archive :  2014/Avril

Le drame du Rana Plaza, symbole d’une mondialisation perdant-perdant

J'ai co-signé mercredi dernier une tribune dans Slate un an après le drame du Rana Plaza au Bangladesh. Nous sommes déterminés à poursuivre notre action pour garantir l'accès à la justice aux victimes et mettre fin à l'impunité des mulinationales.

Il y a un an, le Rana Plaza s’effondrait à Dacca, au Bangladesh, faisant 1.138 morts parmi les ouvriers, majoritairement des femmes, qui travaillaient dans les usines de confection textile de ce bâtiment de huit étages. L’émotion et l’indignation suscitées par ce drame sans précédent dans l’histoire de l’industrie textile, a fait le tour de la planète. Il a mis en lumière une réalité émaillée d’autres drames moins médiatisés, mais malheureusement trop fréquents. En tant que consommateurs, nous nous sommes sentis responsables, nous qui possédons tous dans notre garde-robe des vêtements des marques impliquées dans ce drame. Mais nos décideurs politiques eux, ne semblent pas avoir pris la mesure de leur responsabilité dans cette tragédie.

Pourtant, en France, la crise sociale bat son plein et le chômage continue d’augmenter. Des secteurs industriels entiers, dont celui du textile et de l’habillement, disparaissent.

Quel est le lien entre le drame du Rana Plaza, les conditions des travailleurs des pays du Sud, et la destruction des emplois en France?

L’éclatement de la chaîne de sous-traitance au-delà des frontières européennes a fortement contribué à mettre les travailleurs d’ici et de là-bas en compétition. A l’heure actuelle, les entreprises multinationales ne sont pas tenues responsables juridiquement des violations des droits humains et de l’environnement dans leur chaîne de valeur.

Un vide juridique que nos gouvernants laissent perdurer. Pas surprenant, donc, que ces entreprises décident de délocaliser leurs activités dans les pays les moins-disant socialement, dans lesquels elles bénéficient à la fois d’une main-d’œuvre bon marché, d’une législation peu contraignante et d’une impunité judiciaire pour leurs mauvaises pratiques.

Les grands perdants de ce système, mis en place par les grandes entreprises multinationales bénéficiant d’un cadre mondial dérégulé, sont les citoyens, du Sud comme du Nord.

Les victimes du Rana Plaza n’auront probablement jamais accès à la justice. Ni dans leur pays, ni dans les pays d’origine des grandes marques pour lesquelles elles travaillaient. Et en France, qui paie pour les 230.000 emplois de l’industrie textile détruits ces vingt dernières années?

Profitant d’un cadre dérégulé, échappant à toute possibilité de sanction, les multinationales refusent d’assumer leur responsabilité vis-à-vis des agissements de leurs filiales et sous-traitants. Cette responsabilité, que la France se garde de leur imposer, leur est pourtant officiellement reconnue par le cadre de référence des Nations unies relatifs aux droits de l’Homme: «Protéger, respecter et réparer»!

L’impunité dont bénéficient nos entreprises constitue une distorsion sociale majeure dans l’économie mondialisée actuelle. Ce que l’on appelle pudiquement les «externalités négatives» des entreprises ou encore «dumping social et environnemental» ne sont rien d’autre que des violations pures et simples des droits fondamentaux pour lesquelles les multinationales ne semblent pouvoir être inquiétées.

Pourquoi nos décideurs politiques refusent-ils de voir que le vide juridique actuel constitue une incitation au moins-disant social et environnemental, dont seuls les citoyens supportent le coût? Pourquoi persistent-ils à défendre aveuglément les seuls intérêts de «nos» multinationales, sans proposer d’autre alternative que ce «pacte» «perdant-perdant»?

Des solutions existent pourtant.

Défiant les lobbies, une majorité de parlementaires français ont fait preuve de courage, en déposant une proposition de loi visant à responsabiliser les entreprises vis-à-vis de leur chaîne de valeur en créant un lien juridique entre les maisons-mères et les donneurs d’ordre à l’égard de leurs filiales et sous-traitants.

Siège de près d’un quart des plus grandes entreprises européennes, la France ne pourra pas éternellement se défausser sur l’Union européenne pour justifier son inaction. Elle s’honorerait au contraire à être le premier Etat à porter un discours de vérité et à passer des paroles aux actes, dans la défense de l’intérêt général et non pas de quelques acteurs privés.

La société civile est aujourd’hui unie et mobilisée comme rarement elle l’a été pour demander l’instauration d’un devoir de vigilance pour les entreprises. Une étape essentielle pour une mondialisation juste et solidaire. Car il est dans l’intérêt de tous les travailleurs et de tous les citoyens, au Nord comme au Sud, de mettre un terme à l’impunité des multinationales et de garantir l’accès à la justice pour les victimes.

Les signataires : Bernard Pinaud (Délégué général de CCFD-Terre Solidaire), Florent Compain (Président des Amis de la Terre), Thierry Lepaon (Secrétaire général de la CGT), Maïté Errecart (Présidente d’Éthique sur l'Étiquette), Michel Capron (Président du Forum Citoyen pour la RSE), Pierre Tartakowsky (Président de la Ligue des Droits de l'Homme), Michel Grandmougin (Président de Peuples Solidaires-ActionAid France), William Bourdon (Président de Sherpa), Janine Forestier, (Présidente de Terre des Hommes) et Laurent Berger (Secrétaire général de la CFDT).

"Les salariés ont besoin de résultats"

Dans la foulée de ma rencontre avec le Premier ministre vendredi après-midi, j'étais l'invité de Ruth Elkrief sur BFM TV. J'ai réaffirmé notre volonté d'avancer rapidement pour sortir de la situaton actuelle et recréer la confiance, car cela relève de notre responsabilité de syndicalistes, organisations patronales et politiques. Sans franchir les lignes jaunes que nous avons fixées pour les mesures d'économies.



"Un nouveau gel des salaires ne serait pas supportable"

Je suis deux jours à la rencontre des salariés des fonction publiques en région Provence-Alpes-Côte-D’azur. Voici l’interview publiée ce jeudi dans Vaucluse Matin :

Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, rencontre aujourd’hui les agents vauclusiens de la Fonction publique. Occasion de revenir sur la position et les attentes de la Confédération syndicale signataire du pacte de responsabilité.

Votre venue en Vaucluse, c’est pour rassurer ou pour mobiliser vos troupes pour les élections professionnelles dans le public qui auront lieu à la fin de l’année ?

Je vais chaque semaine à la rencontre de salariés, du secteur public comme du privé, pour les écouter. Dans mon travail de secrétaire général, c’est très important d’être en contact avec les salariés et les adhérents de la CFDT. Ces dernières années, beaucoup de fonctionnaires ont vu leurs conditions de travail se dégrader, d’abord avec la Révision générale des politiques publiques, puis avec la Modernisation de l’action publique. Beaucoup d’agents ont le sentiment de ne plus pouvoir faire leur travail correctement. Cela provoque une perte de sens. Et trop souvent, le dialogue social est absent. C’est notamment le cas dans les préfectures, dont je rencontre des agents aujourd’hui. Cette semaine, toute la CFDT est mobilisée pour aller à la rencontre des agents des fonctions publiques. Mais nous sommes à leurs côtés au quotidien, tout au long de l’année.

Le gouvernement veut faire 50 milliards d’économie. Les collectivités locales seront impactées donc les fonctionnaires. Qu’allez-vous leur dire ?

Nous étions les premiers à dire qu’il est nécessaire de maîtriser la dette de notre pays. Mais les économies à coup de rabot, ce n’est plus possible ! Cela nécessite d’abord de déterminer quels services publics nous voulons car il n’est pas envisageable que des économies se décident sans associer ni agents ni les usagers. Nos services publics ont besoin de dialogue social. Je suis convaincu que notre pays a besoin de services publics de qualité. Or la situation est exsangue dans de nombreuses administrations ou services, on ne peut pas supprimer encore des moyens. Les premiers à en pâtir, ce sont les foyers les plus modestes. Pour les agents, une quatrième année de gel des salaires ne serait pas supportable. Pour la CFDT, ce sera une ligne rouge !

Vous avez voté le pacte de responsabilité. Manuel Valls vous a-t-il convaincu dans votre engagement ?

Dans son discours, le Premier ministre a tracé les lignes directrices de son action à venir. La première priorité,  c’est l’emploi. C’est ce que voulait la CFDT. Il entend agir en redressant la compétitivité de notre économie, en mettant en œuvre le pacte de responsabilité, en faisant de la transition énergétique un objectif stratégique. Ces orientations répondent aux principaux défis à relever. Au-delà, beaucoup de questions demeurent : quelles modalités et trajectoires de financement de ces politiques ? Quel suivi des engagements du patronat à travers l’observatoire des contreparties ? Le Premier ministre a souligné dans son discours le rôle du dialogue. La CFDT attend que cela se traduise dans les faits. La CFDT est libre et indépendante. Comme toujours, elle jugera aux actes !

Rencontre des salariés de Bonduelle où la CFDT améliore les conditions de travail

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-18°, c’est la température dans la zone de stockage des palettes de l’usine Bonduelle d’Estrées-Mons, en Picardie, que je visite ce mardi 8 avril. C’est froid et c’est à cette température que les salariés de l’unité de mise en palette de cette usine de surgélation de légumes travaillaient tous les jours avant l’évolution de leur métier. Certains salariés du site travaillent toujours à de telles températures.

Laurent Fontaine, notre délégué syndical, m’accueille avec les élus CFDT. C’est un militant proche des salariés, soucieux de chacun, qui connaît parfaitement « son » usine : 400 salariés stables et de nombreux saisonniers au fil des saisons (jusqu’à 400).

L’enjeu dans cette usine, ce sont les conditions de travail. Et au premier chef, la pénibilité due au froid, mais aussi les horaires décalés et les charges lourdes. Grâce aux investissements et au dialogue avec la CFDT, des avancées importantes ont eu lieu pour les cinquante salariés qui travaillent à la mise en palettes. Auparavant, ces ouvriers étaient soumis au froid tout au long de la journée. Cette plate-forme a été entièrement automatisée.

Ce bouleversement a nécessité deux ans de préparation et de formation des salariés concernés. Et un investissement considérable de l’entreprise. Mais le résultat est là : les salariés ont vu leur travail changer, puisqu’ils gèrent désormais la plate-forme sans être confrontés au froid. Des conditions nettement meilleures et l’assurance du maintien de l’emploi dans ce territoire de Picardie,  grâce à l’investissement et l’anticipation.

La section vient aussi de signer un accord « contrat de génération ». Elle a obtenu deux jours de congés payés supplémentaires pour les tuteurs d’au moins 57 ans et une prime de 300 euros par personne tutorée. La CFDT attend maintenant l’arrivée dans l’entreprise de jeunes embauchés.

Il reste beaucoup à faire dans cette usine où les conditions de travail sont dures. Notamment un accord pénibilité qui permettrait aux salariés usés en fin de carrière de partir plus tôt en retraite. L’équipe est très mobilisée sur ce sujet. Et elle montre au quotidien l’utilité du syndicalisme telle que la CFDT le conçoit. D’ailleurs, aux dernières élections professionnelles, elle a rassemblé plus de 51,5 % des suffrages, une progression de 7 points.

"Nous attendons des précisions sur le pacte de responsabilité"

J'étais ce matin l'invité de la matinale de France Inter. Après les explications de Manuel Valls sur le pacte de responsabilité hier, j'ai relevé les points sur lesquels nous attendons encore des réponses : la trajectoire des allègements de charge, les mesures d'économie, l'observatoire des contreparties... Je demanderai ces précisions au Premier ministre lors de notre rencontre prévue vendredi.



Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !