de l’Europe, y arrivent par nécessité : Ils fuient la guerre, la misère… Traiter des enjeux des migrations demande du courage, des convictions et de l’objectivité. Pour la CFDT, il est urgent qu’une politique européenne globale soit mise en place pour répondre à la crise migratoire.  Il faut bien évidemment aussi traiter les causes, qui font que des millions de gens sont obligés de quitter leur pays, par des politiques de développement et de fin des conflits. Il faut répondre à cette crise par une approche humanitaire.

L’Europe est-elle trop oublié dans la campagne ?

Oui. Pourtant, le vrai sujet est : va-t-on construire une Europe beaucoup plus humaine, ou va-t-on la laisser décliner ? Quand, lors du débat Emmanuel Macron dit à Marine Le Pen ma région d’origine est peuplée de cimetières. Elle dit : ce sont des vieux lieux communs. Ce n’est pas vrai. Aujourd’hui la paix n’est plus acquise.

Pourriez-vous être tenté de basculer en politique ?

Les secrétaires généraux de la CFDT se sont engagés à ne pas le faire. Cela brouillerait le message. Surtout, on ne fait pas le même job. Ce n’est pas le même ressort. Le mien est collectif.

 

Face au déclinisme : portons un message de progrès

Hier s’achevait notre cycle de réflexion des Entretiens de Belleville dédié aux populismes. Tout au long de la campagne présidentielle, la CFDT a organisé une série de conférences pour mieux comprendre le phénomène populiste, ses origines, et réfléchir à la façon d’y faire face collectivement. Je remercie les experts et les intellectuels qui sont venus partager leur analyse de la situation durant ces quatre tables rondes. Le dernier opus, auquel je participais aux côtés de Daniel Cohen,  portait sur le progrès et les possibilités de reconstruire un projet de société attractif.

Car il est vrai que nous vivons une période mouvementée. La crise économique et sociale perdure. Notre modèle de production est percuté de toute part et la précarité s’installe. Ces difficultés structurelles se muent petit à petit en crise démocratique dont les premiers symptômes sont la défiance envers les institutions, envers les représentants politiques, et la résurgence des idéologies extrêmes.

Ces populismes de tout poil prospèrent sur un sentiment d’abandon et de déclassement. Dans certaines villes, les gens voient s’éloigner les services publics, fermer des commerces de proximité ou des entreprises. Au cœur de ces mutations très rapides, beaucoup se sentent désarmés et livrés à eux-mêmes. La mondialisation et l’ouverture des marchés ont créé beaucoup de richesses et nous ont ouvert de nouveaux horizons. Mais la redistribution équitable de ces richesses n’a pas suivi et aujourd’hui les inégalités continuent de se creuser.  

Face à l’angoisse et à la colère légitimes, il est tentant de céder aux sirènes d’un discours qui flatte nos plus bas instincts et qui promet monts et merveilles sur le plan social. Pourtant il ne faut pas s’y méprendre, les populistes dressent les peuples les uns contre les autres et réduisent la justice sociale à un principe d’identité ou d’appartenance à un groupe. Comme nous l’expliquait Pierre Rosanvallon lors de la 1ère conférence des entretiens de Belleville, les extrêmes veulent saper toute forme de représentation autre que celle incarnée par un leader charismatique, toute autre forme de légitimité démocratique, tout contrepouvoir. Ce sont des idéologies violentes et dangereuses pour notre démocratie et pour la paix sociale.

Dans ce contexte, il devient pressant de reconstruire un projet collectif qui donne envie de vivre ensemble, envie de faire société sans laisser de côté les plus fragiles. 

Engageons-nous dans la transition vers un mode de développement basé sur la qualité plutôt que la quantité. Qualité de notre production, qualité de nos emplois, qualité des relations humaines. « Du mieux pour tous plutôt que du toujours plus pour quelques-uns ».

Et pour réussir cette transition nous devons partir des attentes des gens, de leurs aspirations et non leur dire quoi faire. Le chemin du progrès est aussi important que son résultat. Nous voulons une transition juste où chacun peut se retrouver et participer à des choix collectifs. Cela passe bien-sûr par la concertation et le dialogue respectueux entre tous les acteurs intéressés. 

Nous sommes maintenant à quelques jours du 1er tour des élections présidentielles. La menace frontiste est réelle, mais la victoire du FN n’est pas une fatalité. En se mobilisant, la société civile peut lui faire barrage. Nous pouvons porter un modèle de société basé sur le vivre ensemble et l’émancipation de tous.

Le dialogue, la démocratie, l’attention portée à chacun et le souci du collectif doivent être nos priorités. En suivant ce chemin, je suis convaincu que nos chances de progrès sont réelles. 

Retrouvez les replays des "Entretiens de Belleville":

Janvier : https://video.cfdt.fr/portail/web-tv/navigation-principale/communication/-replay-les-entretiens-de-belleville-populismes-1-srv1_408003

Février : https://video.cfdt.fr/portail/web-tv/navigation-principale/communication/-replay-les-entretiens-de-belleville-populismes-2-srv1_416845

Mars : https://video.cfdt.fr/portail/web-tv/navigation-principale/communication/-replay-les-entretiens-de-belleville-populismes-3-srv1_416846

Avril : https://video.cfdt.fr/portail/web-tv/navigation-principale/communication/-replay-les-entretiens-de-belleville-populismes-4-srv2_420256

Merci !

Jeudi 30 mars j’étais à Arras pour un rassemblement des élu-e-s CFDT des Hauts de France. Ils étaient plus de 1 000 militants et militantes du Nord Pas-de-Calais et de Picardie présents sous le soleil arrageois. J’ai été frappé par leur enthousiasme et leur énergie.

Laurent Arras

Tout au long de cette journée chacun et chacune d’entre eux m’ont témoigné leur fierté d’être à la CFDT. Ils m’ont rappelé les difficultés rencontrées dans leur quotidien, mais ils ont surtout souligné leurs victoires. Et elles sont nombreuses. Leurs actions ne font pas la une des médias, ce ne sont pas celles dont on parle au quotidien, mais ce sont celles qui font le syndicalisme CFDT.

A travers eux c’est l’ensemble de l’action des délégué-e-s syndicaux, des délégué-e-s du personnel, des élu-e-s des comités d’entreprises et des élu-e-s dans les CHSCT que je veux saluer et remercier. Ce sont les élu-e-s qui font vivre notre syndicalisme tous les jours, dans les entreprises et les administrations. C’est eux qui sont au quotidien auprès des salariés pour écouter leurs attentes et relayer leurs difficultés, c’est eux qui font des propositions pour améliorer la situation de chacun et c’est encore eux qui s’engagent pour obtenir des résultats. Et taper du poing sur la table, lorsque c’est nécessaire.

Et les salariés leur font confiance ! Ils nous ont apporté leur voix et ont fait de la CFDT la première organisation syndicale dans le privé de notre pays. C’est historique ! Il ne faut pas avoir peur de le dire. C’est aussi une grande responsabilité qui nous incombe désormais.

Je sais que je peux compter sur chacun-e-s des militants CFDT pour faire le boulot : les élu-e-s et les mandaté-e-s qui avec conviction, contribuent à rendre la vie des gens meilleure et à remettre la solidarité au cœur de notre société.

Les militant-e-s donnent le meilleur à voir du syndicalisme. Un syndicalisme de l’espoir pour l’avenir,  celui qui sait que « changer le travail, c’est changer la société ».

Des avancées concrètes ils en obtiennent tous les jours : les militants de Toyota que j’ai rencontrés m’ont parlé de l’expérimentation sur la qualité de vie au travail qui a été mise en place. Les salariés ont été invités à recenser les anomalies constatées sur les lignes d’assemblage, dans l’objectif que leur soit redonné de l’autonomie dans leur poste de travail. Au final ce sont de meilleures conditions de travail, et plus de sécurité pour les salariés qui ont été obtenues !

Alors nous allons continuer à faire ce que nous savons faire : Parlons travail et allons à la rencontre des salarié-e-s pour valoriser davantage nos actions et nos victoires.

Nous pouvons être fiers de ce résultat ! C’est le leur!

Alors à tous et à toutes, je le dis : merci ! 

La CFDT devient 1ère organisation syndicale dans le secteur privé !

Ce vendredi 31 mars 2017, la CFDT est officiellement devenue la 1ère organisation syndicale dans le secteur privé pour la première fois de son histoire. A cette occasion, j'ai souhaité adresser un message à tous les militants et adhérents de la CFDT. 

 


La CFDT premier syndicat dans le secteur privé par CFDT_TV

A Roanne, une usine sauvée et un travail régénéré grâce au dialogue social

L’équipe CFDT de Michelin à Roanne a beaucoup fait parler d’elle en 2015 lorsqu’elle a négocié un Pacte d’avenir qui a permis de sauver le site. Mais avant notre rencontre dans leur usine ce mardi 21 mars, je n’avais encore jamais eu l’occasion de discuter avec ces militants. Ce que j’ai découvert chez eux est venu illustrer concrètement ce que les chiffres de Parlons travail ont révélé la semaine dernière.

Pour comprendre ce qui s’est passé dans leur usine, il faut remonter en janvier 2014, lorsque l’intersyndicale écrit à la direction de Michelin, inquiète pour l’avenir du site de Roanne suite à un Comité central d’entreprise et échaudée par le PSE de Joué-les-Tours qui avait entrainé 706 suppressions de postes. Après un silence de 6 mois, la direction accepte d’entamer la discussion et de lancer un état des lieux industriel inédit avec les organisations syndicales : la transparence atteint un niveau jamais vu en échange d’une confidentialité totale. Un travail en pleine confiance se met en place entre les acteurs. Ce travail, et la négociation qui suit, va durer 9 mois et aboutit à la signature par la direction et trois syndicats (dont la CFDT) d’un Pacte d’avenir.

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Ce pacte a été validé par 95 % des salariés lors d’un référendum organisé par les syndicats à l’extérieur de l’usine (contre l’avis de la direction). Il prévoyait un investissement de 80 millions d’euros, dont 2 millions destinés à la qualité de vie au travail, et une réactivité plus forte avec le passage à une activité 7 jours sur 7 (contre 6/7 jusque-là).

Deux ans plus tard, la satisfaction est quasi générale au sein de l’usine et de la section CFDT. L’investissement est bien au rendez-vous (et même plus rapidement que prévu) avec de nouvelles machines permettant la fabrication de pneus ultra haute gamme (secteur en croissance de 6 %). Douze machines ont déjà été installées depuis septembre 2016 et une nouvelle machine arrive toutes les trois semaines.

Ces nouvelles machines ont entrainé un changement de procédé de fabrication dans la moitié de l’usine. Il a donc fallu que la moitié des salariés change de métier en quelques mois. Cela faisait partie du plan d’investissement et 400 d’entre-eux ont suivi une formation lourde. Les militants CFDT voient d’un bon œil ces changements : « il y a davantage de diversité et d’intérêt sur ces nouveaux postes, on n’est plus des robots qui répétons 400 fois le même geste dans la journée. Cela a permis des évolutions personnelles très appréciées. »

Le pacte d’avenir prévoyait aussi une action importante pour la qualité de vie au travail. La partie la plus visible est l’ouverture d’un restaurant d’entreprise au début du mois. Il est déjà plébiscité avec plus de 100 utilisateurs quotidiens, alors qu’une cinquantaine était attendue. De nombreux espace ont également été complètement rénovés : vestiaires, toilettes…

Mais où le changement est le plus profond, c’est avec l’implication des salariés dans les décisions qui les concernent. Les nouveaux postes de travail ont par exemple été réfléchis avec les salariés, l’ergonome et le CHSCT. « Ce n’est pas le chef qui décide seul de l’organisation du poste de travail, si le salarié a une solution qui va lui faciliter le travail, c’est étudié et généralement mis en place, » m’a expliqué Jean-Daniel Béal, le délégué syndical CFDT.  Cette volonté d’associer les salariés pour trouver des solutions ensemble est nouvelle, allant même jusqu’à prévoir un budget pour aménager son poste de travail. Autre changement tout simple qui donne prise aux salariés sur leur organisation : le fait de pouvoir piloter soit même ses congés via un logiciel, ou la possibilité de contacter directement ses supérieurs.

Cette volonté de donner prise aux salariés sur l’organisation de leur travail est saluée par les premiers intéressés mais la direction se félicite aussi de ce choix puisque l’usine de Roanne a désormais le meilleur taux d’engagement des salariés en France. Le dialogue social n’a pas seulement permis de sauver le site, il a aussi profondément modifie les relations au sein de l’entreprise. On y ressent un respect mutuel, malgré les difficultés qui subsistent évidemment ou les intérêts parfois contradictoire. En repositionnant l’usine sur un nouveau secteur pour mieux répondre aux attentes des clients, c’est le travail qui a été remis au centre et avec lui les travailleurs.

Cette rencontre fait écho aux résultats de notre enquête Parlons travail où 73 % des répondants disent vouloir être associés aux décisions qui concernent leur entreprise. L’enquête montre aussi le lien entre autonomie et bien-être au travail. Les premiers retours d’expérience à Roanne semblent bien aller dans ce sens. Gageons que d’autres directions d’entreprises sauront se laisser convaincre de se lancer sur cette voie, tout le monde en ressort gagnant !

Interview dans la matinale de CNEWS le 22 mars

J'étais ce matin l'invité de Jean-Pierre Elkabbach sur CNEWS. Quelques jours après la publication des résultats de notre enquête Parlons travail, je suis revenu sur les principaux enseignements qu'elle nous apporte, notamment à l'aune de la prochaine élection présidentielle. J'ai pu détailler quelle est l'approche de la CFDT en amont de ce scrutin et son positionnement vis-à-vis du Front national. Durant le temps très politique de la camapgne la CFDT reste en retrait, ne donne évidemment pas de consigne de vote mais nous portons nos idées et nos propositions, comme dans notre adresse aux candidats ou le manifeste pour le travail

 



Notre adresse et nos questions aux candidats à la présidentielle

A tout juste un mois de l’élection présidentielle, nous envoyons ce matin une adresse aux candidats à l’élection présidentielle, excepté le Front national. Par cette démarche la CFDT veut porter auprès de chacun d’eux sa vision du monde du travail et de la société, fidèle à sa liberté et son indépendance vis-à-vis de tous partis politiques.

Cette adresse décline une série de 35 questions aux candidats afin d’éclairer notre organisation et ses adhérents sur les thèmes qui nous semblent décisifs avant ce scrutin : une nouvelle vision du travail ; protection et émancipation de chacun ; emploi et nouveau modèle de développement ; action publique ; projet européen ; démocratie et dialogue social.

Les réponses de chacun d’eux seront rendues publiques sur notre site. Par cette démarche, comme lors du grand oral sur le thème du travail organisé jeudi dernier, par nous entendons participer à la vitalité du débat public, C’est aussi cela le rôle des corps intermédiaires et de la société civile.

Invité de la matinale d'Europe 1 le 16 mars

A l'occasion de la sortie des résultats de Parlons Travail et du grand oral des candidats à la présidentielle que nous avons organisé le 16 mars, j'étais l'invité de Thomas Sotto dans la matinale d'Europe 1. L'occasion de parler des premiers résultats de l'enquête, mais également de revenir sur la scandaleuse "clause Molière".

 


Laurent Berger : "La CFDT ne soutient pas de... par Europe1fr

Parler Travail

Le 20 septembre dernier, après plusieurs mois de préparation, nous lancions notre grande enquête Parlons Travail et je décrivais ici même (lien vers l’article) l’ambition qui était la nôtre : redonner la parole aux travailleurs pour remettre le travail au cœur du débat public dans la perspective de l’élection présidentielle.

Après un peu plus de 3 mois de consultation en ligne, fin décembre, nous franchissions la barre des 200 000 répondants alors que nous en espérions 100 000. Force est de constater que lorsque l’on permet aux gens de s’exprimer, ils sont très nombreux à saisir la perche. Cela nous montre que l’attente est grande autour de la question du travail et donc que notre responsabilité d’organisation syndicale l’est tout autant.

Depuis 2 mois et demi, les réponses sont décryptées et analysés par des statisticiens, des sociologues et des responsables CFDT afin de pouvoir comprendre et restituer au mieux la réalité du rapport des français à leur travail.

Ce jeudi 16 mars, près de 6 mois après le lancement de Parlons Travail, nous allons pouvoir rendre compte de ces résultats, tirer une première série d’enseignements. 2 éléments m’ont particulièrement marqués. Tout d’abord, le regard des français sur leur travail s’avère très positif : 76% déclarent aimer leur travail, 57% y prennent du plaisir et 70% y rient souvent. Cela nous montre que le travail reste un élément structurant dans la vie des gens. Mais il y a aussi de fortes aspirations au changement, car tout n’est pas rose au travail. L’enquête nous montre que ceux qui souffrent le plus sont ceux qui disent ne plus trouver de sens à leur activité, ne pas avoir de reconnaissance et n’avoir aucune marge de manœuvre dans l’organisation de leur travail. Pourtant, 72% des répondants aimeraient participer davantage aux décisions qui affectent leur entreprise ou administration. Il est plus que temps que les employeurs et les dirigeants politiques entendent ces aspirations ! L’entreprise, ce n’est pas seulement l’actionnaire ou le dirigeant, ce sont aussi, et d’abord les salariés qui y créent la richesse. Le travail doit plus que jamais redevenir visible pour être mieux pris en compte.

C’est une des questions que nous aborderons avec les candidats à l’élection présidentielle, que nous avons convié à la CFDT pour débattre autour des résultats de l’enquête et connaître leurs propositions sur le travail.  Quatre d’entre eux seront présents ou représentés : Alexis Corbière pour Jean-Luc Mélenchon,  François Fillon, Benoit Hamon et Emmanuel Macron.

Pour retrouver les résultats de l'enquête : analyse.parlonstravail.fr

Ainsi nous tenons la promesse qui était la nôtre : porter la question du travail dans cette élection présidentielle en mettant en avant la parole de ceux qui vivent le travail au quotidien.

Mais nous n’en restons pas là. Dès le départ, nous souhaitions que Parlons Travail serve à nourrir nos revendications. C’est pour cela que cette journée du 16 mars se conclura par la présentation de notre manifeste pour le travail. Dans celui-ci, nous tirons les enseignements de Parlons Travail et nous faisons des propositions pour continuer à changer le travail, dans le privé comme dans le public. Vous pouvez le retrouver ici.

Dans l’organisation aussi, nos équipes continueront à faire vivre Parlons Travail. Nous avons créé des kits d’animation afin d’organiser des ateliers d’échanges entre militants et avec les salariés sur les résultats de l’enquête. Cela permettra de s’approprier les résultats et sera une excellente occasion d’aborder la question du travail aux endroits même où il est exercé.

De sa conception jusqu’à ces prolongements dans les mois qui viennent, nous avons conçu Parlons Travail comme une expérience. Une expérience personnelle pour les répondants, en leur offrant une occasion de faire le point sur leur rapport à leur travail. Une expérience syndicale en utilisant l’outil numérique pour porter au mieux la parole des salariés. Une expérience de démocratie participative pour remettre au cœur du débat un sujet trop souvent laissé de côté. C’est une expérience réussie qu’il nous faudra maintenant continuer à porter afin de concrétiser les changements auxquels les travailleurs aspirent. C’est dans cette voie que s’engage la CFDT avec en tête un de ses slogans du 20e siècle, qui n’a pourtant pas pris une ride : pour changer la société, il faut changer le travail !

Les agents publics sont une richesse

Depuis quelques mois, on entend une même rengaine qui s’installe : les fonctionnaires seraient un coût insupportable pour le pays. Certains candidats à la présidentielle se sont ainsi engagés dans une surenchère absurde d’appels à la suppression de postes… sans que jamais ne soit abordée la question des individus, des métiers et des missions. Quelles missions les citoyens veulent-ils que la puissance publique rende ? Avec quelle qualité de service ? C’est à partir de cette question, que l’on peut ensuite décider démocratiquement de ce que l’on veut pour notre pays, organiser les métiers, adapter les organisations. Réfléchir à partir d’une logique purement comptable serait une erreur politique majeure, car cette logique est tronquée et le résultat ne pourra être que décevant. Les agents des fonctions publiques ne sont pas un coût. Derrière les chiffres, il y a des réalités: celles des agents qui incarnent  le service public ! Ce sont les professeurs qui instruisent nos enfants, ce sont les policiers qui assurent notre sécurité, ce sont les agents hospitaliers qui nous soignent, ce sont les agents de mairie qui nous accueillent au quotidien.

C’est dans ce contexte que le 7 mars dernier de nombreux fonctionnaires et contractuels se sont mobilisés, dont une majorité du secteur médico-social. A la CFDT le mot d’ordre était clair : les agents publics ne sont pas un coût, ils sont une richesse ! Derrière ce mot d’ordre #JeSuisUneRichesse de nombreuses initiatives et mobilisations, partout en France, ont eu lieu afin de faire entendre un message simple : les fonctionnaires et les agents contractuels sont indispensables au développement et à la cohésion sociale du pays, il faut leur donner les moyens d’assurer leurs missions.

Dans la continuité de cette journée de mobilisation, la fédération Santé-sociaux de la CFDT lance ce lundi 13 mars une enquête en ligne auprès des personnels des services de soins afin de répondre à une question simple : Sont-ils suffisamment nombreux dans les services ?

L'enquête est disponibleici du 13 au 19 mars

Rendre la parole aux agents pour qu’ils puissent s’exprimer sur la réalité de l’exercice de leurs missions, voilà qui est au cœur de la démarche CFDT, comme nous l’avons encore récemment prouvé avec Parlons Travail. C’est cette réalité qu’il faudra opposer aux démagogues de tous bords : la réalité de travailleurs qui ont le service public à cœur malgré un contexte difficile.

Derrière ces questions se posent en creux la question de la société que nous voulons construire. Une société du chacun pour soi où les plus faibles ne sont plus protégés et où des territoires entiers sont abandonnés, ou une société bienveillante envers les individus et qui veille à construire l’égalité pour toutes et tous en répondant aux grands défis économiques, sociaux et environnementaux de notre époque. Pour la CFDT, le choix est fait. Pour nous, la solidarité est une richesse à cultiver et les agents des fonctions publiques sont indispensables à cela. 

 

Palestine : ces travailleurs victimes d’un conflit qui s’enlise

Si je ne devais retenir qu’une image de la mission que j’ai conduite au Moyen-Orient début mars, ce serait les milliers de visages fatigués des travailleurs palestiniens au checkpoint de Qaliqilyah qui s’apprêtent à rentrer chez eux. Levés à deux heures  du matin pour franchir tous les contrôles de sécurité, ces hommes et ces quelques femmes entre deux âges (Israël interdit le passage aux plus jeunes) ont sué sur les multiples chantiers de construction de la région de 7 heures à 16 heures et n’aspirent plus qu’à rejoindre leur proche. La dernière barrière de sécurité passée, c’est donc d’un pas pressé que nous les voyons s’engouffrer dans des taxis collectifs, dernier étape de leur périple quotidien.

 

Situé à la frontière entre la Cisjordanie et Israël, près de la ville de Naplouse, ce passage piéton représente pour les 12 000 hommes et femmes qui le franchissent chaque jour le pire et le meilleur.  Le meilleur car pour ces ouvriers qui ont un permis de travail israélien, franchir cette frontière signifie obtenir un salaire plus élevé et l’assurance de pouvoir satisfaire aux besoins de leur famille ; le pire car ce checkpoint ultrasécurisé rappelle chaque jour à ces travailleurs frontaliers que leur vie reste soumis à l’arbitraire de décisions prises par le gouvernement israélien au nom de la sécurité de l’Etat hébreux. Un attentat, une agression ou une crise politique et ce passage peut se fermer du jour au lendemain. Pour un ouvrier, une altercation avec la police ou n’importe quelle infraction peut également signifier l’annulation définitive de son permis de travail sans contestation possible.

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Ces travailleurs palestiniens, nous les avons retrouvés le lendemain de notre visite à Qaliqilyah grâce à la confédération syndicale israélienne (Histadrout) qui les prend en charge syndicalement une fois sur le territoire hébreu. Leur situation précaire les rend particulièrement vulnérable face aux employeurs indélicats explique Histadrout qui mène une campagne d’informations dans le secteur de la construction pour les inciter à faire remonter les problèmes qu’ils rencontrent et leur rappeler qu’ils peuvent être accompagner gratuitement par le syndicat s’ils souhaitent aller en justice pour faire respecter leurs droits.

Si cette action syndicale ne résoudra pas la question des files d’attentes interminables au checkpoint et n’a pas non plus comme objectif de lutter contre l’arbitraire des décisions prises au nom de la sécurité, elle montre toutefois que le syndicalisme peut quand même agir pour améliorer les conditions de travail de ces travailleurs, victimes d’un conflit qui s’enlise. Dans l’attente d’un règlement politique de la question israélo-palestinienne, cette défense pragmatique des droits des travailleurs « étrangers », avec toutes les limites liées à la situation géopolitique de la région, est à mettre au crédit de la centrale syndicale israélienne qui reste l’une des organisations importante qui soutient avec courage la création d’un Etat palestinien indépendant dans une période où les discours en faveur de la paix et d’une solution négociée ont bien du mal à se faire entendre dans le pays.

Côté palestinien, la confédération (PGFTU) compte d’ailleurs plus généralement sur la solidarité syndicale internationale pour faire bouger les lignes, pour forcer les acteurs à se remettre autour de la table. Outre la création d’un véritable Etat palestinien, elle se bat aujourd’hui pour obtenir son indépendance vis-à-vis du politique afin de défendre librement le droit des travailleurs. Sur ces deux sujets, la PGFTU sait, et je leur ai réaffirmé de vive voix au cours de cette mission, qu’elle peut compter sur l’appui de la CFDT qui relaiera en France leurs revendications au plus haut niveau. C’est la conception de notre syndicalisme : à la fois soutenir les actions au plus près des salariés pour qu’ils puissent défendre leurs droits et militer à une échelle plus large pour peser, à notre humble niveau, en faveur une reprise du processus de paix. Il n’a jamais été question pour la CFDT de se résigner au statut quo actuel.

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Travail et avenir de l’industrie avec les militants d’Alstom

J’étais le 21 février à Ornans en Franche Comté pour y rencontrer les militants CFDT d’Alstom et visiter leur entreprise. J’ai choisi ce déplacement pour donner l’occasion à la CFDT de rappeler l’État à ses engagements quant au maintien de l’activité du site de Belfort.

C’est toujours très enrichissant de passer plusieurs heures avec des militants fiers de montrer leur entreprise, d’expliquer la réalité du travail et de la production, les difficultés comme les réussites technologiques, dans chacun de ses ateliers.

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Les échanges avec eux m’ont permis de vérifier une fois encore que les élus de l’entreprise en connaissent et maîtrisent les enjeux. Que le débat au sein de la section syndicale et avec les délégués des autres entreprises du groupe porte sur la stratégie de l’entreprise à long terme pour être un contrepouvoir face à la direction et aux actionnaires. On ne dit pas assez que dans nombre d’entreprises ce sont les salariés qui ont une vision de long terme quand les dirigeants ont le nez rivé sur la seule rentabilité de court terme. Les écouter et les entendre est une des clés du maintien et du développement de nos industries.

Chacun de mes déplacements à la rencontre des salariés et des militants CFDT permet de confronter les orientations que défend la confédération CFDT et la vie concrète dans les entreprises et les administrations. De cette visite à Alstom Ornans, je retiendrai deux leçons fortes.

Réussir la transition écologique nous impose de répondre aux besoins de mobilité tout en réduisant la consommation énergétique. À l’évidence, le ferroviaire est une filière stratégique pour laquelle notre pays a des atouts qu’il ne doit pas dilapider. Cela implique à la fois de développer la recherche et l’innovation et de préserver les compétences et les savoir-faire donc une production  localisée sur le territoire. Tout abandon, même conjoncturel devient un handicap qui se remonte difficilement.

Les technologies les plus avancées, comme celle du TGV, continuent à incorporer du travail que les machines et les robots ne savent pas remplacer. Je ne prendrai plus le train sans penser aux ouvrières que j’ai rencontrées qui procèdent manuellement à l’isolation du cuivre des bobines. Cela me renforce dans la conviction qu’il nous faut mettre au centre du débat public la question du travail dans toutes ses composantes  sans céder aux modes qui tendent à n’en donner qu’une vision très partielle. Pour ce faire, la CFDT dispose grâce à la réussite de son enquête « Parlons travail » d’une masse d’informations considérable. Nous lui donnerons l’écho qui convient au mois de mars. 

LB Alstom

Populisme : comprendre, répondre et construire

Notre pays est confronté à une conjonction de crises et de menaces. Nos valeurs et nos modes de vie sont la cible de tous les extrémismes. La crise économique et sociale n’est pas terminée et continue à fragiliser des personnes et des territoires. Notre société connait également une crise de la démocratie sans précédent dont les premiers symptômes sont la défiance envers les institutions et les représentants politiques.

Certains hommes et certaines femmes n’hésitent pas à jouer sur les peurs des citoyens, à attiser les haines, opposant les français aux étrangers, opposant ceux qui travaillent à ceux qui ne travaillent pas, sapant ainsi les fondements de notre modèle républicain.

Le « populisme » et les « populistes » semblent de plus en plus menaçants pour nos démocraties.  L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, les dérives autoritaires d’Orban en Hongrie, d’Erdogan en Turquie ou encore le Brexit interrogent tout autant qu’elles inquiètent.

Pour la CFDT, ceci n’est pas une fatalité ! A trois mois des élections présidentielles, nous entendons, à travers un cycle de réflexion « Les entretiens de Belleville » définir ce qu’est le « populisme » afin de donner à nos adhérents et à nos militants des outils pour mieux le combattre. Le populisme n’est pas une fin en soi.

En tant que syndicalistes, engagés et libres nous avons le devoir de répondre aux attaques contre la démocratie, d’où qu’elles viennent.

Lors de la première conférence Pierre Rosanvallon[1] nous rappelait que « le discours populiste a vocation à opposer un vrai peuple aux « autres ». Le vrai peuple serait celui dont les intérêts sont brimés par différentes catégories de minorités », même si celles-ci font majorité. Il insistait aussi sur le fait que les populistes voient dans « tout contrepouvoir un moyen de brimer le peuple ». 

Les leaders populistes estiment qu’ils sont les seuls capables de savoir ce qui est bon ou non pour le peuple et considèrent que la démocratie directe est la seule démocratie acceptable. Ils n’hésitent pas à dénoncer toutes les autres formes de démocratie représentative. Le populisme fait d’ailleurs de la critique des corps intermédiaires, au premier rang desquelles les organisations syndicales, un élément central de son discours.

La CFDT refuse cette vision de la démocratie, comme elle refuse la vision de la justice sociale défendue par les populistes : une vision qui tend à considérer que l’égalité se base uniquement sur le principe d’une identité commune et que tout ce qui n’appartient pas à cette ligne identitaire représente un danger.


[1] Historien et socioloque 

Portrait d'Eric, candidat CFDT aux élections TPE.

Jusqu'au vendredi 13 janvier les salariés des Très Petites Entreprises peuvent voter pour leurs représentants dans les commissions paritaires régionales interprofessionnelles qui organiseront le dialogue social pour les TPE. Tous les salariés doivent être représentés. C'est pour cela que la CFDT a décidé de présenter exclusivement des candidats issus eux-même de TPE. Une nouvelle fois aujourd'hui je souhaite vous dresser le portrait d'un de ces candidats, engagé avec la CFDT pour le dialogue social dans les TPE. Jusqu'à vendredi, pour que petites entreprises ne rime pas avec petits droits, votez et faites voter CFDT ! 

Fin septembre, avec une vingtaine de militants CFDT nous sommes allés à la rencontre des salariés des commerces du centre-ville de Melun. Les militants de Seine-et-Marne rencontrent régulièrement les salariés des très petites entreprises sur leurs lieux de travail, pour échanger avec eux et les informer sur leurs droits. Ce jour-là, à quelques semaines des élections professionnelles dans les TPE, il s’agissait aussi de les sensibiliser à l’importance d’aller voter.

A cette occasion j’ai discuté avec Eric, 55 ans, candidat CFDT. Pour lui, ces élections – et leurs suites - sont « une vraie aventure » et « une grande inconnue ». Rien ne le prédestinait à exercer une mission de représentation, lui qui travaille depuis toujours en quasi solitaire. Eric est cuisinier. Dans les petits restaurants où il a travaillé,  ils n’étaient pas nombreux en cuisine, si on met de côté son expérience dans un centre hospitalier et son service militaire.

Aujourd’hui, Eric est l’unique cuisinier d’une communauté religieuse. La recherche de stabilité l’a conduit vers cet emploi. « Dans mes précédentes expériences, j’enchaînais les contrats courts : on m’embauchait pour quelques mois, on me débauchait, puis on me reprenait, c’était aléatoire et stressant. » Eric a ainsi bougé dans l’Aisne, la Bretagne, le Gard...Il a connu la précarité des salariés en CDD, les journées de travail qui durent dix heures, la pression constante qui s’exerce en cuisine.  

Chez les religieux, il fait tout, tout seul : la composition des menus, les commandes aux fournisseurs, la cuisine, la plonge. Au quotidien il dispose de beaucoup d’autonomie pour organiser son travail ; mais en contrepartie, il doit faire preuve d’adaptation. D’un jour à l’autre le service peut varier de dix à quatre-vingt couverts, car l’établissement accueille aussi des séminaires et il arrive que les participants restent manger le midi. La polyvalence est une autre qualité requise. Etre bon cuisinier ne suffit pas, il faut aussi avoir une organisation impeccable, veiller au respect des normes d’hygiène, et tenir les cordons de la bourse. Le prix de revient d’un repas ne doit pas dépasser 4 euros. Avant, Eric profitait du plantureux potager du monastère, mais depuis que le frère jardinier est parti, les légumes et les fruits ne poussent plus dans le jardin et il faut s’approvisionner à l’extérieur.  

Avec le départ de nombreux frères qui avançaient dans l’âge, l’ambiance est moins familiale qu’avant dans la communauté, regrette Eric. D’autant plus que l’établissement connait des difficultés financières. L’année dernière, il a même été question de le fermer. C’est ce qui a conduit Eric à se syndiquer. Trente ans après, il a fini par donner raison à ses grands-parents. «  Je les ai toujours entendus dire : quand on travaille, on se syndique. C’est normal, c’est un droit, et on est plus forts quand on est nombreux. Plus jeune, je m’en moquais complètement et ça mettait ma grand-mère dans tous ses états…Et puis j’ai eu peur pour mon emploi, et je m’en suis souvenu ».

Pourquoi rejoindre la CFDT ? Pas par héritage familial. « J’apprécie la CFDT depuis Nicole Notat. J’ai toujours voté CFDT aux élections prud’homales. C’est le syndicat qui me semble le plus ouvert au dialogue, et je considère que c’est en dialoguant qu’on obtient. Ça ne sert à rien de tout bloquer par principe ». Son adhésion a interpellé les deux autres employées de la communauté, qui ont elles aussi décidé d’adhérer à la CFDT. L’une d’elle a y d’ailleurs trouvé un vrai soutien pour faire valoir ses arrêts de travail fréquents dus à des problèmes de santé.

S’il est élu en décembre, Eric considère que sa première mission sera l’information. « C’est vraiment le premier besoin des salariés des petites entreprises. Ils connaissent mal leurs droits ou bien ils ne savent pas comment les faire respecter. Quand on est dans une petite boîte, on est seuls. Sur Internet, on peut trouver beaucoup d’infos, mais c’est tellement dur de s’y retrouver. Les salariés des TPE n’ont pas le réflexe de syndiquer et pourtant leur vie serait bien plus simple s’ils avaient un interlocuteur, quelqu’un qui leur donne l’info dont ils ont besoin et qui les conseille ». Eric résume bien l’ambition de la CFDT pour les salariés des TPE !

Interview à "Témoignage Chrétien"

PROPOS RECUEILLI PAR CHRISTINE PEDOTTI ET BERNARD STEPHAN 

Publiés le 05/01/2017

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de François Hollande ?

Cette question montre que le débat public est bloqué par des angles de vue politiciens. Toute construction collective est regardée à l’aune de sa place sur un échiquier politique très statique : est-elle de gauche, de droite, du centre ? Fonctionner avec de tels réflexes asphyxie le débat démocratique et fait croire que la vie des citoyens est rythmée par des cycles de cinq ans. Il n’y aura pas de temps zéro en mai 2017 de même qu’il n’y en pas eu en mai 2012. Le quinquennat de François Hollande n’est pas achevé, il a vu à la fois des réussites et des échecs. Cette focalisation sur des postures politiciennes découle de l’incapacité de notre pays à produire un diagnostic lucide d’une situation marquée par des inégalités et de profondes mutations.

Quelles sont ces mutations ?

J’en distinguerais quatre : la première c’est la mondialisation perçue exclusivement comme une menace. Or si la mondialisation a, faute d’une volonté de régulation suffisante, provoqué des inégalités, elle a aussi permis de faire reculer sensiblement la pauvreté à l’échelle du monde. Cette phase nouvelle de l’histoire mondiale provoque l’inquiétude des Occidentaux car elle est marquée par un rééquilibrage entre les différents continents de la planète. Ce qui avait été accumulée par le Nord par captation des richesses des pays colonisés se répartit aujourd’hui autrement. Il n’est pas question de subir cette mutation par une baisse du niveau de bien être en Europe mais ne pas tenir compte de ce changement profond c’est se condamner au repli.

La seconde mutation à l’œuvre qui concerne en premier lieu le monde du travail est la révolution numérique. Elle bouleverse tout y compris le monde des media. Elle est à la fois riche de promesses et source d’inquiétudes. Cette transition a déjà des conséquences sur le dialogue social,  le devenir des métiers, des qualifications, de l’organisation de la production, etc.

La troisième mutation concerne la transition écologique avec le risque climatique qui est désormais réel. Au lieu de le percevoir comme une menace, nous pourrions le considérer comme une formidable opportunité en termes de reconversion de la production, de nouveaux emplois et de modes de vie.

La quatrième mutation est démographique. Le risque climatique combiné à l’essor inédit de la population mondiale provoque de profonds mouvements de population qui ne sont pas sans conséquence sur la France et l’Europe.

Comment expliquez-vous que ces mutations soit si peu prises en compte ?

Aucune d’entre elles n’a été anticipée. C’est pour cela que la peur s’installe. Dans cette situation anxiogène, les discours qui triomphent sont ceux  qui parlent « au ventre » comme le dit le populiste italien Bepe Grillo, ceux qui flattent nos instincts les plus bas. La classe politique combat ce populisme par des discours qui parlent seulement à la tête alors que celui qui parle au ventre ne peut être contré qu’avec une parole s’adressant à la fois à la tête et au cœur. La peur est également entretenue par une logique médiatique qui évacue le long terme. Le refus de ces dérives fait de nous les cédétistes des êtres bizarres dans le paysage social. Ils Nous ne regardons pas l’étiquette politique de celui qui gouverne avant d’accepter de discuter avec lui et nous nous appuyons s’appuient sur leurs nos valeurs fondamentales : la justice sociale, la démocratie, l’émancipation. Cette dernière valeur est trop peu partagée dans le monde syndical et politique alors qu’elle est étroitement liée à la capacité qu’ont les gens de prendre en charge les problèmes qui les concernent. S’agissant de la démocratie, la CFDT, qui a toujours combattue les totalitarismes, s’engage contre les régimes autoritaires , ou à forte tentation de le devenir, qui dominent le monde avec Trump, Poutine, Erdogan, Orban, Assad... Dans ce contexte, miser sur des valeurs comme  la confiance dans la personne,  la justice sociale, la lutte contre les inégalités est indispensable.

Ces valeurs peuvent-elles résister à la vague populiste ?

Oui si elles sont articulées à la conviction que le progrès existe encore et qu’il n’est pas à chercher dans le monde d’hier. Je ne fais pas partie de ceux qui regrettent les Trente glorieuses (1945-1975). Ce monde était autoritaire jusque dans les familles, machiste parce que fondé sur le fait que c’était avant tout les hommes qui rapportaient le salaire. Le plein emploi certes était au rendez-vous mais beaucoup de femmes n’étaient pas salariées. Les conditions de travail  étaient considérées comme assez secondaires-on les compensait par un surplus de salaires- et on pillait les ressources naturelles. Au lieu de se réfugier dans la nostalgie, l’action syndicale doit se baser sur des valeurs fortes et sur une foi dans le progrès.

Quel contenu donnez-vous à cette notion de progrès ?

Il faut parler de progrès humain. Cela signifie que les inégalités doivent reculer. Il faut un mieux pour tous et pas seulement pour quelques-uns. Cela suppose des politiques fiscales vigoureuses et des mesures d’accompagnement pour le retour à l’emploi de tous afin de réduire l’écart entre riches et pauvres. La stigmatisation de ces derniers souvent traités d’assistés me met hors de moi. Mais les inégalités sont aussi intra salariales. Dans une filière, la répartition de la valeur ajoutée entre sous-traitants et donneurs d’ordre n’est pas égale et le syndicalisme se doit de regarder ces réalités en face s’il ne veut pas désespérer les plus fragiles.

La mesure du  progrès consiste aussi à construire une économie basée sur la qualité et non sur un modèle lowcost qui, de plus, épuise les ressources naturelles. Je suis persuadé que la transition écologique devrait être le fil rouge de cette économie de la qualité. Cela serait l’occasion de fixer une finalité à l’économie, d’investir dans des productions durables de biens et de services, de réinventer la démocratie en mettant en valeur les initiatives syndicales et toutes les initiatives citoyennes, de réinventer la protection sociale en basant l’exercice des droits sur la personne plutôt que sur son statut dans l’entreprise.

Cela signifie-t-il qu’il faut repenser le système social issu de la Libération ?

Il faut le repenser sans remettre en cause son principe directeur : chacun paie en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins. Cette refondation suscite deux oppositions.  D’une part, celle des partisans d’une dérégulation débridée qui pensent que les protections collectives nuisent à la compétitivité.En somme, une chance serait donnée au départ à chacun avec pour la suite une consigne : « Débrouillez-vous dans un monde sans règles, sans solidarités, sans accompagnement des plus fragiles ». Une partie du monde patronal se situe dans cette logique du toujours moins. D’autre part, cette refondation sociale suscite l’hostilité des partisans du statu quo : ils estiment soit que tout va bien soit que rien ne va, la solution consistant à resserrer les boulons du système actuel. Ce faisant, ils adoptent une vision de perdants accrochés au vieux monde et incapables de redonner des perspectives à une société qui a bougé. La refondation du système social oblige aussi à s’interroger sur son financement : qu’est-ce qui doit être pris en charge collectivement, par qui ? L’Etat ? Les entreprises ? Les citoyens ?

Les peurs et les poussées populistes qu’elles génèrent paraissent irrésistibles.

Le populisme a d’autant plus d’audience que personne n’est capable de définir le progrès. La campagne présidentielle qui commence en offre un vivant exemple : au lieu de nous projeter vers ce que pourrait être une société de progrès dans vingt ans- une société solidaire où l’avenir professionnel, le nôtre, celui de nos enfants, passera par de multiples métiers- on nous parle de boîtes à outils, de logiciels, de positionnement, ce qui très éloigné des aspirations des salariés. Les 200 000 réponses de l’enquête Parlons travail que la CFDT a lancé en septembre dernier sont éloquentes. 80% des salariés disent qu’ils sont satisfaits de leur travail. 64% affirment qu’ils sont attachés à leur entreprise et 53% qu’ils sont attachés à leur administration. Par ailleurs, 33% confient avoir déjà pleuré à cause de leur travail. Un nombre non négligeable d’enquêtés affirment qu’ils ont déjà eu envie de taper sur leur patron. L’entreprise ne se résume donc ni à un lieu où l’exploitation est généralisée ni à un monde de bisounours où chaque salarié vaque à son travail sans avoir besoin de collectif pour réfléchir et changer ce qui doit l’être.

 Définir un progrès possible et en chercher les sources de financement suppose donc de s’appuyer sur les milliers d’initiatives que prennent des syndicats, en ce domaine la CFDT n’est pas en reste -  et des associations de citoyens. Ce ne sera pas simple, il faudra redéfinir la place de l’Etat, des partenaires sociaux, des régions, des territoires mais le contexte est opportun pour amorcer ce processus.

Que pensez-vous de la volonté de François Fillon de gouverner par ordonnance s’il est élu ?

La CFDT se positionnera dans l’élection présidentielle une fois tous les candidats connus mais j’ai d’ores et déjà envie de dire à tous et à François Fillon en particulier que ceux qui envisagent de gouverner par coup de menton en se passant des corps intermédiaires dont les syndicats commettent une grave erreur et ne trouveront pas d’issues. Je ne crois pas aux solutions toutes faites émanant d’un homme providentiel ou d’un Etat qui régleraient tous les problèmes sans impliquer les gens concernés pour les résoudre.

Faire reposer l’essentiel des négociations au niveau de l’entreprise n’est-ce pas périlleux ?

Si on donne le sentiment, comme certains syndicats au printemps dernier, qu’on a peur des initiatives des militants dans l’entreprise au prétexte qu’ils ne se seraient pas suffisamment formés pour négocier avec leur patron,  il faut cesser de croire à la nécessité de l’action syndicale sur le lieu du travail. Je rencontre tous les jours des militants, qui, n’ayant pas bénéficié de formation initiale très élevée, sont devenus de très grands connaisseurs de leur milieu de travail capables d’intervenir sur la stratégie de leur entreprise. Cela me fait croire à l’éducation populaire, elle permet à celui qui agit collectivement de progresser individuellement et d’améliorer la situation de ses collègues de travail et plus largement de faire avancer la société. On ne peut réduire l’intervention syndicale dans l’entreprise à la contestation, sans jamais construire de solutions en les négociant, dans un rapport de forces, avec l’employeur.

En quoi la loi travail est une avancée dans ce sens ?

La loi travail s’articule autour de deux pivots. Le premier accorde  des droits attachés à la personne à travers le compte personnel d’activité (CPA) qui intègre le compte personnel de prévention de la pénibilité et au le compte personnel de formation. 500 000 comptes formation ont ainsi été ouverts en 2016 dont beaucoup par des demandeurs d’emploi pour se préparer aux métiers du numérique. D’autres droits nouveaux s’inscrivent dans cette logique : le droit rechargeable à l’assurance chômage, la complémentaire santé obligatoire dont la moitié est payée par l’employeur. Tous ces droits nouveaux bénéficient aux salariés y compris les plus précaires. De même pour la garantie jeune qui permet à des jeunes sans emploi de moins de 25 ans de bénéficier à la fois d’une formation, d’une rémunération et d’un accompagnement. Le CPA à terme, doit intégrer tout ce qui concoure à sécuriser les parcours professionnels et les parcours de vie (logement, transport…) Le second pivot de la loi travail renforce la négociation d’entreprise sans remettre en cause les droits fondamentaux inscrits dans le Code du travail : le smic, la durée légale du travail, l’égalité hommes-femmes. Sur l’organisation du travail, la loi donne des moyens accrus pour négocier en accordant 20% de temps de délégation supplémentaire aux délégués syndicaux. La loi précise que le patron ne peut pas prendre de décision unilatérale dans ce domaine s’il n’y a pas de négociations et pas d’accord majoritaire. Si la démarche syndicale prend appui sur la reconnaissance du travail des salariés dans l’entreprise, il faut accepter que la négociation se passe là où le travail se déroule. Bien sûr, il y aura des endroits où les négociations se passeront mal mais j’ai cessé depuis longtemps de croire à un monde parfait. Cette démarche de négociation entreprise par entreprise oblige dès à présent les syndicats à être d’une part  plus à l’écoute des salariés, ce qui n’est pas un mal, et, d’autre part, à accompagner davantage les militants et les représentants du personnel dans la mise en œuvre des négociations avec l’employeur. Cela oblige enfin à renforcer la présence syndicale dans les entreprises. Réaffirmer ces acquis de la loi Travail ne fait pas taire nos critiques à l’égard de la méthode employée par le gouvernement pour la présenter.

Certaines des critiques portées à la loi portaient sur le fait qu’elle puisse déboucher sur un moins disant au regard du droit social actuel…

Je ne crois pas au syndicalisme qui, comme par le passé, pourrait négocier en même temps les mêmes acquis pour tout le monde. Par exemple, dans une entreprise de l’agroalimentaire, des femmes qui devaient travailler très tôt et ne pouvaient de ce fait s’occuper de leurs enfants ont accepté de baisser la rémunération de leurs heures supplémentaires pour obtenir en contrepartie une aide à la garde d’enfants. Est-ce un bon ou un mauvais accord ? Je ne suis pas là pour juger avec suffisance ce que ces salariées ont négocié. La loi doit donner des repères collectifs et la négociation doit permettre d’atteindre des compromis, à condition que ceux-ci ne remettent pas en cause des éléments fondamentaux tels que le salaire minimum ou la sécurité au travail. Dans les négociations sur la loi Travail on ne pourra pas empêcher qu’en certaines situations il y ait parfois du moins disant. Mais a contrario, ce qui est inscrit dans la loi comme par exemple l’égalité professionnelle n’est pas toujours appliqué, faute de mobilisation suffisante des acteurs.

Comment sortir du modèle fordiste où les directions décident de l’organisation du travail et les syndicats négocient des contreparties salariales à sa pénibilité ?

La CFDT a depuis longtemps pris ses distances avec ce modèle. Elle estime que le temps est venu de partager le pouvoir dans l’entreprise et non plus seulement de partager le gâteau des richesses qu’elle crée. Le travail  que la financiarisation des entreprises a contribué à rendre invisible en est pourtant le cœur. C’est pour cette raison que le savoir des salariés est central et que l’entreprise doit se fixer d’autres finalités que le profit. Certes une entreprise se doit d’être rentable mais elle doit aussi se fixer d’autres finalités, comme la création d’emplois, le développement des compétences des salariés, le développement du territoire, l’intégration.

Le syndicalisme peut-il infléchir le cours de la mondialisation dans un sens plus social ?

Les syndicats tant au niveau européen que mondial doivent être la vigie qui rappelle aux instances politiques l’existence du monde du travail tout en faisant des propositions concrètes. C’est le cas de la Confédération européenne des syndicats, où nous avons effectué un énorme travail pour donner un contenu au pilier social de l’Europe en proposant l’instauration d’un salaire minimum et d’une assurance-chômage européenne en complément de celle existant dans les pays de l’Union européenne. A ce sujet, une question émerge : croit-on encore à une Europe de projets, qui met en place des politiques énergétiques et industrielles, des politiques fiscales et sociales harmonieuses, ou faut-il considérer qu’il convient désormais de se replier sur soi ?  L’exigence d’une Europe sociale doit être plus visible mais il faut  reconnaître que l’Europe construite sur une logique économique a permis de maintenir la paix depuis plus de 70 ans. Il y  a dix ans, lors du débat sur le traité européen, formuler ce constat faisait dire à certains que la paix était définitivement assurée. Aujourd’hui, je suis quasiment certain de l’inverse. Si nous ne continuons pas à construire l’Europe, je crains que de très mauvaises décennies nous attendent.

Yves Jamait, un chanteur, dit: « ça dépend de ce que l’homme aura fait, ça dépend de ce que l’homme aura dit .C’est bien cela le problème c’est que cela dépend de lui. » Je prolonge en disant : « C’est bien cela la chance, c’est que cela dépend de nous. ». Dans l’histoire, rien n’est écrit d’avance. 

Hommage à François Chérèque

Je souhaite à toutes et tous une très heureuse année 2017, même si pour les militants et les adhérents de la CFDT, cette année commence dans la tristesse. Voici le discours d’hommage à mon ami François Chérèque que j’ai prononcé lors de ses obsèques.

C’est avec une grande émotion et une immense peine que nous rendons hommage à François Chérèque.

A votre présence nombreuse aujourd’hui se mêlent les innombrables témoignages venus de tous les horizons, de toute la France y compris d’Outre mer, d’Europe et de tous les continents. 

Son départ trop tôt, trop injuste, nous rend tous infiniment tristes. François avait encore tant à dire, à nous dire, tant à faire et à vivre.

Jusqu’au bout, sa passion de la vie l’a porté, son combat contre la maladie il l’a mené avec ténacité comme tous ses combats.

Toutes celles et tous ceux qui ont croisé son chemin, agi à ses côtés, éprouvé la force de ses convictions, partagé ses engagements, savent qu’ils perdent un ami cher, un type bien, un grand bonhomme.

La justice sociale a été le fil rouge de sa vie d’homme et de militant. Sa lutte indéfectible contre les inégalités, sous toutes leurs formes, n’a cessé d’animer l’impressionnante détermination qu’il mettait dans ses combats, qu’ils soient syndicaux ou associatifs au service des salariés, des jeunes, des pauvres, avec toujours l’intérêt général en ligne de mire.

Pour François Chérèque, réformer ne consistait pas à s’adapter à l’injustice du monde, mais à se donner les moyens de la faire reculer.

- Syndicaliste combatif dès son entrée dans le travail comme éducateur spécialisé auprès d’enfants autistes, il fut un promoteur décisif du renouveau du syndicalisme  tant dans ses responsabilités à l’UD des Alpes de Hautes Provence qu’à la tête de la fédération de la Santé.

- Visionnaire exigeant, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT durant dix années, a été l’artisan acharné d’un syndicalisme utile aux salariés, utile à la société, un syndicalisme résolument ancré dans le réel, ouvert aux autres, et proche des salariés.

- Réformiste impatient, il a imprimé sa vision d’un syndicalisme moderne capable de porter une analyse sans tabou sur la réalité, capable de propositions audacieuses pour préparer l’avenir et s’engager pour les faire vivre, un syndicalisme capable aussi de s’interroger sur lui-même avec lucidité et courage.

- Démocrate résolument optimiste, François s’est battu pour que les salariés aient voix au chapitre, pour qu’ils puissent participer aux choix qui les concernent. Il portait l’ambition fondatrice de la CFDT, celle d’un projet syndical au service de l'émancipation individuelle et collective, porteur d'une société plus juste et plus solidaire.

- Fin stratège et redoutable négociateur, il détestait la tactique et les postures. Il aimait la confrontation des idées dans le respect et la loyauté et avec une absolue intégrité. Les désaccords pouvaient être forts mais ne conduisaient jamais à la rupture. C’est par la voie du dialogue social, un dialogue franc et constructif qu’il allait chercher et parfois arracher les résultats et les avancées pour les salariés.

- Homme libre et déterminé, François a enraciné l’autonomie de la CFDT, une autonomie douloureusement acquise et farouchement défendue quels qu’aient été les sujets et quels qu’aient été ses interlocuteurs du moment.

Ses combats pour les valeurs de justice, d’égalité et de solidarité, il les a menés dans l’exigence de la vérité, avec énergie et courage sans jamais reculer, sans jamais faiblir, sans jamais renoncer. Avec un seul but : construire du progrès, du progrès pour tous.

Beaucoup se souviennent de l’épisode tumultueux des retraites de 2003. Depuis cette date, plus d’un million de travailleurs aux carrières longues ont pu bénéficier d’un départ à la retraite avant l’âge légal.  Une grande mesure de justice sociale qu’ils doivent à la ténacité et au courage de François Chérèque et de lui seul.

Pour lui l’adversité n’était pas un frein, elle était un moteur. « Le courage ça se prépare » aimait-il rappeler. Le sien venait de loin.

Il venait de la puissance de ses convictions et de sa profonde humanité.

- Une humanité forgée auprès des siens et dans son métier d’éducateur.

- Une humanité qu’il s’est attaché à faire vivre au quotidien auprès de ses proches, de ses amis, des militants, des adhérents et partout où l’ont mené ses pas.

- Une humanité qu’il a su mettre au cœur du plan de lutte contre la pauvreté et dans son action pour les jeunes à la présidence de l’Agence du Service civique.

Le deuxième ligne de rugby, dont la carrure forçait le respect était un homme sensible, éminemment chaleureux et simple, d’une grande pudeur et d’une belle humilité.

Sa famille, Marinette sa compagne, Mathieu et Benoît ses fils, Marine et Juste  leurs compagnes, Léna sa petite fille, Jacques et Elisabeth ses parents, Philippe, Marc, Pierre et Paul ses frères étaient pour lui un bien précieux qu’il protégeait farouchement de ses engagements passionnés. 

Attentif à tous, bienveillant pour chacun, François aimait profondément les gens.

Il aimait aller à la rencontre et à l’écoute des personnes. Une vraie et grande affection le liait aux militants de la CFDT.

Il nous a légué sa force et son courage, nous en sommes fiers.

Dans l’espoir inébranlable de changer les choses, de redonner forme à la société, il savait insuffler son imperturbable sens du collectif et son éthique de la responsabilité.

Puissent-ils être pour tous, un enseignement pour affronter les défis qui nous attendent.

Rêvons que cela irrigue notre démocratie si malmenée.  Ce serait le plus bel hommage rendu à l’homme remarquable qu’il fut tout au long de sa vie.

Décidément François, toi qui n’a jamais aimé les lundis matin et encore moins quand tes équipes préférées avaient perdu le match du week-end, ce premier lundi de l’année tu nous l’auras fait détesté.

François mon ami, je veux ici te dire mon immense gratitude.

Te dire merci au nom de tous les militants et de tous les adhérents de la CFDT et t’assurer enfin, que dans chacune de nos actions, tu seras dans nos cœurs et nos pensées.

Merci François.

 

Ce que le syndicalisme a de meilleur

Mardi matin à Rouen, j’ai fait une belle rencontre. Une trentaine d’adhérentes et de militantes CFDT, auxiliaires de vie dans la région d’Elbeuf, m’attendait autour d’un café pour échanger. Ces femmes sont courageuses, elles m’ont vraiment impressionné.

Le combat qui les occupe est relatif au changement de convention collective, après que leur structure ait décidé, pour des raisons financières, de passer du statut d’association à celui de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (Scic).  La convention des services à la personne qui s’appliquera désormais est bien moins protectrice pour les salariés : indemnité de frais kilométrique divisée par trois, suppression des jours de congés pour enfant malade, baisse brutale de la rémunération des dimanches et jours fériés travaillés. Soit 150 à 200 euros net en moins sur la feuille de paye. Par peur de perdre leur travail, la plupart des 150 salariées, essentiellement des femmes, souvent à la tête de famille monoparentale, ont dû accepter de signer l’avenant à leur contrat de travail.

Mais la section CFDT résiste, elle a attaqué l’accord transitoire et elle tient tête à la direction.

La section a été créée il y a un an seulement « On s’est retrouvées parce qu’on était déjà celles de caractère, celles qui osent dire non », m’expliquent-elles, et je les crois sans peine.

Aujourd’hui elles s’élèvent contre ce qui a motivé le changement de statut et de convention : l’idée qu’elles seraient « un coût » qu’il faudrait « réduire. » Peu de métiers pourtant ont autant d’utilité que le leur. Elles aident des personnes âgées à conserver un peu d’autonomie dans leur vie quotidienne, et contribuent en cela à la dignité des personnes, au maintien du lien social et à la sérénité des familles. Ce sont des professionnelles, qualifiées, qui n’ont pas choisi leur métier par hasard. Mais elles l’exercent dans des conditions difficiles, avec le sentiment de ne plus pouvoir « bien faire leur travail ». En cause, l’organisation du travail, ou plutôt sa totale désorganisation, qui aboutit au triste exploit de nuire simultanément aux salariées, à la qualité du service rendu, et à l’équilibre financier de la structure.

Toutes travaillent à temps partiel. Et alternent, sans visibilité, des semaines de 13h ou de 44h, et subissent des journées de travail « mitées » par de longues périodes d’attentes entre deux visites. Elles opèrent dans un rayon de 44km, certaines ne sont pas véhiculées. Pour trois heures de travail effectif dans la journée, Yamina passe sa vie « à attendre sur les bancs publics ». Sylvie finit par « connaitre sa voiture par cœur ». Cathia multiplie les allers retours entre chez elle et le boulot, jusqu’à cinq fois dans la journée. Sauf les week-ends travaillés où c’est «non-stop », de 7h30 à 20h. Tandis que certaines salariées n’atteignent pas le nombre d’heures prévu par leur contrat, d’autres doivent enchainer les heures supplémentaires, qui font exploser les coûts de la structure. Démissions, épuisements, arrêts maladies se multiplient sans que l’organisation du travail ne soit remise en question. Personne pourtant ne gagne à cette situation, et certainement pas les personnes âgées qui voient défiler chez elles jusqu’à quatre auxiliaires différentes dans une même journée, et subissent des horaires bousculés par la gestion défaillante des plannings, le diner un jour à 16h, le lendemain à 20h, et ainsi de suite. « Ce n’est plus de l’humain, c’est du bouchage de planning ». Nathalie m’explique qu’elle a le sentiment  de devenir « maltraitante » avec les personnes, parce qu’en une demi-heure par visite elle n’a pas le temps de les accompagner convenablement.  

Leur témoignage prouve une fois de plus que l’organisation du travail est une question centrale pour la qualité de vie au travail et tout simplement pour la qualité du travail, une question qui ne peut être abordée sans ceux qui vivent le travail au quotidien. Pourtant la direction reste sourde et fermée au dialogue social, quand elle n’est pas franchement méprisante. « On nous prend pour des moins que rien. Notre professionnalité n’est pas reconnue, nos diplômes ne sont pas pris en compte ». Preuve supplémentaire, la nouvelle grille de classification ne reconnait pas leur qualification.

D’aucuns pourraient se laisser abattre, mais pas les femmes de la section CFDT.  Au quotidien, chacune travaille en solitaire, loin des autres. Mais grâce au syndicalisme, elles ont recréé un collectif qui leur permet de tenir et de regagner le respect de la direction. Les réunions syndicales du mardi soir sont d’abord un moment de convivialité et de soutien moral, « ça nous empêche d’être désolées ».  Elles échangent sur leur travail, sur le « glissement des tâches » qui les éloignent du métier qu’elles ont choisi et pour lequel elles ont été formées. Avec l’aide de Christel et de Didier du syndicat, elles développent des moyens d’agir et de se défendre. « On sait maintenant  lire une convention collective. On est là aussi pour informer les autres salariées, certaines ne savent même pas qu’elles ont des droits. Et on n’a pas peur d’interpeller la direction ». Cela paye. Grace à leur action, les salariées ont désormais une heure de pause pour déjeuner.

Elles me disent qu’elles sont parties de loin, que le chemin a été long, mais qu’aujourd’hui elles relèvent la tête et qu’elles sont pleines d’espoir.

Ces femmes méritent le meilleur du syndicalisme et elles font vivre ce que le syndicalisme a de meilleur. J’étais très heureux de les rencontrer.

Invité de la matinale de RTL le 1er décembre 2016

Retrouvez mon passage sur RTL jeudi 1er décembre : 

 


Laurent Berger est l'invité de RTL du 1er décembre par rtl-fr

Réinventons le progrès

Réinventer le progrès, livre d’entretiens entre Pascal Canfin et moi, coordonné par le journaliste Philippe Frémeaux, est paru jeudi dernier.

L’idée à l’origine de cet ouvrage était de réunir un responsable syndical et un responsable d’association environnementale pour échanger sur leur approche respective de la transition écologique. Très vite, nous avons souhaité l’inscrire dans une vision plus large de ce que peut être le progrès au XXI° siècle.

Nous vivons  un monde où les ressorts du progrès  matériel s’essoufflent, et ou les mutations qui nous font face inquiètent. Beaucoup de citoyens craignent pour leur avenir et pour celui de leurs enfants.  Dans ce livre, nous affirmons notre conviction que le progrès est encore possible, et que la transition écologique peut être une chance de vivre et de travailler mieux. Elle nous invite à rompre avec les vielles logiques court-termistes qui ont épuisé l’environnement et les travailleurs, à questionner le sens de nos actions et à renouer avec la qualité pour tous.

Mais cette chance, il va falloir la saisir. La première condition, c’est de mettre la question sociale, le travail et l’emploi, au cœur de la transition écologique.  Les travailleurs ne peuvent pas être des variables d’ajustement ! Il faut sécuriser les transitions professionnelles et donner à chaque travailleur le moyen d’être acteur de son parcours. Le chantier entamé par la CFDT pour refonder notre modèle social autour des droits sociaux personnels, et maintenant du compte personnel d’activité, est donc une condition indispensable à la réussite d’une transition écologique juste.  Car il n’y aura pas de progrès environnemental sans progrès social.

La deuxième condition, c’est de faire de la transition écologique un chantier démocratique. En faisant le choix du dialogue social, de la délibération et de la participation citoyenne, on ira plus loin ensemble, les décisions prises seront plus équilibrées et durables. Il s’agit de  donner aux citoyens  les moyens de trouver leur place dans ce nouveau modèle. Et sur ce point, la balle est largement dans le camp de la société civile ! C’est d’abord sur les territoires que les choses bougeront, grâce aux initiatives et aux coopérations entre acteurs.

Je suis heureux avec ce livre de m’inscrire dans une réflexion historique de la CFDT, et de saluer le travail des militants, d’hier et d’aujourd’hui, pour concilier les enjeux sociaux et environnementaux. L’écologie est dans l’ADN de la CFDT depuis toujours. Déjà dans les années 1970, avec le livre Les Dégâts du progrès nous interrogions les conséquences du progrès technique sur les conditions de travail et la santé des travailleurs, et nous avions conscience qu’il s’agissait d’une question de justice sociale, car l’exposition aux nuisances environnementales n’était pas la même selon que l’on soit ouvrier ou cadre.

La prise en compte de l’environnement et plus largement des sujets « sociétaux », le choix de l’émancipation, la volonté de progrès, c’est cela qui caractérise le syndicalisme de la CFDT, et j’en suis fier.

Réinventer le progrès

Visite au Camp des Milles

Le 19 octobre dernier, les militants CFDT de la région PACA organisaient une table ronde autour du vivre ensemble, à laquelle j’ai participé. L’évènement avait lieu sur le Site-Mémorial du Camp des Milles, en présence de son président fondateur Alain Chouraqui et de Natacha Cyrulnik, comédienne et metteur en scène.

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Le Camp des milles, dernier camp d’internement et de déportation encore intact en France, est un point d’ancrage. Quelles que soient les déstabilisations du monde, et à l’encontre de notre propension à oublier ou à laisser faire, ce Site nous rappelle ce qu’a été l’Histoire et pourquoi elle peut se répéter. Entre 1939 et 1942, plus de 10 000 personnes y furent internées, des étrangers fuyant les persécutions en Europe et des Juifs déportés par le gouvernement de Vichy. Parmi eux, de nombreux artistes, qui ne cessèrent de créer et dont les dessins et les peintures, souvent empreints d’humour grinçant, ornent toujours les murs. Leurs œuvres confèrent au Site – une tuilerie désaffectée réquisitionnée par les pouvoirs de l’époque- un aspect profondément humain en dépit des souffrances qui y furent vécues. Et plus qu’un lieu de mémoire, c’est un lieu qui invite à la réflexion, à la vigilance et à l’action. A la suite d’un rappel historique et après avoir déambulé dans les espaces d’internement, on accède au troisième volet du parcours, baptisé « Comprendre pour demain », qui dévoile l’engrenage par lequel l’intolérance et le racisme peuvent contaminer une société et mettre progressivement en échec la démocratie.

Dans ces lieux, nos échanges autour du vivre ensemble ont forcément trouvé un écho particulier. Alain Chouraqui a souligné le fait que notre société connait une situation proche à certains égards de celle de la société des années 1930. Pris dans des crises de toutes natures, nous cherchons des certitudes, qui nous conduisent souvent à désigner des coupables, et nous exposent à des glissements autoritaires. Plutôt que la fausse clarté et les fausses évidences des discours populistes, à nous de préférer le repère que constitue le Camp des Milles et son message : nous ne sommes jamais impuissants. De la même façon que des « Justes » ont refusé l’engrenage et se sont battus pour sauver des personnes victimes de la barbarie nazie, nous pouvons faire obstacle aux extrémismes, qu’ils soient politiques ou religieux. Mais cela implique de déjouer la banalité, la passivité, le laisser faire. Dans son intervention, Alain Chouraqui a appelé à la résistance. Résistance, ce mot n’appartient pas seulement à la grande Histoire. C’est une façon d’agir au quotidien, par de petits actes - s’opposer à un acte raciste, une remarque sexiste…– ou de plus grands : l’accueil des migrants nous donne l’occasion de faire la preuve de notre humanité. Résister, c’est aussi revivifier le débat démocratique, par l’éducation populaire, la délibération citoyenne ; c’est refuser les mots qui stigmatisent et déshumanisent, car « quand les mots sont fous, les hommes deviennent fous ». C’est proclamer les valeurs qui nous rassemblent, comme nous l’avons fait le 11 janvier 2015. C’est faire le choix de l’engagement, personnel et collectif. Résister c’est d’abord l’affaire de la société civile, des corps intermédiaires. C’est donc aussi l’affaire des syndicats.

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Albane, salariée d'une agence d'intérim et candidate aux élections TPE

Les candidats CFDT aux élections professionnelles dans les TPE sont eux même issus des petites entreprises, salariés de particuliers employeurs ou assistantes maternelles. J’ai choisi d'évoquer sur mon blog le témoignage de quelques-uns d’entre eux, que j’ai eu l’occasion de rencontrer.

Aujourd’hui, Albane. Elle travaille dans une agence d’intérim et d’insertion à Joigny, dans l’Yonne, avec trois autres collègues. Son métier consiste à accueillir et à guider des personnes vers de contrats d’intérim, dans l’optique de les aider à retrouver le chemin de l’emploi durable. Elle les conseille, les oriente vers des formations, les aide à monter des dossiers administratifs. Une mission d’accompagnement très proche parfois du travail social, qui la conduit à être en relation avec un grand d’acteurs associatifs et sociaux de son département.

Comment est-elle venue au syndicalisme ? Avec son ancienne responsable, elle a eu des soucis. Une cote fêlée lui a d’abord valu quinze jours d’arrêt de travail, puis quinze jours supplémentaires. Malgré le certificat médical, sa patronne n’a pas voulu comprendre que ça ne se guérissait pas si vite, une côté fêlée. Et elle lui a fait des histoires, alors même que la convention collective garantissait le maintien du salaire dans pareille situation. « J’avais beau lui montrer ce que disait le droit, elle refusait : le dialogue était bloqué. Finalement, elle m’a menacé d’avoir recours à des avocats. Même si je savais que j’avais raison, je me suis sentie complètement désemparée. On ne discutait pas à armes égales. » Alors Albane a cherché du soutien de son côté, auprès des syndicats. Si elle s’est tournée vers la CFDT, c’est parce que les gens autour d’elle lui disait que la CFDT était moins « bruyante », mais beaucoup plus efficace, que d’autres organisations. « J’ai rencontré Kémal, le secrétaire général de l’union départementale. Il m’a écoutée, m’a rassurée, et m’a informée sur mes droits. Plus tard, quand un ami de mon conjoint a eu des soucis dans son travail, la CFDT l’a aidé lui aussi. » Aujourd’hui Albane est heureuse de s’engager en tant que candidate pour faire bouger les choses, parce qu’elle n’est pas de ceux qui se contentent de se plaindre ou de subir. « Les salariés des TPE pensent souvent que tout va très bien pour eux… jusqu’à ce que cela n’aille plus. Et là, ils prennent conscience de leur isolement, et de l’importance d’être soutenus par leurs représentants dont c’est le rôle. Le manque de connaissance de ces salariés sur leurs droits est immense. Combien, comme moi, ont déjà été amenés à engager des frais importants suite à un accident de trajet, sans savoir qu’ils auraient pu être indemnisés ? »

Pour Albane, les salariés des petites entreprises ont tout simplement le droit de jouir effectivement de leurs droits. Et pour cela, il faut faire reculer l’incertitude et l’isolement. C’est ainsi qu’elle conçoit son rôle : aller à leur rencontre, les informer, les conseiller. « Le guide pratique des salariés des TPE réalisé par la CFDT est génial. C’est le seul syndicat qui se préoccupe vraiment de donner une info utile, concrète, celle dont les gens ont besoin. Je crois au syndicalisme qui n’est pas dans l’opposition bête et méchante, mais plutôt dans les petites victoires quotidiennes et les résultats tangibles. C’est cela que j’apprécie à la CFDT »

Bernard, candidat CFDT aux élections TPE

Aux élections professionnelles dans les TPE, la CFDT a fait le choix de présenter des candidats eux même issus des petites entreprises, des salariés des particuliers employeurs et des assistants maternelles. J’ai eu l’occasion de rencontrer certains d’entre eux. Ils ont la pêche, et l’envie de s’engager pour les autres. Tous ont des choses à raconter. J’aimerais évoquer le témoignage de Bernard, candidat en Midi Pyrénées.

Bernard a eu plusieurs vies professionnelles. Pendant trente-sept ans il a travaillé dans une entreprise familiale d’emboutissage à Souillac, où on fabrique entre autres des flacons de parfums de luxe. Bernard concevait lui-même son outil de travail : pour chaque nouvelle commande, il imaginait le type de machine qui lui permettrait d’assembler, de polir, de graver. Il en réalisait les plans, faisait fabriquer les pièces et assemblait le tout dans son atelier, puis ces « machines spéciales » étaient utilisées sur les lignes de productions. Après vingt-cinq ans au sein du bureau d’études, Bernard est devenu chef d’atelier. Pendant douze ans il a managé une petite centaine d’ouvriers, ce qui lui évoque aujourd’hui cette juste remarque : « les machines, c’est plus simple que les hommes ».

A présent Bernard qui a la soixantaine, travaille chez des particuliers. L’été il fait de l’élagage et de la taille d’arbres essentiellement, et le reste du temps, il fournit des services divers : tondre la pelouse, poser du ciment sous une clôture pour éviter que le chien ne s’échappe, faire de la soudure ou de l’électricité (il a aussi un diplôme d’électricien). Concrètement, il change de patron plusieurs fois par semaine. Et les situations sont très diverses, selon les personnes qui l’emploient et la nature des travaux. Le droit existe pour encadrer ces relations de travail, mais il est assez largement méconnu, du salarié comme de l’employeur

Dans ces conditions, le syndicalisme est un soutien important. L’aventure syndicale de Bernard a commencé quand il bossait dans l’industrie. Jeune ouvrier, il a monté une liste pour le conseil d’entreprise (CE). Il ne connaissait rien au milieu syndical, mais ça lui semblait important de s’y intéresser.  Alors, il a « fait jouer la concurrence ». « On a contacté toutes les organisations syndicales, les unes après les autres. Apres cinq minutes au téléphone, le représentant de la première m’a dit : « parfait, on va vous mettre sur les listes prud’homales ». Il ne m’avait jamais rencontré ! Comment pouvait-il me faire confiance ? Ça m’a paru un peu léger – ou très opportuniste. Les représentants du second syndicat, eux, m’ont dit qu’ils étaient « une marque » et que ça allait « faire peur  au patron ». Et c’est tout. Rien de concret, zéro conseil. Ce n’était pas du tout ce dont on avait besoin. Le représentant de la CFDT nous a d’abord écoutés. Il nous a dit qu’il ne pouvait pas répondre à nos questions, parce qu’elles étaient spécifiques, mais qu’il allait immédiatement nous mettre en relation avec un militant qui exerçait dans notre secteur d’activité et qui pourrait nous aider. On a rejoint la CFDT. Depuis lors, on a toujours eu des conseils précisément adaptés à nos besoins, et une grande autonomie de décision, parce qu’on nous faisait confiance pour faire les meilleurs choix pour nous même».

Aujourd’hui le travail de Bernard est très différent mais il continue son engagement à la CFDT en étant candidat aux élections professionnelles. Et pour lui le besoin de syndicalisme est encore plus grand pour les salariés des particuliers employeurs, qui sont souvent isolés, et ne disposent  pas d’un environnement de travail avec des interlocuteurs et des ressources dédiées. Par exemple, dans la majorité des cas le particulier employeur ne fournit pas de chaussures de sécurité à son salarié. Bernard apporte toujours les siennes…mais pas son collègue, qui un jour s’est planté une fourche dans le pied.

 « Dans l’industrie on avait parfois des soucis, mais on avait aussi des règles claires, des collègues, et un patron à qui parler. Quand on est employé par un particulier, vers qui se tourner en cas de problème ? On peut arrêter de travailler pour la personne, mais ça ne règle pas le problème ». Pourtant, employeur et salarié partagent des intérêts communs : prévenir les risques d’accident, permettre au salarié d’exercer son travail dans les meilleures conditions, etc. Face à la diversité des corps de métiers et des situations, Bernard est convaincu de l’intérêt d’établir des règles communes, et de les faire connaitre de tous. Ce sera l’une des missions de la Commissions paritaire régionale interprofessionnelle dans laquelle il siégera s’il est élu. Il est prêt à s’engager dans cette nouvelle aventure, parce que comme il le dit : « j’ai beaucoup de défauts, mais s’il y a bien quelque chose qui me tient à cœur, c’est la justice et l’égalité ».

Interview à Europe 1 le 3 octobre

Le Mardi 3 octobre 2016 j'étais présent sur la matinale d'Europe 1 pour parler du sauvetage de l'usine d'Alstom à Belfort. J'ai rappelé l'importance de sauvegarder en France un savoir-faire industriel. 

 


Laurent Berger : "Il faut maintenir de la... par Europe1fr

Parlons enfin du Travail !

On parle trop peu, ou trop mal, du travail. Les préjugés et les présupposés idéologiques ne devraient pas être le discours dominant sur ce qui est d’abord une expérience sensible, une part  importante de notre vie, de notre identité et de notre lien aux autres, pour le meilleur et pour le pire.

Les salariés que je rencontre ne me disent pas que le travail, c’est la misère. Ils me parlent plus volontiers de leur satisfaction du travail bien fait, des savoirs faires acquis au fil de l’expérience, ils sont fiers de l’utilité de leur activité. Ils ne me disent pas non plus que c’est le bonheur. Beaucoup souffrent d’avoir trop peu de marges de manœuvre, de reconnaissance, d’être peu consultés sur l’organisation de leur travail. Certains travaillent dans des conditions difficiles qui usent leur santé. Je pense par exemple aux bûcherons que j’ai rencontrés il y a quinze jours en Alsace.  Les accidents du travail et les maladies professionnelles sont fréquentes en forêt. Mais ce n’est pas une raison pour eux de se laisser abattre ! Ils réclament un départ anticipé à la retraite, ainsi qu’une meilleure reconnaissance de leurs métiers qui sont de plus en plus qualifiés. J’ai pu m’en rendre compte, il faut une bonne condition physique, mais aussi beaucoup de technicité et d’habilité pour exécuter une coupe de bois dans les règles de l’art ! Je pense aussi au cuisinier et aux serveurs d’un restaurant gastronomique rencontrés à Cahors. Quand arrive le « coup de feu », ils doivent se préparer à servir dans l’urgence une centaine de couverts.  Et là, le geste professionnel n’est pas la seule compétence requise : il faut être réactif, bien organisés et savoir gérer son stress. Avec, au final la fierté de régaler les clients chaque jour…

Qui connait vraiment la réalité du métier de bucheron, ou de cuisinier ? Et si la meilleure façon de comprendre le travail, au moment où il est justement en pleines mutations, c’était d’écouter les gens parler du leur ?

Forte de cette conviction la CFDT vient de lancer une enquête participative sur le travail, avec l’ambition d’en faire la plus grande jamais réalisée sur le sujet. Ça se passe ici : tous les travailleurs, qu’ils soient salariés, auto-entrepreneurs, agents publics, apprentis, demandeurs d’emplois…sont invités à répondre à un questionnaire qui aborde le travail dans toutes ses dimensions : les conditions de travail et de rémunération, les liens avec la hiérarchie, la santé, le sens et les attentes... L’interface est originale, et facile à utiliser : elle permet à chaque participant de se situer par rapport aux autres, et d’avoir accès à des ressources autour des différentes thématiques.

L’enquête durera trois mois et les résultats seront étudiés par des sociologues. Notre volonté est de  constituer une photographie de la façon dont le travail est vécu en 2016. A partir de là, nous affinerons nos revendications pour trouver des solutions aux problèmes qui se posent aujourd’hui et pour préparer le monde du travail de demain.

L’enquête doit aussi permettre de sortir le travail de l’invisibilité, pour qu’il retrouve une place centrale dans les débats publics… et dans la réflexion économique.  Le travail est créateur de valeur et pourtant il est trop souvent la « variable d’ajustement » de la stratégie de l’entreprise.  C’est aussi cela qui doit changer.

Participer à l'enquête Parlons travail

Intervention devant les étudiants de l'ESSEC

Lundi 19 septembre, j'ai eu le plaisir d'être invité par l'ESSEC à intervenir devant leurs étudiants de première année sur le thème "La France face au changement - quel rôle pour le syndicalisme ?" Voici ce que je leur ai dit.

Bonjour à tous,

Je suis heureux de cette chance qui m’est donnée d’échanger avec vous. Je ne vous cache pas que l’exercice ne m’est pas habituel. Je rencontre régulièrement des salariés, des agents du service public, des militants, de tous les âges. Mais je n’ai pas souvent l’occasion de me retrouver devant 350 étudiants d’une école de commerce...

Je suis sûr pourtant qu’on gagnerait à développer la connaissance et les liens entre le monde étudiant et le monde syndical. Aujourd’hui, c’est une première rencontre, et j’espère qu’il y en aura d’autres… 

Je vais commencer par me présenter et présenter la CFDT, pour compléter les mots d’introduction d’Aurélien Colson.

Je m’appelle Laurent Berger, j’ai 47 ans, je suis père de trois enfants. Mon métier d’origine c’est conseiller en insertion professionnelle. Je suis secrétaire général de la CFDT depuis 2012.  

La CFDT, c’est une organisation syndicale qui compte 800 000 adhérents, ce qui fait de nous le plus grand syndicat français en nombre d’adhérents. Pour la petite histoire, nous avons plus d’adhérents que la totalité des partis politiques réunis…Quand on dit que le taux de syndicalisation est faible en France, c’est vrai, mais cela doit être mise en perspective.

Nos adhérents (et adhérentes) sont ouvriers, cadres, employés…Ils viennent de tous les territoires et de tous les secteurs d’activité, du public (pour 33%) et du privé (66%). On défend des hommes et des femmes qui n’ont pas les mêmes métiers, pas les mêmes diplômes, ni les mêmes conditions de travail : concrètement cela signifie qu’on ne peut pas jouer les intérêts d’une catégorie de salariés au détriment des autres. On doit construire des intérêts collectifs.

Pour nous, le syndicalisme doit aussi contribuer à l’intérêt général – au-delà de nos adhérents, c’est l’ensemble des travailleurs, des demandeurs d’emplois, des jeunes, et plus largement des citoyens, que nous prenons en compte dans nos revendications.

Mon but n’est pas de vous faire un cours magistral sur le syndicalisme donc je finirai sur ce point : en France, vous le savez peut-être, c’est le résultat aux élections professionnelles qui détermine la représentativité d’une organisation syndicale. Jusqu’à présent la CFDT est deuxième, derrière la CGT.

La prochaine mesure de la représentativité aura lieu l’année prochaine.... Et la CFDT a de bonnes chances de devenir premier syndicat français.

Ce qui se joue en 2017, ce n’est donc pas seulement le choix d’un président pour les cinq ans à venir ; c’est aussi le visage du paysage syndical français. Les salariés auront à faire un choix entre deux types de syndicalismes : celui qu’incarne la CGT, et celui qu’incarne la CFDT.

Cette opposition n’est pas, contrairement à ce qu’on entend dire, celle de « la révolution ou la réforme », ni celle de « la radicalité ou la modération »;

En fait, ce qui distingue ces deux conceptions du syndicalisme, c’est un rapport différent à l’Etat, à l’Europe, à l’entreprise, au rôle de la société civile - j’y reviendrais ;

Plus largement c’est une analyse différente du monde dans lequel nous vivons –  donc une façon différente d’envisager l’action syndicale 

***

« La France face au changement », c’est le titre de cette conférence. Mais j’ai surtout envie de vous dire pourquoi je pense qu’il faut changer le monde, et quel est le rôle du syndicalisme dans tout cela.

Quand on regarde le monde, ce qu’on voit ne nous satisfait pas. Il y a encore trop d’inégalités, de barrières, trop d’injustices. La pauvreté s’évalue peut être en fonction de seuils et de pourcentages du niveau de vie médian : mais ce sont surtout des gens réellement piégés dans la grande lessiveuse de la précarité, qui enchainent les contrats courts, ou qui restent aux portes de l’entreprise, sans avoir une chance de trouver un emploi durable, sans jamais se sentir une place dans la société.

Clairement, le monde tel qu’il est ne nous satisfait pas, et c’est pour cela qu’il faut le changer. Pas parce que les changements sont inévitables et qu’il s’agirait de les accompagner, de les rendre moins douloureux, bref de « sauver les meubles ».

Non, il faut changer le monde parce que c’est le plus beau projet qu’on puisse se donner collectivement ; le changer pour le rendre infiniment meilleur. Ce n’est pas une question d’ « adversaires à combattre ». C’est une question d’obstacles à lever, de nouvelles fondations à construire. Et d’opportunité à saisir, aussi.

Il y a des opportunités immenses, et des gens qui n’ont pas attendu pour s’en emparer. En France on entend beaucoup la petite musique du « tout est foutu », mais je vois aussi un peu partout des initiatives et des projets incroyables, qui pourraient finir pas faire système… si on le veut vraiment, et qu’on s’en donne les moyens.  

La transition écologique, la révolution numérique : ce sont des leviers pour créer des emplois, de nouvelles activités, pour gagner en qualité de vie ; pour permettre une montée en gamme de notre appareil productif et une montée en compétences de l’ensemble de la population.

Bien sûr je n’ignore pas non plus les menaces que ces changements représentent, la peur d’une destruction massive d’emplois ou d’un creusement des inégalités entre travailleurs qualifiés et non qualifiés.  Les transitions sont incertaines par nature, on ne sait pas où elles nous mènent, et c’est forcément insécurisant.

Ce qui est certain, c’est que face à la profondeur et à l’accélération des mutations en cours, le statut quo n’est plus possible. La plupart des compromis sociaux sur lesquels nous vivons sont presque déjà obsolètes.

Notre modèle social par exemple. On le critique à longueur de temps parce qu’il serait trop couteux, pas compatible avec la compétitivité, la mondialisation, l’équilibre budgétaire etc…Quand on nous dit qu’il faut le réformer, c’est presque toujours dans cet unique objectif de réduire les dépenses.

J’observe quand même que ce fameux modèle social nous a protégés du plus fort de la crise de 2008, et on ne peut pas faire comme si ce n’était rien.

Pour autant je suis absolument convaincu qu’il faut le faire évoluer. Mais pas juste pour passer sous les 3% de déficit - même s’il est naturellement nécessaire d’assurer la pérennité financière du système.

S’il faut réformer notre modèle social, c’est d’abord et avant tout parce qu’il y a d’énormes « trous dans la raquette » : des personnes qui ne sont pas, ou qui sont mal protégées.

Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que ce modèle s’est construit autour d’une norme qui n’existe déjà plus : l’emploi salarié, à temps plein et à vie, plutôt masculin – emploi par lequel on avait accès à l’ensemble des protections et des droits sociaux.

Je ne crois pas à la fin du salariat, mais force est de constater qu’avec le numérique notamment, de nouvelles formes d’emploi se développent :  auto-entrepreneur, free lance... Les parcours professionnels sont de plus en plus marqués par la discontinuité, l’alternance entre périodes de chômage et d’activité, les changements et la pluralité des statuts. On peut désormais être simultanément indépendant sur des missions courtes, et salarié à temps partiel.

Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose – à partir du moment où ces situations sont choisies et non subies. Je constate juste qu’il n’existe pas encore de protections pour ces travailleurs-là.

Les besoins changent également. Face à la rapidité des transformations technologiques, il est indispensable de continuer à se former tout au long de la vie, de pouvoir éventuellement se reconvertir, en tout cas de continuer à évoluer professionnellement. Mais ça n’a rien d’évident, car les inégalités sont fortes dans l’accès à la formation.

De plus, les obstacles à la mobilité professionnelle se trouvent souvent dans les conditions de vie en dehors du travail : les difficultés à se déplacer, à trouver un logement, une garde pour ses enfants, etc. Tout cela appelle à des réponses et à des aides personnalisées.

Les besoins changent, les aspirations aussi : on veut pouvoir s’épanouir dans son travail sans sacrifier sa vie personnelle, ce qui relève la plupart du temps du challenge, car on court après le temps.

Avoir la maitrise de son temps, c’est un peu le rêve de tout le monde, c’est en tout cas un désir qui j’entends régulièrement chez les salariés que je rencontre.

On pourrait se résigner à ce que fatalement, le temps manque, soit contraint – c’est un peu la condition humaine…Mais nous en tant que syndicaliste, cela nous interpelle.

Alors on imagine de nouvelles possibilités d’aménagement du temps de travail, non plus à l’échelle d’une semaine, mais à l’échelle d’une vie ; pour mieux articuler et concilier les différents moments de la vie ; par exemple pouvoir décider de « faire une pause » pour développer un projet personnel, s’engager bénévolement, profiter de sa famille…sans attendre la retraite.

L’idée peut sembler utopique mais à la CFDT, nous réfléchissons à la façon dont on pourrait la rendre concrète, sans désorganiser le monde de l’entreprise ni l’harmonie des temps collectifs.

Notre rôle de syndicaliste c’est bien d’imaginer un système social qui réponde aux besoins et aux aspirations des salariés, tout en tenant compte de la réalité du monde et de ses contraintes.

On ne le sait pas toujours, mais les évolutions de la protection sociale, avant d’être entérinées par la loi, sont souvent issues de négociations collectives entre les syndicats.  

Il y a eu en 2013 un important accord qui a créé une nouvelle génération de droits sociaux « personnels », conçus pour prendre en compte les nouvelles réalités d’emploi et de travail que je viens d’évoquer. Ces droits ne sont plus liés au statut professionnel mais attachés à la personne, qui peut les utiliser tout au long de son parcours professionnel, quelque soient ses changements de situation. 

La deuxième étape a eu lieu récemment, avec la création du compte personnel d’activité. Il rassemble l’ensemble des droits personnels existants, mais ce n’est qu’une première étape. A moyen terme, on pourrait imaginer un compte attribué à chaque personne, comprenant une vaste gamme de droits nouveaux, depuis celui de se former jusqu’à celui de prendre un congé, et dont l’utilisation serait libre, tout au long de la vie, avec des conseils et un accompagnement personnalisés.

Il y a du pragmatisme derrière ce projet : on veut apporter de la sécurité à des parcours professionnels plus « heurtés » que par le passé. Le besoin de sécurité n’a d’ailleurs rien d’anachronique: on ne peut pas demander aux gens d’être audacieux, performants, s’ils n’ont aucune assurance dans leur quotidien, ni aucune visibilité sur leur avenir

Mais notre ambition est aussi émancipatrice : il s’agit de rendre de la liberté aux gens, de leur permettre d’être autonomes, capables de faire des choix aussi bien professionnels que personnels, réellement libres de vivre la vie qu’ils souhaitent.

L’émancipation est sans doute le plus joli mot du vocabulaire syndical, il a servi et il sert encore de boussole à des générations de militants. De notre expérience nous tirons une conviction : il n’y a pas d’émancipation et de réalisation individuelles sans organisation collective, sans la force et la solidarité du groupe. On n’est jamais fort tout seuls, ni jamais libre spontanément. Ce nouveau modèle social que nous sommes en train de construire, s’il est d’avantage tourné vers les individus et attentif à leurs choix, n’en repose pas moins sur des principes de solidarité et de mutualisation. Accompagner les individus vers l’autonomie ne signifie pas les abandonner à leur sort, ou renoncer aux devoirs de la société à leur égard.

***

A la CFDT nous avons coutume de dire que nous vivrons ce que nous changerons. S’il nous faut garder une part d’utopie dans les objectifs, on doit être pragmatique dans nos moyens d’action.  C’est en cela que nous sommes réformistes.

Etre réformiste, cela veut dire aussi que le changement, on ne se contente pas de l’attendre de l’Etat ou du monde politique.

Soyons clairs, le politique est légitime, et l’Etat est important. Dans ses fonctions de régulateur, de stratège, par les services publics qu’il fournit, l’Etat est indispensable à la cohésion sociale et au développement économique.

Mais j’ai le sentiment que ce qui nous manque en France, pour vraiment tirer profit de nos atouts, c’est la confiance dans la société civile.

On dit que notre pays a la culture de l’affrontement, et pas celle du dialogue. Je pense que le problème vient de là : de ce manque de confiance en nous même ; du doute dans nos capacités à trouver ensemble des solutions sans tout attendre « d’en haut ». De cette suspicion que nous avons – peut-être pas consciemment - à l’égard des corps intermédiaires, de toutes les formes d’horizontalité et d’auto-organisations.

Il y a encore dans notre imaginaire collectif l’idée que nos problèmes se règleront par l’intervention d’un l’homme providentiel - c’est une idée naïve, mais aussi une idée dangereuse, qui nous assigne à l’impuissance et à l’attente, une idée qui pourrait si on n’y prend pas garde nous rendre vulnérables à des glissements autoritaires.

Ce n’est pas pour autant une fatalité. D’ailleurs il y a de plus en plus d’initiatives citoyennes qui se développent et qui viennent infirmer ce constat : des associations, des collectifs d’habitants, des rassemblements… il y a quand même une vraie vitalité de la société civile qui ne demande qu’à être reconnue, soutenue et à prendre de l’ampleur.

Le syndicalisme fait partie de ce mouvement. C’est une des formes d’organisation collective par lesquelles des individus s’entraident et agissent là où ils peuvent le plus directement faire bouger les choses : c’est-à-dire au sein de leur entreprise.

***

Les défis environnementaux, sociétaux, économiques, sociaux, ont évidemment une dimension globale ; mais ils convergent tous à un moment ou un autre vers l’entreprise. Dans bien des cas, l’entreprise est une partie du problème et une partie de la solution. Quand on est syndicaliste c’est donc d’abord là qu’il faut revendiquer, agir, négocier, et espérer transformer les choses.

L’une de nos premières missions est de contribuer à renouveler le regard de la société sur l’entreprise, en faisant entendre la voix de ceux qui en sont les principaux acteurs, c’est-à-dire les salariés.

J’espère ne pas trop vous choquer si je vous dis que pour moi, l’entreprise ce n’est pas juste l’actionnaire, et son but, ce n’est pas juste la maximisation du profit.

On doit penser l’entreprise pour ce qu’elle est : une collectivité d’hommes et de femmes réunis pour innover, produire et créer.

L’entreprise ne peut donc pas se confondre avec ses capitaux. Sa richesse provient aussi d’un collectif de travail qui détient des savoirs faires, des compétences. Les salariés sont engagés dans son projet et soucieux de sa pérennité ; ils participent à sa prospérité et ils subissent aussi les risques liés à son l’activité.

La conséquence que j’en tire, c’est qu’il est normal qu’ils participent aux décisions, depuis celles qui organisent quotidiennement leur travail jusqu’aux choix de stratégie économique.

Il y a deux façons de voir les choses quand on est syndicaliste. Soit on pense que l’entreprise c’est le mal, que le patron c’est l’adversaire, que le salarié c’est la victime, et on pratique un syndicalisme de plainte et de postures, un syndicalisme assez impuissant au final.

Soit on considère que l’entreprise c’est nous aussi, donc on vient revendiquer notre droit à partager la richesse ET le pouvoir de décision ; et on adopte le seul moyen efficace pour le faire : le dialogue social et la négociation.  

Pour la CFDT qui a clairement fait le choix de la seconde option, ce n’est que par le dialogue social que l’on peut effectivement peser dans l’entreprise : participer au diagnostic, émettre des propositions, obtenir des avancées dans l’intérêt des salariés et dans l’intérêt de l’entreprise.

Je ferai toujours le choix du dialogue, et pourtant je ne suis pas de ceux qui considèrent que les intérêts des salariés se confondent avec ceux du patron. Le dialogue social implique d’accepter de se confronter à des personnes qui ne pensent pas comme nous, et de chercher à trouver des solutions ensemble. Cela implique du respect, de la loyauté, et forcément aussi, du rapport de force.

Le compromis, c’est cela : ne pas transiger sur les valeurs et sur ce qui est fondamental, mais accepter de faire un pas dans la direction de l’autre pour avancer concrètement. Au final, les intérêts peuvent être divergents mais on porte un projet commun : la pérennité de l’entreprise

Sur la base de cela, la CFDT n’a pas de tabou : on peut discuter compétitivité, coût du travail, productivité. Mais nous, on répondra d’abord investissement, long terme, innovation, formation, montée en compétence des individus. Et on interrogera toujours la finalité du modèle de développement : l’économie n’a pas de sens si elle n’est pas mise au service du bien être humain.

***

J’arrive à la fin de mon intervention et je pense vous en avoir dit pas mal sur la vision du monde que porte la CFDT.

Il y a un mot que je n’ai pas beaucoup prononcé, c’est celui de progrès. Je le gardais pour la fin.

Vous n’avez pas connu les Trente Glorieuses, et moi non plus d’ailleurs. Il existe une forme de nostalgie, presque de romantisme, autour de cette période, qui reposait sur une confusion assez commode entre progrès et accumulation des biens matériels.  Le modèle fordiste avait plusieurs avantages. Il était stable. Il était protecteur. Il promettait à chacun de pouvoir s’enrichir…il promettait l’égalité.

Ce modèle-là a été pulvérisé, par de nombreux phénomènes et surtout face à l’impossibilité désormais de continuer à croitre en épuisant les ressources de la planète. Pour ma part je n’ai pas de regret.  A bien des égards c’était une société rigide, autoritaire, machiste. Il n’y avait que dans l’espace public – et encore, au moment du vote…- que le citoyen avait vraiment son mot à dire. Pour le reste, dans l’entreprise, parfois au sein de son foyer, dans la conduite de sa vie, d’autres pouvaient prétendre décider pour lui.

Les gens n’ont plus envie qu’on leur dise ce qui est bon pour eux. La soif de participation, par le débat, l’interpellation, l’action collective…c’est quand même la bonne nouvelle de la drôle d’époque que nous sommes en train de vivre.

Pour le reste, comme tout édifice qui tombe, les Trente glorieuses laissent derrière elles quelques ruines et de la fumée.

Vos générations ont la lourde tâche de reconstruire le monde d’après. Je souhaite que le syndicalisme continue à être, comme il l’a toujours été au fil de l’histoire, un des artisans de cette reconstruction à vos côtés.

Les défis sont immenses : continuer à créer de la richesse dans un monde fini ; bâtir de nouvelles solidarités, ouvrir des opportunités pour tous ;

Refonder le projet européen, car l’Europe reste l’espace pertinent pour préparer l’avenir ;

Redonner, surtout, une définition plus profonde, plus durable, plus inclusive, à l’idée de progrès et au progrès social.

Quoi qu’il en soit, l’égalité et la liberté sont plus que jamais des objectifs désirables. L’émancipation reste le plus joli mot de notre vocabulaire commun. Et la fraternité le plus beau des chemins.

 

 

Une année qui doit compter !

Bonne rentrée à toutes et à tous ! J’espère que les vacances ont été bonnes pour chacun de vous…malgré les terribles attentats qui nous ont frappés à nouveau cet été, et malgré les dossiers sociaux qui n’ont pas marqué de trêve.

L’année qui vient sera évidemment très politique. Pour autant, elle ne devra pas être une année perdue. Les échéances électorales ne doivent pas être un prétexte au statut quo, car les salariés, les citoyens, attendent des actions et des résultats. Leur vie à eux n’est pas suspendue jusqu’en mai 2017. Notre rôle c’est de nous assurer que leurs attentes ne sont pas éclipsées par des polémiques stériles, et de nous battre pour obtenir, sans attendre, des améliorations concrètes. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Les mesures obtenues dans la loi travail doivent maintenant être mises en œuvre : le compte personnel d’activité, la garantie jeunes, l’aide à la recherche d’un premier emploi, la protection des travailleurs du numérique. Nombreux sont les dossiers économiques et sociaux qui ne peuvent pas rester en attente : la loi sur le devoir de vigilance des multinationales, toujours pas adoptée par le Parlement ; le plan de formation de 500 000 demandeurs d’emploi supplémentaire ; les engagements en matière d’emploi et de formation en contrepartie du Pacte de responsabilité, sur lesquels le patronat doit maintenant rendre des comptes.

J’en appelle à la responsabilité de chacun. Plus personne ne comprend que notre pays s’enfonce dans des débats populistes hallucinants qui ne visent qu’à dresser les individus les uns contre les autres. Au lieu de trouver des solutions aux vrais problèmes, certains politiques préfèrent inventer des problèmes qui n’existent pas, et brandir des « solutions » qui sont en fait des impasses. Au lieu de proposer un projet pour l’avenir, ils alimentent le pessimisme, les peurs et les colères. Et ils prennent le risque de fracturer notre société déjà fragile.

Les difficultés économiques et sociales sont loin d’être derrière nous, le chômage se réduit trop lentement, et des milliers de personnes subissent encore la précarité. Pourtant il y a aussi de nombreuses initiatives positives qui se développent, qu’il faut valoriser et multiplier, en s’appuyant sur les opportunités ouvertes par la transition écologique par exemple.

Donc non, ça ne devra pas être une année d’hystérie et d’impuissance, de surenchère et d’immobilisme. Oui, il y a encore des choses à faire, encore des choses possibles, encore de l’espoir et des projets. La semaine dernière la CFDT faisait son université syndicale d’été sur le thème des solidarités. Voilà un sujet que nous souhaitons mettre à l’agenda du débat politique et médiatique, pour lequel nous ferons des propositions, avec tous ceux qui s’engagent  et qui partagent nos valeurs – dans le cadre du collectif « Places de la République » notamment.

Invité du Grand rendez-vous Europe 1 / Itélé / Les Echos

Retrouvez mon passage au Grand rendez-vous Europe 1 / Itélé / Les Echos. Cela a été l'occasion pour moi de rappeler que cette année d'élection présidentielle ne doit pas être une année blanche. Les français attendent des actions plus que des commentaires. 

 


Le Grand rendez-vous avec Laurent Berger par Europe1fr

Interview au Monde - 1er septembre 2016

Le climat politique est lourd, marqué par les compétitions en vue des primaires pour la présidentielle. En est-il de même pour le climat social ?

Le climat politique est dangereux. Je dis aux politiques : attention, ne jouez pas avec les allumettes près du gaz. Quand on voit les polémiques nées après les terribles attentats de l'été ou au sujet des burkini, il faut sonner l'alerte. Certains politiques sont en train de fracturer la société autour de débats, de tensions qui n'ont pas lieu d'être au détriment des vrais problèmes. Il n'est pas trop tard pour appeler la classe politique à un peu de maîtrise de sa parole.

Avec un chômage extrêmement élevé et une situation préoccupante dans plusieurs secteurs, le climat social est toujours tendu. Avec une croissance molle et une faiblesse d'investissements, le problème de l'emploi demeure. Nombre de salariés ont connu un été de chômage et de précarité et il y a des situations de pauvreté préoccupantes. La CFDT vient de tenir son université d'été sur le thème de la solidarité. Est-ce qu'on est capable de redire ce qui doit faire sens en termes de fiscalité, de partage des richesses, d'attention aux plus fragiles ou est-ce qu'on va en rester à de faux débats ? S'ajoute à cela, avec les suites du Brexit, un climat européen très incertain. Or cette crise peut être une opportunité pour l'Europe.

Dans quel sens ?

Il faut profiter de cette crise pour redonner de l'élan à l'Europe en termes d'investissements économiques et sociaux et sur la transition écologique. Et il faut rechercher des convergences sur des projets économiques et sociaux et sur une harmonisation fiscale.  

La CGT relance la contestation contre la loi travail et demande maintenant son abrogation. Va-t-elle avoir un début d'application ?

C'est le combat que la CFDT va mener. Il faut que les décrets sortent pour une application concrète des droits obtenus dans la loi travail. Il faut qu'on mette en place le compte personnel d'activité  (CPA) et qu'on poursuive la réflexion sur ce qu'il peut être à l'avenir. Cela devrait être un enjeu de l'élection présidentielle. Il faut développer la garantie jeunes. L'aide à la recherche du premier emploi est effective. Même un syndicat étudiant opposé à la loi travail, l'UNEF, s'est réjoui de son succès. Il y a aussi toutes les obligations de protection pour les travailleurs du numérique dont on a vu cet été qu'ils pouvaient être en situation très difficile. Il y a aussi la mise en œuvre du dialogue social dans les entreprises et dans les branches.

Vous avez porté un peu seul cette loi El Khomri qui reste très impopulaire. Regrettez-vous cet engagement ?

Évidemment non. La gestion du gouvernement a été un peu chaotique. Mais la CFDT s'est battue pour cette loi parce qu'elle créée de nouveaux droits pour les salariés en termes de sécurisation des parcours professionnels, avec le CPA, qui est le prémice d'une protection sociale plus performante pour tous les travailleurs, et qu'elle donne davantage de place à la négociation collective. On veut montrer par l'application concrète de la loi la justesse de notre combat. Je suis persuadé que quand tout se mettra en place, l'appréciation négative de cette loi sera loin derrière nous parce qu'elle est méconnue.  

Votre position a-t-elle été contestée dans vos rangs ? Quelle en a été la sanction dans les élections professionnelles ?

Elle a été débattue, comme dans toute organisation démocratique, mais elle n'a pas suscité, malheureusement pour ceux qui fraternellement nous le souhaitaient, de contestation. La CFDT fait une rentrée très sereine après un été où elle a été très présente auprès des saisonniers et des salariés des très petites entreprises (TPE). Nous avons toujours la même détermination à faire avancer les droits des salariés. Depuis le début de l'année, les élections professionnelles nous sont globalement favorables.

Vous comptez gagner la première place lors de la prochaine mesure de représentativité en 2017 ?

Cela dépendra des élections dans les TPE à la fin de l'année – Nous avons une grande campagne qui démarre avec des mobilisations sur tout le territoire – et nous allons aussi nous servir de l'enquête que nous allons lancer sur le travail.  Elle vise à avoir des réponses de plusieurs milliers de salariés sur la façon dont ils vivent leur travail. 

Le front réformiste qui s'est fissuré sur la loi travail a-t-il encore un avenir?

Plus que jamais il existe deux types de syndicalisme. J'assume un syndicalisme à la fois conscient des réalités vécues par les salariés et ayant une volonté de transformation sociale en obtenant pas à pas des avancées concrètes. C'est la différence avec un syndicalisme de témoignage ou de pure contestation qui promet des choses qui ne verront jamais le jour. Depuis plusieurs années on a rempli la besace des droits sociaux – complémentaire santé, droits rechargeables, limitation du temps partiel imposé, compte personnel de formation, CPA. La CFDT n'est pas seule, elle est avec la CFTC et l'UNSA. Ceux qui prétendent créer une troisième voie entre les syndicats purement contestataires et les réformistes vont aboutir à une impasse.

Vous visez la CFE-CGC ?

Oui. Dans les entreprises, ce qui fait la différence entre les syndicats, c'est la capacité à produire des avancées, des compromis positifs et pas seulement à être le relais d'un mal être vécu par les salariés. Il faut être à leur écoute – on n'est pas les derniers à râler et à se mobiliser – mais les salariés attendent d'abord des résultats. Le front réformiste existe. On N'est pas d'accord sur tout et on respecte la spécificité de chaque organisation mais il y a une volonté, avec la CFTC et l'UNSA, de travailler ensemble. Et il y a une place pour la CGC.  

La loi travail a accentué le clivage avec la CGT. Est-ce que vous jugez qu'il est encore possible de travailler avec elle ?

Quand on n'est pas d'accord, on ne ment pas aux salariés mais il n'est pas impossible de travailler avec la CGT si on partage des objectifs communs.  C'est le cas sur la lutte contre l'extrême droite ou la reconnaissance du syndicalisme et des corps intermédiaires. On peut avoir des revendications communes dans certaines entreprises. Et nous parlons encore ensemble...

Il n'y a pas de rupture ?

Non, il n'y a pas de travaux communs actuellement mais il n'y a pas de rupture. 

D'ici 2017 sera-t-il encore possible de négocier avec le Medef?

Quand on lit Pierre Gattaz on n'a pas l'impression qu'il le souhaite. Le problème du Medef ce n'est pas sa crise interne - sur laquelle je n'ai pas à me prononcer -, c'est sa crise de créativité. Il est enfermé dans son vieux logiciel : moins de règles, moins de contraintes, moins de coûts afin de « libérer » les investissements et l'emploi. Il fait au compte pénibilité, qui est une mesure de justice sociale, un procès en sorcellerie indigne d'une organisation patronale. Or on attend de lui qu'il reprenne la négociation sur l'assurance-chômage et qu'il fasse preuve de créativité, par exemple pour inventer le CPA de demain à travers une négociation. Au lieu de cela, le Medef est déjà dans une posture de lobbying post présidentiel. On ne peut pas mettre l'année qui vient entre parenthèses. Il faut une année utile pour les salariés. On ne peut pas attendre juin 2017, après les législatives, pour continuer à construire les protections dont on a besoin face aux transitions numérique et écologique. La responsabilité du patronat est extrêmement importante. Les partenaires sociaux n'ont pas, en septembre 2016, à entrer dans la campagne. Ce n'est pas notre rôle. 

Au vu de la lutte contre le chômage et contre les inégalités, quel bilan tiriez-vous du quinquennat de François Hollande ?

Sur le chômage, l'amélioration est lente. C'est un peu tôt pour dresser des bilans mais sur l'emploi il faut continuer à se battre, notamment sur le plan des 500 000 formations. Ce qui est préoccupant c'est le recul sous ce quinquennat du consentement à l'impôt. Il y a un péché originel qui est de ne pas avoir redit le rôle de l'action publique et la nécessité de la financer. L'absence de réforme fiscale est extrêmement dommageable. Il aurait fallu une réforme fiscale qui aurait permis de rendre l'impôt juste et valorisé au regard de ses effets pour les citoyens.

Depuis 2012, la démocratie sociale a-t-elle progressé ?

La démocratie sociale connaît des hauts et des bas parce que ce sont des acteurs, patronaux, syndicaux, politiques, qui la font vivre. En 2013, on a eu des avancées avec les accords sur la sécurisation de l'emploi et la formation professionnelles. Et il y a eu des conférences sociales où seuls les absents avaient tort. Après les acteurs – le Medef et certains syndicats - se sont un peu délités et il y a eu une volonté du gouvernement de faire autrement à certaines occasions. En ce moment, on est dans un bas sur le dialogue social. Cela ne veut pas dire que la méthode ne marche pas mais les acteurs doivent se responsabiliser. 

Comment jugez-vous les propositions sociales des candidats déclarés à gauche et surtout à droite ?

On ne va pas commenter les programmes de tous les candidats aux primaires. On n'aurait pas le temps car ils sont trop nombreux. Aujourd'hui, ils doivent être 35 candidats à l'élection présidentielle ! Ce qui m'inquiète le plus c'est l'idée que demain il suffirait d'un homme ou d'une femme providentiel et de quelques ordonnances pour que tout soit réglé. Je dis attention ! Notre pays vit de profondes tensions, des fractures. Il est un peu perdu et on aura besoin de beaucoup de délibérations collectives, de pédagogie, de débats. Je dis attention quand on dit que le fait syndical dans l'entreprise empêche le développement économique et la réforme. Tous ceux qui laissent croire que demain on pourrait se passer de présence syndicale dans l'entreprise ou la rendre moins facile – par exemple en mettant en cause ce que certains appellent le monopole syndical aux élections -, empruntent une voie dangereuse. Sur ce point, la CFDT s'opposera fortement.

Comment la CFDT va-t-elle se positionner sur l'élection présidentielle ?

Nous préparons nos positions sur certains sujets : la protection sociale, la fiscalité, l'emploi, le travail, le dialogue social, la transition écologique. Nous travaillons avec des associations (ATD-Quart Monde, FNE, la Mutualité, etc) dans un collectif qui s'appelle « les places de la République », pour faire des propositions partagées de la société civile. On interpellera sans doute les candidats mais je ne veux pas que la campagne connote toute l'année.

Allez-vous vous engager contre le Front national ?

La CFDT va être fidèle à sa ligne ni neutre ni partisane à l'égard des partis républicains. Mais elle va clairement affirmer que le Front national est un parti dangereux, pour les travailleurs, pour notre société et pour l'avenir. La CFDT n'aura pas d'états d'âme et j'espère qu'on le fera avec d'autres associations et organisations syndicales. Lutter contre le Front national requiert des partis dits de gouvernement qu'ils n'allument pas des controverses sur des sujets qui clivent notre société et stigmatisent une partie de la population. La CFDT ne sera pas dans le témoignage. Elle veut  être une force de mobilisation et de transformation sociale et montrer qu'un autre horizon est possible en France et en Europe.  

 

propos recueillis par Michel Noblecourt

Avec les militants CFDT de lorraine engagés en faveur du vivre ensemble

Jeudi dernier, à l’invitation des militants CFDT de Lorraine, j’ai participé à une table ronde avec Alexandre Jardin autour du thème de la démocratie et du vivre ensemble.

 

Avec le fondateur du mouvement Bleu Blanc Zèbre, nous partageons le même constat : l’ambiance est morose, la confiance recule… et il y a de bonnes raisons à cela. Les colères sont légitimes, les injustices, à certains endroits, sont bien réelles. Mais le déclinisme est surtout présent dans le discours des dirigeants. Sur le terrain, les gens ne se résignent pas.

Si on sort d’une perception de la société française fondée sur des chiffres, des courbes – ou le  cliché du français râleur -, on voit qu’il se passe plein de choses sur les territoires et sur les lieux de travail.   Ils sont nombreux ceux qui préfèrent l’action au commentaire, et qui cherchent à comprendre, à inventer, à s’organiser pour résoudre ensemble les problèmes qu’ils rencontrent.    

C’est ce que font Alexandre Jardin et ses « Faizeux » quand ils développent des solutions pour aider les personnes en interdit bancaire, ou encore pour orienter les jeunes en recherche de formation vers les CFA.

Et c’est ce que font quotidiennement les militants CFDT, auprès des salariés et des agents. Leurs actions ne s’arrêtent pas aux portes de l’entreprise : souvent en partenariat avec d’autres, ils développent des actions citoyennes sur des questions qui touchent à l’emploi ou plus largement aux problèmes de société.  

En Lorraine, les militants CFDT sont à l’origine de nombreuses initiatives : développement d’un service spécifique aux adhérents victimes du chômage, partenariat avec une association de chiens guide d’aveugles, participation à des évènements sportifs solidaires, animation de structures d’insertion, achat de fournitures de bureau dans un CAT, recyclage des papiers par une entreprise de l’ESS…

Ils souhaitent aujourd’hui donner plus d’ampleur à leurs actions, en prenant appui sur la richesse des rencontres qu’ils sont amenés à faire dans leur vie militante ou personnelle. En effet, la plupart des militants Cfdt sont bénévoles dans un collectif ou une association, et ils sont convaincus que des synergies sont à développer entre leurs activités bénévoles et leurs activités syndicales. Une seconde table ronde a permis de mettre en commun toutes les propositions pour aller plus loin. Alain  Pidolle, militant CFDT S3C  et président de l’association La Passerelle qui agit pour aider les habitants du quartier de Metz-Borny (20 000 habitants de 83 nationalités différentes), a évoqué des partenariats possibles avec la CFDT autour de questions d’insertion et d’emploi.  D’autres pistes d’action ont été discutées, autour de la réserve citoyenne, ou de « cafés de rue » qui pourraient être organisés pour aller à la rencontre des citoyens, dans les quartiers ou  les villages.

Développer des passerelles entre les différentes formes d’engagement et multiplier les actions en faveur du « faire société », c’est l’ambition  du mouvement « Places de la république » qui réunit, à l’initiative de la CFDT, 15 acteurs de la société civile, organisations syndicales, ONG, mutuelles (Fondation Nicolas Hulot, WWF France, l’Unsa ou encore ATD Quart Monde). Nous partageons la conviction que la société civile doit prendre sa part à la construction d’une société meilleure.

La matinale de France Inter du 2 juin 2016

Le jeudi 2 juin j'étais sur la matinale de France Inter pour continuer à expliquer pourquoi nous considérons que la Loi Travail est une chance pour le syndicalisme et les salariés. Notamment pour continuer à expliquer ce qu'est réellement l'article 2 et le rôle de la branche professionelle. 

 


Loi Travail, grèves, CGT : Laurent Berger... par franceinter

Campagne TPE 2016 : c'est parti !

La CFDT lance officiellement aujourd’hui sa campagne pour les élections professionnelles dans les très petites entreprises, les particuliers employeurs et les assistantes maternelles

Petites entreprises ne doit pas rimer avec petits droits ! Les 4,7 millions de salariés concernés méritent des représentants, de la négociation, des droits à la hauteur de leurs besoins. Les petites entreprises méritent un dialogue social de qualité, facteur de performance économique et sociale.

La  CFDT s’est battue pour que les salariés des TPE accèdent au droit à la représentation collective, dont ils étaient jusqu’à présent privés. Pour la première fois, ils pourront élire leurs représentants régionaux, qui siégeront dans les commissions paritaires et joueront un rôle dans le développement du dialogue social territorial.

Les  salariés des TPE ont toujours été au cœur de nos revendications. Les acquis sociaux que nous avons obtenus ces dernières années améliorent déjà concrètement leur quotidien. Le Compte personnel de formation facilite leur accès à la formation professionnelle, eux qui sont souvent défavorisés par rapport aux salariés des grandes entreprises. L’encadrement du travail à temps partiel, la complémentaire santé universelle ou encore le compte de prévention de la pénibilité, sont autant de mesures qui les concernent particulièrement

La campagne électorale sera un temps privilégié pour écouter et échanger sur les besoins et les aspirations de ces salariés, faire connaitre le bilan de la CFDT en matière d’acquis sociaux ; et pour mettre en avant notre conception du syndicalisme. Un syndicalisme de proximité et d’engagement, qui défend des valeurs fortes mais porte aussi une exigence de résultats.

Pour ces élections, la CFDT présente des candidatures dans toutes les régions et quasiment partout des listes complètes. 

Je tiens à saluer les 172 candidates et candidats (plus d’un sur deux est une femme), qui ont choisi de s’engager pour représenter et défendre leurs collègues sous l’étiquette de la CFDT. Ils sont à l’image des salariés qui vont voter pour eux ; tous issus de très petites entreprises, ils partagent les mêmes préoccupations, connaissent la réalité et les contraintes de leurs métiers.  

Alors, aux élections TPE, votez pour des représentants qui vous ressemblent !

Le Grand débat sur la Loi Travail face à Philippe Martinez sur RTL

Lundi 30 mai, j'étais sur RTL pour un débat sur la Loi Travail face à Philippe Martinez. Malgré nos désaccords, le débat a été très respectueux, ce qui n'est pas le cas de tous les débats à la radio ou à la télévision. Je tenais à le souligner. Vous pouvez revivre nos échanges ici : 

Partie 1:

 
"Le Grand Débat" avec Philippe Martinez et... par rtl-fr

Partie 2 :

"Le Grand Débat" avec Philippe Martinez et... par rtl-fr

 

Le club de la presse - Europe 1 le 24/05/16

J'étais l'invité d'Europe 1 soir mardi 24 mai pour m'exprimer sur la situation actuelle et les tensions qui émaillent le pays notamment au sujet de la loi Travail et des blocages de raffineries. Pour revoir l'émission, cliquez sur l'image:

 

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Passage sur Radio Classique le 20 mai 2016

J'étais sur Radio Classique le 20 mai pour parler une nouvelle fois de la Loi Travail est de pourquoi ce texte peut-être porteur de progrès pour les salariés, mais surtout pour évoquer l'appel des 40 au CAC 40 dont je suis l'un des premiers signataires et que vous pouvez retrouvez ici.

 


"Il n'est pas question de faire la chasse aux... par radioclassique

L'interview éco - France Info le 11 mai

Interviewé par Jean Lemeyrie, j'ai notamment rappelé notre soutien à la philosophie du 2e texte du projet de Loi travail, tout en rappelant que pour nous, le 49-3 n'était pas la bonne méthode. 

 


Laurent Berger (CFDT) : "Le 49-3 n’est pas une... par FranceInfo

Interview au Figaro - le 4 mai 2016

LE FIGARO.- Que pensez-vous du projet de loi El Khomri, tel qu’il arrive en séance à l’Assemblée ?

Laurent BERGER.- La première version du texte était inacceptable. Elle a été réécrite, grâce notamment à l’action de la CFDT.  Mais il reste des points à traiter, comme le périmètre des licenciements économiques qui doit être européen, et non français. Nous voulons aussi le CPA pour les 43 000 salariés des chambres consulaires. Sur le fond, nous soutenons la philosophie du texte car créer de la norme au plus près des entreprises, par la négociation collective, est une bonne chose. Les accords de performance signés chez STX à Saint Nazaire, Renault ou Michelin, ont permis à ces entreprises de maintenir et de développer l’emploi. Faisons confiance aux acteurs de terrain ! D’autant que le projet de loi Travail pose des garde-fous : les accords devront être signés par des syndicats représentant au moins la moitié des salariés et, en l’absence d’accord, le code du travail actuel s’appliquera. Et puis n’oublions pas les progrès sociaux inclus dans cette loi, comme le CPA, les mesures sur les travailleurs détachés, la protection des non-salariés, le renforcement des moyens des organisations syndicales...

Le texte ainsi remanié est déséquilibré et en défaveur des entreprises…

C’est faux, il est maintenant rééquilibré et cela veut dire que nous avons tenu notre rôle de syndicaliste. À la CFDT, nous ne sommes pas dans une vision où il y aurait forcément des perdants et des gagnants : pour nous, les performances économique et sociale sont liées, les entreprises qui veulent perdurer doivent conjuguer les deux. Il est vrai que si personne ne se saisit des possibilités d’adaptation, par négociation, permises par cette loi, il ne se passera rien. Tout dépendra de l’engagement des acteurs dans les entreprises. Nous assumons ce risque. Le progrès se construit par des compromis : il ne se décrète pas seulement par des lois.

Avec un chômage à plus de 10%, ne fallait-il pas tenter autre chose ? Pourquoi avoir refusé le plafonnement des indemnités prud’homales qui aurait levé la peur de l’embauche des patrons ?

La réparation pleine et entière d’un préjudice est un principe de justice. Le plafonnement des indemnités prud’homales était donc inacceptable, d’autant plus qu’on parlait de licenciement abusif. Mais j’ai toujours dit qu’il fallait développer la conciliation aux prud’hommes et instaurer un barème indicatif, pour sécuriser les salariés et les employeurs. On ne peut pas reprocher à la CFDT de ne pas être ouverte ! Nous avons signé des accords amenant à la création de la rupture conventionnelle et au fait que les plans sociaux puissent être négociés. Or on n’entend jamais de parole patronale soulignant que ces réformes ont été constructives ! Ce silence participe d’ailleurs au climat de défiance généralisé, qui est préjudiciable pour notre pays.

Que pensez-vous de la volonté du gouvernement de taxer les CDD ?

Cela relève de la négociation assurance chômage. La CFDT veut créer un dispositif de cotisations dégressives, quel que soit le type de contrats. Nous réclamons, par ailleurs, la taxation des ruptures de contrats des seniors pour favoriser leur maintien dans l’emploi.

Les patrons de PME ont souvent peur de l’arrivée d’un syndicat dans leur entreprise. Que leur répondez-vous ?

Pour la CFDT, le délégué syndical n’est pas là pour empêcher l’entreprise de tourner ! Bien sûr, il y a parfois des oppositions mais il faut les traiter par le dialogue social, pour aboutir à des compromis. Nous menons un syndicalisme constructif. Nous ne nous contentons pas d’être le relais des mécontentements, nous faisons des propositions. Il y a heureusement beaucoup d’entreprises où on négocie et où les choses se passent bien. Mais pour cela, il faut aussi des patrons qui font le choix du dialogue social.

En somme, vous jugez caricatural le discours de la CGT… Pensez-vous que la CFDT les doublera dans le privé en 2017 ?

Tant que le match n’est pas fini, je n’annonce pas le score, contrairement à d’autres. Mais il est certain que la CFDT progresse dans les élections professionnelles, y compris depuis deux mois et la polémique autour de la loi Travail. Je crois que les salariés aspirent à un syndicalisme constructif. Peut-être verra-t-on en 2017 que le syndicalisme dans ce pays est mené par les réformistes…

Au congrès de la CGT, la CFDT a été attaquée. Comment l’avez-vous vécu ?

Je n’aurais jamais laissé les participants à un congrès de la CFDT attaquer de la sorte la CGT. Mais il y a plus grave : ce sont les attaques, dans les entreprises, contre nos militants. Je les condamne. Tout cela ne grandit pas le syndicalisme. La CGT a choisi de s’éloigner de sa ligne du syndicalisme rassemblée de l’époque Thibault. C’est son problème. J’ai des relations cordiales avec Philippe Martinez, mais nous n’avons plus de travaux en commun pour l’instant.

Les professionnels du spectacle ont négocié un accord pour réformer leur régime d’assurance chômage. Pensez-vous le signer ?

La fédération professionnelle CFDT l’a signé et nous attendons maintenant, au niveau interprofessionnel, les chiffrages de l’Unedic pour savoir si la lettre de cadrage est respectée.  J’ai entendu que la ministre de la culture trouvait cet accord formidable après avoir qualifié de « provocation » la lettre de cadrage. Si la trajectoire financière n’est pas respectée, la question sera de savoir qui paie. Mais il est hors de question que le financement des intermittents relève de la seule solidarité interprofessionnelle, au même moment où le gouvernement nous demande de faire 800 millions d’économies sur l’assurance chômage.

Que pensez-vous de la position du Medef dans la négociation actuelle ?

Le dernier texte patronal mis sur la table est une provocation. Il faut que le Medef tranche. Soit il continue de prendre en otage la négociation et derrière les millions de chômeurs, soit il sort des postures et on pourra avancer.

Si la négociation échoue, l’Etat doit-il prolonger la convention actuelle ?

C’est la meilleure option. Sinon je crains qu’il se retrouve prisonnier de sa promesse à Bruxelles de faire 800 millions d’économies, ce qui est impossible quand le chômage est aussi haut.

Etes-vous inquiet du climat social dans le pays ?

Je ne confonds pas les auteurs de violence avec ceux qui manifestent. Mais oui, l’état d’affrontement dans le pays m’inquiète. L’outrance l’emporte. Cette incapacité à élever le débat est dangereuse. Ce qui est aussi très prégnant, c’est cette inquiétude sourde sur notre avenir collectif. Le gouvernement en est en partie responsable : il est incapable d’expliquer le monde dans lequel on est, les opportunités et les menaces de la mondialisation, de la révolution numérique, de la transition écologique. Ni dire dans vers quel modèle de société il souhaite aller. Pourtant, c’est son rôle. La crise de la responsabilité s’est aggravée. 

Propos recueillis par Marc Landré

Invité de la matinale d'Europe 1 le 2 mai 2016

J'étais l'invité de Jean-Pierre Elkabach dans la matinale d'Europe 1 le lundi 2 mai. Retrouvez cette interview ici. 


Casseurs dans les manifestations, Loi El Khomri... par Europe1fr

Interview à "L'OBS" - mars 2016

La CFDT a obtenu du gouvernement qu’il réécrive sa réforme du travail. Ce texte, c’est encore la loi El Khomri, ou c’est devenu la loi Berger ?

Non, ce n’est pas la loi Berger. Le rôle d’un syndicat n’est pas de faire la loi, mais de peser pour que ceux qui sont chargés de légiférer, les parlementaires et le gouvernement, fassent des textes qui répondent à des objectifs porteurs de progrès. Alors oui, nous avons pesé. Je l’assume. Mais si la CFDT réussit parfois à imposer certains choix, c’est parce qu’elle est reconnue comme une organisation qui a des idées et assume ses responsabilités, qui sait s’opposer et proposer à la fois. Sur l’avant-projet de loi s’était greffée une verrue idéologique erronée selon laquelle, pour pouvoir embaucher, il faudrait pouvoir licencier plus facilement ! Cette première mouture consacrait le pouvoir inaltérable de l’employeur dans les petites entreprises. Nous avons désormais un texte qui peut répondre à une ambition de progrès parce qu’il accorde plus de place à la négociation collective et qu’il crée des droits attachés à la personne.

 

Concrètement, quelles avancées avez-vous arrachés au gouvernement ?

D’abord, nous voulions nous assurer qu’en l’absence de négociation collective sur le temps de travail, le droit actuel continue de s’appliquer. C’est pourquoi nous avons fait supprimer toutes les dispositions concernant les apprentis mineurs, les astreintes, les forfaits-jours, le fractionnement du repos quotidien. Ensuite, nous souhaitions enlever toute possibilité de décision unilatérale de l’employeur dans les entreprises de moins de 50 salariés. Nous avons aussi obtenu la suppression du barème des indemnités prudhommales en vertu d’un principe simple : dans un pays de justice, la réparation d’un préjudice subi doit être pleine et entière. Enfin, nous voulions nourrir le compte personnel d’activité de davantage de droits, et notamment pour les jeunes et les précaires. Le compte-personnel d’activité, c’est le modèle de protection sociale du XXI ème siècle.

 

Sur quels points réclamez-vous encore des améliorations ?

 

Il faut mieux encadrer la définition du licenciement économique pour garantir qu’une entreprise ne puisse pas, de manière abusive ou factice, transférer sa rentabilité d’un site français vers un site étranger. Nous serons vigilants pour quel Parlement ne redétricote pas les avancées obtenues. On voit bien les tensions à l’œuvre au sein de la majorité. Or, cette loi doit conserver deux ambitions : Augmenter les droits attachés à la personne, ce qui est une façon nouvelle de conforter notre modèle social, et octroyer davantage de place à la négociation collective de branche et d’entreprise. En fait, ce texte perpétue une évolution en cours depuis 68. En 1968, les salariés ont obtenu la reconnaissance de la section syndicale dans l’entreprise. En 1982, les lois Auroux qui confortaient la présence syndicale dans les entreprises et la place de la négociation collective. En 2008, nous avons eu la réforme de la représentativité qui a assis la légitimité des organisations syndicales sur le vote des salariés. Enfin, en 2013, le renforcement du rôle des représentants du personnel dans l’information sur la situation et la stratégie de l’entreprise. Avec ce texte, il s’agit de conforter la création de normes au niveau de la branche et de l’entreprise, et donc de redonner du poids à nos représentants. C’est l’articulation entre la loi et le contrat qui donne des marges de manoeuvre sur le terrain.

 

Sauf que la loi El Khomri inverse la hiérarchie des normes au profit des accords d’entreprise ?
Non. En cas d’échec de la négociation, c’est le code du Travail qui s’applique. Tant que le syndicalisme ne comprendra pas que ce qui fait sa force, c’est d’agir en contre-pouvoir au plus près de l’endroit où se prennent les décisions, il sera inefficace. Où les salariés sont-ils aujourd’hui les plus protégés ? Là où nous sommes présents parce que l’on se bat pour créer des droits supplémentaires. Plutôt que de se faire imposer quelque chose d’en haut, autant le négocier en obtenant des contreparties du patron.

 

Le souci, c’est qu’en France, le poids des syndicats a toujours été extrêmement faible ? 

Le syndicalisme est à la croisée des chemins : doit-il se contenter d’être une caisse de résonance du mal-être légitime des salariés, ou devenir un espace de construction de droits nouveaux pour ces mêmes salariés ? Ce qu’ouvre ce texte, à condition qu’on s’en saisisse et que l’on soit habile, c’est un espace de développement qui permette de démontrer aux salariés que le syndicalisme peut être utile. L’institut TNS Sofres et l’association Dialogue ont mené récemment une étude sur les attentes des salariés. Ils souhaitent que les syndicats soient capables de parler économie et compétitivité, de prendre en compte le réel, de faire des propositions, de s’engager dans la négociation et d’acter des compromis évidemment favorables aux salariés. En fait, ils décrivent le type de syndicalisme auquel la CFDT aspire, c’est à dire une organisation syndicale à l’écoute des salariés et qui sait que leur bonheur ne viendra pas d’en haut en vertu d’une culture jacobine totalement dépassée.

 

Les jeunes s’inquiètent et manifestent. En quoi ce texte est-il pour eux« porteur de progrès » comme vous l’avez prétendu ?

Je comprends les angoisses des jeunes par rapport à l’état actuel du marché du travail. Moi aussi, je crois que les jeunes « valent mieux que ça » ! C’est pourquoi je ne me résous ni au statu quo actuel, ni à la déréglementation libérale que réclame le Medef. Nous avons obtenu la généralisation de la « garantie-jeunes », une grande avancée pour des centaines de milliers de jeunes sans emploi et sans formation. Les jeunes ont parfaitement intégrés qu'au fil de leur carrière, ils vont devoir passer d'un emploi à un autre. Ce qu’ils veulent, c’est être sécurisés. Lecompte personnel d'activité, les droits supplémentaires en matière de formation pour les demandeurs d'emplois et les salariés les plus précaires, les concernent au premier chef. 

 

La CGPME dénonce à l’inverse une réforme hostile aux PME…

Certaines organisations ont du mal à sortir des idéologies. Ceux qui ne croient pas au dialogue social ne peuvent pas se réjouir d'une loi qui laisse davantage de place à la négociation collective. Heureusement, beaucoup de patrons, y compris de petites entreprises, ont intégré que le dialogue social était un élément de compétitivité, comme l’a souligné Louis Gallois.

 

En 2003, l’appui de la CFDT à la réforme des retraites avait provoqué une hémorragie de militants. Vous voilà de nouveau l'interlocuteur privilégié du gouvernement. Redoutez-vous d’être contesté en interne pour votre « mollesse » ?

La CFDT a été un interlocuteur très pénible pour le gouvernement. Il ne pensait pas devoir réécrire son texte à ce point. En 1995 comme en 2003, nous avons été critiqués parce nous nous sommes engagés avec des gouvernements de droite. Quand on prend ses responsabilités, on s'expose à ce genre de critiques. On ne fait pas jamais ce genre de reproches aux organisations syndicales qui ne sont jamais d'accord sur rien. Mais moi, je ne suis pas là pour aider le gouvernement. Ce qui nous intéresse, c'est la situation économique, sociale et démocratique. Alors oui, en interne, il y a des militants qui doutent parce que le gouvernement est incapable de faire la pédagogie de son action et de fixer un cap. Les militants CFDT sont historiquement très attachés aux valeurs d’humanisme et de tolérance. Cette réforme cristallise parce qu'elle arrive après le débat stérile sur la déchéance de nationalité, et alors que notre pays fait preuve de peu d'ouverture sur la situation des réfugiés. Enfin, il est difficile d’avoir confiance dans la négociation collective quand Pierre Gattaz répète qu'il en a assez du compromis… Pourtant, un pays qui ne construit pas du compromis finit par construire du totalitarisme. Moi, je ne veux pas qu'il y ait un camp qui gagne sur un autre, je veux juste que l’on se parle davantage pour construire le progrès social.

 

Alors, comment expliquez-vous l’incapacité du gouvernement à nouer au préalable un dialogue sur ce texte ?

C’est dû à son incapacité à expliquer ce qu'il veut faire et cela traduit des tensions internes. Il n’y a pas de réforme possible dans ce pays si on n’explique pas à la population où l’on veut aller. L'autre erreur serait de vouloir faire porter à un texte des ambitions qui ne sont pas les siennes. Cette réforme ne créera pas de l'emploi à court terme. Le gouvernement ne doit pas entretenir cette illusion. Ce texte vise à créer la souplesse nécessaire pour sauvegarder et créer de l’emploi et à accompagner vers le retour au marché du travail les gens qui ont en sont aujourd’hui trop éloignés. Et tout cela prend du temps.

 

Mais comment tenir un discours de modération et de dialogue quand tout dans le débat public pousse aujourd’hui à la radicalité ?

C’est difficile, c’est vrai, mais cela n’a jamais été simple. Pour beaucoup, à l’extrême droite ou l’extrême gauche, discuter, parler, négocier, c’est déjà trahir. Je suis frappé des insultes que l’on subit, notamment sur les réseaux sociaux. Mais je ne me laisserai pas impressionner par cette rhétorique. Je crois au progrès social et au débat démocratique et je ne me laisserai pas embarquer par une sorte d’hystérisation de la société qui voudrait nous faire croire que c’est en s’affrontant, sans nuance et sans relâche, que l’on va réussir. Ce qui nous inquiète à la CFDT, ce n’est pas seulement la situation sociale et économique, c’est aussi la situation démocratique, tous ceux qui essayent de nous faire croire qu’il suffira de sacrifier des bouc-émissaires, des coupables, pour que tout aille mieux. Oui, c’est vrai, nous ne sommes pas tous d’accord, et ce n’est pas un drame.

 

Mais le ratage du gouvernement sur la loi El Khomri ne démontre-t-il pas qu’il est impossible de bâtir en France une vraie démocratie sociale à l’allemande, ce qui était le projet du candidat Hollande en 2012 ? 

En fait, les politiques sont là pour cinq ans et commencent leur mandat en trottinant, avant de finir comme des dératés parce qu'ils s'aperçoivent qu'ils auraient pu faire davantage. C’est un problème culturel typiquement français. Pourtant, je suis persuadé que les Français ont compris qu'on vivait de profondes mutations. La mondialisation, la transition écologique, la révolution numérique, ce sont à la fois des risques et des opportunités. Mais si personne ne parle des opportunités, il ne reste que les risques Et donc les craintes. Comme personne ne montre ce que l'on pourrait construire ensemble, au lieu de débattre, d’avoir une vision, on se dispute stérilement. 

 

Pour bâtir, il faut des interlocuteurs fiables. Est-ce que vous ne faites pas preuve de trop naïveté à l'égard des patrons ?

Je ne crois pas à la vertu des patrons par essence. Les marges des entreprises ont été restaurées avec le Crédit d'impôt compétitivité emploi et le Pacte de responsabilité. Certains employeurs ont joué le jeu, d’autres non. C’est pour cela qu’il faut réorienter le Pacte de responsabilité vers ceux-là et conditionner les aides publiques versées aux entreprises. La démocratie sociale reste un espace de confrontation. Je ne suis pas pour un syndicalisme Bisounours. Je veux un syndicalisme combatif, qui élève la voix quand c'est nécessaire, mais aussi qui construit. Les syndicats donnent trop souvent l'impression qu'ils ne font que râler; à nous de montrer que l'on peut aussi trouver des solutions.

 

Pour un 1er mai solidaire

Le 1ER mai est une journée de solidarité internationale envers tous les travailleurs. Pour la CFDT, c’est le bon moment pour engager une réflexion collective sur la question des réfugiés.  Avec trois autres organisations syndicales (la FAGE, l’UNSA et la CFTC), nous avons décidé d’y consacrer une table ronde ce dimanche 1er mai.

La CFDT porte des valeurs d’humanisme et de solidarité qui la conduisent à affirmer un devoir d’accueil et d’aide, envers des personnes qui fuient leur pays en guerre et risquent leur vie pour trouver une protection en Europe.

Pour autant, il ne s’agit pas de balayer les difficultés d’un revers de main. La « crise des réfugiés » pose un défi majeur à nos sociétés, et elle suscite des inquiétudes  chez une partie de la population.

Pour y faire face, et être à la hauteur de nos responsabilités, chacun doit s’impliquer et coopérer : gouvernements, Union européenne, acteurs de la société civile, citoyens…

Le mouvement syndical à un grand rôle à jouer dans l’intégration des migrants sur  les lieux de travail. Ces travailleurs sont souvent vulnérables, exposés aux risques d’exploitation et de discrimination. L’égalité de traitement avec les travailleurs locaux est la première de nos revendications. Nous réclamons aussi qu’ils aient accès à des emplois de qualité, à des cours de langue, de la formation, de bonnes conditions de logements…bref à l’ensemble des services et droits sociaux nécessaires à leur intégration dans la société. La CFDT s’y engage, dans les entreprises et sur les territoires : en Ile-de-France par exemple, nous sommes en partenariat avec France Terre d’Asile ; à Calais nos équipes travaillent à des solutions pour que les salariés, les habitants et les migrants vivent ensemble dans les meilleures conditions.

C’est au niveau de l’Europe que la prise en charge des réfugiés trouvera une solution globale. La CFDT soutien les revendications de la Confédération européenne des syndicats, pour une réelle politique européenne d’asile, et pour que tous les États membres de l’UE fassent preuve de solidarité dans l’accueil des réfugiés.

Force est de constater que nous en sommes encore loin. Les gouvernements européens préfèrent fermer leurs portes et regarder ailleurs, sensibles aux pressions de minorités xénophobes. La France ne brille pas par l’ampleur de son engagement et par les conditions dans lesquelles elle accueille les migrants. Pourtant, certains de nos dirigeants se permettent de faire la leçon à l’Allemagne…

L’accord récent avec la Turquie est un troc honteux et l’Union européenne, en l’acceptant, a tourné le dos à ses valeurs et à son histoire. Les  effets prévisibles de cet accord sont déjà visibles: les migrants, loin de renoncer à leurs projets, n’ont pas d’autre choix que de contourner les routes désormais barrées côté turc, ce qui rend leur périple encore plus dangereux.

Faire face à l’arrivée massive de réfugiés n’a rien d’insurmontable. Si nous parvenons à accueillir et à intégrer ces populations, nos sociétés s’en trouveront enrichies et davantage soudées.

Bonne fête des travailleurs à toutes et à tous. 

 

Avec les militants CFDT de Lafarge Holcim

Vendredi matin j’ai rencontré les militants de LafargeHolcim pour discuter avec eux de la situation du groupe et de l’actualité sociale.

Ils étaient environ une vingtaine - délégué syndicaux, élus de comité d’entreprise et du comité d’entreprise européen - ; ainsi que trois représentants de la fédération Construction Bois, pour me faire part de leurs inquiétudes, mais aussi de la façon dont ils s’organisent pour faire face aux difficultés.

LafargeHolcim, le géant des matériaux de construction, est en difficulté concernant ses deux principaux secteurs d’activité. 

La production de granulat est au plus bas. De nombreux sites sont « mis en sommeil », et les militants savent bien que c’est le signe de fermetures ou de cessions prochaines. En effet, sans entretien ni investissement, les équipements deviennent rapidement vétustes…et au final, ce sont les usines les plus rentables qui finissent par être cédées.

Le secteur du ciment concentre les plus grandes inquiétudes. La quasi-totalité des usines en Europe sont en sur capacité. Deux plans de sauvegarde de l’emploi sont annoncés dans les usines du Havre et de La Couronne (en Charentes). Jusqu’à présent, ces cimenteries extrayaient leur matière première de carrières situées à proximité ; puis le tout passait dans un four, avant d'être broyé, pour  fabriquer du ciment. En utilisant comme combustibles les déchets municipaux, elles rendaient des services environnementaux à la collectivité.  

Désormais, les flux d’approvisionnement changent et la matière première n’est plus extraite sur place mais importée d’Espagne ou de Belgique où elle coûte 30% à 40% moins cher qu’en France. Les deux cimenteries vont donc être transformées en simples stations de broyage, activité moins riches en emplois. De 144 salariés, on passerait à 27. Pour accompagner au mieux les salariés, les équipes CFDT ont négocié et signé en mars 2015 un accord qui permet de sécuriser leur mobilité et de les reclasser au sein du groupe.

Les militants m’expliquent qu’ils subissent les conséquences de deux phénomènes concomitants.

D’une part, le marché du ciment connait une baisse d’activité depuis quarante ans, accentuée par la mauvaise conjoncture dans le secteur de la construction. Le groupe reste pourtant profitable, - LafargeHolcim affirme d’ailleurs vouloir multiplier par 3 les dividendes de ses actionnaires d’ici 2018 – et la France y contribue pour beaucoup, car le coût de vente du ciment y est très élevé

D’autre part, la fusion entre le français Lafarge et le suisse Holcim, en juillet 2015, a entrainé une importante réorganisation et un changement dans la politique industrielle. Désormais, la stratégie s’inscrit dans un périmètre européen, au sein duquel les pays sont mis en concurrence en fonction de leurs coûts de production. C’est la raison pour laquelle les militants revendiquent l’accès à toutes les informations et la consultation au niveau européen. Ils veulent ainsi avoir une vision plus complète de la stratégie industrielle, pour pouvoir peser sur les orientations économiques de l’entreprise et défendre plus efficacement les salariés. Pour le moment, ils n’ont pas eu gain de cause, mais ils sont décidés à aller jusqu’au bout. A terme ils souhaitent obtenir un véritable espace de dialogue social européen, et pouvoir négocier des accords sur l’évolution des emplois et des compétences au niveau européen.

Leur analyse rejoint une conviction de la CFDT : l’Europe est bien l’échelle pertinente pour définir des politiques industrielles et environnementales ambitieuses.

L'engagement quotidien des agents territoriaux Stéphanois pour le vivre-ensemble

Jeudi 14 avril, j’ai passé la matinée avec les militants CFDT de Saint-Etienne Métropole (SEM). Notre rencontre se déroule au Musée d’Art moderne et contemporain de la ville de Saint-Etienne, là où la section a vu le jour en 2001. Elle compte aujourd’hui 36 adhérents sur les 650 agents de la collectivité. Bientôt 800. En juillet 2016, la communauté urbaine, que de nouvelles communes ont rejoint récemment, deviendra en effet une métropole, forte de 400 000 habitants. Avec de nouvelles problématiques à prendre en compte.

Nous échangeons sur le quotidien des agents, leurs questionnements, mais surtout sur leurs attentes. Les équipes sont inquiètes sur les évolutions à venir, sur les réformes territoriales en cours. Les informations et la communication qui parviennent sont imprécises voire inexistantes. « Les élus n’ont pas la culture du dialogue social » se désole Guy, « on a l’impression de ne pas être écouté ou d’être consulté pour la forme». 

La CFDT entend malgré tout accompagner les agents face à ces transitons, « même si ce n’est pas toujours simple » témoigne Sophie, la secrétaire de section. Elle entend profiter de la dynamique liée aux dernières élections « nous avons réuni 33 % des voix », même si elle ne cache pas la difficulté à être présent dans tous les collèges et que le renouvellement générationnel est un défi.

visite section saint etienne metropole ALV

Alors que l’exposition en cours au musée « Archéologie du temps présent » a pris possession des lieux, avec les militants nous parlons de l’avenir. D’une CFDT qui deviendrait première organisation syndicale de France. Ce n’est pas moi qui le dit.

Guy le souligne « notre syndicalisme n’est pas toujours compris, nous ne sommes pas aidés par les médias qui préfère la bagarre au dialogue social, il est plus facile d’être dans la posture et dans le refus systématique que dans le dialogue ».

Pour la CFDT, aller dans le sens du dialogue social, c’est prendre des risques. La CFDT ne s’en cache pas. Nous faisons le choix de l’utilité pour les salariés, pas celui de la facilité. Nous réclamons davantage de dialogue social pour le faire dans la fonction publique. La lutte contre la précarité y est aussi l’un de nos combats.

« Comment répondre à notre employeur lorsque celui-ci oppose nos primes et l’embauche de nouveaux agents ? » interroge une militante démunie face au chantage à l’emploi.

La CFDT demande depuis longtemps que soit engagée une réflexion sur le sens que l’on veut donner à l’action publique. Il faut arrêter de raisonner en termes de coût. L’attractivité d’un territoire dépend de l’investissement public dont il bénéficie. Celui-ci doit être pensé et anticipé. C’est d’ailleurs l’un des défis auquel est confronté Saint-Etienne.

Ville au passé industriel s’il en est, elle voit aujourd’hui fleurir les start-up du design. Lorsque nous visitons le musée, Christian, passionné et passionnant, ne dit pas autre chose « si Saint-Etienne était connu hier pour son bassin minier, aujourd’hui elle l’est aussi par sa diversité culturelle : un véritable atout pour la région. La ville réussie sa transition. Le Corbusier côtoie aujourd’hui la cité du Design ».

Les militants insistent sur l’importance d’une culture facile d’accès et ouverte à tous. De la maternelle à l’université, une vraie politique culturelle est mise en place « pour faire rencontrer l’art et les publics ». Un partenariat est par exemple mis en place avec le ministère de la Justice pour organiser des évènements au sein de la prison.

Une chose qui frappe lorsque l’on visite le musée, c’est cet espace, la grandeur des lieux. Le contraste est d’autant plus frappant avec celui, restreint, qui est consacré aux espaces de travail, les agents sont plusieurs par bureau, tassés, créant stress et tensions. L’équipe CFDT du musée a fait de la réorganisation et de la redéfinition du cadre de travail une de ses priorités.

Aujourd’hui et comme à chaque fois que je rencontre les équipes d’agents territoriaux, c’est leur engagement quotidien, les valeurs qu’ils défendent qui me marquent. Leur travail pour le vivre ensemble est fondamental à notre cohésion sociale.

Redonner du sens à l’action publique, remettre ses agents au cœur, voilà la priorité de la CFDT. 

Négocier pour partager le pouvoir dans l’entreprise

Le projet de loi travail a suscité des controverses et des inquiétudes. C’est sans doute le renforcement de la négociation collective qui a été le point le moins bien compris.

Certains ont dit que c’était la fin du droit du travail protecteur. Que tout allait désormais être décidé dans l’entreprise, par l’employeur, au détriment des salariés.

Loin de souscrire à ces idées, la CFDT a toujours défendu le dialogue social et la négociation collective. Je voudrais éclairer le sens de notre positionnement.

Il peut se résumer en une phrase : la négociation collective permet aux salariés de peser sur les décisions qui les concernent, et d’être plus efficacement protégés. Cela passe par un renforcement du rôle et la responsabilité du syndicalisme dans l’entreprise.

 

Négocier, c’est contester la légitimité de l’employeur à décider seul sur un certain nombre de sujets.

Cela s’appuie sur une certaine conception de l’entreprise. Pour une partie du patronat, l’entreprise se confond avec l’employeur. Il est donc seul à savoir ce qui est bon pour elle. Pour une partie des syndicats, l’entreprise, c’est l’adversaire. Finalement, eux aussi s’accordent à assimiler l’entreprise au patron.  

La CFDT, elle, a toujours défendu une autre vision.

Pour nous, l’entreprise c’est aussi et d’abord les salariés, qui produisent sa richesse et qui de plus en plus, supportent les risques liés à son activité. Il est donc normal qu’ils participent aux décisions.

Depuis cinquante ans, forte de cette conviction, la CFDT est un interlocuteur extrêmement exigeant, voire pénible, pour les employeurs. Nous revendiquons un juste partage de la valeur ajoutée, et de bonnes conditions de travail pour les salariés. Mais contrairement à d’autres organisations syndicales, nous ne nous en contentant pas. Nous voulons imposer des discussions sur les orientations stratégiques, sur l’organisation du travail. Nous voulons partager le pouvoir dans l’entreprise, grâce à l’action syndicale et à la négociation collective.

Qu’est-ce qu’une « négociation collective » ? Certainement pas dire « oui » ou « non » à un projet élaboré par la direction. Négocier implique de développer une expertise autonome, d’être capable d’anticiper et de faire des propositions, de peser pour obtenir des contreparties. Mais aussi d’articuler les demandes des différentes catégories de salariés au sein d’un intérêt commun, sans quoi c’est le choc des corporatismes au sein de l’entreprise. Qu’est-ce qu’un accord collectif ? Un peu plus qu’une somme de contrats individuels…

Ce travail de négociation ne peut être fait que par des représentants syndicaux, soutenus par leur organisation, protégés par leur mandat, implantés dans l’entreprise au plus près des salariés et en dialogue constant avec eux.

La CFDT continuera à exiger plusieurs garanties dans la loi El Khomri afin de renforcer leur rôle : 1) pas de négociation sans syndicats, pour éviter une confrontation directe entre les salariés et employeur qui aurait toutes les chances de se transformer en chantage à l’emploi  2) en cas d’absence de syndicats dans l’entreprise, l’obligation de permettre aux représentants des salariés d’être soutenus et formés par une organisation syndicale tout au long du processus de négociation 3) le renforcement des heures de délégation pour les délégués syndicaux 4) des accords collectifs qui doivent être signés par la majorité des organisations syndicales pour être valides, afin qu’ils soient encore  plus légitimes.

 

Négocier, c’est améliorer la protection des salariés.

La CFDT assume une conception du progrès social qui ne se mesure pas à l’épaisseur du Code du travail, mais plutôt à l’effet concret des droits sociaux. Sont-ils adaptés aux besoins des salariés ? Sont-ils appliqués dans l’entreprise ? Les salariés ont-ils réellement les moyens de s’émanciper dans leur travail, ou en ont-ils juste formellement la possibilité ? 

Le droit du travail est protecteur ou il n’est pas. Mais il ne se résume pas à la loi, car la loi ne peut pas tout. Parce qu’elle est uniforme, alors que le monde économique est complexe, que les réalités sociales et les besoins des salariés sont différents selon les secteurs, les professions, les territoires. Parce que souvent elle est obscure et méconnue, ce qui permet à l’employeur de s’en affranchir.

D’ailleurs aujourd’hui, les salariés sont mieux protégés quand ils sont couverts par des accords collectifs, plutôt que quand le Code du travail s’applique seul dans l’entreprise.

C’est la raison pour laquelle il est important d’ouvrir, au plus près des réalités de travail, un espace de création de droits qui s’articule avec celui de la loi. 

A deux conditions : 1) une loi qui offre un haut niveau de garanties pour tous les salariés 2) des « garde fous » pour que la négociation soit de qualité, c’est-à-dire pour qu’elle intervienne afin d’adapter le droit aux situations concrètes, et non pour diminuer le niveau de protection.

La CFDT s’est battue pour que le projet de loi El Khomri intègre ces garanties.

Le rôle protecteur de la loi est maintenu. Pour une partie - « l’ordre public social »-, elle énonce les droits fondamentaux auquel il est absolument impossible de déroger. Pour l’autre partie, le « socle supplétif », elle contient le droit qui s’applique quand il y n’y a pas d’accord collectif.

Entre ses deux bornes, il y a le champ ouvert au droit conventionnel, de branche ou d’entreprise/

Deux verrous supplémentaires viennent encadrer la négociation d’entreprise :

-  S’il n’y a pas d’accord, c’est le droit tel qu’il existe aujourd’hui qui s’applique et donc, absolument rien ne change pour les salariés. Le maintien intégral du droit actuel en matière de durée du travail, c’est ce qu’a obtenu la CFDT dans la « version 2. Donc il n’y a aucune obligation de négocier si le rapport de force est défavorable dans l’entreprise

- Le rôle régulateur des branches est réaffirmé. Elles fixent les marges de manœuvre laissées aux entreprises pour négocier, sur des sujets comme la modulation sur plus d’un an, ou le temps partiel à moins de 24h, par exemple.

Pour la CFDT, il faut impérativement renforcer le fait syndical dans l’entreprise - mandatement, accords collectifs, augmentation des heures de délégation…-, pour construire du rapport de force dans la négociation. La CFDT continue de peser dans ce sens dans le cadre du débat parlementaire.

Construire du rapport de force, c’est pouvoir dire aux employeurs : là où avant vous décidiez seul, il faudra désormais négocier. Et si vous refusez des contreparties, rien ne bouge et c’est le droit actuel qui s’applique. C’est pouvoir dire à toutes les organisations syndicales : si vous ne prenez pas la responsabilité de la signature, il n’y aura pas d’avancées pour les salariés.

La CFDT veut un syndicalisme efficace et utile aux salariés, et elle voit dans cette « loi travail » une occasion d’aller plus loin dans cette direction.

Notre conviction, c’est que les grands équilibres ne s’imposent pas « d’en haut », mais qu’ils se construisent avec des compromis négociés en proximité. C’est un pari, celui de faire confiance aux acteurs – dans un cadre protecteur strictement défini. C’est une conception de la démocratie.

Si d’autres organisations syndicales préfèrent confier à la loi la responsabilité intégrale de la protection des salariés, et au patron la responsabilité intégrale de la décision dans l’entreprise, tout en se réservant un simple rôle de « caisse de résonance » aux mécontentements des salariés…après tout, c’est leur problème.

A la CFDT, nous avons fait le choix depuis longtemps de la négociation et de la confiance dans nos militants d’entreprises. C’est plus exigeant, cela demande de la formation, des moyens, des débats…Mais c’est le sens de notre engagement, pour que les salariés soient mieux protégés en fonction de leurs besoins, et pour qu’ils puissent s’émanciper dans leur travail. 

Chez Toyota : quand le dialogue profite à tous !

Mardi dernier j’ai passé la matinée avec l’équipe CFDT de Toyota à Valenciennes. J’avais rencontré une partie d’entre eux le 1er mai 215 au Working Time Festival (Festival pour les jeunes que nous avions organisé à l’occasion de la fête des travailleurs) et ils m’avaient invité à venir les voir chez eux. J’ai été impressionné par le dynamisme et le boulot réalisé par cette équipe, autant sur leurs pratiques syndicales que par les résultats obtenus pour leurs collègues.

La section est un peu à l’image de son secrétaire, Thomas Mercier à peine la trentaine et plein de détermination. Il place l’émancipation en haut des valeurs défendues au sein de l’équipe et met les principes en pratique : aucun cumul des mandats pour les 31 élus CFDT. Il m’explique : « je suis contre le cumul, et il y a plus d’idées dans plusieurs têtes ! » Seul petit point noir relevé par Thomas : le manque de femmes parmi les adhérentes.

Toyota usine

La section a été largement renouvelée en 2010. Depuis, sa proximité avec les « members » (la version Toyota « d’employés ») lui a permis d’acquérir une légitimité et de progresser aux élections professionnelles. Allant jusqu’à atteindre 40% des voix aux dernières élections en 2014. L’équipe CFDT a commencé par reprendre en main le CE. « Jusque-là c’était juste un CE Mickey, plaisante Thomas. Il se contentait d’organiser des voyages et l’arbre de Noël ». Les élus CFDT lui redonne sa dimension économique en se penchant sur la stratégie de l’entreprise et en faisant appel à des experts pour les accompagner. Dans son bilan, l’équipe est notamment très critique du choix de la direction de recourir fortement au travail temporaire, entre 500 et 700 intérimaires actuellement.

En 2012 la CFDT a signé un accord sur le travail dominical chez Toyota. Mais avant de s’engager elle a négocié dur. Elle a par exemple obtenu une majoration de 200% pour l’équipe de nuit, puis a organisé une consultation de tous les salariés concernés, résultats : 86% des members soutenaient l’accord. Après la signature, les élus CFDT ont fait face aux critiques des autres organisations syndicales mais les élections suivantes ont confirmé qu’ils avaient fait le bon choix avec la bonne méthode. D’autant qu’ils n’ont pas lâché l’affaire et obtenu en plus des primes et des jours de repos supplémentaires pour les salariés travaillant le week-end.

 

Dernièrement ils ont négocié une expérimentation pour améliorer la Qualité de vie au travail. La direction avait un projet, Back on track, visant à améliorer la productivité et sa qualité. Pour l’équipe la productivité « n’est pas un gros mot ». Ils ont donc fait entendre leur voix pour intégrer une dimension sociale au projet et parvenir à cette expérimentation. Concentrée sur une partie de la chaine de montage, elle permet aux members de signaler des difficultés rencontrées sur leur poste de travail et de proposer des améliorations. Un travail est ensuite engagé avec leur « Team leader » (chef d’équipe chez Toyota) pour parvenir à résoudre ces problèmes. Cela passe par le repositionnement des bacs comportant les pièces pour ne pas avoir à multiplier les mouvements, par l’installation de capteurs permettant de faciliter le picking en fonction du modèle de voiture… Les premiers retours d’expériences montrent que cette façon de faire améliore sensiblement les conditions de travail des salariés concernés, mais aussi la qualité de la production. L’heure du bilan n’a pas encore sonné, mais la direction pense déjà  à étendre le programme à l’ensemble du site.

En plein débat sur le projet de loi « travail », cette rencontre confirme ma conviction que le dialogue social, lorsqu’il est loyal, est bénéfique à tout le monde dans l’entreprise. Le rapport de force créé permet d’obtenir des protections et contre-parties adaptées aux attentes des salariés de l’entreprise. Alors oui la culture est particulière chez Toyota, mais cette façon de construire l’usine et le travail de demain est transposable dans bien d’autres entreprises.

Toyota Recadrée

Passage au Bondy Blog Café le 19 mars

Retrouvez mon passage au Bondy Blog Café. Merci à toute l'équipe pour ce moment très enrichissant ! 

Cliquez sur l'image sur pour accéder au lien >>> 

 Bondy blog

 

 

Interview à La Croix - 20 mars 2015

La loi Khomri a été réécrite et vous ne menacez plus de vous mobiliser contre elle. Comment est-on passé d’une loi à combattre à un compromis acceptable ? Iriez-vous jusqu’à dire désormais que c’est une bonne réforme ?

On est passé d’une loi qu’il fallait réécrire à une loi réécrite. Elle est désormais potentiellement porteuse de progrès, même si elle reste à parfaire.

À nos yeux cette réforme avait deux priorités : donner plus de marge à la négociation d’entreprise et de branche, et permettre que les droits suivent la personne tout au long de sa carrière indépendamment de son statut, grâce au Compte personnel d’activité (CPA). Mais quand la version initiale de la loi a été connue, il est apparu qu’elle contenait plusieurs mesures inacceptables.

D’abord, même si le texte donne plus d’importance à la négociation – ce qui nous convient –, il disait aussi que, en l’absence d’accord, le droit qui s’appliquerait serait inférieur au droit actuel, en matière de temps de travail. Cela a disparu de la version réécrite, qui a aussi étoffé le CPA, à notre demande, et a généralisé la garantie jeunes.

Enfin, s’étaient greffées sur cette réforme plusieurs mesures d’inspiration libérale, qu’on pourrait résumer par « pour embaucher plus il faut pouvoir licencier plus », et qui ne nous convenaient pas. C’était le cas du plafond des indemnités prud’homales, qui a été remplacé par un barème indicatif. Quant aux dispositions sur le licenciement économique, nous espérons qu’elles vont encore pouvoir évoluer dans le débat parlementaire.

La CFDT a beaucoup pesé dans cette réécriture, à tel point que certains disent que vous êtes le vrai ministre du travail. On sait aussi que votre prédécesseur François Chérèque dirige Terra Nova, think tank proche du PS ; que Jacky Bontems, ancien numéro deux, conseille François Hollande ; qu’Anousheh Karvar, ancienne dirigeante, est directrice de cabinet adjoint de Myriam El Khomri… Cette proximité ne pose-t-elle pas problème ?

Le parcours public des anciens de la CFDT, cela ne me regarde pas. Vous voudriez que François Chérèque aille garder des chèvres dans le Larzac pour finir sa carrière ? Anousheh Karvar a quitté la CFDT pour préparer l’entrée à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), puis elle a été recrutée là où elle a des compétences.

Les gens qui ne s’accrochent pas à leur mandat ont quand même le droit d’avoir une carrière après ! S’il n’était pas extrêmement compliqué d’être recruté par une entreprise quand on a fait du syndicalisme, ce serait plus facile, croyez-moi.

Pour ma part, je ne suis le soutien de personne et je n’ai ma carte dans aucun parti, ce que ne peuvent pas dire tous les dirigeants d’autres confédérations.

Alors ça m’agace d’être caricaturé en ministre du travail. Ce n’est pas Laurent Berger qui pèse dans le débat, c’est la CFDT. Et si la CFDT pèse, c’est que, contrairement à certaines organisations qui critiquent tout le temps mais ne s’engagent jamais, à la CFDT, on accepte de s’engager. Parfois on dit non, parfois on dit oui.

Dans le cas du projet de loi El Khomri, on a joué le rapport de force pour se faire entendre. Et quand je vois le collectif Alerte – qui rassemble des associations de lutte contre la pauvreté – dire qu’il y a des bonnes choses dans cette loi, je me dis qu’on n’est pas complètement à côté de la plaque.

Considérez-vous, cependant, que, comme le disent certains, les partenaires sociaux n’ont pas été consultés sur cette réforme ?

Honnêtement, sur le cœur de la réforme, à savoir la volonté de renforcer la place de la négociation collective par rapport à la loi, il n’y avait pas de volonté des partenaires sociaux de négocier.

En revanche, sur les licenciements économiques, il y a eu des ratés. Ce qui est préjudiciable dans la période actuelle. Il y a un ras-le-bol, une exaspération, que je partage. Alors, quand on lance une réforme qui comme la loi El Khomri a de quoi faire réagir, ça peut partir très vite.

Nous vivons un moment de forte fatigue démocratique. Quand on regarde les ressorts du vote extrême, on voit que les gens ont l’impression qu’on les laisse tomber. Plus que jamais, on a besoin d’espoir, d’explication. Et de dialogue social.

En France, on a tendance à avoir un fonctionnement jacobin, à décider d’en haut sans faire confiance aux acteurs qui sont au plus près des réalités. Et il y a une terrible habitude des postures : il est plus facile d’être « contre » que d’être « pour ». Notre pays a besoin d’apprendre la culture du dialogue.

Tout le monde n’est pas pour autant convaincu de la vertu du dialogue social pour réformer. À droite, plusieurs ténors semblent tentés par les ordonnances pour réformer dans la foulée de l’élection présidentielle de l’an prochain…

Les candidats de droite sont en campagne pour la primaire. Ils ont besoin de dire qu’ils vont agir vite et seul. Je ne suis pas certain qu’ils le feront s’ils sont élus. Mais, au cas où, je dis qu’il faut faire attention. On est dans une société qui ne se sent pas très bien, où la confiance envers les dirigeants se réduit.

Il y a un besoin énorme de délibération collective, d’exercice de la démocratie, comme dit Pierre Rosanvallon. Il n’y a pas d’autre voie pour réformer notre pays que le dialogue. On doit se parler, partager des constats, des analyses et essayer de trouver des solutions. Tous ceux qui voudraient faire autrement se trompent.

Moi, en tout cas, je ne veux pas d’une société autoritaire ou en dehors du dirigeant et du peuple, il n’y a rien. La société doit se construire avec ses acteurs, ses corps intermédiaires. Et dans le monde du travail, les acteurs, ce sont les partenaires sociaux.

Sur le fond, pour recréer de l’emploi, pensez-vous que notre marché du travail a besoin de flexibilité ?

À la CFDT, nous n’avons jamais refusé de considérer le besoin de souplesse des entreprises. En 2008 et en 2013, nous avons signé des accords qui créaient des assouplissements pour permettre aux entreprises d’être compétitives. Mais, pour nous, ça ne doit pas se faire au détriment de la protection du salarié.

Par exemple, je comprends que les entreprises ont besoin de prévisibilité. C’est pour ça que nous ne sommes pas opposés à un barème d’indemnités prud’homales indicatif. Mais nous sommes contre un plafond impératif car, quand il y a eu licenciement abusif, la réparation doit être à la hauteur du préjudice subit par le salarié.

Il faut un cadre général pour tous, mais les entreprises ont besoin de trouver des solutions adaptées à leurs problèmes. Pour moi, le besoin de souplesse doit se faire par le dialogue social, car c’est le dialogue social qui permet de garantir que ces souplesses ne se feront pas au détriment des salariés. Il faut du dialogue social dans les branches pour éviter que les entreprises d’un même secteur ne se fassent concurrence par le social. Et il en faut dans les entreprises.

À Toyota, où j’étais mardi, les partenaires sociaux ont négocié un accord sur l’organisation du travail, qui concerne aussi le travail le week-end, mais, en face, ils ont obtenu des contreparties, en termes d’emplois, de rémunération, de repos. C’est ça qu’il faut faire.

Pensez-vous que pour lutter contre la dualité du marché du travail, il faut rendre le CDI plus souple ?

Non, la flexibilité ne doit pas se faire sur le contrat de travail. Le CDI doit rester la forme normale du contrat. Et ce n’est pas en diminuant les droits des gens qui sont en CDI qu’on améliorera ceux des personnes qui sont en contrat précaire. Au contraire, il faut construire des passerelles. C’est ce que doit faire le CPA en permettant aux gens de passer d’une situation à une autre sans perdre des droits.

De même, ce n’est pas en s’attaquant au CDI qu’on empêchera les employeurs de recourir aux travailleurs indépendants. Mais il faut mieux protéger ces travailleurs indépendants, avec une couverture sociale adaptée et en veillant à ce que le donneur d’ordre n’impose des conditions abusives. Avec notre fédération Conseil communication et culture, on est en train de travailler à la création d’une plate-forme qui leur permettra à la fois d’être défendus et d’avoir accès à des services.

Au final, que faudrait-il faire qui n’a pas déjà été essayé pour recréer de l’emploi ? N’est-on pas face à un phénomène de chômage de masse durable ?

Je ne crois pas qu’on soit condamné à un marché du travail low cost. Ni à la fin du salariat. Mais je ne crois pas non plus à la solution miracle, celle qui créerait des millions d’emplois. J’en ai assez qu’on me cite l’Espagne pour prouver qu’une réforme du marché du travail est la solution. Je rappelle que l’Espagne a un taux de chômage de 20 %.

La vraie question, c’est quel type d’économie on veut. Je ne veux pas entrer dans le débat sur la politique de l’offre et la politique de la demande, je pense qu’il faut les deux. Je parle d’un économique qui conjugue performance économique et performance sociale.

L’entreprise doit mettre la qualité du travail et des emplois au cœur de sa stratégie. Il faut également investir dans les besoins de notre société. Prenez les services à la personne. On sait qu’énormément de personnes âgées ont besoin d’aide. Or, on supprime des emplois à tour de bras en ce moment dans ce secteur et on n’investit pas dans la qualité de l’emploi.

Même chose avec l’isolation thermique des bâtiments où l’on sait que le besoin est énorme. Pourquoi n’investit-on pas dans ces secteurs ? Ou encore avec le numérique, on sait que d’ici vingt ans, la moitié des métiers seront nouveaux. Il faut dès maintenant investir massivement dans la formation, et notamment celle des jeunes et des demandeurs d’emploi. On est face à un manque criant d’anticipation.

Propos reccueillis par Nathalie Birchem

L’égalité entre les femmes et les hommes, un combat de toujours de la CFDT !

Progressiste et féministe, voilà comment se définit la CFDT !  

Etre féministe ? C’est tout simplement vouloir l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, à tous les niveaux de la société. Un combat qui fait écho aux valeurs de la CFDT, à notre histoire jalonnée d’engagements contre toutes les formes d’injustices et de discriminations. Car comment construire du progrès social si on laisse perdurer les différences de traitement entre les sexes ?

L’égalité professionnelle est une dimension indispensable de l’égalité tout court. Aujourd’hui, la rémunération des femmes reste en moyenne 20% inférieure à celle des hommes. Si on doit s’indigner de ces inégalités salariales, nous ne devons pas oublier que leurs causes prennent racines bien en amont ; dans des stéréotypes encore ancrés et des immobilismes confortables. Il y a encore trop d’obstacles sur le parcours des femmes, trop de limites à leurs aspirations et à leurs possibilités de se réaliser : dès l’orientation scolaire, dans l’accès aux formations qualifiantes, aux promotions…. Nous ne pouvons pas nous satisfaire qu’il y ait si peu de femmes dans les métiers techniques et aux postes à responsabilité ; ni que maternité et carrière demeurent trop souvent des choix distincts.

Pour changer les choses, l’action syndicale doit s’emparer de la question de l’égalité femme-homme, et en faire un axe transversal à toutes ses revendications. Agir pour une meilleure conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée ; pour un partage plus égalitaire de l’exercice de la parentalité ; pour la revalorisation des métiers majoritairement occupés par les femmes ; c’est faire progresser l’égalité !

Au moment où la société s’interroge  sur le « vivre ensemble », nous ne devons pas traiter la question de l’égalité entre les femmes et les hommes comme une question annexe. Parce que ce qui alimente le sexisme et les stéréotypes est souvent diffus et enraciné dans nos habitudes, nous devons tous nous remettre en question,  écouter les expériences de chacun et de chacune…et progresser ensemble vers une société plus égalitaire, tout simplement. 

Devoir de vigilance des multinationales : "Il n’est plus tolérable d’attendre"

Le 30 mars 2015, l’Assemblée nationale votait en première lecture un texte d’une avancée historique pour la protection des droits humains et environnementaux : la proposition de loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre.

Elle exige des grandes entreprises qu’elles se conduisent de manière responsable, ce qu’elles prétendent déjà faire. Le dispositif réclame d’elles de mettre en œuvre un plan de vigilance pour l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement, c’est-à-dire incluant leurs filiales et sous-traitants en France et dans le monde.

Près d’un an après ce vote exemplaire, ce texte est toujours bloqué. Le Sénat y a publiquement martelé son opposition et a décidé, en novembre 2015, d’en abroger tous les articles. L’Assemblée nationale doit maintenant en réaliser une seconde lecture ; or, la proposition de loi n’a toujours pas été inscrite à l’ordre du jour de ses travaux. Il n’est plus tolérable d’attendre.

Large soutien populaire

Et pourtant, cette proposition est soutenue par de nombreux parlementaires décidés à voir concrétiser une loi qui protège l’intérêt général, et par une coalition inédite d’acteurs de la société civile, ONG et syndicats.

Ce texte bénéficie également d’un large soutien populaire. Selon un sondage réalisé par nos organisations, trois Français sur quatre estiment que les multinationales doivent être tenues responsables juridiquement des impacts humains et environnementaux provoqués par leurs filiales et sous-traitants.

Près de 190 000 citoyens ont signé la pétition demandant aux pouvoirs publics de garantir la mise en œuvre de cette loi. L’indignation suscitée par des drames humains comme l’effondrement au Bangladesh de l’immeuble du Rana Plaza en 2013 est toujours vive : près de 1 200 ouvriers qui produisaient des vêtements pour des marques occidentales, notamment françaises, y ont trouvé la mort. Ou encore par le naufrage de l’Erika au large des côtes bretonnes en 1999, qui a endommagé de manière irréversible l’écosystème.

Imposer un devoir de vigilance permet de prévenir de tels drames et éviter que des entreprises exploitent des travailleurs partout dans le monde en bafouant leurs droits par la recherche d’une production à moindre coût.

Combat pionnier 

Depuis un an, des dirigeants de multinationales chuchotent qu’ils soutiennent une telle régulation, dont ils anticipent un impact bénéfique sur leur compétitivité à l’international, dans un contexte d’évolution vers davantage de responsabilité pour les acteurs économiques. Le Forum pour l’Investissement responsable, qui regroupe investisseurs, gestionnaires de fonds et consultants, a également apporté son soutien à cette proposition de loi.

Et si la France craignait d’être isolée dans un combat pionnier, ce n’est plus le cas ; elle peut désormais compter sur des initiatives similaires initiées par plusieurs pays, dont la Suisse et l’Allemagne.

Le gouvernement, par la voix de son secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, a réitéré en novembre 2015 son soutien à ce texte de loi. Quand sera-t-il alors inscrit aux travaux de l’Assemblée, et rendu effectif ? Une telle loi permettrait de traduire les grandes déclarations et les engagements internationaux de l’Etat français en actes concrets.

Son examen doit être accéléré pour permettre son entrée en vigueur sans attendre un nouveau scandale social ou environnemental impliquant des entreprises françaises.

Les signataires : Florent Compain, président des Amis de la Terre ; Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France ; Ghislaine Hierso, présidente de l’Association française des Petits Débrouillards ; Bernard Pinaud, délégué général du CCFD - Terre Solidaire ; Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT ; Alexandre Grillat, secrétaire national confédéral de la CFE-CGC ; Geoffroy de Vienne, conseiller du président confédéral de la CFTC et président d’Ethique et Investissement ; Guillaume Duval, président du Collectif Ethique sur l’étiquette ; Karim Lahidji, président de la FIDH ; Nicolas Hulot, président de la Fondation pour la Nature et l’Homme ; Michel Capron, président du Forum Citoyen pour la RSE ; Bernard Chevassus-au-Louis, président, d’Humanité et Biodiversité ; Françoise Dumont, présidente de la Ligue des droits de l’Homme ; Michel Grandmougin, président de Peuples Solidaires - ActionAid France ; William Bourdon, président de Sherpa ; Luc Bérille, secrétaire général de l’UNSA.

  • Collectif

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/29/devoir-de-vigilance-des-multinationales-il-n-est-plus-tolerable-d-attendre_4873904_3232.html#Wrk7y3PTQvSgyc3V.99

L'Europe que nous voulons !

Quelques jours après le conseil européen des 18 et 19 février, c’est l’inquiétude qui domine. Qu’il s’agisse de l’accord conclu afin d’éviter le Brexit,  ou de la gestion de la crise migratoire, chaque Etat membre semble désormais jouer sa partition en solo, au mépris des règles communes et de l’intérêt des citoyens de l’Union.    

Pendant ce temps, dans de nombreux pays européens, le succès des mouvements populistes et europhobes ne se dément pas. La croissance ne redémarre pas ou peu ; 20% de jeunes sont au chômage….malgré toutes les richesses culturelles et matérielles que concentre notre continent.   

L’Europe des égoïsmes ne tourne pas seulement le dos à ses valeurs fondatrices. Elle se condamne économiquement et socialement, et elle s’éloigne toujours plus de ses citoyens.

Ceux qui croient toujours au projet européen – et à la CFDT, nous en sommes- doivent réagir. La démarche de la Grande Bretagne, si elle est insupportable, a le mérite de poser les choses sur la table : certains Etats refusent toute intégration politique. Mais d’autres n’ont pas renoncé « à une union toujours plus étroite entre les peuples ».

Il faut saisir cette occasion pour aller plus loin dans le renforcement de l’Union, avec les pays qui le souhaitent, autour de quatre domaines : doter la zone euro d’une capacité budgétaire propre ; avoir une politique migratoire commune dans l’espace Schengen; créer une vraie Europe de l’énergie, ainsi qu’une Europe  de la Sécurité et de la Défense.

La CFDT défend aussi l’idée d’une assurance chômage européenne. Elle permettrait de faire face aux chocs qui touchent les pays de manière différente dans la zone euro, et de mieux résister ensemble aux crises sur le long terme. Elle serait un instrument puissant de sécurisation des parcours et de mobilité des travailleurs européens.

D’autres pistes existent, portées par la Confédération Européenne des Syndicats  : développer un Erasmus de l’apprentissage ; élargir la garantie jeunes qui permet un accompagnement global des jeunes les plus éloignés de l’emploi ; donner plus d’ampleur au Plan d’investissements Juncker afin qu’il favorise la solidarité européenne et donne des suites concrètes aux engagements de la COP 21.

Tout cela, nous devons le faire, pour ré-ancrer le projet européen dans la vie des gens. Et pour prendre la relève du travail inachevé des « pères fondateurs » : après avoir créé une administration et les instances, il est temps de faire une place à la société civile, de consolider la démocratie et de relancer le dialogue social européen ; après le marché commun, nous devons bâtir l’Europe sociale ; après l’incantatoire, il faut donner à tous les européens de vraies raisons d’aimer l’Europe.   

Interview au Monde sur le projet de loi El Khomri

L'avant-projet de loi de Myriam El Khomri sur le droit du travail est très critiqué à gauche. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, aura « du mal » à le voter et calera sa position sur celle des syndicats réformistes. Ce texte est-il trop libéral ou est-il équilibré entre la « flexibilité » et la « sécurité » ?

Ce qui nous guide c'est l'intérêt des travailleurs et non la position de tel ou tel. Cet avant-projet est très déséquilibré entre la flexibilité et la sécurité. Il apporte de mauvaises réponses à des revendications patronales, en faisant la part trop belle à une vision un peu dogmatique de la flexibilité. L'accueil de la CFDT est négatif.

 

Les 61 « principes essentiels » du rapport Badinter pour chapeauter le code du travail sont repris...

Ce n'est que l'éclaircissement de ce qui existe aujourd'hui. C'est potentiellement intéressant mais ce n'est pas de nature à compenser les mesures prises par ailleurs.

 

Jugez-vous qu'il comporte assez de garde-fous, par exemple sur le temps de travail, pour encadrer la négociation collective et préserver un socle minimal de droits sociaux ?

La réaffirmation de la durée légale et de la majoration des heures supplémentaires, c'est une bonne chose. Mais nous avons un certain nombre de désaccords notamment la possibilité d'une modulation du temps de travail au-delà d'un an  mais aussi le renvoi à la décision unilatérale de l'employeur pour les petites entreprises. Cela rajoute un désaccord avec nous. Tout ce qui permettrait à une entreprise de déroger à un ordre social fixant une durée du travail ne doit pouvoir se faire que par accord syndical majoritaire. Nous avons aussi un désaccord fort sur l'absence de mandatement dans les petites entreprises  qui est une exigence de la CFDT. Je ne crie pas au loup sur toutes les dispositions, notamment sur la place laissée à la négociation collective parce qu'on est d'accord, mais je dis attention à chaque fois qu'on laisse le champ libre à la décision unilatérale du chef d'entreprise.

 

Le recours au référendum d'entreprise ne va-t-il pas marginaliser les syndicats ?

Je préfère parler de consultation des salariés plutôt que de référendum d'entreprise. Cette consultation, telle qu'elle est prévue dans la loi, est à usage unique des syndicats lorsqu'un accord est signé par des organisations ayant une audience électorale de 30 % et non de 50 %. Consulter les salariés, ce n'est pas un gros mot. Je ne vois pas pourquoi des syndicalistes en auraient peur dès lors qu'ils l'organisent eux-mêmes, dans des conditions à définir par un accord de méthode.

 

Mais quand les syndicats sont majoritaires cela résulte déjà d'une consultation des salariés à travers les élections professionnelles…

C'est vrai mais il peut y avoir des situations entre deux élections qui nécessitent de consulter les salariés. Si la consultation était à l'initiative de l'employeur on serait vent debout.

 

Le plafonnement des indemnités prud'homales et la « clarification » des règles sur la motivation des licenciements économiques constituent-ils un casus belli pour la CFDT ?

C'est un désaccord ultra profond. Le niveau des indemnités prud'homales est scandaleux, totalement inacceptable. Les plafonds sont super faibles. Il y a la suppression des planchers et même la remise en cause du référentiel qui était prévu dans la loi Macron. Il est hors de question que cela reste en l'état. Sur les licenciements économiques, cela a été rajouté au dernier moment. Le gouvernement a cédé à la panique et aux idées de libéralisation les plus farfelues du patronat. Cela n'a n'a pas sa place dans ce texte. On est en désaccord total sur le périmètre retenu. Si on raisonne au niveau d'un groupe, pour des entreprises exerçant la même activité en France, cela favorisera la mise en concurrence entre entreprises et le dumping social en Europe. Cette ''clarification'' est inutile. Et elle peut être dangereuse car elle ne créera pas d'emplois et elle peut en détruire. On part du principe que ce qui empêcherait d'embaucher serait la peur de licencier. C'est stupide. Le risque est qu'il y ait des licenciements abusifs parce que le plafond est tellement bas que des entreprises en profiteront.

 

Existe-t-il encore une marge de négociation ?

Non, puisque le texte est parti au Conseil d’État et va être soumis au conseil des ministres. Mais il y a beaucoup de marges d'action auprès des parlementaires et de l'opinion publique pour faire rectifier ce texte.

 

Vous envisagez une riposte intersyndicale ?

La CFDT n'est pas opposée à agir avec d'autres mais si c'est pour s'opposer au renforcement de la négociation contenu dans le texte, ce ne sera pas possible. La CFDT se donnera les moyens de faire évoluer ce texte et on verra avec d'autres organisations syndicales si on peut s'exprimer et agir en commun.

 

Le compte personnel d'activité répond à une revendication syndicale. Mais la modestie du contenu ne risque-t-elle pas d'en faire un leurre ?

Si on arrivait à le construire ce serait un vrai progrès social. On ne pourra pas, dès 2017, réaliser l'intégralité du  CPA, par rapport à ce qu'on veut faire sur la sécurisation des parcours professionnels et l'articulation des différents temps tout au long de la vie. C'est une première impulsion. L'abondement de droits pour les jeunes sortis sans qualification du système scolaire est positif. Mais on voit encore peu les contours du CPA. Il faudra le nourrir beaucoup plus pour en faire un outil sécurisant pour les salariés.  

Propos recueillis par Michel Noblecourt

[Tribune] Faire vivre les Places de la République

Cette tribune, publié le 14 février dans le JDD, nous l'avons écrite à 15 organisations, pour nous engager à collaborer en faveur du vivre ensemble. Je vous laisse la découvrir. 

En ce début d’année, notre pays affronte une conjonction inédite de crises et de menaces.

Il nous faut vivre avec la menace terroriste, qui cible nos valeurs et nos modes de vie. La crise économique et sociale continue à fragiliser des personnes et des territoires, désavouant les promesses du pacte républicain. La crise environnementale traduit les limites de notre modèle de développement. Polarisation du marché du travail, inégalités, discriminations… Comment notre société, qui attache tant d’importance à l’égalité, a-t-elle pu se fracturer en de si multiples endroits ?

Peut-être parce que nos institutions ne parviennent plus à émanciper les individus tout en créant du sens commun. Sans doute aussi parce que, confrontés aux transitions écologique et numérique, les citoyens se heurtent à un manque d’explication et d’accompagnement

C’est cette carence – de sens, d’écoute, de lien - qui nourrit les peurs et les colères. C’est ce vide que comblent des mouvements extrémistes, avec un discours qui stigmatise et prône un impossible retour en arrière.

La crise la plus grave que nous affrontons est sans doute celle de la démocratie.

Que faire? Nous résoudre au déclin? Concentrer toutes nos attentes sur un Homme providentiel? Nous le refusons.

Commençons par regarder ce qu’on ne montre pas, mais qui donne espoir. Partout, sur les lieux de vie et de travail, des hommes et des femmes inventent de nouvelles façons de produire, de consommer, d’apprendre, de faire société. Comment ? En se rassemblant, en s’engageant dans une association, une mutuelle, un syndicat…

On parle de « société civile », mais c’est de la société tout court dont il s’agit. Nous, qui en sommes les acteurs et représentants, sommes lucides sur les souffrances. Mais nous savons aussi que la société porte en elle des ressources pour aller de l’avant.

Comprendre le monde, c’est pouvoir le transformer. L’éducation populaire, la formation tout au long de la vie, les débats et forums citoyens y contribuent. Ils offrent des débouchés à la soif des citoyens de peser sur les décisions de leur entreprise ou de leur territoire et d’agir pour une société qui favorise l’émancipation de chacun.

Nous réclamons davantage de transparence et de participation. Relever les défis devant nous implique de faire des choix débattus et partagés par le plus grand nombre. C’est donc de dialogue dont nous avons besoin. C’est un pari: celui de croire qu’en réunissant des personnes qui ont des cultures et des intérêts différents, il est possible de partager un diagnostic, de lutter contre les replis identitaires et sécuritaires, et de construire du progrès. Et nous, organisations de la société civile, affirmons notre confiance dans cette intelligence collective.

C’est ainsi que nous construirons une société plus résiliente, qui invente progressivement des modes de vie plus durables. Une société plus juste et plus solidaire, où personne n’est laissé au bord du chemin.

D’un côté la sphère publique, l’Etat garant de l’intérêt général; de l’autre les individus, leurs parcours et leurs aspirations. Entre ces deux pôles, il existe un espace pour reconstruire la confiance et la coopération à travers l’action collective. C’est cet espace que nous entendons investir, en tant que corps intermédiaires et organisations de la société civile.

C’est la raison pour laquelle nous prenons l’initiative de nous rassembler, afin de travailler ensemble et de démultiplier nos actions en faveur du vivre ensemble.

-          ATD Quart Monde, Claire Hedon
-          Confédération française démocratique du travail (CFDT), Laurent Berger
-          Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), Philippe  Louis
-          Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), Alexandre Leroy
-          Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale  (FNARS), Louis Gallois
-          Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme (FNH), Nicolas Hulot
-          France Nature Environnement (FNE), Denez L’Hostis
-          France Terre d’asile, Pierre Henry
-          Le Mouvement Associatif, Nadia Bellaoui
-          Le Pacte Civique, Jean-Baptiste de Foucault
-          Les Francas, Josiane Ricard
-          Ligue de l’Enseignement, Jean-Michel Ducomte
-          Mutualité Française, Etienne Caniard
-          Union nationale des syndicats autonomes (Unsa), Luc Bérille
-          World wildlife fund (WWF France), Pascal Canfin

Interview aux Echos - 10 février 2016

La négociation sur le compte personnel d’activité a débouché sur une « position commune ». La CFDT va-t-elle la signer ?

 

Le bureau national de la CFDT se positionnera en début de semaine prochaine. Nous avions quatre objectifs : garantir l’universalité des droits, intégrer tous les comptes existant _ dont le compte pénibilité _ , avoir une portabilité des congés et prévoir un accompagnement car un droit nouveau sans accompagnement, ça n’a pas beaucoup d’intérêt. La « position commune » répond à ces enjeux. On aurait pu souhaiter un texte plus ambitieux mais c’est un point d’appui. Et rien n’empêche le gouvernement de l’enrichir en plus de concrétiser les engagements qu’il a pris d’abonder le CPA pour les jeunes sortis sans qualification du système scolaire et de traiter de la conciliation entre vie privée et vie professionnelle. Se pose aussi la question du financement du Compte pour les indépendants et pour les fonctionnaires pour qui il n’est pas question de prévoir un système à part

 

Comment jugez-vous l’état du dialogue social?

 

 Force est de constater que tous les acteurs -syndicats, patronat, gouvernement- ne jouent pas tous le jeu. Côté patronat, une partie du Medef est violemment hostile au dialogue social et nous empêche d’avancer. Il faut remonter loin en arrière pour retrouver un tel climat au sein du patronat ! Les progressistes en son sein doivent mener un combat pour affirmer la nécessité d’un vrai dialogue économique et social avec les syndicats. Côté syndicats, aucun acteur autre que la CFDT et la CFTC ne considère que le dialogue social est la voie pour avancer. Je constate qu’en Allemagne, patronat et syndicats ont une constance sur le sujet. Chez nous, ce n’est pas le cas. Quant au gouvernement, il n’affiche pas une volonté pleine et entière de dialogue social non plus. J’en veux pour preuve sa manière de pointer le sujet de la dégressivité des allocations chômage alors même que la négociation débute et que les partenaires sociaux n’en veulent pas... Le gouvernement aurait mieux à faire que de se mobiliser sur des sujets stériles comme la déchéance de nationalité...

 

Le patronat affirme que c’est lui qui est réaliste…

 

Il fait croire que les difficultés économiques sont liées à la protection des salariés et au niveau d’indemnisation des chômeurs. Conclusion : il faudrait moins de contraintes, moins de coûts, moins de règles. C’est un discours simpliste. Baisser les droits des travailleurs n’offre pas une vision, c’est une option de courte vue. Le Medef n’essaie pas de comprendre l’économie de demain. Il n’a pas de pensée sur l’entreprise, ne réfléchit pas à sa gouvernance...

 

Vous semblez bien pessimiste sur vos interlocuteurs. Pourquoi vous accrocher alors au dialogue social ?

 

 D’abord, la CFDT n’est pas seule. Nous nous retrouvons avec la CFTC, l’UNSA et, parfois la CGC. Ensuite, il n’est pas question de changer notre fusil d’épaule car la négociation produit des résultats positifs pour les salariés. Mais pour cela, les syndicats doivent regarder la réalité en face, s’engager dans les négociations et être en proximité avec les salariés, ce que fait la CFDT. Notre problème n’est pas de changer notre conception du syndicalisme mais de faire savoir qu’il existe et qu’il produit des résultats. On a créé depuis 2008 de nouveaux dispositifs qui assurent à la fois sécurité pour les salariés et souplesse pour les entreprises. Par exemple, la rupture conventionnelle ou les délais de mise en œuvre des plans sociaux à condition qu’ils soient négociés. Donc cela marche. Maintenant, il faut absolument parler stratégie, instaurer un véritable dialogue économique et social dans les entreprises. Celles qui jouent ce jeu sont plus performantes ! Mais le patronat n’a pas le courage de partager un peu son pouvoir.

 

La lutte contre le chômage étant un échec collectif, quelle est la part des syndicats dans cet échec?

 

Nous pouvons sans doute faire plus pour l’accès à l’emploi de ceux qui en sont exclus, en particulier les jeunes. Par exemple, sur l’apprentissage, nous pouvons davantage revendiquer des embauches dans les entreprises. Mais la CFDT ne peut pas être accusée d’avoir entretenu la frontière entre insiders et outsiders, au contraire.

 

Vous êtes très critique sur le pacte de responsabilité. Regrettez-vous de l’avoir soutenu ?

 

Le Pacte  devait servir l’investissement économique et social mais il souffre d’un problème de loyauté dans son application. Certaines branches patronales ont fait preuve d’un cynisme total. Nous avons demandé qu’en cas de non-respect du pacte, les aides versées soient revues. Cela n’a pas été fait. C’est pourtant indispensable. Le gouvernement a encore la possibilité de dire qui a joué le jeu , qui a investi, qui a embauché des apprentis et d’en tirer les conséquences sur le prochain versement des aides en 2017.

 

La ministre du Travail veut faire valider les accords signés par des syndicats représentant entre 30% et 50 % par un référendum auprès des salariés. Qu’en pensez-vous ?

 

La CFDT revendique l’accord majoritaire. Ce n’est donc pas notre idée mais nous sommes favorables à la consultation des salariés. Derrière cette idée, il y a la prise en compte d’une évolution fondamentale de la société. Nous vivons une crise de la représentativité et une crise de la démocratie qui impose de changer nos modes de pensée. Qui peut avoir peur de consulter les salariés ? Pas nous. C’est même une démarche utile pour relégitimer Les organisations syndicales. Nous devons prendre des risques. Lorsqu’un accord est validé par des syndicats représentant 30 % des salariés, je ne suis pas hostile à ce que l’on consulte les salariés au contraire. Mais la proposition de Myriam El Khomri n’est acceptable qu’à la condition que la consultation ne soit pas une mesure au service des patrons. Il faut qu’elle ne puisse intervenir qu’à l’issue de la négociation et à la seule initiative des syndicats signataires.

 

L’échec de certaines négociations sur le travail du dimanche, comme dans les grands magasins et à la Fnac, ne montre-t-il pas les limites du seul dialogue social ?

 

Les négociations vont se faire magasin par magasin. A la Fnac, nous avons signé l’accord mais les syndicats majoritaires ont fait valoir leur droit d’opposition. Je vous donne rendez-vous aux prochaines élections professionnelles. Nous verrons ce qu’en ont pensé les salariés...

 

La négociation sur l’avenir de l’assurance-chômage va bientôt s’ouvrir. Le déficit du régime impose-t-il des économies ?

 

On peut aussi rentrer dans la discussion en s’interrogeant sur les ressources supplémentaires à dégager. Nous réfutons une approche qui serait purement économique ou punitive. La France n’arrive pas à résorber le chômage et il faudrait le faire payer aux chômeurs ? Notre priorité est de conforter l’indemnisation et la simplification des règles engagée depuis 2009 et de renforcer l’accompagnement et la formation des chômeurs. Il faut aussi s’interroger sur le comportement des employeurs. Je pense en particulier à l’utilisation des contrats courts. Dans le dernier accord Unédic, nous avons mis un tout petit pied dans la porte, en taxant plus ces contrats. Il faut aller bien plus loin. Peut-être faudrait-il par exemple inciter les entreprises à garder plus longtemps les salariés en instaurant une cotisation dégressive selon la durée dans l’emploi.

 

La dégressivité des allocations chômage est-elle envisageable à certaines conditions ?

 

C’est totalement exclu, c’est économiquement inutile et socialement injuste. Il y a un côté quasi-obsessionnel du gouvernement sur le sujet. En revanche, un sujet comme la refonte de la filière des seniors n’est pas tabou.

 

La dégressivité avait été mise en place en 1992 par le patronat et la CFDT. Vous le regrettez ?

 

La CFDT a testé plein de choses sur l’assurance-chômage car elle a en permanence assumé sa part de responsabilité. C’est aussi elle qui a signé les annexes 8 et 10 sur les intermittents que d’autres aujourd’hui défendent sans les avoir paraphées. Un échec des négociations serait un très mauvais signal. Chacun doit assumer sa part de risque pour s’attaquer au chômage. Parmi les sujets, nous devons traiter avec l’Etat les problèmes de rupture entre la fin des droits Unedic et le début de ceux dans le cadre de la solidarité nationale.

 

A gauche comme à droite, l’idée de réécrire le code du Travail a fait son chemin. Qu’en pensez-vous ? 

 

Je suis en désaccord avec l’idée que le code du Travail serait responsable du chômage et que le modifier serait la solution. Mais je suis d’accord pour le faire évoluer, si on détermine les lieux où créer de la norme afin d’allier protection et souplesse. Il faut laisser plus d’espace à la négociation collective et reconnaître le fait syndical et l’accord majoritaire dans l’entreprise. Nous ne sommes pas de ceux qui rêvent d’un code du Travail à la Suisse faisant la part belle au gré à gré. Il faut un système articulant un ordre social national et négociations de branche et d’entreprise.

 

Qu’attendez-vous du rendez-vous salarial qui s’ouvrira cet hiver dans la fonction publique?

 

 Le gouvernement ferait une profonde erreur en ne dégelant pas le point d’indice. La CFDT se mobiliserait alors. Le dégel est une mesure de justice et une question de reconnaissance pour les fonctionnaires. Se contenter de donner 0,1 ou 0,2 % en plus serait clairement une provocation.

 

Que pensez-vous de la condamnation de salariés de Goodyear à 9 mois de prison ferme pour avoir séquestré leurs patrons ?

 

Elle est inacceptable. Tout le monde sait que nous ne partageons pas la stratégie qui a été menée par la CGT à Goodyear. Que ce soit là ou à Air France, ma parole n’a jamais tremblé pour condamner ces violences. Mais une peine de prison ferme est complètement inappropriée et je n’ai aucun état d’âme à le dire.

 

Vous sentez-vous impliqué dans la lutte contre la radicalisation religieuse ?

 

Il faut distinguer deux choses. Il y a le fait religieux, qui peut trouver une réponse dans la loi et le dialogue. C’est le sens du guide que nous avons édité pour nos militants. Et il y a la radicalisation et le prosélitisme. Le refus de serrer la main d’une femme, par exemple, est un comportement discriminant qui doit être sanctionné. Je me déplace toutes les semaines dans des entreprises et on ne peut pas dire que ce soit très répandu. Plus nous serons nombreux à mener le débat sur la laïcité sur des bases constructives, plus ce type de comportement reculera. Plus généralement, je suis préoccupé par le climat qui règne en France. Il manque un cap  et un projet positif pour « faire société ».

 

Une ancienne de la CFDT vient de rejoindre le cabinet de Myriam El Khomri. Votre syndicat a une relation privilégiée avec le gouvernement…

 

Nous ne plaçons personne. Anousheh  Kharvar a passé un concours difficile pour rejoindre l’Inspection générale des affaires sociales. Elle n’a rien demandé à la CFDT quand elle a quitté ses responsabilités. Personne ne peut prétendre avoir le droit de placer telle ou telle personne. Le gouvernement est allé chercher une compétence. Ça ne me réjouit ni ne me nuit fondamentalement.

 

Les taxis et VTC sont en plein conflit. Qui a raison ?

 

Le nouveau modèle d’économie numérique crée des emplois, et des emplois occupé par une population que le marché du travail a pour certains laissé de côté. La question n’est pas qu’il soit plus vertueux que l’ancien, la question est de réguler et d’organiser la transition pour ne pas sacrifier ceux qui, comme les taxis, voient émerger une nouvelle forme de concurrence. Je ne serai jamais de ceux qui disent qu’il faut défendre mordicus le monde d’hier car rien ne doit bouger. Mais j’ai le souci de préserver l’équilibre économique et social. Ce conflit est typique d’un défaut d’anticipation. Tout le monde l’avait vu venir mais on a laissé pourrir la situation.

 

Faut-il imposer des heures de bénévolat aux bénéficiaires du RSA ?

 

Imposer, non. Que ceux qui souhaitent faire du bénévolat puissent le faire, c’est bien. Mais être solidaire, ce n’est pas imposer sept heures de travail gratuit par semaine, dont il faudrait me dire de surcroît où les trouver ! Cette idée lancée par Laurent Wauquiez est une stigmatisation des exclus du monde du travail à laquelle je ne peux adhérer.

Propos recueillis par Leïla de Comarmond, Derek Perrotte et Nicolas Barré

 

L’enseignement supérieur et la recherche : un sujet de société !

Le 5 février, le SGEN et la Confédération ont organisé deux journées de réflexions et de débats autour du thème : « l’Enseignement supérieur et la recherche : un enjeu de société, un enjeu pour la CFDT ».

En effet, l’ESR a des implications qui vont bien au-delà de son champ  professionnel : sur la jeunesse, l’économie, l’action publique, le développement des territoires,  sur la connaissance et la citoyenneté…C’est d’autant plus vrai dans un contexte de mutations technologiques, scientifiques et environnementales, qui nous confronte à nouveau à un défi séculaire : mettre le progrès technique au service du progrès social et du bien-être humain.

L’ESR a donc une place déterminante dans le projet que porte la CFDT, d’une société de la qualité pour tous : qualité des biens et services ; qualité des emplois ; qualité de vie. La condition de cette qualité, c’est la montée en gamme de l’économie et la montée en qualification de tous les salariés. La démocratisation de l’enseignement supérieur et la réussite étudiante, l’investissement dans la recherche et l’innovation sont donc des objectifs majeurs pour la CFDT. La recherche fondamentale également : parce que la valeur des activités humaines ne se mesure pas à l’aune de leurs retombées économiques immédiates, il est important de développer tout ce qui participe à la compréhension du monde, à la curiosité et à l’émancipation des individus…Les sciences, de la nature, humaines, sociales, y contribuent évidemment.

Pour toutes ces raisons, l’ESR ne peut pas s’accommoder d’une vision de court terme, ni de politiques publiques cloisonnées. La CFDT appelle au contraire à une stratégie globale et partagée pour l’ESR, qui se déploie sur le temps long.

C’est d’abord à la puissance publique d’assumer son rôle  d’impulsion, de soutien et de financement. A plusieurs reprises, la CFDT a alerté sur l’insuffisance du budget de l’ESR, qui n’est pas à la hauteur des enjeux dans un contexte de hausse des effectifs étudiants, et qui entraine une dégradation des conditions de travail des étudiants et de tous les personnels.

Ensuite, l’ESR implique de travailler ensemble : entre établissements d’enseignement supérieur public et privé, organismes de recherche, entreprises, financeurs, Etat, hôpitaux, collectivités…. Ces écosystèmes d’innovation permettent de développer des activités et des emplois de qualité sur les territoires.

Dans l’entreprise, le dialogue social a un rôle à jouer pour peser sur les orientations stratégiques et le partage de la valeur ajoutée en faveur de la recherche et de l’innovation, mais aussi, j’ai eu l’occasion de le rappeler, pour contrôler le bon usage des aides publiques (notamment du crédit d’impôt recherche).

Invité de la matinale de RTL - 9 février 2016

Retrouvez mon interview à Olivier Duhamel dans la matinale de RTL du 9 février 2016. J'y parle notamment de la volonté du conseil départemental du Haut-Rhin de conditionner le versement du RSA à la réalisation d'heures de bénévolat. 

 


RSA contre bénévolat : "Le bénévolat n'est pas... par rtl-fr

Avec les agents de Pôle emploi, pour défendre l’accompagnement des chômeurs

 

Vendredi 29 janvier, je suis invité à rencontrer des militants de Pôle Emploi Ile de France. Dans la mythique salle de la Bourse du Travail, ils sont environ 80, réunis pour préparer les élections professionnelles d’avril.

Ensemble, nous échangeons sur leur vision de leur métier et des politiques de l’emploi. Je mesure leur grand attachement à la qualité du service rendu aux demandeurs d’emploi. Mais j’entends aussi leurs difficultés à travailler dans des conditions difficiles, sous la pression des « chiffres », et sans visibilité sur  leur avenir.

Blog PSTE Laurent

 

Les conseillers Pôle Emploi aussi sont confrontés à la transition numérique, qui transforme leurs façons de travailler. Pourtant, l’automatisation d’une partie de leurs tâches peut être une opportunité ; avoir plus de temps pour se concentrer sur  l’accueil et sur l’accompagnement de chaque demandeur d’emploi, sur le dialogue avec les entreprises. Sur tout ce qui donne du sens à leur métier, et qui ne pourra jamais être remplacé par un algorithme.

Nous discutons aussi de la « régionalisation » de Pôle Emploi, idée évoquée par certains responsables, et qui les inquiète à juste titre. Pour eux, il est tout naturel de travailler sur le terrain, en partenariat avec les acteurs locaux, pour identifier les besoins et construire une offre de formation adaptée. Mais comment imaginer 18 politiques de l’emploi autonomes, 18 agences régies par des règles différentes, 18 façons d’indemniser et de suivre les demandeurs d’emploi ? Pour la CFDT, c’est un contre sens et un danger. Pour lutter contre le chômage qui est un fléau national, les citoyens sont en droit d’exiger une impulsion nationale forte. Ce n’est pas le moment de parcelliser ces politiques et de désorganiser l’opérateur, ni de prendre le risque de créer des inégalités et de freiner les nécessaires mobilités professionnelles.

Aborder les négociations sur l’Assurance chômage, qui s’ouvriront la semaine prochaine, sous le seul angle des économies budgétaires serait un même contre sens. La CFDT a toujours pris ses responsabilités à chaque fois qu’il s’est agi de préserver la stabilité financière des régimes dont elle a la gestion, mais elle l’a toujours fait avec deux préalables : des efforts équitablement répartis, et un cap très clair sur ce que nous faisons. Pour la CFDT, l’assurance chômage est un instrument de sécurisation des parcours, qui doit donner aux demandeurs d’emploi la stabilité nécessaire pour se former, rebondir et retrouver un emploi durable et de qualité. Au moment où l’économie ne crée pas suffisamment d’emplois pour tous ceux qui en ont désespérément besoin, la CFDT ne laissera pas passer l’idée que 5 millions de chômeurs seraient 5 millions de fainéants, et que les jeter dans la précarité serait la solution.

Photo Blog PSTE

 

Blog PSTE

crédits photos: Pascaline Dupré-Camus et Jean-Marc Agnieray

Interview "Paris Match" - 26 janvier 2016

Le plan d’urgence pour l’emploi de François Hollande est-il à la hauteur ?

Nous sommes favorables aux mesures sur la formation des chômeurs, mais leur mise en œuvre déterminera leur pertinence. Nous sommes en désaccord sur le plafonnement des indemnités prud’homales. C’est une mesure sans effet sur l’emploi et injuste pour les salariés. Elle va aussi rendre plus complexe la vie des entreprises. Les questions de harcèlement et de discrimination n’étant pas concernées, elles vont se développer comme motifs de recours auprès d’autres juridictions. La prime pour les PME revient, elle, à arroser le sable.

Cette prime ne déclenchera-t-elle pas d’embauches ?

Elle est très chère, et je ne suis pas certain que, pour un chef d’entreprise, 2000 euros d’allègement de cotisations supplémentaires déterminent une embauche. Il est évident que les effets d’aubaine seront nombreux. Peut-être y aura-t-il quelques effets leviers, mais ce sera si diffus! Cette prime doit être prise sur l’enveloppe allouée au pacte de responsabilité. Comme lors de la signature de ce pacte, se pose la question de la conditionnalité des aides versées aux entreprises.

Selon vous, le patronat, qui pourrait encore recevoir une prime sans condition, joue-t-il le jeu ?

Non, les organisations patronales ne jouent pas toutes le jeu. Certaines branches, comme la métallurgie, se sont engagées, mais seules 14 branches ont signé des accords qu’il faut encore mettre en œuvre. Dans l’agro-alimentaire, les engagements ne sont pas tenus. C’est à l’Etat de faire le bilan et d’en tirer les conséquences en instaurant davantage de conditionnalité pour le versement de la dernière tranche en 2017.

Le Medef a remisé ses pin’s «un million d’emplois», est-ce un aveu d’échec ?

Je constate que les marges des entreprises ont été restaurées, il faut donc aller beaucoup plus loin dans leur utilisation pour l’investissement, l’embauche et la formation des salariés. La logique du patronat, c’est «toujours moins de règles et de contraintes, toujours plus d’aides». C’est intenable. Je ne mets pas tous les chefs d’entreprises dans cette catégorie, mais le Medef a eu un discours qui n’a pas été à la hauteur après le pacte de responsabilité. Au lieu de jouer un rôle moteur, il a choisi la surenchère, les plaintes et les revendications incessantes.

Bercy calcule que le plan d’urgence pourrait faire baisser le nombre de chômeurs de 0,5% à condition que la croissance atteigne 1,5%. Est-ce réaliste ?

Le positionnement de la CFDT part de la réalité du vécu des chômeurs. Les éléments statistiques, je m’en fiche. On crève d’une approche macroéconomique du chômage. Le chômage n’est pas qu’une courbe, mais une réalité sociale durement vécue par les personnes.

C’est François Hollande qui a lui-même mis comme condition à sa réélection une inversion de cette courbe…

Parler de courbe au lieu de parler des personnes, je pense toujours que c’est une mauvaise expression. Quant au reste, ce n’est pas mon problème.

Emmanuel Macron vient de déclarer que les aménagements envisagés sur les heures supplémentaires signaient «de facto» la fin des 35 heures. Qu’en pensez-vous ?

Emmanuel Macron dit ce qu’il veut. J’ai entendu le Premier ministre assurer qu’il n’était pas question de toucher à la durée légale du travail. Nous y sommes attachés, ainsi qu’à la négociation collective dans les entreprises.

Que pensez-vous du rapport Badinter sur le Code du travail ?

Il est utile car il rappelle les éléments fondamentaux du Code du travail, comme le respect et la dignité de l’être humain au travail. Il aurait été souhaitable qu’il intègre les travailleurs qui ne sont pas salariés, comme les indépendants. Il faut que la loi El Khomri soit une loi de progrès.

Vous allez discuter de la convention Unedic entre partenaires sociaux. Le gouvernement et la Cour des comptes suggèrent de diminuer le montant de l’indemnisation des chômeurs. Y êtes-vous favorable ?

Nous sommes contre. Encore une fois, c’est une approche économique de l’assurance-chômage, qui est pourtant un filet de sécurité pour des milliers de personnes. Laisser penser qu’il faudrait avoir une logique budgétaire (revenir à l’équilibre sans se soucier des conséquences sociales), ou punitive (les gens sont au chômage car ils ne veulent pas retravailler), est insupportable. S’il n’y avait pas eu d’assurance chômage depuis 2008, la situation sociale serait encore plus dégradée qu’aujourd’hui. La vraie économie pour l’assurance chômage, c’est quand les chômeurs auront retrouvé un emploi.

Comment expliquez-vous le faible nombre d’accords signés sur le travail du dimanche, et le droit d’opposition exercé notamment par la CGT à la Fnac ?

Il y a des accords (Fnac, Zara, dans la branche de la bijouterie, sur le territoire du Pays de Rennes…). Les syndicats, comme à la Fnac, qui font opposition, devront rendre compte aux salariés. Je n’ai aucun problème pour leur expliquer que l’engagement de la CFDT a permis d’obtenir de fortes majorations le dimanche, des aides aux transports, des embauches… Là où nous n’arrivons pas à signer d’accords, c’est aussi que les entreprises ne mettent pas suffisamment de contreparties pour les salariés.

Propos recueillis par Anne-Sophie LeChevallier

INEGALITES, ENTREPRISE, ON EN PARLE ?

Lundi 18, le rapport d’Oxfam révélait que 1 % des plus grandes fortunes mondiales possédait désormais davantage que les 99 % restants.

Si le chiffre, vertigineux, est contesté par certains, le constat n’est pas discutable : les inégalités progressent à l’échelle mondiale.  

C’est le signe d’un modèle de développement qui a perdu de vue sa finalité ; le bien être humain. Et qui n’est désormais plus compatible avec la préservation de l’environnement…ni même avec la prospérité économique : car les inégalités dégradent le potentiel de croissance autant qu’elles fragilisent le lien social. 

Je suis convaincu qu’il n’y a pas de fatalité. Une  fois de plus, c’est dans l’entreprise que se trouve une partie du problème…et de sa solution.

Il est plus que temps d’ouvrir un débat politique sur l’entreprise, et de poser la question de sa démocratisation ! Cela n’a rien d’utopique ou de radical. Regardons les choses en face : les grandes entreprises ont acquis un pouvoir incroyable sur nos vies…et elles sont contrôlées par une minorité actionnariale qui impose son propre agenda. Pourtant, c’est collectivement que la valeur est créée, et c’est collectivement qu’on subit les externalités de l’activité économique. Donc c’est collectivement que nous devons décider du partage de la valeur, et de la stratégie de l’entreprise.

Il n’y aura pas de réduction des inégalités sans une refondation de l’entreprise, de sa gouvernance, de ses finalités.

J’attends aussi des gouvernants qu’ils aient le courage d’établir des règles fiscales et sociales claires et justes, qui garantissent que les plus riches ne s’exonèrent pas de leur contribution au financement du modèle social, et que les plus pauvres sont effectivement couverts. Enfin il faut s’attaquer à la fracture principale qui est celle de l’accès à l’éducation et à la formation, en investissant massivement dans les capacités du plus grand nombre.

Pas de fatalité donc…mais pas de changement spontané à attendre non plus. A nous de peser pour des régulations adaptées à tous les niveaux !

Invité du Grand jury RTL - LCI - Le Figaro

Retrouvez l'intégralité de mon passage danns l'émission Le Grand jury

1e partie: 


Le Grand Jury du 17 janvier avec Laurent Berger... par rtl-fr

 

2e partie:


Le Grand Jury du 17 janvier avec Laurent Berger... par rtl-fr

« Le syndicalisme qu’attendent les salariés et les français »

L’image des syndicats est notoirement mauvaise…Les français les jugent trop idéologisés, en décalage avec leur quotidien et leurs priorités.

C’est ce que confirme le dernier sondage réalisé par TNS Sofres. Un constat déprimant, à première vue, pour quiconque consacre sa vie à l’engagement syndical…

Sauf si on y regarde d’un peu plus près. Les résultats de cette enquête nous éclairent sur les attentes des salariés : ils veulent plus de transparence et de dialogue dans l’entreprise ; les mots « compromis » et « compétitivité » ne sont pas tabous pour eux. A l’ère du 2.0 et de la démocratie participative, ils sont conscients que le monde bouge : ils veulent  simplement peser sur les changements, en comprendre le sens, être sécurisés mais aussi avoir la liberté de faire des choix professionnels et personnels.  

Il existe un syndicalisme qui a compris ces attentes et qui a l’ambition d’y répondre : c’est celui qu’incarne la CFDT. Certains nous qualifient de  « réformiste », d’autres disent « pragmatique » ; je préfère parler d’un syndicalisme de sens et de résultats.

Et ça marche. Ce n’est pas un hasard si la CFDT est à l’origine de la plupart des avancées sociales de ces dernières années.  Ce n’est pas un hasard si nous progressons dans les dernières élections professionnelles.

Mais nous devons aller plus loin : mettre en avant les résultats obtenus par nos militants, et continuer à construire un syndicalisme en phase avec le monde tel qu’il évolue.

Il y aura toujours autant besoin de syndicats à l’avenir.  Le monde qui vient est plein de promesses, mais il expose aussi à de nouvelles menaces. Les salariés (et  l’ensemble des travailleurs) auront toujours besoin de s’organiser collectivement, d’être accompagnés et défendus. Plus que jamais, il faudra des interlocuteurs – et des contrepouvoirs – pour construire les régulations adaptées.

A la CFDT, on avance vers un syndicalisme de services; on outille, on expérimente et on rassemble  …Parce que c’est ce que les salariés attendent de nous !

 

Intervention devant Manuel Valls et Myriam El Khomri - 11 janvier 2016

J'ai rencontré le 11 janvier Monsieur Manuel Valls, premier ministre et Madame Myriam El Khomri, ministre de l'emploi, du travail, du dialogue social et de la formation professionnelle, pour une rencontre bilatérale au sujet des annonces du président Hollande sur l'emploi lors de ses voeux. Voici ce que je leur ai dit: 

Nous sortons d’une année marquée par le traumatisme des attentats de janvier et de novembre, et par l’accentuation d’une crise démocratique, qui se nourrit d’une situation économique et sociale toujours dégradée.

2016 ne démarre pas dans un contexte plus facile ; le chômage reste la première préoccupation des français, alors que la crainte de nouveaux attentats est présente dans tous les esprits. Le défi auquel nous sommes confrontés est de trouver le bon équilibre entre sécurité et liberté, mais aussi de favoriser toutes les initiatives qui permettent de reconstruire du lien social.

Il est également indispensable de rappeler « ce qui marche », de valoriser les avancées obtenues, y compris sur le plan économique et social. L’application de deux nouveaux droits au 1er janvier 2016, qui s’inscrivent dans des objectifs poursuivis de longue date par la CFDT _ la sécurisation des parcours professionnels et la réparation de la pénibilité au travail _ en sont un bon exemple. Il s’agit de :

  • la généralisation de la complémentaire-santé, qui constitue une étape supplémentaire dans l’accès aux soins pour tous ;
  • le compte de prévention de la pénibilité, qu’il faut défendre comme une grande avancée sociale, malgré les attaques incessantes des organisations patronales, alors que tout a été fait pour faciliter la mise en œuvre pratique de cette mesure de justice.

Le temps de la discussion passée, vient maintenant le temps du respect de la loi.

Pour lutter contre le chômage il faut continuer à chercher toutes les solutions possibles. La CFDT ne refuse pas, à priori, une « union nationale » large des partis et des acteurs contre le chômage. Elle s’opposera en revanche fermement à une union de postures qui ferait la part belle à des propositions simplistes, injustes et court-termistes qui postulent que la protection des travailleurs est un frein à l’emploi.

 C’est à ce titre que la CFDT continue de s’opposer à la barémisation des indemnités prudhommales suite à un licenciement injustifié, a fortiori avec un plafond de faible niveau.

L’attitude d’une partie du patronat, qui d’un côté ne cesse de dénoncer les déficits tout en réclamant de l’autre de nouvelles subventions de l’Etat n’est plus tenable, après le pacte de responsabilité.

Certaines branches professionnelles et entreprises se sont engagées, mais elles sont trop nombreuses à ne pas avoir joué le jeu des contreparties en termes d’investissement, de formation des salariés, d’embauche en apprentissage, etc.

Je demande que les partenaires sociaux soient réunis pour faire le bilan des engagements pris en contrepartie du pacte de responsabilité, avant toute autre mesure d’aides aux entreprises.

La création d’une nouvelle aide à l’embauche pour les TPE PME, annoncée par le président de la république lors de ses vœux, nous parait inopportune : le recours élevé à l’intérim montre que dans la période ce n’est pas le cout du travail qui freine l’embauche. Le financement de cette mesure ne doit pas venir s’ajouter aux quarante et un milliards d’euros déjà investis dans le cadre du pacte de responsabilité. En tout état de cause, des contreparties en termes de qualité de l’emploi (embauche en CDI ou en CDD de plus de 6 mois) devront être exigées.

La réponse à l’urgence de la situation économique et sociale ne peut donc pas être : « moins de règles, moins de charges, moins de contraintes » ! Affaiblir les protections des travailleurs au moment où la peur du déclassement jette une partie de nos concitoyens dans les bras des extrêmes renforcerait encore les menaces qui pèsent sur notre pacte républicain.

Il faut donc affirmer sans relâche que le progrès social est encore possible pour sortir du déclinisme mortifère ambiant. Ce n’est ni en proposant d’assouplir les modalités de rupture des contrats de travail, ni en fragilisant les revenus de ceux qui sont déjà le plus en difficultés que nous y arriverons ; pas plus qu’en défendant le statut quo.

C’est bien le défi de la construction d’un nouveau mode de développement que nous devons relever collectivement.

Cela nécessite d’abord  de faire de l’investissement public et privé une priorité, tant au niveau national qu’européen ; c’est la seule option possible pour prendre le virage des transitions écologiques et numérique, créer des emplois de qualité et renouer avec la compétitivité économique ;

A ce titre, l’annonce du lancement de grands travaux publics pour la rénovation des bâtiments et le développement des énergies renouvelables est positive et devra se concrétiser rapidement.

Une alerte cependant sur l’investissement public : la mise en place des nouvelles Régions ne doit pas aboutir à une réduction des dépenses d’investissement au profit du budget de fonctionnement, alors qu’elles sont au cœur des enjeux d’investissement, de la formation des demandeurs d’emploi et de l’abondement du CPA pour les jeunes sortis sans qualification du système scolaire.

Ensuite, cela implique également d’investir sur les personnes, sur leurs compétences et de mettre en place les protections nécessaires pour que chacun puisse construire un parcours professionnel et de vie sécurisé.

Sur le marché du travail, l’inégalité la plus discriminante n’est pas celle du type de contrat de travail, mais celle du niveau de qualification.

La CFDT est donc logiquement très favorable au renforcement du plan de formation de 500 000 demandeurs d’emploi que nous avions revendiqué à la conférence sociale. Mais l’enjeu est de rendre opérationnel et utile ce dispositif, sans faire de « l’occupationnel ».

Sur le contenu de ces formations, l’objectif est que 100% de formations soit utile !

Utile d’abord à l’employabilité de ceux qui vont en bénéficier. Il faut donc penser ce plan en terme de parcours pour les bénéficiaires afin qu’ils améliorent leurs qualifications. Pour cela, il faut flécher la partie la plus importante possible du dispositif sur des formations longues et qualifiantes pour développer les compétences numériques, les compétences nécessaires à la transition écologique, et les besoins en recrutement.

Toute la partie du dispositif qui ne rentrerait pas dans cette problématique doit être fléchée vers des formations au socle de connaissance et de compétences professionnelles.

Pour promouvoir cette logique de parcours, il serait particulièrement bienvenu de lier les aides pour les PME annoncées par le président de la république à l’embauche de bénéficiaires de ce plan.

Contrairement à ce qui est présenté dans le projet de loi « Nouvelles opportunités économiques », nous ne croyons pas que l’investissement  et la reconnaissance des compétences des travailleurs soient un frein à l’emploi : c’est en fait la condition d’une montée en gamme de l’économie française et de la sécurisation des parcours professionnels.

Ces formations doivent également être utiles aux entreprises ; pour cela, le recueil de leurs besoins doit se faire au plus près des entreprises, bassin d’emploi par bassin d’emploi, et organisé au niveau régional. La méthodologie existe désormais pour réussir cela, Il faut s’appuyer sur les CREFOP et rendre leurs travaux plus opérationnels.

La mobilisation des organismes de formation, notamment l’AFPA, sera nécessaire à la réussite de ce plan.

Concernant le financement, nous mesurerons l’ambition de l’Etat à l’aune de son engagement financier. Avec la qualité des formations proposées, la hauteur de l’engagement financier de l’Etat sera notre second critère d’appréciation de ce plan. A côté d’un engagement fort de l’Etat, la CFDT est prête à réorienter vers ce plan des engagements financiers des partenaires sociaux par le biais du FPSPP.

Les Régions doivent également être au rendez-vous de l’enjeu de ce plan massif pour la montée en compétence des demandeurs d’emploi.

Enfin, s’agissant de la gouvernance de ce plan, nous avons deux attentes : un pilotage volontariste aux niveaux national et régional, qui associe les partenaires sociaux, l’Etat et les Régions ; et une évaluation régulière des entrées en formation des demandeurs d’emploi.

La CFDT est également convaincue de la nécessité du développement de l’apprentissage, car il constitue un moyen pour de nombreux jeunes, notamment les jeunes peu qualifiés, de s’insérer dans un monde du travail qui ne leur fait que peu de place. S’il y a consensus sur l’objectif, la mobilisation de tous les acteurs concernés est indispensable, et en premier lieu, celle des entreprises et des branches professionnelles, dans le cadre du pacte de responsabilité.

Plus globalement, la CFDT défend la nécessité d’une stratégie nationale concertée, qui doit s’articuler autour de quatre axes:

-       La rénovation du statut de l’apprenti, acté à plusieurs reprises mais qui n’a pas été mise en œuvre. Nous sommes favorables à lier la rémunération au diplôme préparé plutôt qu’à l’âge et nous demandons un renforcement des aides au transport et à l’hébergement ;

-       La valorisation de l’apprentissage à travers des campagnes de communication régulières ;

-       Des formations mieux adaptées aux besoins du marché du travail. Pour cela, une plus grande concertation des partenaires sociaux sur l’élaboration des formations est nécessaire. Nous sommes prêts à discuter de l’ouverture de l’apprentissage aux titres du Ministère du Travail ;

-       Un accompagnement de qualité tout au long du contrat, d’une part pour les apprentis, avec l’aide des CFA, et d’autres part pour les entreprises, notamment les TPE, en s’appuyant sur les plateformes RH qui existent dans les territoires.

Cette stratégie nationale doit ensuite se décliner en pactes régionaux pour le développement de l’apprentissage permettant de coordonner l’engagement de tous les acteurs. 

***

Au-delà du plan d’urgence pour l’emploi, ce sont des réformes structurelles qui sont engagées, dans le cadre de négociations menées par les partenaires sociaux et de concertations, dans la perspective de la loi portée par la ministre du travail.

Le compte personnel d’activité peut-être une grande avancée sociale, à condition qu’il ne se limite pas à rassembler les comptes existants sur une plateforme informatique. Pour la CFDT, le CPA doit être un outil de sécurisation des parcours professionnels mais il doit également permettre à chacun de mieux articuler les temps sociaux au quotidien et tout au long de sa vie. C’est pour cette raison que la CFDT revendique que la généralisation du compte épargne temps soit à l’ordre du jour de la négociation en cours sur le CPA, sans, pour l’instant, être entendue par la partie patronale. Si cela devait perdurer, le gouvernement devrait reprendre cette mesure dans la loi.

La CFDT a également été auditionnée par la commission Badinter, sur les suites à donner au rapport Combrexelle. Vous le savez, nous nous étions exprimés très positivement sur l’esprit général de ce rapport ; nous croyons à la capacité des acteurs des entreprises et des branches à trouver les compromis adaptés à la diversité des situations. Mais nous sommes inquiets de ce à quoi pourrait aboutir cette initiative si la cohérence d’ensemble des propositions faites dans ce rapport n’était pas respectée, et notamment si la restructuration des branches et la mise en place des accords majoritaires n’étaient pas menées à bien. Le risque serait alors de détourner une démarche positive de construction de protections nouvelles vers une dérégulation du marché du travail, ce que nous rejetons entièrement.

L’ouverture de la négociation sur l’assurance-chômage à la fin du mois de janvier sera également un rendez-vous important : la CFDT l’aborde avec inquiétude.

L’enchâssement de la négociation de règles spécifiques au régime des intermittents du spectacle dans la négociation du régime générale sera inévitablement source de difficultés d’interprétation et de complexité dans le processus de négociation.

Pour la CFDT, il n’est pas question de remettre en cause les droits des demandeurs d’emploi alors que le chômage demeure à un niveau très élevé. Le maintien d’un bon niveau d’indemnisation couplé à un accompagnement et/ou à une formation sont la condition d’un retour à l’emploi, a fortiori dans le cadre d’une montée en gamme de l’économie.

La CFDT n’ignore pas les enjeux liés à l’équilibre financier du régime d’assurance chômage. Mais le niveau élevé du chômage ne permet pas d’envisager une amélioration significative de la situation : nous devons faire le choix collectif de la solidarité pour l’indemnisation comme pour la formation des demandeurs d’emploi.   

***

Face aux deux principaux enjeux de 2016_ le chômage de masse et la crise démocratique_ nous avons besoin de l’engagement de l’ensemble des acteurs de la société pour continuer à construire du progrès social et redonner espoir en l’avenir.

Invité de la matinale d'Europe 1 le 11/01/16

Invité de Jean-Pierre Elkkabach pour parler notamment de la réforme du Code du travail, j'ai particulièrement tenu à rappeler le patronat à ses engagements.

A retrouver en vidéo ici: 


Chômage et 35 heures : Laurent Berger répond... par Europe1fr

Interview au journal l'Opinion du 4 janvier 2016

Le 31 décembre, les derniers décrets concernant la mise en place du compte pénibilité ont été publiés. Le patronat fustige un dispositif  contre-productif et aussi pénalisant que les 35 heures. Que répondez-vous ? 

Avant tout, c’est aux salariés, que je veux m’adresser en rappelant que le compte pénibilité, comme la complémentaire santé – en vigueur depuis le 1er janvier 2016- sont des avancées obtenues par l’engagement syndical de la CFDT. Et que ces nouveaux droits s’adressent à ceux qui sont les plus exposés aux conditions de travail difficiles mais aussi à la précarité. À chaque nouveau droit acquis, le patronat hurle aux loups, crie à la complexité, à la contrainte sur la compétitivité. Pourtant, il y a eu plusieurs concertations, missions, échanges… qui ont d’ailleurs été des réponses aux objections des organisations patronales.  Le véritable problème, c’est que le patronat est toujours resté dans une approche idéologique et n’a jamais voulu rentrer dans le dispositif. 

Ne craignez-vous pas face à la montée de bouclier des organisations patronales, notamment du Medef , que les branches professionnelles n’appliquent pas la mesure en estimant qu’elle est inapplicable ? 

Quand il y a une mesure législative, la responsabilité est de l’appliquer. Cela s’appelle l’État de droit. Cela peut passer ici ou là, par des accords d’entreprises, afin que le dispositif s’applique de façon intelligente… mais entendre toujours le même lamento, non. Nous ne tolérerons pas une pratique dilatoire du compte pénibilité. Aujourd’hui, nous serons vigilants, car le temps de la négociation et du compromis sont passés. Quant au caractère inapplicable du dispositif, je suis frappé que les chefs d’entreprise qui sont capables de mesurer la performance individuelle des salariés, ne soient pas en mesure de le faire quand il s’agit de facteurs de pénibilité ! 

Qu’avez-vous pensez des vœux de François Hollande et notamment des mesures en faveur d’e l’emploi ? Jugez-vous, comme Jean-Claude Mailly, de FO, que les annonces du président sont insuffisantes ? 

Beaucoup de choses doivent être encore précisées, notamment pour aider les PME à embaucher. Mais sur l’aspect formation, bien sûr qu’un effort supplémentaire doit être fait. Attention, il n’est pas question de faire de l’occupationnel pour les chômeurs. Mais on sait que le premier défi pour lutter contre le chômage c’est la qualification. Donc aider les plus éloignés du marché du travail à acquérir de nouvelles compétences, ou à se former aux métiers de demain, du numérique, de la transition énergétique, c’est bien. Sur l’apprentissage, il faut passer à la vitesse supérieure. Tous les freins sont maintenant levés, là encore, c’est aux organisations patronales de sensibiliser leurs adhérents, pour qu’ils emploient des jeunes. Il est temps qu’elles sortent de la plainte permanente. 

Pensez-vous que, concrètement, Pôle emploi, les régions, les organismes de formations soient en mesure d’accueillir 500 000 demandeurs d’emplois de plus en formation ? 

Cet objectif n’est réalisable que s’il y a un pilotage fort, une coordination tous les acteurs, au niveau national et régional. Cela peut être une des ambitions des toutes nouvelles régions. Nous avons des commissaires au redressement productif, mais aussi à l’investissement. Pourquoi ne pas imaginer une tête de pont régionale très identifiée en matière de formation des chômeurs ? 

Plus généralement, comment avez-vous trouvé les vœux du président ? 

C’est un exercice convenu qui a ses limites. J’aurais aimé qu’il parle un peu plus de la capacité à reconstruire une société, à redonner de l’envie de faire ensemble, à redonner du souffle… Car il me semble que c’est l’enjeu de 2016.  Je mets en garde contre les mesures symboliques qui peuvent avoir des effets désastreux et diviser les gens. La déchéance de nationalité en est un exemple, j’y suis opposé car je crains que cela ne fasse beaucoup de dégâts en termes de ressenti, notamment chez les personnes d’origine immigrée. Pourquoi ne pas donner alors un signal positif, comme le droit de vote aux étrangers aux élections locales ? 2016 doit être autre chose que l’année avant 2017 ! Après les drames que nous avons vécus en 2015, il faut trouver d’autres façons de se parler, de vivre ensemble, et éviter de tomber dans une vision binaire de la réalité sociale. 

Cela risque-t-il pas d’être un vœu pieux ? Vous ne croyez toujours pas  à un pacte républicain contre le chômage… 

Non, parce qu’on le voit, dès le 1er janvier, chacun essaie de tirer la couverture à lui. Beaucoup d’acteurs patronaux, mais aussi syndicaux sont plus dans le commentaire et la posture que dans la mobilisation ! C’est regrettable. 

Frédéric Lefebvre milite pour la création d’une allocation unique universelle. La Finlande l’a adoptée. Qu’en pensez-vous ? 

Cette idée – qui séduit des personnes d’horizons politiques et sociaux très différents mérite d’être étudiée. D’autant qu’elle promet d’être abordée dans la réflexion sur le compte personnel d’activité, le CPA. Pourquoi ne pas saisir le conseil économique, social et environnemental sur cette question, afin qu’il étudie les effets positifs comme éventuellement négatifs de ce dispositif.  

Bonne année 2016 !

Mes voeux pour 2016 en vidéo: 

 


Les Vœux de Laurent Berger par CFDT_TV

Interview au JDD du 20/12/2016

Cette interview a été réalisé par Nicolas Prissette pour "le Journal du Dimanche".

Le gouvernement souhaite une union nationale contre le chômage. Pierre Gattaz, président du Medef, veut un «pacte républicain». Une concorde pour l’emploi est-elle envisageable?

L’urgence absolue est de faire baisser le chômage, d’accord. Qu’il y ait des gens de tout bord qui portent une volonté commune, très bien. Que le chômage favorise le vote FN, tout le monde l’a compris. Mais la question est de savoir comment on fait. Je dis au gouvernement, ne cédez pas à la panique, ne cédez pas à la pensée unique selon laquelle le problème est le coût du travail comme le dit le Medef. Le problème, c’est l’investissement, la qualification et la formation.

Il n’est pas possible de trouver des mesures consensuelles ?

Chacun cherche la martingale contre le chômage.  On rêve d’une solution miracle, on tente la transgression… Mais le patronat est figé dans ses postures. Je constate que les idées du Medef, c’est la précarité, la baisse supplémentaire du coût du travail, et aucune réflexion sur l’économie. Que le gouvernement ne tombe pas dans ce piège.

Le coût du travail en France n’est plus un sujet?

Les entreprises ont eu l’argent du pacte de responsabilité, 41 milliards d’euros. Elles devaient investir, former, embaucher. Quelques branches se sont engagées mais beaucoup ont failli. Je demande que le gouvernement réunisse dès que possible tous les partenaires sociaux pour tirer les choses au clair, faire le bilan des engagements sur l’investissement, les embauches, l’apprentissage. Il faut commencer par demander des comptes au lieu de se laisser embarquer dans l’escalade des revendications patronales.

Ce serait la faute au patronat, les syndicats n’ont rien à se reprocher ?

La CFDT a pris ses responsabilités. Je n’ai pas d’état d’âme pour aider les entreprises à construire les mobilités, à développer les compétences, à s’organiser avec agilité pour répondre à la demande. Je dis aussi qu’on peut soutenir l’entreprenariat comme le fait par exemple l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie). Personne ne reprochera à la CFDT un quelconque immobilisme. En revanche, il faut arrêter de considérer que les organisations patronales n’ont aucune responsabilité dans le chômage. Définissent-ils le nouveau monde, celui de la transition énergétique, de la transition numérique, de la qualité des relations sociales ? Non, rien. Le leader du Medef dit que le social est un problème, alors que la performance de l’entreprise en dépend.

Le gouvernement promet un effort sur la formation. Cela va dans le bon sens ?

Il faut faire beaucoup, beaucoup plus sur la formation. Nous avons un besoin urgent de former 450.000 demandeurs d’emploi supplémentaires. Le plan en cours porte sur 150.000 entrées pour les métiers en tension, ceux de la transition numérique et énergétique. Il faut aller beaucoup plus loin en élargissant aux qualifications de demain et aux savoirs fondamentaux. On estime que 60% des métiers qui embaucheront dans 20 ans ne sont pas connus. Il y a donc beaucoup à faire.

Si c’est urgent, pourquoi cela n’est pas fait jusqu’ici?

Parce que tous les acteurs n’agissent pas ensemble. Il y a des centres de formation vides et l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) doit être pleinement utilisée. Nous voulons travailler mieux avec les conseils régionaux. Et nous attendons que l’Etat s’engage fortement sur le financement des mesures à venir.

Comment relancer l’apprentissage, comme le veut l’exécutif?

Il faut permettre l’entrée en apprentissage à n’importe quelle période de l’année. Aujourd’hui, si un jeune rate la rentrée de septembre, il se retrouve démuni pendant un an. L’apprentissage ne coûte presque plus rien aux entreprises, c’est bien la preuve que la baisse des coûts ne résout pas tout. Pour débloquer la situation, nous devrons peut-être en passer par une forme de contrainte et pénaliser les entreprises sans apprenti. Il faudra aussi un acte volontariste pour améliorer le statut de l’apprenti et pour relancer les formations au niveau CAP et bac pro.

Quels sont vos modèles de réussite contre le chômage ?

J’ai beaucoup d’exemples. Quand Renault recommence aujourd’hui à embaucher, après un accord de compétitivité qui a sauvé des emplois, c’est la preuve que c’est possible. Quand on a fait des plans de formation à Saint-Nazaire pour répondre aux nouvelles commandes des chantiers de l’Atlantique, ça a marché. Quand, à Cholet, une entreprise de menuiserie est passée de 90 à 450 salariés en investissant et en augmentant la part de femmes, grâce au dialogue social, ça a marché aussi.

Vous n’avez pas signé le projet d’accord sur le travail du dimanche dans les grands magasins. C’est un échec?

Ce n’est pas terminé. Dans la loi Macron, nous avons exigé que le travail dominical passe par un accord pour que les contreparties soient dument négociées. Nous souhaitons aboutir dans les grands magasins. Il y a encore des points importants à traiter, pour les vendeurs démonstrateurs, sur la garde d’enfant, sur les créations d’emplois. J’invite les dirigeants de la branche professionnelle à écouter la fédération CFDT pour trouver les solutions.

Nicolas Prissette

 

Parler du travail pour améliorer le travail

Ce mardi 15 décembre, je me suis rendu aux menuiseries CAIB à Cholet, dans le Maine-et-Loire, entreprise de 400 salariés environ qui fabriquent des portes et des fenêtres. Notre équipe là-bas a signé un accord très intéressant avec la direction, qui porte à la fois sur la qualité de vie au travail mais aussi sur l’égalité professionnelle.

Il s’agit entre autre de mettre en place des espaces de progrès : les salariés identifient des problématiques sur leur poste de travail (par exemple, trop de manutention), puis un choix est fait sur une des problématiques identifiées pour tenter de trouver une solution. La recherche de la solution se fait lors de ces rencontres, chaque jour pendant 15 min (au moment du changement d’équipe) jusqu’à ce que la bonne solution soit trouvée : elle réunit ainsi plusieurs salariés concernés ainsi qu’un technicien du service méthode. Il n’y a pas de personnel de l’encadrement présent afin de ne pas « brider » la parole. Ce qui est intéressant dans cette démarche, c’est que ce sont les salariés qui sont acteurs du changement, qui identifient les problèmes puis qui sont à la recherche des solutions.

D’abord sceptique, la direction a fini par adhérer à cette idée qui vient en complément du dialogue social traditionnel.

En tant que syndicaliste, j’ai une conviction : celle que les salariés sont les mieux placés pour dire ce qu'ils vivent et la manière dont ils le vivent. L’entreprise est un bien collectif et il est regrettable que le patronat n’arrive pas (toujours) à le comprendre.

En complément de ce volet « qualité de vie au travail », l’accord qui va être signé permet de mieux prendre en compte la féminisation des ateliers de production. Alors que l’entreprise ne comptait que très peu de femmes dans les années 80-90, elles représentent aujourd’hui environ 25% des effectifs des ateliers, ce qui a parfois demandé des aménagements de postes de travail. Améliorer le travail pour les femmes, c’est l’améliorer pour tous les salariés.

Cette visite m’a confirmé une chose que je vérifie à chacun de mes déplacements : l’intelligence collective est la solution à bien des problèmes. Quand le dialogue est là, quand nos équipes sont écoutées, on trouve des solutions. Quand tout le monde joue le jeu, il y a une voie pour le progrès, qui profite aux salariés et aux entreprises. Espérons que cet exemple en inspire d’autres, car aujourd’hui plus que jamais, nous vivrons ce que nous changerons. 

Après le soulagement, engageons-nous !

Au lendemain du second tour des élections régionales, aucune région n’est dirigée par le Front National. C’est un soulagement.

Mais ensuite ?  Il y aura d’autres élections, d’autres frayeurs, et sans doute si nous ne faisons rien, un jour une issue moins favorable. Cela fait des années  maintenant qu’un parti raciste et dangereux séduit de plus en plus de personnes en France, occupe de plus en plus d’espace (et quand ce n’est pas lui, ce sont ses idées) et prétend de plus en plus sérieusement à exercer le pouvoir.

Pour stopper le FN il ne suffit pas de dénoncer sa progression. Il faut être à l’offensive, répondre aux malaises et aux peurs, proposer des alternatives, agir !

C’est un message aux acteurs politiques. Mais aussi à tous les acteurs de la société civile : syndicats, associations... A tous ceux qui s’engagent, qui ne confondent pas populisme et proximité avec les gens. Nous avons des ambitions plus grandes pour ce pays que la vision rétrécie et laide qu’en a le FN.  Nous avons des solutions plus crédibles que ses recettes simplistes et rétrogrades. Nous qui savons qu’on peut construire des choses ensemble même si nos intérêts sont différents, qui croyons au dialogue, à l’Europe, à l’accueil, au progrès : allons-y et stoppons les !

Ensemble nous pouvons faire beaucoup : lutter contre les inégalités sociales et les discriminations ; récréer du lien sur tous les lieux de vie et de travail ; débattre et expliquer pour que chacun comprenne les enjeux, à travers cette belle pratique d’émancipation qu’est l’éducation populaire.

Lutter contre le FN, c’est ne lui abandonner aucun territoire ni aucun destin.   Alors engageons-nous !

Dimanche, faisons le choix du vivre et du travailler ensemble

Ce mardi j’étais en déplacement dans la Sarthe. Le matin à Legrand, une  entreprise qui fabrique des produits à usage électrique ; les militants CFDT Legrand ont réussi à réorienter la  stratégie pour sauvegarder l’activité et les emplois, et faire du site de Sillé-le-Guillaume l’un des plus importants du groupe en termes de R&D. L’après-midi, j’ai échangé avec 80 élus, représentants des salariés et des agents du département qui, là encore, m’ont délivré un message de lucidité et d’optimisme. Un militant de l’abattoir SOCOPA à Cherré a pris la parole pour dire qu’il en avait marre d’entendre dire que tout va mal ! Que si tout n’était pas rose, il ne se sentait pas du tout démuni face aux difficultés, parce qu’il militait avec ses collègues et qu’ils obtenaient des résultats !  Jeudi dernier, j’ai rencontré 400 élus et mandatés CFDT de Champagne-Ardenne ; j’ai trouvé en face de moi le même engagement, la même combativité, la même solidarité.

A chaque fois, je suis frappé par le décalage entre le discours décliniste de certains  dirigeants nationaux, et la réalité du terrain. Les difficultés sont là: il y a des menaces sur l’emploi, des incertitudes sur l’avenir.  Mais les gens n’ont pas baissé les bras. Leur courage, leur motivation, la façon dont ils s’organisent pour être plus forts ensemble…Ne leur parlez pas de désespérance sociale, parce qu’ils résistent et qu’ils vont de l’avant !

Ils me donnent la conviction que le progrès social est encore possible. Et qu’il passe par l’action collective ; par un dialogue social constructif et exigeant sur le terrain, en ne transigeant pas sur des valeurs fortes.

Pourquoi le dit-on trop peu ? Pourquoi saisit-on toutes les occasions de dénigrer ce que nous sommes ; alors qu’il existe mille initiatives et projets qui prouvent que nous avons les ressources pour trouver en nous même les solutions à nos difficultés ?

Moi, je ne m’y résous pas. La CFDT ne s’y résoudra jamais. C’est la raison pour laquelle elle s’engage contre le FN. La CFDT est indépendante de tout parti politique, de toute considération partisane. Mais le FN n’est pas un parti comme un autre. Il prône la préférence nationale qui est contraire à l’égalité au cœur de notre Pacte républicain. Il ne promet que la division, la haine de l’autre et de soi-même, la régression économique et sociale. Ses idées, son programme, font peser un risque sur la démocratie.

J’appelle tous les citoyens à en avoir conscience, au moment de choisir à qui ils confieront le sort de leur région.

Invité de la matinale d'Europe 1 le 4 décembre

Invité de Jean-Pierre Elkabbach dans Europe 1 matin, une large partie de l'interview a été consacré à l'appel de la CFDT à ne pas voter Front National dans le cadre des élections régionales. J'ai tenu tout de même à glisser quelques mots sur les enjeux de la transition écologique et de la transition numérique. L'interview est à revoir ici: 

 


Front national, radicalisation en entreprise... par Europe1fr

L'entreprise, c'est aussi nous !

Ce mercredi, je suis invité à la Journée du Livre d’Economie pour débattre autour du  thème « Réinventer l’entreprise pour réinventer le travail ». Vaste sujet, sur lequel il y a bien des choses à dire et à revendiquer !  J’y consacre un chapitre de mon livre Permis de Construire.

Comme Blanche Segrestin, chercheur au Collège des Bernardins, je fais le constat que la crise qui a retourné le monde en 2008, et dont nous peinons tant à sortir,  est aussi une crise de l’entreprise. Si la finance est devenue folle, c’est que l’entreprise s’est mise à son service, renversant l’ordre logique des choses ! En cause, la captation du pouvoir par l’actionnariat financier, qui a imposé ses objectifs de rendement à court terme au détriment de tout ce dont l’entreprise a besoin pour se développer : d’investissements, de temps long, et surtout du travail, devenu une simple variable d’ajustement. Absurde quand on sait que la raison d’être de l’entreprise est justement d’organiser et de valoriser la création collective !

Les conséquences de cette situation ? Du mal être au travail pour les salariés, mais aussi une impasse économique,  l’impossibilité d’innover et de croître,  des menaces sur l’activité et l’emploi.  

Comment changer les choses ? En remettant la finance à sa place : celle de moyen, pas de fin !  En remettant le travail à la sienne : au cœur de la stratégie économique, puisqu’il est créateur de valeur ! Et en redonnant du pouvoir aux salariés !

Les salariés sont engagés dans le projet de l’entreprise : ils produisent sa richesse,  ont une connaissance intime de ses rouages, supportent les risques liés à son activité. Est-il normal qu’ils soient si peu associés aux décisions économiques, trop souvent mis devant les conséquences sociales de ces choix ? Redonner du pouvoir aux salariés, c’est une question de justice, mais aussi d’efficacité économique. Souvent plus affutés que les dirigeants sur la réalité de leur entreprise, plus attachés à sa pérennité, ils pensent « long terme » et ne résument pas les missions poursuivies à la simple recherche de profit.

Redonner du pouvoir aux salariés, c’est un des fils rouges de l’action de la CFDT. Cela passe par un dialogue économique et social exigeant dans l’entreprise, pour peser sur les décisions d’investissement, de formation, d’emploi. Et pour que le travail soit réellement valorisé, que son organisation, sa qualité, les conditions dans lequel il s’exerce, soient définies à partir de la parole des salariés et de leur vécu quotidien.

Cela implique aussi d’ouvrir la gouvernance de l’entreprise aux parties prenantes. C’est ce que la CFDT a obtenu avec la présence des représentants des salariés dans les conseils d’administration des entreprises dès 1000 salariés.

Ces évolutions sont nécessaires pour progresser vers la définition de l’entreprise que nous portons : un projet de création collective et un bien commun, qui a toute sa part à prendre à la construction d’un modèle de développement de qualité.

couverture permis de construire laurent berger (1)

COP 21 : des négociations pour l'humanité

La COP 21 commence ce lundi et se poursuivra jusqu’au 11 décembre. C’est important qu’elle ait lieu. Même si nous sommes encore sous le choc et dans le deuil, nous avons l’occasion de prouver notre capacité à prendre en main l’avenir de l’humanité.

Et c’est urgent. Si nous ne faisons rien pour limiter à deux degrés le réchauffement climatique, nous allons vers une catastrophe, pas seulement environnementale, mais aussi humanitaire, économique et sociale. La transition écologique n’a rien d’une option !  Ce que nous pouvons encore choisir, c’est de ne pas la vivre comme une contrainte, mais comme un projet commun mobilisateur qui nous permettra de vivre mieux.

Pour cela, il n’y a pas d’alternative à un accord ambitieux et contraignant à Paris.  Ce sommet climat, avant d’être un rendez-vous diplomatique ou scientifique, est un moment où on va négocier sur la vie des gens. Des millions de réfugiés qui sont obligés de fuir leurs pays à cause des conditions météorologiques extrêmes. Des travailleurs du monde entier qui sont menacés de perdre leur emploi.

C’est pourquoi la société civile a toute sa part à prendre pour ancrer ces négociations dans le réel. La CFDT s’y engage, à travers la Coalition  Climat 21 qui regroupe plus de 130 organisations, et en étant  pleinement associée au mouvement syndical qui, sous la bannière de la Confédération syndicale internationale (CSI), va faire entendre la voix des travailleurs et défendre une « transition juste ».

L’emploi ne doit pas être une variable d’ajustement de ces négociations !

Au contraire, la transition écologique est une opportunité de créer de nouveaux emplois de qualité. 60 millions d’emplois pourraient être créés dans les deux décennies à venir, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Mais ce sont aussi de nombreux salariés qui vont voir leur métier et leurs qualifications évoluer. Nous devons les accompagner dans ces transitions professionnelles.

C’est par le dialogue économique et social que nous pourrons faire de la lutte contre le dérèglement climatique un levier vers un nouveau modèle de développement, où l’excellence technologique est mise au service de la justice sociale, du travail décent et la de la qualité de vie pour tous. Peser pour orienter la stratégie industrielle vers le bas carbone, négocier un plan de déplacement collectif des salariés, des contrats d’études prospectives sur l’emploi d’un secteur et d’un territoire, interpeller la direction sur la RSE…C’est indispensable pour que les entreprises prennent toute leur part à la transition écologique.

Le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales

A l'occasion de cette journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, je souhaitai republier ici cet échange que j'avais eu avec Marilyn Baldeck, déléguée générale de l'Association européenne contre les violences faites eux femmes, où nous avions évoqué le rôle des syndicats sur ce sujet et les actions possibles pour défendre les droits des femmes.

Cet entretien, réalisé par Adeline Farge, a été initialement publié dans CFDT Magazine n°417.

 

Pourquoi est-il important que la CFDT s’investisse dans la lutte contre
les violences sexuelles au travail ?

Marilyn Baldeck : D’après une enquête du Défenseur des droits, 20 % des femmes actives ont subi une situation de harcèlement sexuel au cours de leur carrière. Un syndicat qui ne se saisirait pas de ce sujet serait illégitime aux yeux des salariées. Mais trop souvent encore, ce sujet est relégué au champ des relations individuelles et n’est pas considéré comme une question politique.

Laurent Berger : La CFDT n’est pas attendue sur ce sujet qui nous préoccupe pourtant. Notre histoire prouve que nous avons une culture féministe. La CFDT est l’organisation syndicale qui s’est le plus mobilisée sur les droits fondamentaux
des femmes, notamment en matière d’IVG et de harcèlement sexuel. Dans le monde du travail, les inégalités sont flagrantes – en particulier sur les salaires, les promotions ou l’articulation vie privée-vie professionnelle. Nous avons énormément de boulot
pour les combler.

 

Comment les syndicats peuvent-ils intervenir dans les entreprises ?

M. B. : En amont, les sections syndicales doivent communiquer sur leurs aptitudes à répondre aux plaintes des salariées. Accompagner les victimes de violences sexuelles et recueillir leurs témoignages souvent éprouvants ne s’improvisent pas. Cela nécessite une réelle formation et des connaissances en droit du travail.Les militants devront aussi se départir de leurs stéréotypes. Si une victime accuse un collègue qui paraît sympathique, ils ne devront pas en conclure que c’est faux. Ils devront aussi rappeler régulièrement aux salariés que ceux qui commettent ces violences s’exposent à des sanctions. Les syndicats, en affirmant qu’ils sont en alerte, envoient un message aux potentiels harceleurs, qui se sentiront sous surveillance et y réfléchiront à deux fois avant d’agir.

L. B. : Les représentants du personnel doivent s’interroger au sujet de leurs propres pratiques. Si l’organisation du travail tolère des comportements délictueux, ce n’est pas la seule faute de l’employeur. Les responsabilités sont partagées. Ils doivent donc faire en sorte que les directions ne soient pas attentistes et qu’elles respectent leurs obligations légales. C’est seulement si les directions et les représentants du personnel sont capables de coopérer qu’on arrivera à progresser. Le code du travail, en introduisant la notion de sexisme, donne aux organisations syndicales un nouveau levier en vue de lutter contre les violences sexuelles.

 

Pourtant, elles rencontrent quelques difficultés à s’en saisir…

M. B. : Les femmes peuvent être réticentes à saisir des délégués du personnel, qui peuvent par ailleurs tenir des propos sexistes et s’adresser à leurs collègues de manière déplacée. Les hommes violents se trouvent partout, y compris au sein des organisations syndicales. Pour être légitime sur ce sujet, il faut commencer par balayer devant sa porte.

L. B. : Les syndicats sont à l’image de la société. Ils ne sont pas toujours ultravertueux. La Confédération condamne les comportements sexistes et ne tolère aucune violence verbale ou physique, y compris les blagues lourdes, dans l’organisation. Le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales. Ainsi, un élu syndical a été démis de son mandat pour avoir tenu des propos intolérables à l’encontre d’une femme. En matière de respect des personnes, il n’y a pas de compromis possible. La CFDT se doit d’être exemplaire à ce sujet.

 

Comment accompagner les sections syndicales ?

M. B. : Le sujet des violences sexistes et sexuelles au travail ne doit pas reposer sur un individu isolé. Pour être efficace, cette politique doit être portée par une organisation qui servira de support en cas de difficultés et de lieu de ressources. Depuis 2009, l’AVFT anime avec la CFDT de Paris des journées de formation et de sensibilisation. Le but est d’aider les militants à intervenir auprès des victimes et de sensibiliser les salariés de leur entreprise. Dans les milieux masculins, ce n’est pas toujours simple d’imposer ce dossier. C’est donc essentiel de transmettre nos compétences.

L. B. : Lutter contre les stéréotypes nécessite un travail constant. La Confédération forme les sections afin qu’elles sachent comment réagir face à des propos ou à des actes sexistes. L’aspect comportemental est plus difficile à gérer que le droit du travail. Une entreprise peut avoir signé un superaccord sur l’égalité professionnelle mais ne rien comprendre aux violences faites aux femmes. Grâce à ce partenariat, la CFDT bénéficie de l’expertise de l’AVFT, d’un soutien et d’un regard distancié sur ses pratiques. Mais les organisations syndicales ne doivent pas se dédouaner ni sous-traiter ce dossier aux associations. D’ailleurs, la CFDT souhaite dupliquer l’expérience des journées de formation et de sensibilisation menée avec Paris à d’autres unions départementales.

 

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Nous vivrons ce que nous changerons

Mon livre Permis de construire sort aujourd’hui. Je n’avais évidemment pas imaginé un tel contexte de publication…Tout semble dérisoire au regard des épreuves que nous venons de vivre.

Pourtant, j’ose croire que ce livre fera écho à tous les petits actes de résistance que j’observe depuis près d’une semaine, de la part de ceux qui refusent de se laisser gouverner par la peur et continuent de se projeter dans le futur. Je pense aux parisiens qui décident de faire la fête encore plus fort ; à tous ceux qui reprennent le chemin du travail même si le cœur n’y est pas ; à tous les militants des  organisations syndicales et associatives qui poursuivent le combat pour un monde meilleur.

Je pense surtout aux jeunes. Ceux qui ont été les principales cibles et les premières victimes des attentats. Ceux qu’on a appelé la « génération Bataclan ». Ils savent qu’ils vont devoir vivre sous une menace durable, celle du terrorisme. Eux qui ont déjà grandi avec « la crise » et qui, pour beaucoup, vivent une entrée dans le monde du travail marquée par la précarité.

A cette génération, qui a soif de dialogue, de participation, de démocratie, nous devons prouver que le progrès social est encore possible, qu’il ne s’agit pas d’un vieux privilège révolu dont ont pu bénéficier leurs parents. 

La CFDT porte cette responsabilité, avec d’autres. Elle n’a certainement pas toutes les réponses, mais elle est garante de certaines valeurs et d’une méthode pour aborder les vrais problèmes et trouver, ensemble par le dialogue, les vraies solutions.

C’est l’ambition de ce livre. Montrer comment dans les entreprises et dans les administrations, des militants CFDT se battent, confrontent, proposent, négocient et surtout ne lâchent rien, pour apporter du mieux et du concret aux salariés, quelles que soient les difficultés rencontrées. Ils incarnent au quotidien la  « méthode » CFDT: regarder la réalité en face, mais ne pas se satisfaire de ce qu’on voit, et agir pour la transformer.

Le livre aborde aussi les grandes questions de fond, déterminantes pour décider dans quelle société nous voulons vivre : l’Europe, la transition écologique, la transition numérique, le Compte personnel d’activité... Nous ne vivons pas une crise, mais un changement de modèle. Cela nous oblige à repenser radicalement les choses. La bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas condamnés à indéfiniment « serrer les boulons » ! Il faut construire les règles et les institutions qui permettront de transformer la valeur créée en meilleure vie pour tous. C’est un beau défi à relever ensemble.

Bien sûr, cela ne console pas du chagrin et de l’effroi. Mais cela donne un peu plus de détermination et d’envie pour construire l’avenir. 

Nos valeurs contre la haine

Les actes de barbarie perpétrés le 13 novembre à Paris ont touché notre pays au cœur. 129 personnes sont mortes, de nombreuses autres ont été blessées et le pays tout entier meurtri. Nos pensées vont avant tout aux familles des victimes et à leurs proches. Nous sommes à leurs côtés. Nous soutenons également tous les personnels qui montrent tant de conscience professionnelle, de bravoure et d’abnégation dans cette épreuve.

Les auteurs et les commanditaires de ces massacres horribles veulent installer la peur, la division et semer la haine. Leurs cibles sont la démocratie et les valeurs républicaines. À nous, citoyens de France, d’être à la hauteur. Ne tombons pas dans le piège tendu ! Plus que jamais, notre démocratie et notre humanité réclament l’unité et le rassemblement. Aux fascismes et fondamentalismes de tous bords, opposons notre démocratie.

Mieux que brandir en étendard notre devise républicaine, « Liberté, égalité, fraternité », faisons-la vivre !

Retraites complémentaires : les pensions des femmes ne sont pas oubliées !

Plusieurs associations m’ont interpellé il y a quelques jours par le biais d’une lettre ouverte au sujet de l’accord pérennisant les retraites complémentaires. Cet accord, issu d’une négociation qui a commencé en février dernier, a été conclu le 30 octobre entre les organisations syndicales (CFE-CGC, CFTC et CFDT) et les organisations patronales (MEDEF, CGPME, UPA).

Dans cette lettre ouverte, les associations signataires dénoncent l’accord sur les retraites complémentaires, au motif que celui-ci pénaliserait encore plus les femmes.

La CFDT s’inscrit en faux !

L’accord prévoit des mesures qui répartissent les efforts nécessaires pour sauver les régimes et des mesures qui protègent les basses pensions et donc en premier lieu celles des femmes, dont la situation, si elle a évolué positivement avec le temps, nécessite toujours d’être améliorée. L’argumentation de la lettre ouverte s’appuie sur des chiffrages partiels qu’il convient de préciser et de compléter. Quoi qu’il en soit, la lutte contre la discrimination au travail des femmes passe par d’autres leviers que la négociation sur les retraites complémentaires des salarié-es du privé.

L'accord prévoit des mesures pour protéger les basses pensions, donc majoritairement les femmes.

Les marges de manœuvre dans la négociation étaient étroites pour protéger les femmes, car le système de retraite complémentaire est un système dit contributif, par répartition. Il repose sur les cotisations salariales et patronales, donc sur l’activité. Les écarts de pension reproduisent, de fait, les écarts et les inégalités sur le marché du travail.

La création d’une contribution uniquement patronale en faveur de l’égalité salariale faite par certaines organisations syndicales était irréalisable. Avec un taux modulé entreprise par entreprise en fonction de l’amplitude des écarts salariaux liés au genre : impossible à déterminer, impossible à appliquer. Les écarts salariaux peuvent être dus à des différences de temps de travail (les femmes sont largement les plus nombreuses parmi les temps partiels), à des différences de métiers et dans certains cas, c’est le fait de discriminations et là, c’est illégal !

La CFDT s’est battue pour que les basses pensions, donc principalement celles des femmes, soient préservées. L’accord sur les retraites complémentaires prévoit que les pensions les plus faibles seront exonérées totalement ou partiellement du coefficient de solidarité applicable en 2019, c’est-à-dire que cette exonération, qui vise 1 retraité-e sur 3, concernera essentiellement les femmes, pénalisées aujourd’hui et demain par des rémunérations plus faibles que celle des hommes. Par exemple, pour un ou une retraité-e dont la pension sera de 1 200 € (CSG à taux réduit et contribution de solidarité réduite), le coefficient de solidarité représentera un effort de moins de 20 euros par mois pendant 3 ans.

Une argumentation appuyée sur des chiffres partiels :

Les femmes ont des pensions inférieures de 40% à celles des hommes : oui, mais… 
Les écarts de pension de droit propre existent encore, mais heureusement ils diminuent avec les générations, avec l’évolution et l’accroissement de l’activité féminine. Cet écart est mesuré par le ratio pension des femmes/pension des hommes qui est de 44% pour les générations 1924-1928, 56% pour les générations 1939-1943. Selon des simulations réalisées à partir du modèle Destinie de l’INSEE, ce ratio atteindrait 70 % pour les générations nées dans les années 50, puis progresserait pour valoir 80% pour les générations nées dans les années 70. Mais depuis longtemps, les partenaires sociaux ont cherché à réduire ces inégalités, notamment par les droits dérivés dits « familiaux », qui représentent près de 25% des dépenses de retraite complémentaire. Si l’on inclut les pensions de réversion (droits dérivés), les écarts diminuent : 64% pour les retraités nés avant 1943, 69% pour la génération 1946, mais restent en défaveur des femmes.

Elles ont aujourd’hui des carrières plus courtes : oui, mais…
Pour les générations nées avant 1943, la durée d’assurance des femmes était effectivement plus courte que celle des hommes, malgré les droits familiaux, due à de nombreuses interruptions de carrières et à des différences salariales plus fortes. Pour les générations qui partent actuellement en retraite, les femmes du « baby-boom » (nées après 1945), leur durée d’assurance augmente : interruptions de carrière dues principalement aux naissances, carrières salariales plus favorables. Pour les générations nées après 1960, qui partiront à la retraite après 2020, la durée moyenne d’assurance (y compris droits familiaux) des femmes convergerait vers celle des hommes.

Elles partent en retraite en moyenne plus tard que les hommes : oui, mais…
Parmi les retraité-es né-es au début des années 1930, les femmes partaient en moyenne un an et demi plus âgées que les hommes. Selon les projections, cet écart se réduirait progressivement, jusqu’à s’inverser à partir des générations nées à la fin des années 1960. A long terme, les femmes partiraient en moyenne 7 mois plus jeunes que les hommes.

Toute augmentation de la durée de cotisations exigée pour avoir une pension à taux plein les pénalise : oui, mais…
C’est vrai, mais il n’y a pas d’augmentation de la durée de cotisation exigée pour avoir une retraite à taux plein ! A partir de 2019 et pour les générations 1957, l’accord prévoit la mise en place d’un coefficient de solidarité qui minore de 3% la pension de retraite pendant 2 à 3 ans. Mais le ou la salarié-e retrouve sa pension de retraite complémentaire pendant le reste de sa retraite, c’est-à-dire pendant plus de 20 ans. C’est une contribution temporaire, non viagère.

La sous-indexation des pensions touche plus les femmes retraitées : oui, mais…
C’est vrai et la CFDT souhaitait que les basses pensions, donc principalement celles des femmes, soient exonérées de cette sous indexation. Elle n’a malheureusement pas été suivie par les autres organisations syndicales. Pire, FO et CGT estiment que la « solidarité » est du ressort du régime général et que les régimes complémentaires doivent être contributifs par nature (donc sans solidarité). A noter que la sous-indexation des pensions a peu d’effet en période de faible inflation, ce qui est le cas actuellement, et qui, selon les projections, ne devrait pas beaucoup changer pour les 2 ans à venir.

Les femmes handicapées ou invalides sont encore plus pénalisées : c’est faux
Selon le texte de l’accord, le coefficient de solidarité prévu en 2019 ne s’applique pas aux personnes qui liquident leur retraite au taux plein dans le régime de base avant ou dès l’âge d’ouverture des droits, dans le cadre des dispositifs légaux notamment prévus pour les assuré-es en situation de handicap justifiant d’un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) de 50%. Il ne s’applique donc ni aux femmes, ni aux hommes en situation de handicap.

Invité du Club de la presse sur Europe 1

Référundum en entreprise, retraites complémentaires, rémunération des fonctionnaires... La tentation est souvent de regarder ces sujets par le petit bout de lorgnette. Sans parvenir à sortir de polémiques inutiles. Au Club de la presse, sur Europe 1, j'ai expliqué notre analyse, et démontré que le syndicalisme prôné par la CFDT permet de trouver des solutions pérennes là où certains ne voyaient qu'une impasse, comme par exemple sur les retraites complémentaires. 

 


Laurent Berger dans "Le Club de la presse... par Europe1fr
Laurent Berger dans "Le Club de la presse... par Europe1fr
Laurent Berger dans "Le Club de la presse... par Europe1fr
Laurent Berger dans "Le Club de la presse... par Europe1fr

Interview sur RFI le 20 octobre

Après une conférence sociale où l'on a beaucoup parlé des postures des uns et des autres, et pas assez de ce qu'elle nous a permis d'obtenir pour les demandeurs d'emploi et les salariés, je réitère mon attachement au dialogue social. C'est pour moi la meilleure méthode pour construire du progrès social. Elle fait ses preuves au quotidien dans les entreprises, comme chez Renault ou STX.



Invité sur BFM TV après la conférence sociale

Interrogé par Ruth Elkrief sur BFM TV, je tire un premier bilan de la conférence sociale 2015. Un nouveau plan de formation pour les demandeurs d'emploi (notamment aux métiers des transitions numérique et écologique), attribution d'heures de formation pour les jeunes sans qualification dans le futur Compte personnel d'activité... Les avancées que nous avons obtenues confirment l'utilité de notre participation à ce rendez-vous et de notre engagement dans le dialogue social.

 

Voir la vidéo sur le site de BFM TV

Mon intervention lors de la conférence sociale 2015

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres

La CFDT aborde cette conférence sociale très préoccupée.

Préoccupée d’abord par la situation de ces 5 millions de chômeurs et notamment par ceux, de plus en plus nombreux, dont la condition s’éternise. Je pense également à ceux qui ont un travail qui ne leur permet pas de vivre dignement ou de construire leur avenir, parce qu’ils sont dans la précarité. A ceux encore qui risquent d’être licenciés et qui craignent de ne pas retrouver d’emploi, a fortiori un emploi de qualité.
Je pense enfin à ceux qu’on ne voit pas, qu’on n’entend pas. A ces jeunes sans diplôme, sans formation et sans emploi. Ils sont actuellement un million et demi en France, cela représente 1 jeune sur 7 !
Une société qui est structurellement incapable de faire une place aux jeunes, c’est une société dont le mode de développement est défaillant.

Mais c’est aussi le climat ambiant qui nous inquiète, et c’est un euphémisme. Nous vivons un moment où l’outrance est la condition pour se faire entendre et ne laisse plus de place à une parole construite et combative.
Une période où, coincé entre un monde qui meurt et un autre qui tarde à naître, l’incapacité de penser l’avenir provoque une angoisse collective, le repli sur soi et la recherche de boucs émissaires. Lorsque ceux qui devraient apporter des solutions préfèrent souffler sur les braises d’une colère sociale légitime, c’est la violence qui progresse ; et au final, c’est l’extrémisme qui gagne, porté par une société inquiète.

« L’étranger » est bien-sûr le premier bouc émissaire.

La capacité de l’Europe à se mettre d’accord sur une répartition des migrants entre les pays membres, et même si le nombre fixé est dérisoire par rapport à la réalité des arrivées, a été une réponse politique utile.

La CFDT s’est engagée pour rappeler que la France devait rester un pays qui accueille et qui intègre. Intégrer c’est soigner, c’est éduquer, c’est accompagner socialement ; autant de missions de services publics, trop souvent considérées comme des coûts alors qu’elles sont essentielles à la cohésion de notre pays.

Les nouveaux boucs émissaires, ce sont les syndicats. C’est vrai, le dialogue social est mis à rude épreuve ; je pense bien-sûr à Air France, à l’échec des négociations dans les fonctions publiques. Et pourtant plus que jamais, nous avons besoin d’une démocratie solide, de dialogue social et donc nous avons besoin de corps intermédiaires.

Cette conférence sociale, si elle n’est pas l’alpha et l’oméga du dialogue social, et si elle n’évite pas les jeux de postures, est une occasion que la CFDT refuse de négliger : une occasion de se parler en face, sans nier les désaccords, puis de s’engager sur une feuille de route partagée.

Certains voudraient nous enfermer dans une fausse alternative : ne rien changer ou tout casser. Je pense qu’il y a une autre voie ; que l’on peut, que l’on doit à la fois répondre à l’urgence sociale et préparer le monde du travail de demain. Cela implique de lutter contre les inégalités, de permettre aux chômeurs de se former et au maximum de personnes d’exercer une activité avec un revenu décent. Investir dans les personnes, c’est aussi cela, préparer l’avenir !

Premièrement, ces mesures d’urgence doivent concerner ceux qui sont le plus touchés par la crise, pour lutter contre le fléau de la pauvreté :
L’an passé, nous nous sommes battus pour que le RSA continue d’être revalorisé à son rythme normal. C’est ce que le gouvernement a fait et si la pauvreté n’a pas augmenté malgré la situation économique, c’est aussi grâce à cela.
Il faut continuer à tenir ce cap ! C’est pourquoi la CFDT s’oppose au décalage de la revalorisation de plusieurs prestations sociales, dont le RSA, prévu dans le budget 2016.

Concernant la prime d’activité, la CFDT partage l’objectif de la réforme, notamment parce qu’elle en ouvre enfin l’accès aux jeunes. Mais la première finalité d’une aide, c’est d’être utilisée par ceux qui y ont droit ! Il est donc étrange, voire choquant, de constater que le gouvernement table sur un taux de recours de seulement 50 % dans le budget 2016. Au moment où l’accompagnement et l’accès au droit sont au cœur de la construction du compte personnel d’activité, la CFDT demande une action plus efficace contre le non-recours aux prestations sociales.

Deuxièmement, il faut des mesures d’accompagnement vers l’emploi, notamment pour ceux qui en sont le plus éloignés :
L’extension de la garantie jeune est un acquis de la dernière conférence sociale, à la demande de la CFDT. La CFDT réaffirme son caractère prioritaire pour aider les jeunes en situation de grande précarité et souhaite que les objectifs (50 000 jeunes entrés dans le dispositif fin 2015 et 100 000 jeunes en 2017) soient maintenus. Mais pas au détriment de la qualité de l’accompagnement : c’est pourquoi il est important de donner les moyens aux missions locales et à leurs conseillers de faire leur travail.

L’apprentissage, nous sommes tous d’accord là-dessus, est un excellent moyen pour les jeunes de se former et de s’insérer dans l’emploi. Il faut enrayer la baisse du nombre d’apprentis parmi les plus bas niveaux de qualification. Ce sont ces jeunes qui doivent être la priorité lors des recrutements ! Les employeurs doivent prendre leur responsabilité ; les employeurs publics d’abord, qui ont certes déjà fait progresser le nombre d’apprentis embauchés, mais qui peuvent encore se fixer des objectifs plus ambitieux. Mais aussi les employeurs privés, qui, avec le pacte de responsabilité, et les différentes mesures prises par le gouvernement, ont tous les outils pour remplir leurs objectifs. Or, trop peu de branches ont, à ce jour, pris des mesures concernant les jeunes !

Enfin, la CFDT demande le lancement d’un nouveau plan pour accompagner 150 000 demandeurs d’emploi vers la formation. Les résultats des précédents plans sont encourageants en termes de retour à l’emploi (60%). La CFDT demande qu’une partie significative de ces formations soient fléchées vers les nouveaux besoins en compétences, liées aux transitions numérique et écologique. Pour la CFDT, l’AFPA est un acteur reconnu pour sa compétence dans la formation et l’accompagnement des demandeurs d’emploi ; il doit être un opérateur central de la mise en œuvre de ce plan et pour cela, le déploiement du projet de réorganisation doit se poursuivre selon le calendrier convenu.

Trouver les réponses aux urgences ne doit pas nous empêcher de penser à plus long terme. « Comment travaillerons-nous demain ? », c’est le fil rouge de cette conférence sociale et c’est un vrai défi.

Demain se dessine déjà : ce sont tous les secteurs de l’économie, mais aussi notre modèle social, qui vont être ou qui sont déjà percutés par la révolution numérique et par la nécessaire transition énergétique. Les emplois de demain seront bien différents de ceux d’aujourd’hui. Les aspirations des nouvelles générations, au travail comme dans leur vie personnelle, ont aussi profondément évolué.
Ce qui ne change pas, c’est le besoin de sécurité des personnes, la nécessité de se prémunir des aléas de la vie ; ce fut l’une des grandes réussites de la sécurité sociale qui vient de fêter ses 70 ans. C’est cela qu’il nous faut conserver demain et même élargir, en couvrant les nouveaux risques et en répondant aux nouveaux besoins.

La CFDT demande un engagement sur des mesures de transition juste dans le cadre de la COP 21. Elle estime également urgent que l’ensemble des activités liées aux plateformes du numérique ouvrent des droits sociaux aux travailleurs et intègrent notre système fiscal.

C’est à ces conditions que la transition vers une nouvelle économie, plus numérique, plus durable pourra être une opportunité pour tous les travailleurs et que l’on évitera le renforcement des inégalités.

C’est un des objectifs du compte personnel d’activité, ce que la CFDT appelait « compte social personnel » dans ses propres textes de congrès en 2014. Avec l’ambition que chacun connaisse mieux ses droits, trouve des outils pour sécuriser son parcours et puisse mieux concilier ses temps de vie. Tout cela dans le cadre de règles définies collectivement.
La CFDT demande que, dès la première étape de mise en place du CPA, les jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire puissent bénéficier d’heures de formation supplémentaires et d’un accompagnement renforcé.

Plus de protection, plus de de liberté, plus d’efficacité et plus de solidarité. Voilà notre vision du CPA.

Mais faire du sur-mesure dans un cadre collectif, cela demande de repenser la manière dont on crée la norme. Et c’est la raison pour laquelle nous avons bien accueilli le rapport sur « La négociation collective, le travail et l’emploi » de Jean-Denis Combrexelle, même si nous ne partageons pas l’intégralité des propositions qui y sont faites. Voilà une perspective qui peut améliorer la situation des salariés, et la performance économique et sociale de notre pays ! Cela nécessitera en priorité une restructuration des branches professionnelle. La CFDT est prête à s’y investir.

Cela demandera également de reconnaitre aux organisations syndicales une place centrale, pour rééquilibrer les relations entre les salariés et leur employeur et pour négocier. Cela passe bien-sûr par des moyens adaptés pour que les représentants du personnel puissent remplir leur mission ; mais il s’agit aussi de renforcer la syndicalisation. La CFDT défend depuis longtemps l’idée d’une contribution de l’entreprise à l’adhésion syndicale, dans des formes qui préservent la liberté individuelle et la confidentialité de l’acte d’adhésion. La position commune de 2008 sur la représentativité avait repris cette idée. Nous demandons l’application de ce principe.

***
Engager de tels chantiers dans une période aussi difficile pour le dialogue social est une gageure. Il y a eu des échecs, comme dans la fonction publique ou sur la modernisation du dialogue social. Mais il y a aussi eu de nombreux succès, qui ont amené « du plus » pour les salariés, pour l’emploi et pour l’économie : je pense notamment à la généralisation de la complémentaire santé, à la négociation des plans de sauvegarde de l’emploi, aux droits rechargeables à l’assurance-chômage, et à l’encadrement du temps partiel subi.

Ce n’est pas la méthode qui est en cause, c’est bien le comportement des acteurs qui, au final, conditionne la réussite ou l’échec du dialogue social. Sommes-nous capable de sortir des postures, nous qui avons la main sur une partie des problèmes et des solutions qu’affronte notre pays ?

Je crois que c’est ce que nous avons démontré vendredi, lorsque les organisations patronales et trois organisations syndicales sont parvenues à un accord de principe pour sauver le régime des retraites complémentaires ; cela sans reculer l’âge légal de départ à la retraite et en partageant les efforts de manière juste.
La CFDT a prouvé, sur ce sujet comme sur d’autres, qu’elle est prête à prendre sa part de responsabilité.

Je représente une organisation syndicale de salariés, dont la première légitimité est d’agir sur et dans le cadre du travail. Mais je n’oublie pas que nous avons tous commencé l’année côte à côte, dans une manifestation historique pour défendre le « vivre ensemble », la démocratie, la liberté. Bref, pour défendre l’essentiel.
C’est précisément notre conception de l’articulation entre la démocratie politique et la démocratie sociale : nous sommes légitimes car utiles aux salariés sur les questions du travail, de l’emploi, des relations sociales ; nous pouvons aussi agir, avec d’autres, sur le champ sociétal car la vie des salariés ne s’arrête ni ne commence au seuil des entreprises.
Les militants syndicaux tunisiens de l’UGTT et les membres de l’UTICA, le patronat tunisien, qui ont reçu le prix Nobel de la paix l’ont bien compris : la démocratie existe aussi dans un pays grâce à la capacité des corps intermédiaires à la faire vivre et à la défendre.
Alors que ces corps intermédiaires sont pointés du doigt et attaqués de toute part, affaiblis par ceux-là mêmes qui devraient les faire vivre, la CFDT réaffirme avec force sa conception du syndicalisme et de son utilité : écouter et défendre les salariés, mais aussi expliquer, proposer, négocier. En somme, participer au progrès, un progrès qui doit prendre d’autres formes que celles de l’après-guerre.

Monsieur le Président, nous pensons que la société française a besoin de sens, d’apaisement et de dialogue. C’est la raison de notre présence à cette conférence, des propositions et des exigences que j’ai porté devant vous et que nous porterons tout au long de cette journée. Nous attendons bien-sûr des réponses faces à ces demandes et ces interpellations ; c’est aussi cela qui permettra de démontrer l’utilité de cette journée et plus largement, la nécessité du dialogue social pour faire progresser notre pays.

Tribune dans Ouest France "La France a besoin d'apaisement"

Tribune parue dans Ouest-France le 7 octobre 2015

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Devant les images du DRH d'Air France obligé de fuir le comité central d'entreprise sous les coups, j'ai été, comme beaucoup, saisi par l'indignation. 

Mais aussi par la colère ; parce que ces violences inadmissibles n'apportent aucune solution pour les salariés d'Air France ; et parce qu'elles confortent les détracteurs du dialogue social.

Et ils sont nombreux. C'est une partie de la classe politique, qui, sous couvert d'une vision « moderne » de la société, défend en fait un projet autoritaire qui priverait les salariés de la possibilité de se défendre et de s'organiser entre eux.

C'est aussi une partie du patronat, qui voit dans le dialogue social un obstacle au fonctionnement de l'entreprise, et une remise en cause de son pouvoir.

Prisonniers d'une vision court termiste, ces dirigeants-là ne comprennent pas que le dialogue social est un levier de performance durable.

Et pourtant, de nombreux exemples le prouvent, même s'ils ne font pas la une des journaux. Dans les entreprises en crise, comme dans les entreprises en croissance, le dialogue social, quand il est loyal, est porteur de solutions et de résultats.

Mais cela n'est possible que si chacun, direction comme représentant des salariés, est capable d'aller au-delà des postures pour reconnaître la légitimité de l'autre, même si les intérêts sont différents, et pour trouver des solutions communes.

« Il faut dénoncer l'attitude, pas la méthode ! »

On l'a vu à Air France ; la situation s'est bloquée et chacun a durci ses positions initiales. Y compris parce qu'une certaine conception du syndicalisme, corporatiste et irresponsable, a mis fin à toute possibilité de dialogue.

Ici comme souvent, c'est l'attitude des acteurs qu'il faut dénoncer, pas la méthode !

Il n'y a pas d'autres méthodes que le dialogue pour trouver des solutions durables à des situations complexes, et faire de vrais choix collectifs.

Il n'y a pas d'autres voies que la négociation. Négocier, cela demande d'établir un rapport de force, mais aussi des relations de confiance et de loyauté, d'amener des propositions et de construire des compromis.

Pour négocier, il faut des acteurs. Si le rôle des syndicats est inscrit dans la Constitution, c'est qu'ils sont porteurs d'une mission d'intérêt général.

Sans organisation collective, le salarié est seul face à son employeur, dont il dépend pour gagner sa vie. Sans une représentation syndicale qui concilie les intérêts catégoriels, c'est le choc des corporatismes au sein de l'entreprise ; cadres contre ouvriers, pilotes contre personnel au sol... Et c'est toujours les plus fragiles qui trinquent.

On peut vouloir se passer des syndicats, mais il faut bien comprendre ce que cela implique : le chacun pour soi et la loi du plus fort dans l'entreprise, et davantage de conflictualité.

Dire cela, c'est aussi reconnaître l'immense responsabilité qui nous incombe, en tant que syndicalistes, d'être à la fois proches des salariés, engagés dans le dialogue et force de propositions. C'est avec cet esprit de responsabilités que des centaines de milliers de militants CFDT agissent au quotidien dans les entreprises.

Le dialogue social, c'est la seule façon d'aller vers une société plus apaisée, qui sait affronter les difficultés sans se déchirer. Parlons-nous !

Réaction aux violences chez Air France sur Itélé le 6 octobre

Invité dans la matinale de Bruce Toussaint, j'ai tenu à condamner publiquement les violences que certaines personnes ont commis chez Air France le 5 octobre. Au delà de cela, il reste une crise à résoudre et des emplois à sauver. 

Invité de l'émission "C'est à dire" sur France 5

Le 2 octobre dernier, j'ai répondu aux questions d'Axel de Tarlé, notamment sur la situation chez Air France, l'accord salarial dans les fonctions publiques et les déclarations de Nicolas Sarkozy sur les syndicats. J'ai ainsi rappelé que dans ces 3 cas, le dialogue social était la seule réponse qui vaille. 

A (re)voir: 

Un devoir d'accueil et d'intégration

J’ai dit récemment sur une antenne radio que la France avait un devoir d’accueil et d’intégration envers les réfugiés qui fuient la guerre et arrivent jusqu’à nous au péril de leur vie.

Nous sommes le pays des droits de l’homme. Soyons à la hauteur de nos valeurs en refusant l’égoïsme et le repli.

Accueillir 24 000 réfugiés c’est un devoir éthique qui n’a rien d’insurmontable. C’est aussi une opportunité économique et sociale si nous savons les intégrer et tirer parti de leurs expériences et de leurs compétences.

Dire cela c’est assumer nos valeurs ! Mais pour autant il ne s’agit pas de balayer les problèmes d’un revers de main. Regardons en face les interrogations et les tensions que la situation engendre.

Nous n’avons pas toutes les réponses. Mais le mouvement syndical doit agir, dès maintenant et concrètement.

D’abord en écoutant, sans juger, et en engageant la discussion sur le terrain. J’ai la conviction que si on veut préserver les conditions d’un débat public serein, indispensable à la démocratie et au vivre ensemble, il faut permettre à la parole de s’exprimer. Il faut entendre les inquiétudes des salariés et des citoyens, celles qui sont bien réelles, comme celles qui relèvent du fantasme – et y répondre, autant que possible, par des arguments de raison et des solutions concrètes.

C’est ce que j’ai fait en rencontrant le 20 août les salariés et les agents publics du Calaisis. Les policiers, les agents des douanes, les personnels des hôpitaux  m’ont fait part de leur fatigue, due au manque d’effectifs et de moyens, à des conditions de travail dégradées ; mais surtout de leur malaise face au sentiment d’impuissance. Ils sont convaincus que des réponses humanitaires sont indispensables, mais ils souhaitent de l’aide pour préserver l’activité de Calais et la cohésion sociale.

Ensuite, en activant tous les leviers d’actions pour faire face à l’urgence. A Calais,  la CFDT a interpellé le Premier Ministre sur la nécessité de débloquer des moyens supplémentaires - humains, financiers et logistiques – afin de préserver la dignité des migrants, tout en apportant des solutions aux salariés concernés.

Enfin, en nous mobilisant avec d’autres acteurs de la société civile, pour sensibiliser, interpeller, organiser la solidarité. C’est pourquoi nous sommes signataires de l'appel "Pour une fraternité en acte", qui entend construire un engagement dans la durée et lance un week-end d'initiatives sur tous les territoires, les 19 et 20 septembre. La CFDT est décidée à apporter sa pierre à l’accueil des réfugiés.

La « crise » des migrants n’a rien de conjoncturelle. C’est un défi considérable, qui nous engage à agir aux origines de ces migrations contraintes, et à repenser nos politiques d’intégration. Les solutions durables passent par plus d’Europe, plus de coopération, plus de solidarité. Ne laissons pas l’Europe  faiblir sur ses valeurs.  

En portant cette position d’accueil et d’intégration la CFDT est fidèle à ses valeurs humanistes, et fidèle à son histoire !

Invité de la matinale de RTL le 7 septembre

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Invité de la matinale de RTL lundi 7 septembre, j'ai insisté sur la questions des réfugié en affirmant que pour la CFDT, la France avait un devoir d'accueil. 

Interview a retrouver en vidéo:

 

Matinale de France Inter le mardi 25 août

France inter

 

Invité par Patrick Cohen pour évoquer la rentrée sociale, cette interview a été l'occasion pour moi d'insister sur les sujets importants pour la CFDT dans les mois à venir: le respect du pacte de responsabilité, la réussite de la COP 21, la nécessité d'une veritable réforme fiscale. 

J'ai également rappelé que le débat sur l'épaisseur du code du travail était un faux débat et que la CFDT ferait toujours le choix du progrès par le dialogue social face à la tentation autoritaire. 

 

Débat: Comment parler du travail en France ?

J'étais invité ce dimanche aux Renontres économiques d'Aix-en-Provence pour un débat avec M. Gattaz, président du Medef, autour de la question : comment parler du travail en France ?

Lettre ouverte de la CES aux responsables politiques européens

Voici la lettre ouverte que nous adressons avec la CES aux chefs d’États et de Gouvernements de l’UE, à Jean-Claude Juncker (Président de la Commission européenne), Martin Schulz (Président du Parlement européen), Donald Tusk (Président du Conseil européen), Xavier Bettel (Président du Conseil de l’Union européenne), Mario Draghi (Président de la Banque centrale européenne), Jeroen Dijsselbloem (Président de l’Eurogroupe) et Christine Lagarde (DG du Fonds monétaire international).

 

Madame, Monsieur,

Les événements qui se déroulent en Grèce ont une signification historique.  Des solutions doivent être trouvées pour garder la Grèce dans la zone Euro et dans l’Union européenne.  Il faut maintenant faire preuve de leadership politique, et oublier l’approche technocratique.

Le peuple grec a voté contre l’austérité, le chômage et la pauvreté, qui ont rendu la dette grecque insoutenable.  Ils n’ont pas voté contre l’UE ou contre l’Euro.

Nous considérons que ce référendum est un signal clair que les politiques imposées au cours des cinq dernières années sont insupportables socialement et ont échoué économiquement.  Les citoyens ne doivent pas être pénalisés pour leur vote.

Les leaders européens sont devant une responsabilité à laquelle ils ne peuvent échapper;  ils doivent trouver un compromis raisonnable.  La solution ne peut être uniquement technique ou laissée à la BCE; elle doit être politique.

Nous sommes convaincus que les leaders européens doivent bien réfléchir avant de pousser la Grèce hors de la zone Euro.  C’est maintenant qu’il faut montrer ce que signifie être dans une Union européenne.

Nous vous appelons à reprendre les négociations en bonne foi, avec l’objectif de trouver un accord socialement juste et économiquement soutenable avec le gouvernement grec.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma plus haute considération.

 

Bernadette Ségol, Secrétaire générale CES
Reiner Hoffmann, Président DGB
Frances O’Grady, Secrétaire générale TUC
Yannis Panagopoulos, Président GSEE
Bente Sorgenfrey, Présidente FTF
Rudy De Leeuw, Président FGTB
Marie-Hélène Ska, Secrétaire générale CSC
Erich Foglar, Président ÖGB
Catelene Passchier, Vice-Présidente FNV
Candido Mendez, Secrétaire général UGT-E
Dimitar Manolov, Président PODKREPA
Josef Středula, Président CMKOS
Laurent Berger, Secrétaire général CFDT
Susanna Camusso, Secrétaire générale CGIL
Oliver Röthig, Secrétaire régional Uni-Europa
Eduardo Chagas, Secrétaire général ETF
Ignacio Fernández Toxo, Secrétaire général CC.OO

Invité du Grand jury RTL / LCI / Le Figaro

Dimanche 21 juin, j'étais l'invité du Grand jury RTL / LCI / Le Figaro.

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Pendant une heure j'ai pu m'exprimer squr différents sujets au coeur de l'actualité économique et sociale et notamment sur la loi Macron et le scandale du plafonnement des indémnités prud'hommes ou encore le débat sur la réforme du code du travail et le pacte de responsabilité. 

Retrouvez l'émission en replay:

 

1ère partie:

 

2e partie:

Invité d'Hedwige Chevrillon sur BFM Buisness

Capture BFM Buisness

 

Jeudi 18 juin, j'étais l'invité d'Hedwige Chevrillon sur BFM Buisness. Chiffres du chômage, simplification du code du travail, dialogue social, pacte de responsabilité, loi Macron ... de nombreux sujets ont été abordés au cours de cette interview.

Retrouvez-là ici en replay

Faisons de la santé un débat public

Cette tribune, que j'ai co-signé avec Danièle Desclerc-Dulac, Etienne Caniard et Luc Bérille est parue dans le journal La Tribune du 8 Juin 2015.


CP Santé public


Notre système de santé évolue en profondeur, sans vrai débat public, notamment sur le rôle des complémentaires santé, qui prennent une place grandissante. Quelles devraient être les priorités de réforme? Par Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT, Danièle Desclerc-Dulac, Présidente du CISS, Etienne Caniard, Président de la Mutualité Française, Luc Bérille, Secrétaire Général de l'UNSA


Notre système de santé est aujourd'hui à la croisée des chemins...

Malgré l'amélioration générale de l'état de santé de la population (allongement de l'espérance de vie, net recul de la mortalité infantile, etc.), les progrès thérapeutiques ne profitent pas à tous de manière équitable et l'organisation de la prise en charge des soins n'est pas efficiente. Notre système de santé privilégie trop souvent l'intervention la plus lourde au détriment de réponses plus appropriées aux besoins de la population, en particulier des personnes en situation de perte d'autonomie. Les obstacles géographiques et financiers pèsent lourdement sur les inégalités d'accès aux soins, le renoncement aux soins progresse en dépit de la hausse des dépenses de santé dans notre pays. Les conditions de travail se dégradent pour de nombreux salariés de la santé ou de l'accompagnement, notamment dans les hôpitaux, les epahd et le secteur des aides à domicile, au détriment des usagers et de la qualité des soins.

Par ailleurs, notre système de santé doit faire face à des défis majeurs (grand âge, hausse du nombre de malades chroniques, coût croissant du progrès technique, etc.) qui rendent indispensable son évolution en profondeur pour garantir sa pérennité, dans un contexte de financement fortement contraint -en dépit de l'augmentation continue des dépenses de santé.

 

Des soins courants de moins en moins remboursés par la sécu
 

Nous sommes donc face à deux paradoxes que les pouvoirs publics ne parviennent pas à résoudre.

Le premier paradoxe tient au fait nous dépensons chaque année toujours plus pour notre santé sans parvenir à limiter le renoncement économique à certains soins en raison du recul des remboursements des soins courants par l'assurance maladie obligatoire.

Actuellement, l'ensemble des soins de santé en ambulatoire, n'est plus couvert que pour environ 55%, toutes prestations de santé confondues. Ce constat s'explique par l'écart observé entre les bases de remboursement et les prix pratiqués par les acteurs du secteur de la santé comme par l'absence d'organisation des parcours de soins et de contrôle de la pertinence des actes.
 

Assurances complémentaires: une place grandissante sans aucun débat préalable

 

Le second paradoxe, lié au premier, est la place importante prise par les complémentaires santé, devenues aujourd'hui indispensables pour assurer l'accès aux soins, sans qu'aucun débat n'ait jamais eu lieu sur le rôle respectif et la ligne de partage entre régime obligatoire et complémentaires. Depuis plusieurs années, les complémentaires servent « de variables d'ajustement » permettant de pallier le désengagement de l'assurance maladie. Or, dans un contexte de renchérissement mécanique du coût des cotisations des complémentaires, le taux d'effort des ménages a atteint un seuil d'acceptabilité maximal.

Face à ces défis, nous sommes convaincus que le chemin de la transformation de notre système de santé n'appartient pas à la seule action de l'Etat que la loi de modernisation du système de santé traduit d'ailleurs insuffisamment.

Chacun à notre place, nous nous sommes efforcé ces dernières années de trouver des pistes concrètes pour faciliter l'accès à des soins de qualité pour tous et défendre un système de santé solidaire, efficient et régulé.

 

Quatre priorités

 

Au regard de l'urgence de la situation, nous estimons important d'insister ensemble sur quatre priorités :

 1- Agir en faveur de la réduction du reste à charge. Celui concerne essentiellement trois types de soins :

-Les soins courants non (ou mal) régulés : soins dentaires, audioprothèses ou optique.

­ -Les soins donnant lieu à des dépassements d'honoraires ;

­ -Les soins hospitaliers qui donnent lieu à des restes à charge de plus en plus importants.

 Les dernières tentatives de régulation des dépenses, si elles marquent un tournant, ne sont pas suffisantes. Nous proposons de construire une nouvelle forme d'opposabilité tarifaire au profit des patients afin de maitriser les restes à charge et de mettre un terme à la fuite en avant des dépassements d'honoraires.

2- Améliorer l'organisation du système de soins et de santé.

L'évolution de l'organisation de notre système de santé exige la prise en compte d'au moins cinq domaines :

L'existence d'importantes disparités territoriales. Au-delà du thème des déserts médicaux, qui constituent une réalité, nous devons mieux prendre en compte : l'inégalité des chances (certaines zones étant mieux dotées pour gérer certaines pathologies) ; les inégalités sociales souvent synonymes de maladies chroniques ; les inégalités tarifaires.

­ Il devient en effet primordial, comme le reconnaissent tous les observateurs du système de santé, d'organiser un véritable parcours de soins lisible par le patient permettant, dans une logique pluridisciplinaire : d'orienter le patient, de prévenir ses pathologies, de le soigner et de l'accompagner à l'issue de son traitement. Dans ce cadre, des modes de rémunération plus adaptés que le paiement à l'acte pourraient être mis en place.

­ L'ensemble des professionnels, salariés ou agents du système de soin doivent être entendus pour améliorer l'organisation collective du travail. Au-delà de l'organisation, notre système doit également davantage s'ouvrir aux potentialités offertes par les nouvelles technologies

­ L'impératif de démocratie en santé doit s'imposer aussi dans la co-construction des services et des actions en santé.

3- Redéfinir le pilotage des politiques de santé et l'articulation entre l'assurance maladie obligatoire et les complémentaires pour une meilleure responsabilisation concertée de chacun des partenaires.

Elle constitue la réponse aux deux priorités précédentes. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus agir séparément sur l'organisation du système d'un côté et sur le financement de l'autre. C'est de manière systémique que les questions doivent être posées. La place prise par les complémentaires (13% de la dépense) rend essentielle la mise en place d'un vrai partenariat entre l'assurance maladie obligatoire, les complémentaires et les bénéficiaires des services de santé.

Le pilotage des politiques de santé doit tenir compte de cette situation, de l'évolution de la médecine et de la société. Les associations de patients, les partenaires sociaux, les mutuelles, ne peuvent être exclus d'un pilotage aujourd'hui assuré par l'Etat et l'Assurance maladie. L'absence d'avancées significatives issues des dernières négociations conventionnelles en témoigne. Une nouvelle régulation est nécessaire. Elle doit tendre à une responsabilisation objectivée.

 Au-delà, les politiques de santé doivent désormais davantage se concevoir dans une logique de proximité en tenant compte des besoins locaux et de l'apport de l'ensemble des salariés du secteur de la santé et de l'aide à domicile. Force est de reconnaître que les récentes réformes ne sont pas allées au bout de cette logique.

4- Refaire de la santé un enjeu de citoyenneté, en favorisant le débat public autour des questions de santé et en encourageant l'engagement citoyen à travers de nouvelles actions de proximité autour des questions de santé.

Ensemble, nous avons la volonté commune de promouvoir une vision neuve des questions de santé. Nous voulons faire la preuve de la capacité des patients, des professionnels de santé, des partenaires sociaux et des mutuelles à construire ensemble des réponses en faveur de la transformation de notre système de santé.

Invité de "Thé ou café" le 31 mai

Laurent Thé ou café

 

Dimanche 31 mai, j'étais l'invité de Catherine Ceylac dans l'émission "Thé ou café" sur France 2. Avec elle, j'ai pu expliquer le parcours qui a été le mien jusqu'à aujourd'hui, mais aussi discuter du syndicalisme et des enjeux qui sont les notres aujourd'hui. L'occasion, aussi, de faire découvrir un groupe de musique que j'apprécie particulièrement "Boulevard des airs" et avec lequel j'ai tenté, sans grande réussite, de pousser un peu la chansonnette. Une bonne expérience pour moi que vous pouvez revivre en replay à cette adresse: http://bit.ly/1KCXs0l

L'hôpital public au bord du burn-out

J"ai co-signé cette tribune avec Nathalie Canieux, secrétaire générale de la CFDT santé-sociaux pour dénoncer la situation critique des agents des hôpitaux publics. Elle est parue sur le site Slate.fr le 26 mai 2015.

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Partout, on demande aux personnels hospitaliers de faire plus et mieux, avec moins et pire. Aujourd'hui, il faut les remettre au cœur des décisions qui concernent l’hôpital. Par Laurent Berger et Nathalie Canieux (CFDT).

Régulièrement, nous allons à la rencontre des salariés et des agents dans les hôpitaux. Ce sont des femmes et des hommes, épuisés et en colère, mais pourtant toujours passionnés par leur travail et qui ne se résignent pas. Ils portent le système à bout de bras.

Car ils nous le disent; ils sont profondément attachés à leurs métiers parce qu’ils ont la certitude que ce qu’ils font a du sens et est utile à la société. Mais ils n’en peuvent plus de travailler dans ces conditions intenables.

Partout, on leur demande de faire plus et mieux, avec moins et pire. Manque de personnel; intensification et dégradation des conditions de travail; remise en cause des règles de santé et de sécurité... Les salariés et les agents du service public hospitalier subissent des restructurations silencieuses depuis des années. Ils sont de plus en plus nombreux à connaître la précarité. Ils sont inquiets pour leur avenir et pour celui des personnes dont ils prennent soin.

Cette situation est la conséquence de vingt ans de choix de politique publique de la santé dictés par des considérations purement budgétaires. Et cela continue! Les dernières annonces prévoient de limiter l’augmentation de la masse salariale à 1,5%, de trouver plus de 700 millions dans les fonds de tiroirs, sans se soucier de mettre en péril le fragile équilibre financier –et social– que certains établissements avaient réussi à trouver.

Ces choix procèdent d’une logique de court terme dont toute la société paiera très cher les conséquences pour l’avenir.

En effet, que peut-on espérer d’un service public hospitalier fondé sur la précarité, l’épuisement, la défiance et l’amertume de ses 900.000 professionnels?

 

 

 

Que coûtent à la collectivité les absences maladies, les inaptitudes, le manque d’attractivité du secteur pour les jeunes?

Comment peut-on vouloir un service public accessible à tous et pousser pour le développement de l’ambulatoire à marche forcée, pour l’augmentation constante de l’activité et la marchandisation de l’hôpital, sur le modèle du privé?

Comment a-t-on pu en arriver là quand on sait à quel point la santé et le soin sont les biens les plus précieux d’une société?

Imaginons que les citoyens soient aux commandes et qu’ils puissent allouer les ressources de la Nation en fonction de leurs priorités. Il y a de grandes chances qu’ils mettent des moyens pour que leurs proches malades soient bien accueillis, biens soignés et pour que les professionnels qui les prennent en charge travaillent dans la sérénité.

Si on veut relever les nombreux défis sociaux, générationnels, qui sont devant nous, et construire une société où la qualité de vie et la qualité du vivre-ensemble importe, il faut arrêter de traiter la santé comme un budget à rationaliser. Il faut une ambition pour le service public hospitalier, et une stratégie cohérente avec celle-ci.

La loi santé reste au milieu du gué. Si elle pose les premières pierres d’un nouveau modèle qui coordonne tous les acteurs autour du patient, elle n’engage pas les investissements nécessaires, ni n’affirme clairement la place de l’hôpital dans ce modèle.

Et pourtant, investir dans les personnels hospitaliers est une urgence et une nécessité absolue. Il faut valoriser leurs emplois, qui produisent des richesses sur les territoires et sont non délocalisables. Il faut leur donner la reconnaissance salariale qu’ils méritent. Et mettre l’accent sur la formation pour développer des alternatives à l’hospitalisation dans le cadre d’un projet de santé cohérent.

Mais surtout, il faut remettre les personnels au cœur des décisions qui concernent l’hôpital. Ils vivent l’hôpital au quotidien, ils sont donc les mieux placés pour identifier ce qui fait problème et construire des solutions pour améliorer la prise en charge des patients. Créons des espaces d’expressions et ouvrons de vraies discussions sur les conditions et l’organisation du travail, sur la qualité de vie au travail!

Aucune stratégie ambitieuse ne peut se faire sans dialogue social. C’est ainsi que nous donnerons aux citoyens le service public hospitalier de qualité qu’ils sont en droit d’attendre.

“Le gouvernement doit dire stop au patronat” - Interview au JDD le 31 mai

Le 31 mai, à la veille d'être reçu à Matignon par Manuel Valls, j'étais interviewé par le Journal du dimanche pour faire le point que les principaux sujets sociaux du moment. Parmi eux, la difficile négociation sur l'avenir des retraites complémentaires. 

LB JDD

Vous avez rendez-vous avec Manuel Valls lundi. Qu'en attendez-vous ?

Le sujet est l'emploi dans les PME. Je veux d'abord mettre en garde le Premier ministre contre une idée fausse. Si le chômage ne baisse pas aujourd'hui, malgré le retour de la croissance, ce n'est pas à cause des droits des salariés. Ils ne sont pas responsables de cette reprise sans emploi. Donc nous dirons niet à toute velléité de toucher au contrat de travail. Les solutions sont ailleurs que dans la précarité.

Que proposez-vous pour l'emploi dans les PME ?

L'an dernier, il y a eu un plan de formation pour 100 000 demandeurs d'emploi afin de répondre aux offres de postes non pourvues. Il faut le relancer. Par ailleurs, nous acceptons de parler d'aides ciblées pour l'embauche, dans le cadre du pacte de responsabilité, même si nous sommes contre les dispositifs type zéro charge. Et puis, les PME ont peu de moyens pour la gestion des ressources humaines, à la différence des grands groupes. Il existe des plates-formes régionales que l'on pourrait généraliser.

Il n'y a plus de conférence sociale ni de nouvelle négociation. Vous le déplorez ?

Nous sommes dans un moment où il est difficile de se parler. Par exemple, le Medef considère que la loi Rebsamen sur le dialogue social est un frein à la compétitivité et dans le même temps, la CGT voit dans ce texte un diktat patronal. C'est fou. On se demande où on est. La recherche de compromis est vécue soit comme une entrave, soit comme une trahison. C'est malheureux. Relancer une conférence sociale ciblée sur le compte personnel d'activité promis par le chef de l'État serait pourtant pertinent. Il y aurait aussi à traiter les transitions professionnelles dans le cadre de la COP 21.

On peine à mesurer l'effet des accords sociaux depuis 2012. Comment l'expliquez-vous ?

Dans ce pays, on met vingt ans avant de réformer, on critique toutes les réformes avant leur application, et ensuite on n'en parle plus. Regardez les droits rechargeables pour les demandeurs d'emploi, le compte personnel de formation, le service civique la garantie jeune… On ne met pas en valeur ce qui est positif.

Mais le chômage ne baisse pas.

Et si nous n'avions rien fait? Depuis 2013, on négocie les plans sociaux, suite à un accord national. Nous avons fait baisser le nombre de licenciements et amélioré les reclassements. Autrefois, le recours en justice contestant les plans sociaux était de 30%, il est passé à 5% car une place a été donnée au dialogue social. Qui en parle? Le patronat quémande sans se soucier de ses responsabilités. Le gouvernement doit savoir lui dire stop.

La négociation sur les retraites complémentaires est bloquée. Que se passe-t-il ?

Nous avons découvert les propositions maximalistes du Medef dans la presse. Cela a crispé tout le monde. Maintenant, notre responsabilité est engagée auprès de dizaines de millions de retraités et de salariés. J'insiste sur un point. Rien ni personne ne nous oblige à conclure et nous serons sans doute décriés sur un compromis éventuel. Mais imaginez qu'il n'y ait pas d'accord ? Il faut le dire aux gens : pas d'accord, c'est la baisse durable et programmée des retraites !

Vous voulez aboutir ?

Nous le souhaitons. Il faut pour cela que le patronat assume une part d'effort, que les employeurs contribuent financièrement au redressement. Nous voulons conclure pour le mois de juillet.

Le Medef propose un report à 67 ans du taux plein, avec un abattement des pensions de 40% à 62 ans. Qu'accepteriez-vous ?

Il est hors de question d'aller au-delà de 10%, ce qui est déjà conséquent, et à condition que cela soit temporaire. Par essence, aucun syndicaliste ne s'engage pour traiter ce type de dossier. Je n'ai pas pris ma carte à la CFDT pour cela. Mais ma responsabilité est de faire en sorte qu'on n'envoie pas dans le mur les salariés et les retraités.

Pourquoi la CFDT a-t-elle rallié les opposants à la réforme du temps de travail aux Hôpitaux de Paris ?

Nous avons signé, seuls, un accord sur la réduction de la précarité dans les hôpitaux de Paris, 1 000 contractuels sont titularisés. Or, sur les 35 heures, le directeur de l'AP-HP a communiqué aux médias avant de parler aux principaux intéressés. Sur des sujets aussi sensibles, dans un milieu aussi tendu, on ne peut pas laisser croire que les agents auraient trop d'avantages sociaux. Maintenant, il faut arrêter d'agiter le totem des 35 heures et repartir sur d'autres bases : conditions de travail, organisation du travail. Il faut écouter les agents. Nos hôpitaux vont mal.

Les patrons de PME protestent contre la création de commissions régionales, qui permettraient - le cas échéant - aux syndicats d'entrer dans leur établissement. Que répondez-vous ?

Les commissions régionales sont une avancée pour que tous les salariés aient une représentation. Elles auront, entre autres, une mission de médiation. Cela peut résoudre des conflits. Qui peut être contre? On touche à la conception même des relations sociales, certains préférant l'affrontement stérile au dialogue. Plus on se parle, moins on est en conflit, c'est une règle de vie en société. Là où il y a des délégués du personnel, en général, il y a moins de recours aux prud'hommes.

Propos recueillis par Nicolas Prissette

“Si le compte pénibilité devait être reculé, nous descendrons dans la rue pour le défendre”

Ce mardi 26 mai, j'étais l'invité" de Thomas Sotto dans la matinale d'Europe 1. Il m'a interrogé notamment sur la loi de modernisation du dialogue social et sur l'avenir du compte personnel de prévention de la pénibilité. Redécourez l'interview en vidéo:

“Permettre à tous de réussir ce n'est pas niveler par le bas” - Interview RTL du 19 mai

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Invité de RTL ce mardi 19 mai, j'ai expliqué à Jean-Michel Apathie pourquoi nous n'appellons pas à la grève contre la réforme du collège.


"Ne laissez personne vous dire que vous êtes trop jeune" - Discours au Working Time Festival - 1er Mai 2015

Cap LB WTF Discours


Bonjour à toutes et à tous, merci d’être là.

Avant les concerts, je voulais vous dire quelques mots. Parce que c’est un moment important pour nous : c’est la première fois que la Cfdt  réunit 2000 jeunes un 1er mai, sous le signe de la fête internationale des travailleurs et de l’Europe.

Quel plaisir de vous voir ici si nombreux !
 

Ce festival, c’est la CFDT qui l’a organisé,  mais c’est vous qui l’avez fait,c’est le vôtreEt j’espère que vous avez passé une bonne journée.

Merci donc à vous tous, militants, adhérents de la CFDT ou simplement participant. Merci de nous avoir fait confiance et d’avoir eu la curiosité de la rencontre avec d’autres jeunes de tous horizons.

Vous êtes venus de la France entière, y compris de l'autre mer et aussi de toute l’EuropeMerci aux jeunes lituaniens, belges, allemands, bulgares, espagnols, italiens, polonais, slovènes et suédois : non seulement vous avez donné de la perspective à nos débats, mais  vous avez donné un beau visage à  l’Europe !

Il y a aussi ce soir beaucoup de jeunes engagés dans des associations et des organisations de jeunesse. Merci à vous !

Et je n’oublie pas tous les bénévoles de la CFDT même ceux qui ne sont plus jeunes depuis longtemps ...mais la jeunesse ça peut aussi être un état d’esprit permanent.  

*** 

Cette journée, c’est d’abord un message adressé à vous, jeunes militants et adhérents de la CFDT : je suis fier d’être à la tête d’une organisation qui compte plus de 66 000 jeunes ! Notre syndicalisme, c’est vous qui le faites bouger ! Je souhaite que vous soyez encore plus nombreux, et que vous preniez des responsabilités.

Que vous ayez de l’ambition - pour vous - et pour la CFDT ! Ceux qui ont déjà participé à Effervescence(s), les sessions de formation de nos jeunes responsables, savent que c’est possible !

***

Cette journée, c’est aussi un message à vous tous, jeunes non adhérents. Vous qui vous êtes fait embarquer par les amis ; vous qui êtes venus voir ce que propose un syndicat comme la CFDT ; ou qui avez aussi été séduit par l’affiche des concerts !

***

A vous tous, je tiens à dire 2 choses :

***

D’abord, notre syndicat se bat pour améliorer la situation des jeunes et pour que vous ayez davantage de droits ! La garantie jeunes, qui permet aux jeunes en galère de toucher une allocation et d’être réellement accompagné vers l’emploi, c’est nous ! L’accès à l’indemnisation chômage pour tous ceux qui enchainent les petits contrats, c’est nous ! La possibilité pour les apprentis de cotiser pour leur retraite, c’est encore nous !

Nous sommes fiers de ces acquis, mais le chemin n’est pas fini : pour la CFDT, ce sont toutes les politiques publiques qui doivent mieux tenir compte de la situation des jeunes ; dans le domaine du logement, de l’éducation, de l’emploi bien-sûr, mais aussi de la santé.

Investir dans la jeunesse : ça doit être une priorité dans ce pays... Ça doit même être LA priorité. 

La deuxième chose que je veux vous dire, et c’est mon message essentiel : nous - avons - besoin - de vous !

La CFDT veut être à l’image de la société, pour mieux répondre aux défis qui sont devant nous. Et pour cela, nous avons besoin de votre regard, de votre expérience et de vos idées

C’est avec vous que nous voulons construire  l’avenir. Un avenir plus enthousiasmant que celui qui nous est proposé en ce moment !

***

Je sais que se syndiquer, ça n’a rien d’un réflexe pour votre génération. Vous avez d’autres choses à penser : faire votre place dans le monde du travail,  tracer votre voie ; sans sacrifier votre vie personnelle et sans renoncer à vos rêves.

Alors pourquoi rejoindre la CFDT ? Parce que c’est le moyen de peser sur les décisions qui vous concernent : celles qui se prennent dans votre entreprise,celles qui façonnent la société. Celles qui ont un impact direct sur votre quotidien, sur votre travail et sur chacun d’entre nous… Mais aussi parce que dans l’entreprise, la solidarité, le sens du collectif, ça aide à être plus fort.

Adhérer et militer à la CFDT c’est trouver  du sens, des valeurs et  aussi de la convivialité.

Alors l’organisation de ce festival, c’est aussi une façon de vous faire de la place dans notre organisation!

Ce n’est pas toujours simple parce que ça nous bouscule. Parce qu’il ne suffit pas de faire de grandes déclarations, aussi sincères soient-elles : nous devons faire la preuve de notre utilité. Montrer que l’action syndicale peut réellement changer les choses. Mais pour changer le monde, il faut commencer par changerson quotidien, et d’abord celui de son travail et de ses collègues.

Offrir cela à ceux qui voudraient nous rejoindre, c’est une tâche immense. Mais nous, responsables syndicaux, jeunes et moins jeunes, nous vous le devons !

 On parle trop souvent - et moi le premier, depuis quelques minutes- des « jeunes », de vous. Mais iI n’y a pas une jeunesse, il n’y pas « des jeunes » qui seraient tous identiques. Il y a des personnes, qui ont chacune leur histoire, leur parcours, leurs attentes. Vous l’avez encore montré aujourd'hui. C’est à cette diversité que nous voulons et que nous devons apporter des réponses.

Parce qu’être étudiant, avoir un travail stable ou galérer entre chômage et petitsboulots, ce sont des réalités différentes.  Parce que vivre chez ses parents, en colocation, ou en couple, ce sont des besoins différents.

Et pourtant, malgré cette diversité, vous avez tous des choses en commun :vous avez toujours connu un discours de crise. D’ailleurs on dit que vous êtes une génération sacrifiée, et même LA génération sacrifiée.

Je n’ai pourtant pas eu l’impression aujourd’hui que vous avez baissé les bras. Moi, je vous trouve très lucide sur votre avenir et même confiant, malgré les incertitudes.

En tout casvous ne pensez pas que les politiques peuvent - seuls - changer le monde. La société civile, les associations, les syndicats, eux aussi, doivent y participer. Et ça, c’est une raison de plus de s’engager ! 

L’autre point commun que vous partagez, et dont vous avez peut-être moins conscience, c’est que c’est votre tour de prendre les manettes de ce pays! Ceux d’entre-vous qui ont déjà des responsabilités syndicales ou associatives le savent bien ! 

***

Alors c’est vrai, cette prise de responsabilité, elle ne se fait pas dans un moment facile.

Notre pays est très pessimiste sur son avenir collectif. Et pourtant,  chacun d’entre nous a plutôt confiance en son destin personnel. Et c’est là toute la question : pourquoi avons-nous perdu confiance dans cette aventure collective qui est la nôtre ?

Pour la CFDT, il n’y a pas de « France qui se meurt ». Même si c’est dur pour beaucoup, il y a quand même des raisons d’espérer.

Oui, le progrès est encore possible ! Et un progrès collectif, qui ne laisse personne au bord du chemin !

***

Chez nous, il n’y a pas de nostalgie, il y a de l’envie ! Pas question de se battre pour un monde qui n’existe plus : c’est bien le monde de demain que nous voulons construire !

Alors oui, pour la CFDT, le progrès, ça ne peut pas être le statut quo. Mais ce n’est pas non plus la casse de notre modèle social il y a une autre voie, un nouveau mode de développement possible pour remettre l’économie au service des femmes et des hommes. Une société de la qualité pour tous : qualité de vie, qualité du travail et de l’emploi, respect de l’environnement.

C’est vrai, c’est une grande ambition. Certains diraient même une belle utopie. Eh bien, je vais vous le dire : les utopies, elles sont faites pour être réalisées. Parce que sinon, le seul choix qui reste, c’est de dire « c’est comme ça ». Et cela, c’est tout simplement du renoncement. Alors, cette ambition, cette utopie, je crois sincèrement qu’ensemble, nous pouvons en faire une réalité.

***

Mais tout ça ne tombera pas du ciel… C’est par le dialogue, par la coopération entre les salariés, entre les citoyens, que nous pouvons retrouver le chemin du progrès.

Fini le temps où quelques-uns décidaient pour tous les autres ! Il faut plus de participation citoyenne ! Se parler, débattre, se confronter quand on n’est pas d’accord, et trouver des solutions ensemble.

Le syndicalisme, c’est un de ces espaces de débat, de participation et de proposition. Oui, de proposition ! ! 

Nous portons depuis longtemps l’idée d’un compte social personnel, pour permettre à chacun, tout au long de sa vie, d’accumuler des droits : pour se former, changer de métier, s’engager dans l’associatif, bref – pour utiliser les droits dont vous avez besoin, quand vous  en avez besoin. Parce que, je le disais à l’instant, vous êtes, nous sommes tous différents. Aujourd’hui, le progrès social, c’est de pouvoir offrir du sur-mesure à tous.

Eh bien cette idée pourrait devenir une réalité, avec le compte personnel d’activité qui doit être créé par la loi. 

Là encore, c’est le monde de demain que nous bâtissons ; et c’est pourquoi nous réclamons depuis des années un vrai plan d’investissements européen, pour accélérer la transition écologique et créer des emplois. Dans les énergies renouvelables, le transport propre, le numérique. Cette proposition, elle est en train d’être reprise, avec le plan Juncker.

Et quand je parle du monde de demain, je ne pense pas seulement à la France – ou même à l’Europe

Nous le savons bien, notre responsabilité collective, comme travailleur, comme consommateur et comme citoyen, elle dépasse désormais toutes les frontières. C’est pourquoi nous travaillons avec des associations et des ONG sur la responsabilité des multinationales vis-à-vis de leurs sous-traitants. Elles doivent rendre des comptes sur les conditions dans lesquelles elles font travailler leurs salariés, y compris à l’autre bout du monde ! Eh bien ce principe vient d’être adopté par le parlement. Cela s’appelle le devoir de vigilance !

*** 

Alors oui, la CFDT rêve, je rêve d’une société ouverte, qui voit dans l’Europe une chance, à condition de construire une Europe qui protège mieux l’intérêt des peuples. Une société qui rejette toutes les formes de racisme et qui refuse que l’on oppose les français et les européens entre eux. Bref, une société qui partage un projet commun.

Oui, nous portons une vision de la société à l’opposé de celle que certains cherchent à nous vendre. Une société où il faudrait se protéger de l’étranger, de l’immigré, avec la préférence nationale. Une société où un chef autoritaire  déciderait seul, pour tous.

Ces idées, si on peut encore appeler ça des idées, la CFDT ne peut que les rejeter. Purement et simplement. C’est pour ça que si elle reste farouchementindépendante de tous les partis politiques, la CFDT combat le Front national. Parce qu’il est et demeurera toujours un danger, un danger qui menace notre démocratie.

***

Nous, nous misons sur l’ouverture aux autres et à leurs différences, sur le débat et l’échange d’expériences, le plaisir des moments partagés. C’est, je crois, ce que nous avons vécu ensemble aujourd’hui. Et cela va continuer juste après avec les concerts ;

 Une dernière chose. Ce moment fort que nous venons de vivre, je vous propose de le prolonger : dans vos régions, car la CFDT y organise aussi des initiatives ; Mais également sur vos lieux de travail.

Je vous propose de continuer à faire vivre ce vieux slogan de la CFDT qui dit :« nous vivrons ce que nous changerons ».

Poursuivez le débat, soyez acteurs ! Prenez la place qui vous est due, même s’il faut jouer des coudes ! Ne laissez à personne le soin de décider à votre place de ce qui est bon pour vous ! Et surtout, ne laissez personne vous dire : « t’es trop jeune pour ça » !

Alors encore une fois, merci à tous, et maintenant, enfin dans 1/2h je crois, place aux concerts !

1er Mai 2015 : pourquoi nous organisons un festival pour les jeunes

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Cette année, la CFDT a fait un choix audacieux. A la place du traditionnel défilé du 1er mai parisien, nous avons décidé d’organiser un festival pour les jeunes.

Particulièrement touchés par le chômage et la précarité, ce sont aussi eux qui construiront le monde de demain et qui contribuent déjà à changer le monde d’aujourd’hui. Leur dédier notre 1er mai, c’est réaffirmer qu’ils ont toute leur place dans l’action syndicale, c’est leur parler de l’importance de la solidarité et de l’engagement, c’est leur montrer qu’il existe un autre syndicalisme, moderne, crédible, audacieux, ambitieux.

Mais leur dédier notre 1er mai, c’est surtout leur laisser la parole, écouter leurs angoisses, leurs difficultés, mais aussi leurs envies et leurs idées. Prendre le temps de discuter ensemble de l’emploi, du travail, de la société que l’on veut. C’est pour cela qu’ils trouveront lors de cette journée des conférences, des ateliers débats, des lieux d’échanges et de rencontres et des animations pour partager, proposer, avancer.

Et parce que le 1er mai doit rester une fête, celle du travail et des travailleurs, nous conclurons cette journée par des concerts d’artistes connus et reconnus des jeunes (SKIP THE USE, BEN L’ONCLE SOUL …) mais aussi par un tremplin où de jeunes artistes auront l’occasion de se produire sur scène, certains pour la première fois.

Et parce que le 1er mai est la journée internationale des travailleurs, nous avons aussi choisi de placer cette journée sous le signe de l’Europe. De l’Europe que nous voulons, par et pour les jeunes : celle qui protège et qui investit, qui prépare notre avenir et permet les rencontres, à contre-courant des tentations de repli sur soi. C’est pour cela que 100 jeunes européens invités seront présents à cet évènement.

C’est aussi par cette audace et cette quête de sens et d’utilité que nous referons du 1er mai une grande fête populaire et militante. Au travers de cette journée festive et solidaire et des suites que l’on saura lui donner,  la CFDT entend décliner sa devise : s’engager pour chaque jeune et agir pour toute la jeunesse. 

La proximité au service des agents au CHU de Purpan

Jeudi 9 avril au matin, il fait beau sur Toulouse et je suis chaleureusement accueilli par les militants Santé Sociaux 31 et 09 sur le site de Purpan du CHU. On s'installe autour d'un café pour échanger. Ils sont une trentaine, aides soignant(e)s, cadres de santé, éducateur spécialisé, ambulancière... Des femmes et des hommes motivés, qui consacrent pour beaucoup la moitié de leur temps à leur engagement syndical. Ils m'annoncent qu'ils sont encore "dans une phase d'euphorie" apres les élections professionnelles de décembre, et pour cause ! Ils enregistrent une progression historique, passant de 10% à 22%. C'est une des raisons de ma visite: revenir avec eux sur les ressorts de cette belle réussite !

 

Rien n'était gagné pourtant. L'hôpital, - je le vérifie à chacun de mes déplacements - c'est à la fois l'un des endroits où le métier des agents a le plus de sens et d'utilité, et l'un de ceux où il s'exerce dans les conditions les plus difficiles. Au CHU de Toulouse comme dans d'autres, on souffre du manque de personnels, de l'augmentation de la charge de travail, des déménagements incessants occasionnés par les "grands projets" , de la précarisation du travail des contractuels...Les besoins et les attentes sont immenses; je peux le mesurer en visitant le service de chirurgie maxillo-faciale et en m'entretenant avec les cadres de santé sur place. De plus, c'est un défi de faire vivre un dialogue social de qualité dans un CHU, avec son organigramme compliqué, ses procédures chronophages, ses rigidités. Un défi aussi, dans ces volumes immenses répartis sur plusieurs sites, et à travers ces kilomètres de couloirs, d'aller à la rencontre de chaque salarié...

Pourtant, c'est autour de la proximité que l'équipe de militants a choisi d'organiser son action syndicale. Rencontrer les salariés et les écouter parler de leurs métiers, construire avec eux des solutions pour de meilleures conditions d'exercice, une meilleure qualité de vie au travail; ces pratiques de proximité ont nourri et renforcé l'action revendicative au sein des instances. Et cela a payé! Les salariés n'attendent pas de leurs représentants un "commentaire" de leur situation ou un discours hors-sol, ils veulent participer aux décisions sur l'avenir de leur travail.

Je suis admiratif de la façon dont ces militants CFDT ont trouvé les ressources pour agir concrètement dans un environnement si contraint. C'est cela la CFDT: un syndicalisme de la proximité et des réponses concrètes pour la vie quotidienne des gens. Et aussi un syndicalisme porteur d'un projet de société, une société apaisée grâce au dialogue, une société solidaire. Pour construire cette société, il faut arrêter de traiter la santé comme un budget à rationaliser, il faut redonner des moyens d'action à l'hôpital et à ses salariés et agents qui portent une mission de service public fondamentale.

C’est cela le sens de notre engagement

"La CFDT n'a de leçon à recevoir de personne"

J'étais ce matin de l'invité de Jean-Michel Aphatie sur RTL. Dans cette interview je précise notamment notre position à propos d'une éventuelle modification du contrat de travail, dont certains parlent bien qu'on n'ait aujourd'hui aucune étude prouvant ses effets sur l'emploi. J'aborde également le sujet de la réforme du dialogue social.



Interview à Paris Match du 19 Mars 2015

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Redoutez-vous la montée du Front National ?

Oui. Il faut la combattre. Il faut dire que le FN ne partage pas notre vision du progrès social, il ne prône le progrès que de quelques uns. Nous sommes pour l'émancipation des individus. Il est pour l’autoritarisme. Nous sommes pour l'égalité entre les hommes et les femmes. Pas lui. Il propose une impasse économique avec la sortie de l’euro. Il se nourrit du pessimisme ambiant. Il ne faut pas se réfugier derrière des mots, il faut lui objecter une vision de l’avenir et des résultats concrets. Sa particularité, c’est de ne pas être comptable de cohérence. Si, malheureusement, il obtenait le pouvoir, il l’exercerait de manière très autoritaire. Son choix de monter les citoyens les uns contre les autres sous prétexte de situations sociales différentes, d’origines différentes, conduirait à l’affrontement.

Constatez-vous la montée des idées de ce parti au sein de votre syndicat ?

A la Cfdt, nous avons exclu trois de nos adhérents qui se présentaient sur des listes FN pour les élections cantonales. Mais je ne perçois pas d’influence croissante des thèses du FN dans nos troupes, les sondages après les européennes montrent d’ailleurs que nous ne sommes pas le syndicat le plus exposé. En revanche, parmi les salariés malmenés et en perte de repères, cette progression est perceptible. La question n'est pas de stigmatiser les électeurs, mais de démontrer que voter FN est très dangereux pour la démocratie et les droits des travailleurs. Regardez les attaques du Front National contre le syndicalisme, contre les associations, contre tout ce qui permet de faire vivre la démocratie.

Le récent échec de la négociation sur le dialogue social, qui oblige le gouvernement à légiférer, signe-t-il l’échec de la démocratie sociale voulue par François Hollande?

Non, la méthode retenue a déjà produit des accords. Cette fois, je regrette l’absence de résultat. La démocratie sociale prévoit aussi qu’en cas d’échec, le gouvernement reprenne la main. Mais le dialogue social se déroule d'abord dans les entreprises. Sans lui, sans l'accord de compétitivité, Renault ne réembaucherait pas aujourd'hui. Sans lui, les 60 000 personnes en insertion professionnelle ne bénéficieraient pas de couverture complémentaire. Que personne ne le reconnaisse nourrit ce sentiment de mal-être.

A qui attribuez-vous la responsabilité de cet échec ?

A toutes les parties. Les conservatismes de tous bords n'ont pas facilité un compromis, avec d'un côté, une partie du patronat qui considère le dialogue social comme une épine dans le pied des entreprises, et de l’autre, certaines organisations syndicales qui considèrent que le dialogue social n’a pas à être modernisé.

Les syndicats empêchent-ils les réformes ?

Ce n'est pas un reproche que l'on peut faire à la Cfdt! La Cfdt a pris conscience de l'évolution du monde du travail et adapté ses revendications. Quel que soit le promoteur des réformes, nous jugeons en fonction de ce qui est bon ou pas pour les salariés. La CFDT n’a aucune leçon de responsabilité à recevoir : regardez les routiers qui viennent de suspendre leur mouvement en attendant les prochaines négociations. Le syndicalisme n’est pas que cette image d'Epinal, qui le voudrait jusqu'au-boutiste, incapable de compromis.

Etes-vous satisfait des premières lignes du projet de loi Rebsamen, et notamment l’instauration d’une représentation avec des commissions régionales dans les très petites entreprises?

C'est un premier pas nécessaire, mais modeste. Il met fin à une injustice flagrante: les salariés des entreprises de moins de onze salariés n'avaient aucune représentation collective.

Jugez-vous que cette réforme est a minima ?

Non, même si ce texte ne va pas aussi loin que ce que les uns ou les autres auraient pu acter dans un compromis. C'est d'ailleurs pédagogique. Il n’enlève rien des prérogatives des représentants du personnel. Certains de ses dispositifs sont intéressants, comme la révision des processus d'information- consultation pour les rendre moins formels vont associer davantage les représentants du personnel à la situation des entreprises.

Trouvez-vous, comme d’autres syndicats, que les propositions du Medef sont trop reprises ?

J'entends certains dire 'quand le Medef est content, c'est qu'il y a un risque'. Des points sont encore à améliorer, comme la présence des salariés aux conseils d’administration, mais ce texte est équilibré.

Le patronat est traversé par de profonds débats avec deux options : devenir une instance de lobbying sans avoir recours au dialogue social, ou faire du dialogue social un outil de performance économique et social. Il ne doit pas être simplement dans une démarche d’attente et de plainte.

Que pensez-vous du fait que Manuel Valls n’exclut pas le recours au 49.3 sur le texte Rebsamen ?

Il ne faut pas passer par le 49.3 sur ce projet de loi. C’est bien que le Parlement débatte de ce sujet. Ce texte peut trouver une majorité large sans difficulté. Ensuite, le rapport du gouvernement avec sa majorité n’est pas mon problème.

Partagez-vous l’hostilité des médecins contre la loi Touraine et la généralisation du tiers payant ?

Le tiers payant est une bonne chose pour les patients. Le taux de renoncement aux soins dans notre pays est important. Il faut un système efficace qui permette aux médecins d’être payés rapidement. Je rappelle que les médecins sont rémunérés par un système mutualisé et socialisé. Il est normal qu’ils participent à l’évolution du système de santé.

Les élections à Air France vous propulsent devant la CGT. Après Orange en novembre dernier, un nouveau bastion tombe. La CGT paie-t-elle le prix de sa crise de gouvernance ?

Je ne cherche pas à battre la CGT. Les salariés veulent des syndicats utiles, qui obtiennent des avancées sur l’emploi, sur la vie au travail, sur la protection sociale, sur les rémun