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Interview sur RFI le 20 octobre

Après une conférence sociale où l'on a beaucoup parlé des postures des uns et des autres, et pas assez de ce qu'elle nous a permis d'obtenir pour les demandeurs d'emploi et les salariés, je réitère mon attachement au dialogue social. C'est pour moi la meilleure méthode pour construire du progrès social. Elle fait ses preuves au quotidien dans les entreprises, comme chez Renault ou STX.



Invité sur BFM TV après la conférence sociale

Interrogé par Ruth Elkrief sur BFM TV, je tire un premier bilan de la conférence sociale 2015. Un nouveau plan de formation pour les demandeurs d'emploi (notamment aux métiers des transitions numérique et écologique), attribution d'heures de formation pour les jeunes sans qualification dans le futur Compte personnel d'activité... Les avancées que nous avons obtenues confirment l'utilité de notre participation à ce rendez-vous et de notre engagement dans le dialogue social.

 

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Mon intervention lors de la conférence sociale 2015

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres

La CFDT aborde cette conférence sociale très préoccupée.

Préoccupée d’abord par la situation de ces 5 millions de chômeurs et notamment par ceux, de plus en plus nombreux, dont la condition s’éternise. Je pense également à ceux qui ont un travail qui ne leur permet pas de vivre dignement ou de construire leur avenir, parce qu’ils sont dans la précarité. A ceux encore qui risquent d’être licenciés et qui craignent de ne pas retrouver d’emploi, a fortiori un emploi de qualité.
Je pense enfin à ceux qu’on ne voit pas, qu’on n’entend pas. A ces jeunes sans diplôme, sans formation et sans emploi. Ils sont actuellement un million et demi en France, cela représente 1 jeune sur 7 !
Une société qui est structurellement incapable de faire une place aux jeunes, c’est une société dont le mode de développement est défaillant.

Mais c’est aussi le climat ambiant qui nous inquiète, et c’est un euphémisme. Nous vivons un moment où l’outrance est la condition pour se faire entendre et ne laisse plus de place à une parole construite et combative.
Une période où, coincé entre un monde qui meurt et un autre qui tarde à naître, l’incapacité de penser l’avenir provoque une angoisse collective, le repli sur soi et la recherche de boucs émissaires. Lorsque ceux qui devraient apporter des solutions préfèrent souffler sur les braises d’une colère sociale légitime, c’est la violence qui progresse ; et au final, c’est l’extrémisme qui gagne, porté par une société inquiète.

« L’étranger » est bien-sûr le premier bouc émissaire.

La capacité de l’Europe à se mettre d’accord sur une répartition des migrants entre les pays membres, et même si le nombre fixé est dérisoire par rapport à la réalité des arrivées, a été une réponse politique utile.

La CFDT s’est engagée pour rappeler que la France devait rester un pays qui accueille et qui intègre. Intégrer c’est soigner, c’est éduquer, c’est accompagner socialement ; autant de missions de services publics, trop souvent considérées comme des coûts alors qu’elles sont essentielles à la cohésion de notre pays.

Les nouveaux boucs émissaires, ce sont les syndicats. C’est vrai, le dialogue social est mis à rude épreuve ; je pense bien-sûr à Air France, à l’échec des négociations dans les fonctions publiques. Et pourtant plus que jamais, nous avons besoin d’une démocratie solide, de dialogue social et donc nous avons besoin de corps intermédiaires.

Cette conférence sociale, si elle n’est pas l’alpha et l’oméga du dialogue social, et si elle n’évite pas les jeux de postures, est une occasion que la CFDT refuse de négliger : une occasion de se parler en face, sans nier les désaccords, puis de s’engager sur une feuille de route partagée.

Certains voudraient nous enfermer dans une fausse alternative : ne rien changer ou tout casser. Je pense qu’il y a une autre voie ; que l’on peut, que l’on doit à la fois répondre à l’urgence sociale et préparer le monde du travail de demain. Cela implique de lutter contre les inégalités, de permettre aux chômeurs de se former et au maximum de personnes d’exercer une activité avec un revenu décent. Investir dans les personnes, c’est aussi cela, préparer l’avenir !

Premièrement, ces mesures d’urgence doivent concerner ceux qui sont le plus touchés par la crise, pour lutter contre le fléau de la pauvreté :
L’an passé, nous nous sommes battus pour que le RSA continue d’être revalorisé à son rythme normal. C’est ce que le gouvernement a fait et si la pauvreté n’a pas augmenté malgré la situation économique, c’est aussi grâce à cela.
Il faut continuer à tenir ce cap ! C’est pourquoi la CFDT s’oppose au décalage de la revalorisation de plusieurs prestations sociales, dont le RSA, prévu dans le budget 2016.

Concernant la prime d’activité, la CFDT partage l’objectif de la réforme, notamment parce qu’elle en ouvre enfin l’accès aux jeunes. Mais la première finalité d’une aide, c’est d’être utilisée par ceux qui y ont droit ! Il est donc étrange, voire choquant, de constater que le gouvernement table sur un taux de recours de seulement 50 % dans le budget 2016. Au moment où l’accompagnement et l’accès au droit sont au cœur de la construction du compte personnel d’activité, la CFDT demande une action plus efficace contre le non-recours aux prestations sociales.

Deuxièmement, il faut des mesures d’accompagnement vers l’emploi, notamment pour ceux qui en sont le plus éloignés :
L’extension de la garantie jeune est un acquis de la dernière conférence sociale, à la demande de la CFDT. La CFDT réaffirme son caractère prioritaire pour aider les jeunes en situation de grande précarité et souhaite que les objectifs (50 000 jeunes entrés dans le dispositif fin 2015 et 100 000 jeunes en 2017) soient maintenus. Mais pas au détriment de la qualité de l’accompagnement : c’est pourquoi il est important de donner les moyens aux missions locales et à leurs conseillers de faire leur travail.

L’apprentissage, nous sommes tous d’accord là-dessus, est un excellent moyen pour les jeunes de se former et de s’insérer dans l’emploi. Il faut enrayer la baisse du nombre d’apprentis parmi les plus bas niveaux de qualification. Ce sont ces jeunes qui doivent être la priorité lors des recrutements ! Les employeurs doivent prendre leur responsabilité ; les employeurs publics d’abord, qui ont certes déjà fait progresser le nombre d’apprentis embauchés, mais qui peuvent encore se fixer des objectifs plus ambitieux. Mais aussi les employeurs privés, qui, avec le pacte de responsabilité, et les différentes mesures prises par le gouvernement, ont tous les outils pour remplir leurs objectifs. Or, trop peu de branches ont, à ce jour, pris des mesures concernant les jeunes !

Enfin, la CFDT demande le lancement d’un nouveau plan pour accompagner 150 000 demandeurs d’emploi vers la formation. Les résultats des précédents plans sont encourageants en termes de retour à l’emploi (60%). La CFDT demande qu’une partie significative de ces formations soient fléchées vers les nouveaux besoins en compétences, liées aux transitions numérique et écologique. Pour la CFDT, l’AFPA est un acteur reconnu pour sa compétence dans la formation et l’accompagnement des demandeurs d’emploi ; il doit être un opérateur central de la mise en œuvre de ce plan et pour cela, le déploiement du projet de réorganisation doit se poursuivre selon le calendrier convenu.

Trouver les réponses aux urgences ne doit pas nous empêcher de penser à plus long terme. « Comment travaillerons-nous demain ? », c’est le fil rouge de cette conférence sociale et c’est un vrai défi.

Demain se dessine déjà : ce sont tous les secteurs de l’économie, mais aussi notre modèle social, qui vont être ou qui sont déjà percutés par la révolution numérique et par la nécessaire transition énergétique. Les emplois de demain seront bien différents de ceux d’aujourd’hui. Les aspirations des nouvelles générations, au travail comme dans leur vie personnelle, ont aussi profondément évolué.
Ce qui ne change pas, c’est le besoin de sécurité des personnes, la nécessité de se prémunir des aléas de la vie ; ce fut l’une des grandes réussites de la sécurité sociale qui vient de fêter ses 70 ans. C’est cela qu’il nous faut conserver demain et même élargir, en couvrant les nouveaux risques et en répondant aux nouveaux besoins.

La CFDT demande un engagement sur des mesures de transition juste dans le cadre de la COP 21. Elle estime également urgent que l’ensemble des activités liées aux plateformes du numérique ouvrent des droits sociaux aux travailleurs et intègrent notre système fiscal.

C’est à ces conditions que la transition vers une nouvelle économie, plus numérique, plus durable pourra être une opportunité pour tous les travailleurs et que l’on évitera le renforcement des inégalités.

C’est un des objectifs du compte personnel d’activité, ce que la CFDT appelait « compte social personnel » dans ses propres textes de congrès en 2014. Avec l’ambition que chacun connaisse mieux ses droits, trouve des outils pour sécuriser son parcours et puisse mieux concilier ses temps de vie. Tout cela dans le cadre de règles définies collectivement.
La CFDT demande que, dès la première étape de mise en place du CPA, les jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire puissent bénéficier d’heures de formation supplémentaires et d’un accompagnement renforcé.

Plus de protection, plus de de liberté, plus d’efficacité et plus de solidarité. Voilà notre vision du CPA.

Mais faire du sur-mesure dans un cadre collectif, cela demande de repenser la manière dont on crée la norme. Et c’est la raison pour laquelle nous avons bien accueilli le rapport sur « La négociation collective, le travail et l’emploi » de Jean-Denis Combrexelle, même si nous ne partageons pas l’intégralité des propositions qui y sont faites. Voilà une perspective qui peut améliorer la situation des salariés, et la performance économique et sociale de notre pays ! Cela nécessitera en priorité une restructuration des branches professionnelle. La CFDT est prête à s’y investir.

Cela demandera également de reconnaitre aux organisations syndicales une place centrale, pour rééquilibrer les relations entre les salariés et leur employeur et pour négocier. Cela passe bien-sûr par des moyens adaptés pour que les représentants du personnel puissent remplir leur mission ; mais il s’agit aussi de renforcer la syndicalisation. La CFDT défend depuis longtemps l’idée d’une contribution de l’entreprise à l’adhésion syndicale, dans des formes qui préservent la liberté individuelle et la confidentialité de l’acte d’adhésion. La position commune de 2008 sur la représentativité avait repris cette idée. Nous demandons l’application de ce principe.

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Engager de tels chantiers dans une période aussi difficile pour le dialogue social est une gageure. Il y a eu des échecs, comme dans la fonction publique ou sur la modernisation du dialogue social. Mais il y a aussi eu de nombreux succès, qui ont amené « du plus » pour les salariés, pour l’emploi et pour l’économie : je pense notamment à la généralisation de la complémentaire santé, à la négociation des plans de sauvegarde de l’emploi, aux droits rechargeables à l’assurance-chômage, et à l’encadrement du temps partiel subi.

Ce n’est pas la méthode qui est en cause, c’est bien le comportement des acteurs qui, au final, conditionne la réussite ou l’échec du dialogue social. Sommes-nous capable de sortir des postures, nous qui avons la main sur une partie des problèmes et des solutions qu’affronte notre pays ?

Je crois que c’est ce que nous avons démontré vendredi, lorsque les organisations patronales et trois organisations syndicales sont parvenues à un accord de principe pour sauver le régime des retraites complémentaires ; cela sans reculer l’âge légal de départ à la retraite et en partageant les efforts de manière juste.
La CFDT a prouvé, sur ce sujet comme sur d’autres, qu’elle est prête à prendre sa part de responsabilité.

Je représente une organisation syndicale de salariés, dont la première légitimité est d’agir sur et dans le cadre du travail. Mais je n’oublie pas que nous avons tous commencé l’année côte à côte, dans une manifestation historique pour défendre le « vivre ensemble », la démocratie, la liberté. Bref, pour défendre l’essentiel.
C’est précisément notre conception de l’articulation entre la démocratie politique et la démocratie sociale : nous sommes légitimes car utiles aux salariés sur les questions du travail, de l’emploi, des relations sociales ; nous pouvons aussi agir, avec d’autres, sur le champ sociétal car la vie des salariés ne s’arrête ni ne commence au seuil des entreprises.
Les militants syndicaux tunisiens de l’UGTT et les membres de l’UTICA, le patronat tunisien, qui ont reçu le prix Nobel de la paix l’ont bien compris : la démocratie existe aussi dans un pays grâce à la capacité des corps intermédiaires à la faire vivre et à la défendre.
Alors que ces corps intermédiaires sont pointés du doigt et attaqués de toute part, affaiblis par ceux-là mêmes qui devraient les faire vivre, la CFDT réaffirme avec force sa conception du syndicalisme et de son utilité : écouter et défendre les salariés, mais aussi expliquer, proposer, négocier. En somme, participer au progrès, un progrès qui doit prendre d’autres formes que celles de l’après-guerre.

Monsieur le Président, nous pensons que la société française a besoin de sens, d’apaisement et de dialogue. C’est la raison de notre présence à cette conférence, des propositions et des exigences que j’ai porté devant vous et que nous porterons tout au long de cette journée. Nous attendons bien-sûr des réponses faces à ces demandes et ces interpellations ; c’est aussi cela qui permettra de démontrer l’utilité de cette journée et plus largement, la nécessité du dialogue social pour faire progresser notre pays.

Tribune dans Ouest France "La France a besoin d'apaisement"

Tribune parue dans Ouest-France le 7 octobre 2015

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Devant les images du DRH d'Air France obligé de fuir le comité central d'entreprise sous les coups, j'ai été, comme beaucoup, saisi par l'indignation. 

Mais aussi par la colère ; parce que ces violences inadmissibles n'apportent aucune solution pour les salariés d'Air France ; et parce qu'elles confortent les détracteurs du dialogue social.

Et ils sont nombreux. C'est une partie de la classe politique, qui, sous couvert d'une vision « moderne » de la société, défend en fait un projet autoritaire qui priverait les salariés de la possibilité de se défendre et de s'organiser entre eux.

C'est aussi une partie du patronat, qui voit dans le dialogue social un obstacle au fonctionnement de l'entreprise, et une remise en cause de son pouvoir.

Prisonniers d'une vision court termiste, ces dirigeants-là ne comprennent pas que le dialogue social est un levier de performance durable.

Et pourtant, de nombreux exemples le prouvent, même s'ils ne font pas la une des journaux. Dans les entreprises en crise, comme dans les entreprises en croissance, le dialogue social, quand il est loyal, est porteur de solutions et de résultats.

Mais cela n'est possible que si chacun, direction comme représentant des salariés, est capable d'aller au-delà des postures pour reconnaître la légitimité de l'autre, même si les intérêts sont différents, et pour trouver des solutions communes.

« Il faut dénoncer l'attitude, pas la méthode ! »

On l'a vu à Air France ; la situation s'est bloquée et chacun a durci ses positions initiales. Y compris parce qu'une certaine conception du syndicalisme, corporatiste et irresponsable, a mis fin à toute possibilité de dialogue.

Ici comme souvent, c'est l'attitude des acteurs qu'il faut dénoncer, pas la méthode !

Il n'y a pas d'autres méthodes que le dialogue pour trouver des solutions durables à des situations complexes, et faire de vrais choix collectifs.

Il n'y a pas d'autres voies que la négociation. Négocier, cela demande d'établir un rapport de force, mais aussi des relations de confiance et de loyauté, d'amener des propositions et de construire des compromis.

Pour négocier, il faut des acteurs. Si le rôle des syndicats est inscrit dans la Constitution, c'est qu'ils sont porteurs d'une mission d'intérêt général.

Sans organisation collective, le salarié est seul face à son employeur, dont il dépend pour gagner sa vie. Sans une représentation syndicale qui concilie les intérêts catégoriels, c'est le choc des corporatismes au sein de l'entreprise ; cadres contre ouvriers, pilotes contre personnel au sol... Et c'est toujours les plus fragiles qui trinquent.

On peut vouloir se passer des syndicats, mais il faut bien comprendre ce que cela implique : le chacun pour soi et la loi du plus fort dans l'entreprise, et davantage de conflictualité.

Dire cela, c'est aussi reconnaître l'immense responsabilité qui nous incombe, en tant que syndicalistes, d'être à la fois proches des salariés, engagés dans le dialogue et force de propositions. C'est avec cet esprit de responsabilités que des centaines de milliers de militants CFDT agissent au quotidien dans les entreprises.

Le dialogue social, c'est la seule façon d'aller vers une société plus apaisée, qui sait affronter les difficultés sans se déchirer. Parlons-nous !

Réaction aux violences chez Air France sur Itélé le 6 octobre

Invité dans la matinale de Bruce Toussaint, j'ai tenu à condamner publiquement les violences que certaines personnes ont commis chez Air France le 5 octobre. Au delà de cela, il reste une crise à résoudre et des emplois à sauver. 

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !