archive :  2013/Septembre

Admettre la fin d'un monde

Ouest-France m’a demandé si j’étais d’accord pour écrire dans la rubrique « Point de vue » qui paraît en Une du journal. J’ai accepté avec plaisir et j’ai tenu à axer mon texte sur le nouveau modèle de développement défendu par la CFDT.

Les Trente Glorieuses nous ont légué la promesse du toujours plus pour chacun. Avec ses dérives : l'endettement croissant et le low-cost généralisé. Cette course à la productivité et à la rentabilité sans limite a entraîné des pertes massives d'emplois, la dégradation du travail, la progression des inégalités et la mise en danger certaine de la planète. Un désastre collectif. Le malheur des plus modestes.

Sans faire table rase des progrès considérables hérités de cette période exceptionnelle, nous ne voulons pas être assignés à dénoncer éternellement les dégâts du progrès et à panser ses plaies. À commenter les chiffres du chômage qui demeurent à un niveau très préoccupant. À déplorer le sort de ces millions de nos concitoyens, toutes ces femmes et tous ces hommes qui se sentent de plus en plus abandonnés à la précarité, la pauvreté et l'exclusion.

Aucune fatalité ne nous condamne à accepter l'injustice de notre société. Arrêtons donc de nous complaire dans le déclin. Arrêtons d'idéaliser le passé et disons franchement les choses : nous ne subissons pas une crise qui finira par s'apaiser ; nous vivons un bouleversement du monde comme d'autres siècles en ont connu et surmonté.

Cette transformation profonde inquiète plus qu'elle ne rassure. Elle fait le jeu de tous ceux qui agitent les peurs.

Vivre mieux demain est possible, mais autrement

Dans ce contexte morose, quel est le rôle d'un syndicat ? Se battre pour l'emploi, celui des jeunes en particulier. Faire progresser la sécurisation des parcours professionnels. Améliorer la qualité de vie au travail. C'est le combat de la CFDT. Elle le fait par la voie du dialogue. Elle continuera à s'impliquer afin d'obtenir des avancées pour les salariés et réduire les inégalités. Répondre à l'urgence et aux injustices est une exigence pour ne pas laisser notre société perdre pied.

Mais pour redonner espoir, il faut aussi préparer l'avenir. Admettre la fin d'un monde, s'interroger sur ce que nous souhaitons vraiment, c'est se donner la liberté d'inventer, de fabriquer et d'exiger le futur que nous voulons. Notre mode de développement est à bout de souffle. Pourtant, vivre tous mieux demain est possible, mais autrement. Cela nécessite d'axer notre nouveau mode de développement sur la qualité : dans l'emploi, le travail, la formation professionnelle, la protection sociale, le dialogue... De la qualité dans tous les domaines et au bénéfice de tous : c'est le fil rouge d'un nouveau progrès social capable de remettre en mouvement notre société et de lui redonner confiance en elle-même.

Notre pays doit avoir confiance dans sa capacité à innover et coopérer, dans sa jeunesse, dans sa capacité à faire vivre de nouvelles solidarités. De nouveaux emplois émergent, de nouvelles filières se dessinent dans lesquelles nous devons investir toutes nos forces. Oui, nous sommes capables d'inventer un nouveau modèle de développement qui concilie ambition économique, justice sociale et préservation de l'environnement.

Refonder la croissance, la mettre au service de l'homme, c'est revoir le contenu et les méthodes de production des biens et des services pour donner la priorité au mieux faire et au mieux-être. C'est possible. Et il y a urgence.

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !