archive :  2014/Septembre

Redonnons toute leur place aux agents

Ils seraient seulement un coût, un boulet pour notre pays. Pourtant ce sont eux qui font vivre au quotidien le service public auquel les Français sont si attachés. Eux, ce sont les agents de la fonction publique. Leur situation n’est pas toujours facile : dans les hôpitaux, les collectivités, les ministères, les collèges, les préfectures… le malaise grandit. Les salaires sont gelés depuis quatre ans, le travail est trop normé, l’absence de visibilité sur l’avenir inquiète. Mais le tableau ne doit pas être noirci : beaucoup d’agents restent motivés par leur métier et veulent pouvoir faire un travail de qualité.

Mon rôle de syndicaliste, notre rôle à la CFDT consiste à relayer ce malaise et ces attentes. Mais pas seulement. Notre ambition, c’est aussi de redonner toute leur place aux agents pour construire un service public de qualité.

Je suis convaincu que l’action publique n’est pas un coût mais un investissement, créateur de richesses, d'emplois, d'avenir. Elle doit protéger les plus fragiles, maintenir un « vivre ensemble » et impulser le développement économique. Pour cela, elle doit s’adapter au monde d’aujourd’hui, préparer celui de demain et répondre aux nouveaux besoins des français. Mais ces changements nécessaires ne peuvent pas se faire sans les agents !

Il faut d’abord les écouter : ce sont eux qui connaissent le mieux leur travail. Ils sont les premiers confrontés à la complexité des procédures, aux attentes des usagers. Leur expertise doit être prise en compte pour co-construire le sens de l’action publique, participer au changement, notamment dans l’organisation de leur travail.

Les représentants de la CFDT s’emploient chaque jour à écouter les agents sur leurs lieux de travail et à faire aboutir leurs demandes par le dialogue. Ce fut le cas récemment à l’hôpital de Bayonne où ils ont recueilli les idées de leurs collègues pour améliorer les conditions de travail. Ou encore à la direction des finances où les équipes CFDT organisent régulièrement des temps d’échange sur le travail.

J’apporte ma pierre à cette action collective des militants de la CFDT en me rendant régulièrement auprès des agents, comme je l’ai déjà fait à la Ville de Paris ou à la préfecture d’Avignon. Je vais poursuivre cette démarche dans les semaines à venir au CHU de Nantes,  à la Prison de Toulon, au ministère de l’éducation nationale… Ces rencontres seront aussi l’occasion pour moi de témoigner sur mon blog des situations rencontrées, des actions menées ou des idées nouvelles.

"Le travail du dimanche doit rester l'exception"

J'étais jeudi dernier l'invité de l'émission "Face aux Chrétiens" sur KTO et LaCroix.com. Lors de cette longue interview j'ai été interrogé sur notre analyse et nos propositions pour l'emploi. Je suis notamment revenu sur le (mauvais) catalogue du Medef qui choisit de faire du lobbying politique quelques jours après s'être engagé dans un agenda social.

"Rénover le pacte social vers plus d'égalité, de justice sociale"

J'étais ce matin l'invité de Jean-Michel Aphatie sur RTL. J'ai notamment réagi à la nouvelle provocation du Medef en rappelant qu'il était hors de question pour la CFDT de remettre en cause les 35 heures comme durée légale ou abaisser le niveau du Smic. Divulguer dans la presse des propositions qu'on a discutées nulle part ailleurs n'aide pas à élever le débat public. 


"L'entreprise est aussi une propriété sociale"

74% des salariés sont fiers de travailler dans leur entreprise. C'est un des éléments, souvent oublié, que j'ai rappelé dans cette interview publiée mercredi dans Ouest France. Il faut arrêter de dénigrer l'entreprise. Mais il faut aussi que le patronat face sa révolution culturelle et qu'il considère l'entreprise comme une propriété sociale. Il doit y avoir un dialogue social.

Vous avez réagi vivement aux propos de François Rebsamen ?
J'ai dit que j'étais atterré. C'est inacceptable. La démonstration qu'on a parfois des politiques qui ont oublié que, derrière, il y a des hommes et des femmes qui vivent durement leur situation. Là, il y a une stigmatisation insupportable.

Inacceptable ?
J'invite Monsieur Rebsamen à corriger ses propos. À dire que, bien sûr, le contrôle existe mais qu'il ne doit pas être punitif. Ce n'est pas tant de contrôle que d'accompagnement vers le retour à l'emploi dont ont besoin les chômeurs. La réponse, ce n'est pas le bâton, c'est la formation.

La rentrée est déjà suffisamment compliquée...
Oui. Dans une société où il y a de fortes tensions, arrêtons de monter les uns contre les autres. C'est dangereux et injuste. La rentrée est difficile parce qu'il y a cinq millions de chômeurs, que la France est en croissance nulle, et que de nombreuses entreprises sont en difficulté. On a besoin d'une société plus apaisée, coopérative pour construire des solutions.

Que vous inspirent le discours de Manuel Valls au Medef et la nomination d'Emmanuel Macron à Bercy ?
Ce qui a été au coeur de l'actualité, c'est l'entreprise, qui n'est ni ange ni démon. Une partie de la gauche et le gouvernement ont fait leur révolution culturelle. Une enquête montre que 74 % des salariés sont fiers de travailler dans leur entreprise. Il faut arrêter de la dénigrer. Au patronat, maintenant, de faire aussi sa révolution culturelle.

Comment ?
Il doit considérer que l'entreprise est aussi une propriété sociale. Évidemment, elle appartient à un actionnaire, mais le patronat doit tenir compte de la situation des salariés, de leur devenir. Tout cela, c'est le dialogue social. Il doit être plus développé.

Le patronat veut donner sa chance au gouvernement. Quid des syndicats ?
À la CFDT, nous voulons un syndicalisme qui soit utile aux salariés. Cela implique de la responsabilité. Mais elle doit être partagée par les patrons. Sur le Pacte de responsabilité, ils ont été dans la demande, il faut qu'ils soient dans l'engagement et fassent bouger les négociations de branches sur l'investissement, l'emploi et les classifications. Si Pierre Gattaz vient avec sa liste de courses supplémentaires, cela ne marchera pas.

Êtes-vous prêts à discuter des seuils sociaux et de l'assouplissement du travail dominical ?
Il n'y a pas de négociations sur les seuils mais sur la qualité du dialogue social. Pour nous, le vrai sujet c'est que tous les salariés soient représentés, y compris dans les toutes petites entreprises. Sur le travail de dimanche, cela doit rester une exception. Ce qu'on veut, c'est une réglementation claire avec des contreparties pour tous les salariés.

Le calendrier de l'agenda social sera arrêté mardi. Votre état d'esprit ?
Constructif et mobilisé. Le gros sujet reste l'emploi, en particulier celui des jeunes et des chômeurs de longue durée. La mobilisation doit être forte et générale. Il faut tous se relever les manches. Aujourd'hui, le cap est plus clair, mais cela ne suffit pas. Maintenant, il faut ramer dans le bon sens. Du côté des patrons, pour l'instant, c'est trop faible. Ne perdons pas de vue, aussi, qu'il n'y aura pas de relance en France sans relance en Europe.

"La patronat ne peut plus se dérober"

Dans cette interview publiée lundi soir, je réponds aux question des Échos et balaie les nombreux sujets sociaux du moment. Seuils sociaux, travail du dimanche, temps de travail...  Autant de thèmes derrière lesquels se cachent souvent des mythes qui ne nous permettraient pas d'obtenir de vrais résultats dans notre bataille pour l'emploi. Le patronat ne peut plus se dérober et doit enfin tenir ses engagements.

Manuel Valls veut accélérer les réformes. Craignez-vous que l’exécutif entre dans une phase plus dirigiste, avec moins de place pour le dialogue social ?

L’urgence économique et sociale est là. Le gouvernement doit rester à l’écoute des partenaires sociaux et le dialogue être permanent. Le plus important, c’est d’obtenir des résultats, comme l’attendent les salariés. La seule question qui vaille est celle de l’efficacité. Le dialogue social produit des résultats, il faut continuer à s’appuyer dessus. Regardez la négociation des plans sociaux dans les entreprises instaurée grâce à l’accord sur la sécurisation de l’emploi : elle est saluée sur le terrain et produit déjà des résultats. Le gouvernement aurait-il pu convaincre sa majorité sans l’accord préalable des partenaires sociaux ?

Mais quand il veut passer par ordonnances, cela ne vous gêne pas ?

Je le laisse régler cette question avec sa majorité. Ce qui importe, c’est que les syndicats soient impliqués par la concertation ou la négociation.

Une réunion d’agenda social se tient le 9 septembre. L’urgence nécessite-t-elle d’ouvrir de nouveaux chantiers, par exemple sur le temps de travail ?

Soyons clairs. On ne touche pas à la durée légale du travail. Ce n’est pas à l’agenda. Avant que le patronat n’arrive avec une nouvelle liste de demandes, la priorité absolue est que les branches s’engagent enfin clairement sur les contreparties au pacte de responsabilité. Si rien ne vient sur l’emploi, l’investissement, l’alternance, il ne faut pas s’attendre à avoir un agenda social interprofessionnel dynamique et performant. La CFDT a pris ses responsabilités, l’Etat les prend aussi, au patronat de le faire à son tour. Il ne peut plus se dérober, la balle est dans son camp. Il faut de la transparence et de l’efficacité sur l’utilisation des aides publiques. C’est aussi de la responsabilité du gouvernement de l’exiger des entreprises. La CFDT y veillera dans le cadre de l’observatoire des aides publiques aux entreprises.

Vous avez déclaré que les seuils sociaux ne sont « pas un tabou ». Vous êtes prêts à les assouplir ?

Que le patronat ne s’y trompe pas : les seuils ne sont pas le cœur des discussions. Toutes les études fondées sur des données sociales concluent que l’effet sur l’emploi est très faible. Ce n’est pas avec les seuils qu’on va faire repartir la croissance, même s’il peut y avoir un effet psychologique. La priorité de la négociation, c’est d’améliorer la qualité du dialogue social et de développer une représentation pour tous les salariés, y compris dans les plus petites entreprises où cela peut s’envisager à l’extérieur de l’entreprise. Si le patronat considère que le dialogue social est un mal nécessaire, il n’y aura pas de négociation possible. Le dialogue social est un vecteur de performance économique et social. Le patronat est-il décidé à le reconnaître ?

Comment fonctionnerait une représentation hors de l’entreprise ?

On pourrait imaginer une instance de représentation, par exemple, des boulangers de la Loire-Atlantique, composés de représentants élus par les salariés de ce secteur. On y parlerait emploi, formation, carrière, avec aussi une instance de médiation. Avoir des délégués du personnel, contrairement à ce que certains patrons pensent, c’est la meilleure façon d’éviter les prud’hommes. C’est quand il n’y en a pas que cela finit le plus souvent en justice. Et il faut arrêter avec le fantasme du représentant syndical qui débarquerait comme un cow-boy dans les petites entreprises pour tout casser !

Faut-il assouplir le travail dominical ?

Il est grand temps d’en finir avec ce feuilleton. Des adaptations sont possibles mais une généralisation est exclue. Le travail du dimanche doit rester l’exception. Il faut réfléchir par zone géographique en mettant fin à toutes les dérogations sectorielles, avec des contreparties - salaires , repos - négociées par zone ou par branche, y compris pour les salariés des TPE et ceux des activités sous-traitantes, comme le nettoyage et le gardiennage.

Dans son interview au « Point », Emmanuel Macron insistait sur la nécessité pour la gauche de réfléchir aux « droits réels de tous » et de « sortir du piège » de l’accumulation des « droits formels des travailleurs ». Partagez-vous ce point de vue ?

Je ne veux pas commenter cette interview. Ce qui est sûr cependant, c’est que la classe politique confond souvent le « prescrit » et la réalité du terrain. Aujourd’hui, il y a des règles formelles qui en réalité sont bafouées jour après jour. Il faut donc aller au-delà des mythes et des totems. Sans tout casser ou tout remettre en question mais en faisant évoluer et progresser les droits réels de tous. Nous avons démontré qu’il était possible d’en apporter aux personnes les plus éloignées de l’emploi, avec les droits rechargeables pour les chômeurs qui entrent en vigueur au 1er octobre ou encore avec la garantie jeunes qui va bénéficier à 50.000 personnes en 2015. Il y a une partie de la majorité qui a fait son évolution culturelle sur ce que sont les entreprises, et ce que sont les droits réels des salariés et de ceux qui sont exclus du marché du travail. Une partie seulement. Cette évolution, la CFDT l’a faite il y a 20 ans et récemment nous avons clairement affirmé qu’il fallait augmenter les marges des entreprises parce que c’était dans l’intérêt des salariés, de leur emploi et de leur salaire.

Certains aux universités d’été du PS ont sifflé les orateurs parlant des entreprises…

J’ai été effaré de voir que l’on pouvait être sifflé parce que l’on prononçait le mot « entreprise » ! Les trois quarts des salariés se disent fiers de travailler dans leur entreprise. Maintenant, c’est aussi au patronat de faire sa révolution culturelle et de reconnaître que l’entreprise, c’est une propriété sociale dans laquelle les salariés doivent avoir voix au chapitre et ne doivent pas être seulement considérés comme une variable d’ajustement. Une partie du patronat ne l’a pas encore compris.

Pour Thierry Lepaon, Manuel Valls a une vision ringarde de l’entreprise…

Je préfère dire : « Moi, j’aime l’entreprise responsable ». Et aujourd’hui, elles ne le sont pas toujours. Mon objectif, c’est de les amener à le devenir !

Estimez-vous comme Manuel Valls qu’ « il n’y a pas d’austérité en France » ?

Il y a une politique de rigueur, indéniable, mais pas d’austérité. Je suis allé en Espagne, au Portugal, eux savent ce qu’est l’austérité ! En France, par exemple, grâce à notre action et à celle des associations de lutte contre la pauvreté, le RSA vient d’augmenter de 2 %, ce 1erseptembre, alors qu’il était question de le geler. Dans cette période difficile, il est indispensable d’avoir une politique de justice qui prenne en compte les besoins des ménages. A cet effet, la remise en cause de l’encadrement des loyers n’est pas acceptable pour la CFDT. Plus largement, il faut réaménager le calendrier de réduction du déficit public. La rigueur pèse trop sur l’investissement et les services publics. On ne s’en sortira pas sans l’Europe. Il faut une politique coordonnée d’investissement économique et social.

Êtes-vous satisfait de la fusion à venir du RSA avec la prime pour l’emploi ? Faut il d’autres gestes sur le pouvoir d’achat ?

Nous demandions cette fusion de longue date. Mais elle ne doit pas exonérer d’une réforme fiscale plus large. A force de bricoler, on finit par se prendre la clef de 12 dans la tête, on l’a vu cet été avec la censure du Conseil constitutionnel sur la baisse des cotisations salariales. La question du pouvoir d’achat, au-delà de la fiscalité, relève avant tout de la politique salariale. Dans la fonction publique, le gel du point d’indice n’est plus tenable. Dans le privé, le patronat s’est engagé dans le cadre du pacte de responsabilité à ouvrir des négociations de branche sur les classifications. Je le répète, il doit là aussi prendre désormais ses responsabilités au plus vite. 

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !