archive :  2016/Novembre

Réinventons le progrès

Réinventer le progrès, livre d’entretiens entre Pascal Canfin et moi, coordonné par le journaliste Philippe Frémeaux, est paru jeudi dernier.

L’idée à l’origine de cet ouvrage était de réunir un responsable syndical et un responsable d’association environnementale pour échanger sur leur approche respective de la transition écologique. Très vite, nous avons souhaité l’inscrire dans une vision plus large de ce que peut être le progrès au XXI° siècle.

Nous vivons  un monde où les ressorts du progrès  matériel s’essoufflent, et ou les mutations qui nous font face inquiètent. Beaucoup de citoyens craignent pour leur avenir et pour celui de leurs enfants.  Dans ce livre, nous affirmons notre conviction que le progrès est encore possible, et que la transition écologique peut être une chance de vivre et de travailler mieux. Elle nous invite à rompre avec les vielles logiques court-termistes qui ont épuisé l’environnement et les travailleurs, à questionner le sens de nos actions et à renouer avec la qualité pour tous.

Mais cette chance, il va falloir la saisir. La première condition, c’est de mettre la question sociale, le travail et l’emploi, au cœur de la transition écologique.  Les travailleurs ne peuvent pas être des variables d’ajustement ! Il faut sécuriser les transitions professionnelles et donner à chaque travailleur le moyen d’être acteur de son parcours. Le chantier entamé par la CFDT pour refonder notre modèle social autour des droits sociaux personnels, et maintenant du compte personnel d’activité, est donc une condition indispensable à la réussite d’une transition écologique juste.  Car il n’y aura pas de progrès environnemental sans progrès social.

La deuxième condition, c’est de faire de la transition écologique un chantier démocratique. En faisant le choix du dialogue social, de la délibération et de la participation citoyenne, on ira plus loin ensemble, les décisions prises seront plus équilibrées et durables. Il s’agit de  donner aux citoyens  les moyens de trouver leur place dans ce nouveau modèle. Et sur ce point, la balle est largement dans le camp de la société civile ! C’est d’abord sur les territoires que les choses bougeront, grâce aux initiatives et aux coopérations entre acteurs.

Je suis heureux avec ce livre de m’inscrire dans une réflexion historique de la CFDT, et de saluer le travail des militants, d’hier et d’aujourd’hui, pour concilier les enjeux sociaux et environnementaux. L’écologie est dans l’ADN de la CFDT depuis toujours. Déjà dans les années 1970, avec le livre Les Dégâts du progrès nous interrogions les conséquences du progrès technique sur les conditions de travail et la santé des travailleurs, et nous avions conscience qu’il s’agissait d’une question de justice sociale, car l’exposition aux nuisances environnementales n’était pas la même selon que l’on soit ouvrier ou cadre.

La prise en compte de l’environnement et plus largement des sujets « sociétaux », le choix de l’émancipation, la volonté de progrès, c’est cela qui caractérise le syndicalisme de la CFDT, et j’en suis fier.

Réinventer le progrès

Visite au Camp des Milles

Le 19 octobre dernier, les militants CFDT de la région PACA organisaient une table ronde autour du vivre ensemble, à laquelle j’ai participé. L’évènement avait lieu sur le Site-Mémorial du Camp des Milles, en présence de son président fondateur Alain Chouraqui et de Natacha Cyrulnik, comédienne et metteur en scène.

image2ok

Le Camp des milles, dernier camp d’internement et de déportation encore intact en France, est un point d’ancrage. Quelles que soient les déstabilisations du monde, et à l’encontre de notre propension à oublier ou à laisser faire, ce Site nous rappelle ce qu’a été l’Histoire et pourquoi elle peut se répéter. Entre 1939 et 1942, plus de 10 000 personnes y furent internées, des étrangers fuyant les persécutions en Europe et des Juifs déportés par le gouvernement de Vichy. Parmi eux, de nombreux artistes, qui ne cessèrent de créer et dont les dessins et les peintures, souvent empreints d’humour grinçant, ornent toujours les murs. Leurs œuvres confèrent au Site – une tuilerie désaffectée réquisitionnée par les pouvoirs de l’époque- un aspect profondément humain en dépit des souffrances qui y furent vécues. Et plus qu’un lieu de mémoire, c’est un lieu qui invite à la réflexion, à la vigilance et à l’action. A la suite d’un rappel historique et après avoir déambulé dans les espaces d’internement, on accède au troisième volet du parcours, baptisé « Comprendre pour demain », qui dévoile l’engrenage par lequel l’intolérance et le racisme peuvent contaminer une société et mettre progressivement en échec la démocratie.

Dans ces lieux, nos échanges autour du vivre ensemble ont forcément trouvé un écho particulier. Alain Chouraqui a souligné le fait que notre société connait une situation proche à certains égards de celle de la société des années 1930. Pris dans des crises de toutes natures, nous cherchons des certitudes, qui nous conduisent souvent à désigner des coupables, et nous exposent à des glissements autoritaires. Plutôt que la fausse clarté et les fausses évidences des discours populistes, à nous de préférer le repère que constitue le Camp des Milles et son message : nous ne sommes jamais impuissants. De la même façon que des « Justes » ont refusé l’engrenage et se sont battus pour sauver des personnes victimes de la barbarie nazie, nous pouvons faire obstacle aux extrémismes, qu’ils soient politiques ou religieux. Mais cela implique de déjouer la banalité, la passivité, le laisser faire. Dans son intervention, Alain Chouraqui a appelé à la résistance. Résistance, ce mot n’appartient pas seulement à la grande Histoire. C’est une façon d’agir au quotidien, par de petits actes - s’opposer à un acte raciste, une remarque sexiste…– ou de plus grands : l’accueil des migrants nous donne l’occasion de faire la preuve de notre humanité. Résister, c’est aussi revivifier le débat démocratique, par l’éducation populaire, la délibération citoyenne ; c’est refuser les mots qui stigmatisent et déshumanisent, car « quand les mots sont fous, les hommes deviennent fous ». C’est proclamer les valeurs qui nous rassemblent, comme nous l’avons fait le 11 janvier 2015. C’est faire le choix de l’engagement, personnel et collectif. Résister c’est d’abord l’affaire de la société civile, des corps intermédiaires. C’est donc aussi l’affaire des syndicats.

image1

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !