archive :  2014/Octobre

Le défi quotidien des agents hospitaliers

Mardi 28 octobre, à la cité sanitaire de Saint-Nazaire. La section CFDT regroupe, dans ce bâtiment flambant neuf, le centre hospitalier de Saint-Nazaire et la clinique mutualiste de l’Estuaire.

Adhérents et militants des deux établissements travaillent main dans la main, malgré leurs différents statuts, sur la principale préoccupation des agents : l’organisation du travail. À ceci près que quand les personnels mutualistes peuvent débattre du bien-fondé de passer à une organisation en 12 heures en vue d’une négociation avec la direction, les agents du centre hospitalier subissent des décisions qui ne sont discutées nulle part.

Quand on a promis 18 postes sur un bloc opératoire, qu’il n’y en a que 15 et qu’avec les arrêts, le bloc fonctionne à 10, ce n’est pas tenable ! Quand on fait tourner les personnels sur 12 heures pour combler le manque de personnel, on crée de la souffrance au travail qui accroît l’absentéisme… C’est ubuesque ! Pour eux, chaque journée est un nouveau défi.

 

photo Blog Laurent

 

La situation est la même au CHU de Nantes : des personnels qui croient en ce qu’ils font, qui aiment leur métier, qui se sentent un devoir vis-à-vis des patients. Mais un tel investissement ne justifie pas qu’on puisse demander à une infirmière du bloc opératoire d’enchaîner ses 10 heures de service de 8 à 18 heures avec une astreinte jusqu’à 4 heures du matin pour reprendre son service à 8 heures. Pense-t-on à la santé des agents ? À leur vie privée ? À la sécurité des patients ? Dans quel autre secteur tolèrerait-on que des salariés soient ainsi traités ?

La CFDT réclame des lieux de dialogue sur l’organisation du travail et les conditions de travail. Les agents doivent avoir leur mot à dire sur les sujets qui les concernent. C’est l’enjeu des élections du 4 décembre ! 

La réduction des déficits « ne doit pas se faire selon une seule logique chiffrée »

Dans cette interview au journal Le Monde publiée vendredi dernier, je réponds aux questions de Michel Noblecourt sur la stratégie syndicale de la CFDT dans la période actuelle, notamment sur le pacte de responsabilité, la réforme de l'assurance-chômage ou encore la politique familiale. J'insiste sur un point: le patronat doit tenir ses engagements. 

Au moment où les controverses se multiplient sur la réduction des déficits publics, la réforme de l’assurance-chômage ou la politique familiale, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, explique la stratégie de son organisation syndicale.

Vous dites que la CFDT n’est pas une « alliée inconditionnelle » du gouvernement. Est-ce la politique suivie ou l’impopularité croissante du pouvoir qui vous amène à prendre vos distances ?

Laurent Berger : Cette idée de mettre tout le monde dans des cases est caricaturale. Notre camp, c’est celui des salariés. Si je regarde les résultats des élections professionnelles, la CFDT répond à leurs préoccupations. Comme avec tout gouvernement, nous mesurons si les mesures prises vont dans le bon sens ou non. Nous sommes critiques, exigeants et constructifs. On regarde ce qu’on peut faire avancer pour les salariés.

Vous jugez le rythme de réduction des déficits « trop brutal ». Est-ce que vous demandez, comme Martine Aubry, une « réorientation » de la politique du gouvernement ?

Il ne faut pas s’enfermer dans des logiques chiffrées mais donner du sens à la politique. La CFDT est pour la réduction des déficits publics parce qu’une dette trop importante nous empêche d’agir, d’investir, et hypothèque l’avenir de nos enfants. Mais il ne faut pas courir après un dogme chiffré. Il faut s’adapter à une crise économique et sociale dure. Si on ne veut pas tomber dans l’austérité qui, contrairement à ce que disent certains, n’est pas en œuvre, il faut construire des solutions à partir de ce que les gens vivent concrètement. Notamment dans la fonction publique, la situation de beaucoup d’agents est devenue insupportable, je le constate dans mes nombreuses rencontres.

Vous demandez une inflexion ?

La politique de réduction des déficits publics ne doit pas se faire en aveugle, à partir d’une seule logique comptable et chiffrée. Dans les collectivités locales, la baisse des dotations a un impact sur l’investissement.

Faut-il mettre l’objectif des 3 % de côté ?

Ils le sont déjà ! La logique de réduction de la dette ne doit empiéter ni sur les politiques de solidarité – nécessaires avec une crise forte –, ni sur la qualité des services publics, ni sur la capacité d’investissement dans l’avenir. Par exemple, la transition énergétique est intéressante mais il faudra bien la financer.

Le Medef réclame l’abrogation du compte pénibilité et de la loi Hamon sur les cessions d’entreprises. C’est le retour d’un patronat va-t-en-guerre ?

Le Medef a refusé de négocier sur la réparation des situations de travail pénibles qui altèrent l’espérance de vie en bonne santé. La CFDT a fait son boulot de syndicat, elle a pesé auprès du gouvernement pour la mise en place du compte pénibilité. J’en suis très fier car c’est de la justice sociale. Le patronat ne doit pas rêver, le compte pénibilité sera mis en œuvre. Il y a déjà un an de retard – ce qui nous a mécontentés. Sur la loi Hamon, il faut que le Medef soit républicain comme nous le sommes. Quand il y a une loi, elle s’applique. Je ne sais pas si c’est le retour d’un patronat de combat mais il ferait une erreur en s’enfermant dans une logique de surenchère.

En permanence, le patronat remet tout sur la table…

S’il choisit la surenchère et le lobbying, on entrera dans une logique d’affrontement qui n’est souhaitable pour personne. Ce dont on a besoin c’est plus et mieux de dialogue social !

Le pacte de responsabilité, qui tarde à produire des contreparties sur l’emploi, est-il un marché de dupes ?

Non. Je ne renie en rien l’engagement de la CFDT. Le patronat doit tenir ses engagements, pas dans six mois mais maintenant. Certaines branches ne jouent pas le jeu. En se comportant ainsi, elles agissent contre le camp des entreprises. Il y a urgence à ce que le patronat négocie dans toutes les branches. Le gouvernement doit maintenir son exigence à son égard et c’est à lui et au Parlement, au vu des résultats, de décider si la trajectoire de baisse des prélèvements doit être poursuivie.

La mobilisation pour l’emploi n’est pas à la hauteur de la gravité de la situation. Regrettez-vous d’avoir signé l’accord de 2013 sur la sécurisation de l’emploi qui a eu peu d’effets ?

Je ne regrette en rien la signature de la CFDT. Même si cet accord, où on a acté les droits rechargeables et la complémentaire santé, n’a pas encore assez d’effets, il en produit sur les plans sociaux. Là où ils sont négociés, il amoindrit les suppressions d’emplois et améliore les conditions de reclassement des salariés.

Le patronat applique-t-il l’accord ?

C’est le cas dans certaines entreprises. Mais on a un patronat qui hésite entre le dialogue social, le statu quo ou la remise en cause des droits. La CFDT n’a perdu ni sa combativité ni son engagement dans le dialogue social. Aujourd’hui, trop d’acteurs gouvernementaux, patronaux, voire syndicaux, sont dans des postures, cela alimente les angoisses. La politique de l’excuse et des totems se généralise : « C’est la faute des autres, je ne peux pas m’engager car il y a le compte pénibilité, etc. » Or, les gens veulent qu’on les écoute et que l’on dise le sens de l’action menée et les propositions portées. Si on continue dans cette voie de l’esquive, il y a une alerte pour la démocratie.

Jean Tirole, le Prix Nobel d’économie, dit que le plus urgent en France est la réforme du marché du travail. Qu’en pensez-vous ?

Il faut arrêter à chaque fois qu’on a un problème de performance économique de se retourner vers le marché du travail. Soyons sérieux : la réforme du marché du travail de 2013 permet plus de dialogue social, plus d’anticipation. Il faut qu’on continue de creuser sur la précarité et la dualité du marché du travail. Mais, il faut un peu de constance aussi ! On ne va pas, tous les deux ans, refaire une nouvelle réforme du marché du travail.

La négociation sur le dialogue social a-t-elle une chance d’aboutir ?

Il faut qu’elle aboutisse. Nos objectifs sont connus : une représentation pour tous les salariés y compris ceux des très petites entreprises – c’est une exigence forte de la CFDT –, une amélioration des processus d’information pour les représentants du personnel et une reconnaissance du parcours des militants et du fait syndical dans les entreprises. Sur ces bases, la négociation est possible mais pour cela la confiance est nécessaire. Ce serait dramatique que le patronat ne joue pas le jeu mais ce n’est pas exclu.

Pour le président du Medef, chaque négociation interprofessionnelle rajoute vingt pages de plus dans le code du travail…

Si le Medef veut 35 à 40 pages de moins, c’est simple. Je lui propose de supprimer toutes les dérogations pour les entreprises sur les 35 heures dont le code du travail est bourré. Donc restons sérieux, évitons les caricatures !

Le syndicalisme, c’est utile pour les salariés et pour les entreprises. Si ce n’est pas clair pour le patronat, cela veut dire qu’il en est encore à la lutte des classes. Dans la situation où on est, la vraie question c’est l’engagement dans le dialogue social. Est-ce qu’on fait le choix de plus de dialogue social pour mieux de syndicalisme ou est-ce qu’on fait le choix de l’affrontement stérile ? La CFDT a fait, depuis longtemps, cette évolution. On n’a pas de problème avec l’entreprise mais si les leaders patronaux ont un problème avec le syndicalisme, qu’ils le disent !

Un rapprochement avec la CGT est-il concevable au-delà de la négociation sur le dialogue social ?

Il n’y a ni rapprochement ni guerre ou éloignement. On s’est rencontrés. On est d’accord sur nombre de constats : la dégradation de la situation d’un certain nombre de salariés, l’évaluation et le contrôle des aides aux entreprises, l’importance du dialogue social. On n’est pas d’accord sur la stratégie syndicale et on en a discuté très franchement. Exemple : dans la négociation sur le dialogue social, est-ce qu’on y va pour réussir ou en étant sûr qu’il n’y aura pas d’accord ? On travaille avec la CGT quand c’est possible. Il y a de bonnes relations, mais il ne faut pas « faire mine ». On souffre trop des jeux de posture. L’unité syndicale, n’est ni un problème pour nous ni un passage obligé. Le passage obligé, c’est d’obtenir des résultats pour les salariés et c’est toujours une prise de risque.

Vous fêtez les 50 ans de la CFDT. Qu'est­ ce qui différencie la CFDT de 2014 de celle de 1964 ? ­

Ce qui la différencie, c'est le monde du travail, c'est la société. On n'est plus dans le même monde et on pourrait passer du temps à énumérer ce qui a changé, de la place des femmes dans l'emploi au chômage en passant par le creusement des inégalités, la mondialisation, l'Europe, l'information, etc. La CFDT s'est adaptée parce qu'elle regarde la réalité en face.

Ce qui n'a pas changé ce sont nos valeurs ­: l'émancipation, la justice, la solidarité, la liberté, l'autonomie et l'indépendance à l'égard des partis politiques et des religions ­ et notre ambition de transformer le monde du travail et la société. Transformer le monde du travail, c'est commencer à changer la société.

Notre évolution s'est faite parfois à travers des crises mais on a tranché un certain nombre de débats. La CFDT incarne une certaine forme de stabilité et de cohérence dans un monde profondément instable. A cette dictature de la courte vue, on oppose une vision de long terme. On ne choisit pas son époque, on choisit ce qu'on peut faire dans son époque.

“Le chômage n'est pas une question statistique, mais une question humaine”

J'étais ce matin l'invité de Jean-Michel Apathie sur RTL. Ce fut l'occasion pour moi de rappeler que le chômage, ce n'est que des statistiques que l'on peut commenter, mais que c'est avant tout une question humaine. J'ai également insisté sur deux points: le manque d'engagement du patronat dans le cadre de la mise en place du pacte de responsabilité et la nécessité d'appliquer la loi sur la pénibilité.



Associons les agents aux réformes et le service public sera gagnant

« On a le sentiment de vivre une restructuration permanente sans jamais être tenus au courant du pourquoi et du comment. » Cette phrase résume bien l’état d’esprit des agents de la CUB, la Communauté urbaine de Bordeaux, que j’ai rencontré lors d’une heure d’information syndicale il y a quelques jours. Ils vivent une situation des plus compliquées depuis l’annonce de leur « métropolisation » au 1er janvier prochain. Derrière ce nom barbare se cache la transformation de la communauté de communes en métropole aux compétences élargies par le biais de transferts de compétences la ville de Bordeaux et de 27 communes limitrophes. Cela doit également se traduire par des mutualisations de services.

En échangeant avec les agents on comprend vite qu’ils ne s’opposent pas à la métropolisation, mais qu’ils sont légitimement inquiets du fait de l’absence d’information concernant le processus. Dans un contexte déjà tendu (des CDD pourtant indispensables au fonctionnement de certains services ne sont pas renouvelés), les agents ne sont ni consultés, ni même informés,  alors que dans moins de trois mois leur employeur et leur organisation du travail auront changé.

Les militants CFDT de la CUB et ceux de la mairie de Bordeaux travaillent ensemble depuis l’annonce de la création de la métropole. Leur objectif est que les agents soient informés et écoutés. Ceux-ci ne doivent pas être une variable d’ajustement budgétaire. Ils ont des idées sur l’évolution de leur travail – et pour cause : ils sont les premiers concernés –, et demandent donc à être pleinement associés aux réflexions en cours… avant qu’il ne soit trop tard.

L’exemple bordelais est symptomatique de l’absence de dialogue social dans la fonction publique et de son effet pervers : une évolution qui aurait pu être bien accueillie par les agents s’ils avaient été associés à sa mise en œuvre, entraine une perte de sens dans leur travail. Les conséquences  sont du stress et du mal-être au travail. Pour éviter que la situation empire, il est indispensable et urgent de redonner la parole aux agents afin qu’ils fassent connaitre  la réalité de leur travail et leurs aspirations. C’est là le sens de l’action des militants CFDT quand d’autres se contentent de dénoncer sans essayer de peser par le dialogue sur les réformes.

Des agents et une ambition : rendre des services publics de qualité

7 heures 30, mardi 8 octobre : j’arrive à la préfecture de Seine-Saint-Denis, déjà plusieurs centaines de personnes attendent l’ouverture des portes. A la Direction de l’immigration et de l’intégration,  ce sont plus de 1500 personnes qui sont accueillies chaque jour. Les agents passent 7 heures par jour au guichet, avec un objectif d'une personne reçue toutes les 2 à 3 minutes ! L’équipe CFDT a réussi à obtenir la création d’une salle « Zen » pour qu’ils puissent souffler. Leur prochain objectif est d’obtenir une meilleure ergonomie des postes. 

10 heures : je fais le tour des services de la Maison départementale des personnes handicapées. Une équipe jeune et dynamique me montre les locaux flambants neufs, et m’explique la difficulté à traiter les milliers de dossiers qui arrivent quotidiennement : un dossier déposé en 2012 est traité seulement maintenant ! Les agents me font part de leur indignation alors que la hiérarchie leur impose une gestion par le chiffre. Mais derrière les statistiques, il y a des hommes et des femmes ! Et ces professionnels du social me disent à quel point ils tiennent à pouvoir bien faire leur métier, pour le respect des usagers.

14 heures 30 : direction la maison de retraite des Ormes. J’y rencontre des professionnels très investis dans leur travail, qui doivent  prendre en charge des personnes de plus en plus dépendantes avec moins de moyens. Il faut gérer une situation complexe avec un dialogue social trop faible, ne prenant pas assez en compte le vécu des agents et leurs idées pour améliorer le quotidien.

Dans ces différents établissements, les agents veulent reprendre en main leur organisation du travail. Ce sont eux qui sont les plus à même de proposer des solutions destinées à améliorer les conditions de travail, le fonctionnement des services et donc la qualité du service rendu à l’usager. Il est indispensable de redonner des marges de manœuvre locales, au plus près des collectifs de travail.

Durant cette journée en Seine Saint Denis, j’ai entendu beaucoup d’indignation, mais quand il y a de l’indignation, il y a une voie vers le progrès. J’ai vu des militants CFDT volontaires, qui relaient les difficultés et les besoins des salariés. Ils cherchent des solutions pour améliorer le quotidien des agents et ils obtiennent des résultats. Un mot d’ordre semble les animer : refuser la résignation et avoir l’ambition de rendre un service public de qualité, sans concession et avec éthique !

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !