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Interview à Alternatives Economiques - octobre 2017

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Les consultations sur l’avenir de l’assurance chômage viennent de démarrer. Qu’en attendez-vous ?

D’abord, que le gouvernement confirme que les chômeurs conservent les droits actuels à indemnisation : il est hors de question pour la CFDT que l’on revienne sur le montant ou la durée.

Ensuite, il faut élargir les droits aux « travailleurs des plates-formes », à tous ceux qui sont indépendants mais qui travaillent dans une situation de dépendance économique. Leurs donneurs d’ordre devront contribuer au financement de cette protection sociale, qui doit rester prioritairement fondée sur un système contributif : je touche parce que je cotise. L’assurance chômage est un revenu de remplacement, pas un revenu universel majoritairement financé par l’impôt.

Faut-il instaurer un système de bonus-malus sur les contrats courts ? 

Oui. On verra quelle est la meilleure formule de taxation, mais le sens doit être clair : limiter la précarité des contrats de travail par une responsabilisation des employeurs. La lutte contre la précarité passe également par une meilleure articulation avec les dispositifs de solidarité. Dans un pays où le ministère des Finances est toujours en quête de coups de rabots budgétaires, il ne faut jamais baisser la garde. La CFDT se bat pour que le revenu de solidarité active (RSA) soit revalorisé comme d’autres minima sociaux. C’est une question de justice sociale.

Que pensez-vous de la possibilité d’étendre les droits aux personnes qui démissionnent ?

Pourquoi pas, mais il y a déjà 25 règles d’indemnisation prévues en cas de démission ! Cependant, l’assurance chômage est là pour assurer un revenu de remplacement pour vivre. Elle permet, parce que l’on est indemnisé et accompagné, de retrouver du travail plus facilement. Ce n’est pas un système de gestion des réorientations professionnelles. Il est légitime que des salariés veuillent changer de voie.

Pour cela, il existe déjà des dispositifs d’accompagnement comme le congé individuel de formation… Je suis favorable à ce que l’on ouvre aux salariés la possibilité d’une réorientation professionnelle profonde une fois au cours de leur carrière. Mais ce n’est pas à l’assurance chômage d’en porter le coût.

La formation des chômeurs leur garantit-elle un emploi ?

Notre approche est de partir des besoins des entreprises et des territoires, d’assurer une certification des formations et d’être dans une logique d’accompagnement. Dire que chaque salarié va porter son « sac à dos de droits » individuellement entre période d’emploi, de formation, de chômage, c’est très bien, mais cela profitera aux plus qualifiés. C’est pourquoi il faut un accompagnement public fort. L’Afpa1  pourrait s’en charger : c’est plus d’une centaine de centres répartis sur tout le territoire, au plus près des besoins, et disposant de la légitimité et des compétences nécessaires.

Enfin, le plan de formation professionnelle voulu par le gouvernement ne doit pas aboutir à déresponsabiliser les entreprises dans le maintien et l’évolution des compétences de leurs salariés. Nous, syndicats, devons pousser à faire de la formation un élément central de la négociation collective. Nous pouvons aussi, et ça marche très bien, jouer un rôle de conseil auprès des salariés dans ce domaine.

Qu’est-ce que cela change d’avoir plus de représentants des salariés dans les conseils d’administration ?

Cela permet de faire entrer le travail, et non plus seulement le capital, dans les conseils d’administration, afin que les administrateurs sachent comment il est organisé dans l’entreprise. Ce sont les chefs d’entreprise qui le disent aujourd’hui, après que la loi de 2013 leur a imposé de donner plus de place aux représentants des salariés. Cela reste insuffisant. Mais toute progression doit s’inscrire dans une évolution plus générale de la gouvernance d’entreprise.

Premier niveau, il faut revoir l’article 1833 du code civil qui définit l’entreprise uniquement comme un centre de profit. La réécriture doit intégrer des objectifs sociaux et environnementaux. Les statuts de l’entreprise doivent également être revus. On pourrait ouvrir la possibilité d’opter pour la « Société à objet social étendu », comme le proposent les chercheurs Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, ou de recourir à un statut équivalent, pour donner un sens plus sociétal à l’entreprise. C’est possible par exemple aux États-Unis ; la France, elle, est en grand retard dans ce domaine. Cela permettrait aux entreprises qui veulent avancer de pouvoir s’en saisir.

Le second niveau passe par le renforcement de la place des représentants des salariés dans les conseils d’administration, comme représentants du travail, pas seulement de l’actionnariat salarié. Dans une vision idéale, il faudrait monter jusqu’à 50 % d’administrateurs salariés. Des espaces de codécision employeurs salariés sont également nécessaires. Par exemple, on se bat souvent pour savoir si les aides que touchent les entreprises sont des cadeaux au patronat ou des aides utiles à tous : leur utilisation pourrait relever de la codécision. Nous souhaitons que la rémunération des dirigeants entre dans ce périmètre. L’autorégulation a montré son incapacité à avancer sur le sujet.

Enfin, la démocratisation de l’entreprise doit s’accompagner d’un renforcement du dialogue social. Il faut donner plus de place à la confrontation des points de vue et ouvrir des espaces d’expression des salariés sur leurs conditions de travail.

Selon le patron du Medef, les syndicats français ne sont pas assez mûrs pour qu’on leur accorde une place plus grande dans les conseils d’administration.

Nous avons un patronat du XXe siècle. C’est difficile d’avancer vers plus de démocratie sociale en France parce qu’il y a un maillon faible : le manque d’interlocuteur.

Le Medef est empreint d’une vision limitée des syndicats de salariés et du dialogue social. Heureusement, le patronat, ce n’est pas les entreprises, on peut y dialoguer. J’espère que le prochain responsable du Medef aura une vision plus ouverte pour que nous puissions avancer collectivement.

Accroître l’intéressement et la participation, est-ce une bonne chose ?

Nous souhaitons de véritables négociations sur le partage de la valeur ajoutée. Car c’est un débat important sur les capacités d’investissement de l’entreprise et sur sa vision à long terme. Si la refondation de l’entreprise que propose le président de la République consiste à nous appâter avec l’intéressement et la participation, cela ne suffira pas. Bien sûr, on peut s’accorder sur les moyens de la rendre moins inégalitaire. Quand j’entends le patron de la CPME2 dire que cela ne concerne pas les petites entreprises et que c’est très bien comme cela, je ne suis pas d’accord !

Les salariés, dans les entreprises de moins de 50 personnes, doivent pouvoir en bénéficier. Et il faudra parler de l’entreprise au sens large : quand un paquebot sort des chantiers à Saint-Nazaire, 11 000 personnes ont travaillé dessus. Qui va toucher de l’intéressement ? Les salariés de STX, quelques sous-traitants de rang 1, peut-être. Tous les autres ont pourtant contribué à la réussite du projet.

Dans votre enquête « Parlons travail », les trois quarts des répondants réclament plus d’autonomie dans le travail. Est-ce une priorité d’action pour la CFDT ?

Oui, clairement, mais c’est dur à réaliser. Nous devons agir dans les entreprises, partir de l’expression des salariés, aller plus loin que les lois Auroux de 1982. Depuis 2014, nous avons réalisé 200 000 enquêtes flash : le syndicat propose d’écouter les salariés sur tel ou tel sujet, la façon de produire, le rapport à la hiérarchie… C’est un début. Oui, c’est insuffisant.

Le rôle du syndicaliste, c’est d’écouter les salariés, pas de leur dire ce qu’il faut faire. Ce qui nous fait bondir dans les ordonnances, ce sont les décisions unilatérales de l’employeur dans les entreprises de moins de 20 salariés. Mais cela a été rendu possible par le fait que nous y sommes absents. Cela fait partie de nos faiblesses. Nous devons complètement revoir notre façon de représenter les salariés de TPE. Ce sera un grand thème de notre prochain congrès de Rennes. Mais pour cela, il faut repartir du travail. Nous nous sommes sans doute trop concentrés sur l’aspect emploi, moins sur ce que devenait le travail. Or, il y a une énorme appétence des salariés à parler de ce qu’ils font.

Il faut faire de cette expression un vrai outil de l’action syndicale. Des accords intéressants ont été signés chez Toyota, Monoprix, et même dans des PME comme la CAIB, une menuiserie industrielle à côté de Cholet. L’autonomie des salariés augmente, la hiérarchie devient plus à l’écoute et moins dans l’injonction. La productivité mais aussi la qualité de vie des gens s’améliorent. Si on veut changer la société, il faut commencer par changer le travail. Ça change aussi la place du syndicat. La CFDT en tire les fruits dans les élections professionnelles. Nous progressons dans les entreprises où nous avons travaillé la question du travail.

Le nouveau Conseil social et économique sera-t-il le lieu de cette expression ?

La fusion des instances représentatives, ce n’est pas bête. Sauf que le gouvernement a imposé les mêmes règles à tous sans laisser les entreprises négocier. Cela a du sens de remettre le travail au cœur de cette instance. Mais soyons francs : quelles que soient les instances et le nom qu’elles prennent, qui empêche les organisations syndicales, depuis 1982, de faire des enquêtes sur la vie au travail ? Aujourd’hui, c’est vrai, les conditions sont plus compliquées. Mais syndicalement on ne peut pas baisser les bras et laisser croire aux salariés que tout est foutu.

Les reculs sur le compte pénibilité vous inquiètent-ils ?

Depuis longtemps, la bataille du compte pénibilité est vraiment acharnée. Les ordonnances ont changé la donne. Sur 10 critères d’exposition aux risques votés dans la loi de 2013, il y en a six qui ne bougent pas, trois qui sont désormais mesurés différemment, c’est à dire qu’on est davantage dans une logique de mesure de l’impact que de prévention, ce qui ne nous plaît pas. On veut négocier dans les branches pour qu’il y ait des accords de prévention. Le dernier risque sur l’exposition aux produits chimiques nous pose un vrai problème. Mais il faut qu’on se batte pour l’éviction de ces produits dans les entreprises. Dans les dix ans qui viennent, plus personne ne devrait être exposé à ce risque puisque les produits auront disparu. Ce serait ça le vrai progrès.

On a arraché ce compte pénibilité et on va continuer à tout faire pour qu’il s’améliore. Grâce à ce dispositif, 300 000 personnes exposées à des risques vont pouvoir partir plus tôt à la retraite dans les 10 ans qui viennent. Ce n’est pas négligeable. Alors, bien entendu, il y a eu des reculs. Les nouvelles règles du jeu ne nous conviennent pas. Mais je préfère considérer que nous ne partons pas de zéro. On s’est battu tout seul en 2013 pour obtenir ces avancées. Ça continue d’être une bataille idéologique menée avec un patronat ultra-rétrograde qui considère qu’on peut mesurer la productivité individuelle mais pas l’exposition à la pénibilité qui serait, elle, une usine à gaz.

Les fonctionnaires sont-ils les grands oubliés des réformes du gouvernement ?

Ce sont surtout les plus stigmatisés. Ils sont perçus comme un coût par Bercy, ce qui peut sembler logique lorsqu’on fonctionne avec des règles de calcul dans la tête. Mais ils souffrent aussi d’une mauvaise image dans la société. C’est pourquoi nous menons une campagne « je suis une richesse ». Les agents publics sont une richesse pour notre pays. On n’accepterait pas que nos gamins soient confiés à n’importe qui, ni d’être soignés à l’hôpital par des gens peu compétents. Or l’hôpital par exemple est en plein burn out. La souffrance y est extrêmement forte.

Nous avons signé un en 2015 avec FSU et l’Unsa un accord dans les fonctions publiques pour améliorer les parcours professionnels, les carrières et les rémunérations (PPCR). D’autres n’ont pas voulu signer et comme nous étions juste en dessous des 50% de voix nécessaires, l’accord en est resté à l’état de protocole. Le gouvernement avait tout de même décidé de l’appliquer unilatéralement. Mais là, il nous dit que le PPCR ne s’appliquera pas en 2018. Il peut faire ce qu’il veut. Toute la force d’un accord signé avec des partenaires sociaux, c’est justement d’éviter ce genre de coupes budgétaires. Malgré cette difficulté, la CFDT veut l’application de PPCR en 2018. Je n’oublie pas non plus le gel du point d’indice et la réintroduction du jour de carence qui pénalisent et stigmatisent les agents.

Comment améliorer la situation des agents ?

Sur le dossier de la hausse de 1,7 % de la CSG et de la suppression de cotisations sociales pour les salariés, le gouvernement avait annoncé un gain de pouvoir d’achat pour tous les actifs. C’est vrai pour les salariés du privé, pour les indépendants mais pas pour les fonctionnaires. Cette hausse de la CSG sera compensée pour les fonctionnaires, parce qu’on s’est mobilisés.

Mais nous réclamons aussi une prise en charge de la complémentaire santé, une meilleure prise en compte de la pénibilité. Enfin, nous voulons une revalorisation des fonctionnaires, y compris dans le discours public. Pourquoi attendre des catastrophes et des attentats pour que le politique assume la richesse du service public ? Le 3 octobre, nous avons lancé une pétition, « l’appel des 10 000 » représentants du personnel dans les entreprises des secteurs privé et public, pour améliorer la situation de ceux qui y travaillent. Cet appel s’adresse aussi à l’employeur public.

Comment un syndicat réformiste gagne-t-il sa légitimité aujourd’hui ?

En France, le nombre d’adhésions syndicales reste trop modeste, mais nous avons gagné notre légitimité par le vote des salariés dans les entreprises. Et aujourd’hui certains partis politiques, qui ne font même pas payer leur adhésion, n’ont rien à envier aux syndicats. On gagne des adhérents en faisant du service, en accompagnant, en défendant les salariés. La CFDT va beaucoup se mobiliser sur la proximité des salariés et la syndicalisation. C’est le fruit d’un gros travail d’introspection que nous avons mené pendant 4 ans. Nous avons eu des débats, il y en a dans cette maison, et ce projet trouvera son aboutissement au Congrès de Rennes en juin prochain.

Je ne sais pas s’il y a une place pour le syndicalisme réformiste mais, en tout cas, il y en a une pour le syndicalisme utile et concret. D’autres attitudes syndicales, plus radicales, existent mais elles pourraient bien nous renvoyer sur les étagères de l’Histoire. Et beaucoup, y compris dans le monde politique, ont envie de nous y envoyer. Pour éviter de leur donner ce plaisir, il faut qu’on porte des idées orientées sur le progrès social et sociétal. On a réfléchi aux questions de famille, d’immigration et bien d’autres encore. Je le répète à l’envi, le syndicalisme est mortel. Mais nous aussi, on a pensé le monde d’aujourd’hui et de demain. Peut-être que c’est cela le défi que nous imposent les ordonnances. Elles ne nous satisfont pas, tant pis. Mais nous devons montrer qu’il y a des voies pour le syndicalisme de transformation sociale.

Propos recueillis par Christian Chavagneux et Sandrine Foulon

Il est temps de mettre un terme aux violences sexuelles et sexistes !

La période ouverte par l’affaire Weinstein a permis à des milliers de victimes de violences sexuelles et sexistes de bénéficier d’un élan collectif pour libérer leur parole. Les milliers de tweets sur les réseaux sociaux mettent en avant depuis quelques semaines les difficultés rencontrées par les femmes pour dénoncer les faits de harcèlement sexuel, agressions ou viol dont elles sont victimes, dans le cadre de leur travail pour la majorité d’entre elles. Ceci renvoie nécessairement à la responsabilité de tous les acteurs du travail, nous compris.

Dans mon édito du guide CFDT paru début juillet pour la prévention des violences sexuelles et sexistes, je soulignais ces difficultés des victimes à trouver un interlocuteur qu’elles considèrent légitime et avec lequel elles seraient suffisamment en confiance pour dénoncer le harcèlement sexuel. Je vous en propose un extrait : 

"Le harcèlement sexuel, et plus largement les violences sexistes et sexuelles au travail, sont une réalité́ subie chaque année par des milliers de salarié-es dont la quasi-totalité́ sont des femmes. Ce constat, recoupé par de nombreuses enquêtes et études, est insupportable pour les syndicalistes que nous sommes.

Insupportable parce qu’il est avant tout le reflet d’une société́ dominée depuis des siècles par les hommes. Une domination qui se traduit notamment par une incroyable tolérance au sexisme, terreau des violences faites aux femmes.
Insupportable parce qu’au-delà̀ des chiffres, il s’agit bien de femmes dont la vie professionnelle, mais aussi personnelle, peut être brisée par ces faits.
Insupportable enfin parce que trop peu d’acteurs de l’entreprise, nous compris, s’emparent de ce sujet alors que tous les moyens sont à disposition pour prévenir ces comportements.

Les victimes de violences sexuelles et sexistes en parlent peu, et quand elles le font, ce n’est pas toujours à un-e syndicaliste. Il est pourtant de notre responsabilité́ syndicale, chacun-e à notre place, d’agir sur ce sujet.


Je l’ai déjà̀ dit à de multiples reprises : le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales quel que soit le territoire, la branche ou la supposée culture d’entreprise. Pas plus qu’elle ne tolère les propos racistes, la CFDT ne tolère les propos sexistes. »

La CFDT a identifié il y a plus de 10 ans les difficultés des victimes pour s’exprimer. C’est notamment pour cette raison que nous avons construit depuis 2009 un projet (appelé « Respectées ») visant à sensibiliser et surtout former nos militant-e-s sur ce thème. Notre premier objectif : qu'elles/ils s’emparent du sujet et s’affichent comme ressources dans les entreprises, dans la Fonction publique ou encore dans les structures CFDT de proximité  sur les territoires. A Paris d’abord, puis en Ile-de-France, 3000 militant-e-s ont été formé-e-s en 10 ans grâce notamment à notre travail avec -sans être exclusif- l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail -AVFT*. Ce projet doit maintenant s’étendre à tout le territoire. C’est l’enjeu de la journée  »Respectées 2017 » que nous organisons avec 200 militant-e-s le 21 novembre à Paris. 

Le changement des mentalités que nous attendons ne se décrète pas, il faut agir pour. En tant que secrétaire général de la 1ère organisation syndicale dans le privé,  j’ai le devoir de tout mettre en œuvre pour impulser une prise de conscience collective et des actions à tous les niveaux de mon organisation, la CFDT. 

Je veux passer ici 3 messages :

- Le premier aux victimes de violences sexuelles et sexistes au travail : Vos agresseurs ont parfaitement conscience de ce qu’ils vous font subir. Parfaitement conscience de ne pas être dans le cadre de la séduction. Ils veulent vous ôter votre liberté fondamentale au libre-choix, votre liberté à consentir.  Ils ne vous respectent pas. Ils s’en prennent à votre dignité.
Je m’engage à déployer toutes les formations nécessaires en interne pour que vous trouviez en la CFDT, que ce soit auprès de nos représentants dans votre entreprise ou dans les fonctions publiques mais aussi dans nos structures de proximité, l’interlocuteur à qui vous pourrez parler en toute confiance. C’est déjà le cas dans un grand nombre d’endroits. 

- Le deuxième message s’adresse aux employeurs : c’est votre rôle de mettre en œuvre les dispositifs de prévention des violences sexuelles et sexistes au travail. Sans attendre qu’il y ait des victimes. Une mention au règlement intérieur (obligatoire) ne suffit pas. Il faut former, sensibiliser les cadres intermédiaires, relayer un message fort d’absence de tolérance du sexisme et a fortiori du harcèlement sexuel dans l’entreprise, et travailler avec les représentants syndicaux sur les dispositifs à mettre en place pour les victimes. Ce n’est pas un supplément d’âme : c’est votre responsabilité.  

- Le troisième message est pour les  militant-e-s CFDT : Notre organisation est engagée depuis presque 50 ans dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Nous sommes porteurs de cet héritage dont nous pouvons être fiers. Nous devons être exemplaires sur le sujet. C’est d’ailleurs déjà le cas de la majorité des militant-e-s que j’ai rencontré-e-s depuis que je suis à la CFDT. Mais pas tous, et c’est aussi important de se le dire pour y remédier. 
Notre organisation a mis en place de nombreux moyens pour agir en proximité : guide, modules de sensibilisation, modules de formation, affiches, brochure etc. Nous devons nous en saisir à tous les niveaux de l’organisation. Je compte vraiment sur chacun d’entre vous. 

Libérer réellement la parole des victimes, c’est leur permettre de dénoncer les faits inadmissibles qu’elles ont subis dans le cadre de leur travail auprès de nos élu-e-s CFDT. C’est aussi leur assurer qu’elles seront accompagnées pour faire valoir leurs droits. A nous de construire la confiance et les conditions qui leur permettront de le faire. 

* A lire ici mon entretien croisé avec Marilyn Baldeck, Déléguée générale de l’AVFT

Journée mondiale du refus de la misère 2017

A l'occasion de la 30e journée mondiale pour le refus de la misère, organisé par ATD quart-monde qui fête cette année ses 60 ans, j'ai tenu à leur adresser un message vidéo pour rappeler l'engagement de la CFDT en faveur des plus pauvres et saluer le précieux travail fourni par toutes les associations qui luttent contre la pauvreté. 

 

Matinale d'Europe 1 - Vendredi 13 octobre 2017

Invité de la matinale d'Europe 1, j'ai présenté le positionnement de la CFDT suite aux ordonnances réformant le code du travail, et avant les réformes à venir sur la formation professionnelle, l'apprentissage et l'assurance chômage. J'ai notamment détaillé nos propositions et nos impératifs, en particulier concernant l'indemnisation et l’accompagnement des demandeurs d'emploi.

Défendre les fonctions publiques et leurs agents

Ce mardi 10 octobre, la CFDT manifestait de façon unitaire pour dénoncer le manque de considération des agents de la fonction publique et exiger une juste reconnaissance de leur travail.  

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Nous ne devons pas oublier que les fonctionnaires, ce sont des femmes et des hommes qui travaillent tous les jours pour l’intérêt collectif et le bien commun. C’est une aide-soignante qui s’occupe de personnes hospitalisées, c’est un agent de conseil départemental qui coordonne l’aide sociale à l’enfance, c’est une policière qui travaille pour la sécurité de tous, c’est un agent qui s’occupe de la propreté des rues… Que ce soit dans la fonction publique hospitalière, d’Etat ou territoriale, ils sont des milliers de personnes à travailler au service de la société. Trop peu visible, leur travail est pourtant indispensable au bon fonctionnement de nos institutions, à la vie quotidienne des citoyens comme des entreprises. Les agents des fonctions publiques attendent respect et considération de leur travail.

Le service public, quand il est abordé dans le débat public, c’est essentiellement sous le prisme budgétaire, comme la cible d’économie financière. Ce discours est intenable. Les agents et le travail qu’ils effectuent ne sont pas une charge mais une richesse pour la société. Il faut sortir de cette logique mortifère. Cette situation n’est plus acceptable car le moral et la santé des agents en pâtissent. Et quand le bien-être des travailleurs diminue, c’est également la qualité du service rendu qui se dégrade. 

Le service public n’est pas immuable ou statique. Dans un monde qui bouge, lorsque les besoins de la population évoluent, il est nécessaire de s’interroger sur les services publics de demain, sur le sens que nous voulons leur donner. Mais pour cela, il faut que tous les acteurs en débattent ensemble : responsables politiques,  usagers du service public et bien entendu les agents. Si ces derniers étaient réellement écoutés, ils seraient les premiers à proposer des solutions constructives et durables. C’est pour cela que la CFDT demande une réflexion globale sur les missions de service public pour ensuite aborder la question des moyens nécessaires à leur accomplissement. Nous devons répondre au « pourquoi » avant d’aborder le « comment ».  

Le manque de dialogue social dans les hôpitaux, les administrations et les collectivités locales est criant. L’employeur public doit prendre ses responsabilités, créer des lieux d’expression sur le travail et son organisation. Les fonctionnaires ont besoin de signes de confiance.

Aujourd’hui, l’expression politique occulte largement le travail des agents. S’ils reconnaissent la légitimité démocratique des décisions politiques, ils subissent cependant un mouvement de balancier qui leur demande de faire et défaire régulièrement.  Prenons l’exemple des rythmes scolaires. En 2014, toutes les écoles primaires publiques sont passées à la semaine de quatre jours et demi. La mise en place d’une telle réforme a nécessité un gros travail de préparation pour les équipes éducatives, les services municipaux et étatiques, en collaboration avec les centres de loisirs, les associations jeunesses et sport… En 2017, le nouveau Président de la République fait marche arrière sans beaucoup de considération pour ces années de préparation, sans réelle évaluation ni concertation.  L’exemple se retrouve dans de nombreux domaines. Cette gestion politique du travail provoque découragement et baisse de motivation chez les agents qui s’investissent pour changer les choses.

Face à cette fatigue, ce manque d’écoute et ces tensions grandissantes, que répond le gouvernement ? Il répond rétablissement du jour de carence sans analyser les causes de l’absence d’agents. Il répond gel du point d’indice et suppression d’emploi. Il freine même à appliquer ce qui avait été négocié avec les partenaires sociaux comme le protocole parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR) qui permet de mieux reconnaître l’engagement des fonctionnaires civils et des militaires en revalorisant leurs grilles indiciaires et en améliorant leurs perspectives de carrière.

Emmanuel Macron candidat à la présidence de la République avait promis une augmentation du pouvoir d’achat des agents publics. Avec la hausse de la CSG, cela se traduira au mieux par une compensation. 

Ca suffit !

La CFDT appelle le gouvernement à tenir ses engagements en matière de pouvoir d’achat et de perspective de carrières. Nous exigeons de réelles négociations salariales qui aboutissent à une reconnaissance méritée du travail des agents, titulaires comme contractuels. Nous appelons à une revalorisation des carrières et  à ce que l’employeur public, au même titre que l’employeur privé, participe à la prise en charge de la complémentaire santé et prévoyance des agents.

La CFDT s’engage pour que la parole des fonctionnaires soit entendue et leur investissement  respecté. Nous étions vendredi 6 octobre à l’Elysée pour remettre au Président de la République les cartes pétition de plus de 10 000 agents de la fonction publique.

Nos responsables politiques doivent enfin comprendre qu’il n’y aura pas d’action publique efficace sans reconnaissance de ceux qui l’incarnent au quotidien.

Laurent manif 10 octobre

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !