archive :  2014/Mars

“La situation de l'emploi est dramatique”

J'étais l'invité de Jean-Michel Aphatie hier matin sur RTL. Face au chômage il faut plus d'engagement à tous les niveaux. J'appelle aussi les politiques à se ressaisir.

Un moratoire pour la pénibilité ? Pas question !

Depuis quelques temps, plusieurs organisations patronales ont revendiqué un moratoire sur les réformes, en cours ou à venir, qui pourraient contraindre les entrepreneurs. Une des cibles : les dispositions en faveur des salariés exposés à la pénibilité.

Dans notre pays, l’écart d’espérance de vie entre les catégories sociales est très élevée : près de sept ans. Comment ces organisations patronales peuvent-elle oser combattre un dispositif qui traite la question de l’injustice causée par la pénibilité du travail ? Comment peuvent-elles faire l’impasse sur la perte d’espérance de vie due aux expositions professionnelles et aux mauvaises conditions de travail ? C’est repousser toute équité sociale en refusant toute compensation, qu’elle favorise la réorientation professionnelle ou permette les départs anticipés.

Trop d’entreprises ne se sont pas adaptées pour traiter ou prévenir les effets de la pénibilité, notamment pour garder en leur sein les salariés les plus âgés. C’est pourtant le corollaire indissociable de l’allongement de la durée d’activité. Il s’agit ni plus ni moins de mettre en place des conditions de travail soutenables pour l'ensemble des salariés, y compris les jeunes en début de carrière. C’est ainsi que nous permettrons aux futurs salariés seniors de rester effectivement en emploi. C'est ainsi que nous réduirons les effets différés de la pénibilité.

Il est donc logique que les entreprises concernées participent à la prise en charge des  conséquences individuelles et sociales qu'elles génèrent. Le nier, c'est assumer que d'autres dispositifs, comme l'invalidité ou l'assurance chômage, s'en chargent alors que ce n’est pas leur finalité.

Le « compte personnel de prévention de la pénibilité » créé par la loi sur la réforme des retraites est une réponse à ces exigences.

C'est un mécanisme qui incite les entreprises à adapter les conditions de travail et les parcours professionnels au vieillissement des salariés. Il permet à chacun d'avoir enfin en temps réel une visibilité sur les expositions qu'il subit. Chaque salarié va pouvoir devenir acteur de sa propre prévention. Certes, il existait déjà une obligation de tracer les expositions, mais elle n'ouvrait aucun droit pour le salarié ni ne donnait lieu à aucune sanction pour les employeurs qui s'en affranchissaient (plus de la moitié).

Dire que ce compte va mettre à mal les efforts de prévention accomplis jusqu'ici relève d'un regrettable cynisme.

Les détracteurs du compte personnel de prévention de la pénibilité ont laissé passer l’opportunité de prendre leur place dans la construction d’un dispositif équitable. Les organisations patronales ont bloqué la négociation interprofessionnelle sur la pénibilité instituée par la loi Fillon de 2003 alors que les branches patronales les plus progressistes avançaient de réelles  propositions.

Certains syndicats critiquent le dispositif  au motif qu’il induirait une charge de travail pour les organismes de sécurité sociale. Certes, il n'est pas parfait. Il ne prend pas suffisamment en compte notamment les salariés ayant eu des expositions passées. Il demande un gros travail préparatoire à sa mise en place. Il devra probablement être adapté à l'usage.

Mais la CFDT ne peut pas accepter qu'au moment où s'élabore un pacte de responsabilité qui équilibre les conditions nécessaires au développement de l'emploi et les contreparties en matière sociale et de qualité du travail, la prise en charge de la pénibilité puisse être remise en cause. 

Avec les militants de l’inspection du travail, qui croient à la réforme

Ils sont une cinquantaine de militants du Syntef CFDT,  le syndicat national Travail-emploi-formation, lors de notre rencontre jeudi 20 mars. L’inspection du travail vit une réforme importante. Son but est de renforcer le travail collectif.

Ces militants soutiennent cette réforme. Selon eux, elle est porteuse d’une amélioration des conditions de travail des agents et d’une plus grande efficacité dans l’exercice de leur mission de service public d’inspection du travail. Je suis très sensible à ces deux questions : l’inspection du travail, dont nous avons plus que jamais besoin quand le chômage est très élevé, les problèmes d’emploi et de vie au travail aussi présents. Et puis les conditions de travail des agents qui mènent cette mission, sans quoi, il leur est impossible de faire leur travail correctement.

Les militants du Syntef m’ont dit combien, pour eux, les postures et conservatismes des autres syndicats ne répondaient pas à l’enjeu d’une plus grande présence sur le terrain de l’inspection du travail et du renforcement de son action. Même si le combat syndical est rude face à des attaques dignes d’une autre époque, les militants CFDT continuent de porter fièrement un syndicalisme d’engagement et de propositions. C’est une grande fierté de voir leur force de conviction et leur détermination.

“L’emploi ne se décrète pas”

Dans cet entretien, publié dans Les Echos du 7 mars 2014, je reviens sur le relevé de conclusions des partenaires sociaux concernant le pacte de responsabilité. Je précise notamment les attentes de la CFDT.

Le texte que vous avez négocié avec le patronat ne comporte pas d’engagement chiffré pour les contreparties aux baisses de charges sociales. Le regrettez-vous ?

Les pin’s qui annoncent un million d’emplois, ce n’est que de l’affichage et ce n’est pas mon truc (porté par Pierre Gattaz, NDLR). Ceux qui attendaient des chiffres mercredi ne peuvent bien sûr qu’être déçus. Mais nous n’en faisons pas partie pour une raison simple : l’emploi ne se décrète pas. Le relevé de conclusions sur les contreparties énonce une méthode qui favorise l’emploi là où il se crée, dans les branches, les entreprises, les territoires, celle du dialogue social renforcé. Il annonce un vaste mouvement de négociations de branche sur des engagements chiffrés sur l’emploi, mais aussi sur les classifications, les compétences, l’investissement… C’était important pour nous comme était aussi important qu’il y ait une cohérence entre la trajectoire de baisse des prélèvements et le respect des engagements qui seront pris par les branches et les entreprises.

Le patronat conditionne ses engagements à une baisse effective des cotisations. Que pensez-vous de cette lecture ?

Les allégements de cotisation comme les mesures fiscales qui seraient programmés en 2015, 2016 et 2017 devront être en miroir des engagements pris mercredi et des résultats en termes d’emploi et d’investissement demain. Il faut que ces allégements soient progressifs et il est hors de question qu’ils servent au versement de dividendes, contrairement à ce que dit Pierre Gattaz. La logique, c’est que si les engagements sont tenus, la trajectoire de baisse des cotisations se poursuive. Sinon, il faudra la remettre en cause.

Le gouvernement doit-il faire une loi de votre relevé de conclusions ?

Non. L’État nous a demandé de nous mettre en situation de faire des propositions. Nous l’avons fait. C’est une des briques du pacte, il faut qu’il en tienne compte. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’une loi particulière soit nécessaire. Et puis il y a un sujet sur lequel le gouvernement a totalement la main, c’est celui de la courbe de la baisse des prélèvements sur les entreprises. Il faut qu’il dévoile au plus vite ses intentions là-dessus. Il sera de sa responsabilité de regarder dans chaque loi de finances, dans chaque loi de financement de la Sécurité sociale, s’il poursuit ou pas les allégements au regard des résultats obtenus sur l’emploi.

Formellement, votre accord est un « relevé de conclusion signé ». Quelle est sa nature juridique précise ?

Dans tous les cas, c’est un contrat. Il n’a échappé à personne que ce relevé de conclusion signé – ce mot est essentiel – est le fruit d’une rude bataille. Il y a aussi la possibilité d’une négociation dans les branches. Les discussions ont montré qu’une partie du patronat reste à convaincre de l’intérêt du dialogue social pour développer la compétitivité et l’emploi. Au-delà des mots, la réalité, c’est qu’il y aura un dialogue social dans les branches alors qu’une partie du patronat ne voulait absolument pas entendre parler de la moindre contrepartie. Nous estimons que le relevé de conclusion que nous avons obtenu mercredi est le commencement de tout. Je ne promets pas le grand soir mais je promets que nos équipes feront respecter les décisions prises dans les branches et dans les entreprises. Nous faisons le pari du dialogue social. D’ailleurs, nous mobiliserons toutes nos équipes en mai, quand le CICE va être versé, pour qu’elles interpellent les directions d’entreprises sur son utilisation.

Vous avez signé tous les accords interprofessionnels sans exception depuis de très nombreuses années. Ne craignez-vous pas que votre image en pâtisse auprès des salariés ?

Là n’est pas la question. La seule qui vaille, c’est : est-ce que la CFDT a pesé en faveur des salariés et obtenu des résultats concrets ? Et je peux vous dire qu’à chaque fois, la CFDT a pesé de tout son poids. Cette fois-ci comme les précédentes. Je constate que notre contre-proposition a été reprise à 95 % mercredi soir dans le relevé de conclusion.

Que pensez-vous des formules utilisées par Jean-Claude Mailly, pour qui le texte signé est un « parchemin », ou par la CGT, qui dénonce un « simulacre de négociation » ?

Ce sont des formules creuses. Si certaines organisations préfèrent rester au bord du chemin pour faire des commentaires, c’est leur choix. Nous n’avons pas la même vision du syndicalisme. Celui de la CFDT regarde la réalité en face sans faire de cadeau au patronat et en n’oubliant jamais que les entreprises, ce sont aussi les salariés. Je rappelle que nous avons signé une déclaration avec la CGT, la FSU et l’Unsa qui appelait à renégocier les classifications dans les branches. C’est ce que prévoit le relevé de conclusion d’avant-hier. Moi, je suis cohérent avec les engagements que la CFDT a pris.

Si les engagements sont tenus, la trajectoire de baisse des cotisations se poursuivra. Sinon, il faudra la remettre en cause. Si certaines organisations préfèrent rester au bord du chemin pour faire des commentaires, c’est leur choix.

Propos recueillis par Leïla de Comarmond

“Le patronat doit revenir à la raison”

A quelques heures d'une nouvelle réunion sur le pacte de responsabilité j'étais l'invité de la matinale de France Inter du 5 mars 2014.


"Le patronat donne l'impression qu'il ne veut... par franceinter

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !