archive :  2015/Novembre

COP 21 : des négociations pour l'humanité

La COP 21 commence ce lundi et se poursuivra jusqu’au 11 décembre. C’est important qu’elle ait lieu. Même si nous sommes encore sous le choc et dans le deuil, nous avons l’occasion de prouver notre capacité à prendre en main l’avenir de l’humanité.

Et c’est urgent. Si nous ne faisons rien pour limiter à deux degrés le réchauffement climatique, nous allons vers une catastrophe, pas seulement environnementale, mais aussi humanitaire, économique et sociale. La transition écologique n’a rien d’une option !  Ce que nous pouvons encore choisir, c’est de ne pas la vivre comme une contrainte, mais comme un projet commun mobilisateur qui nous permettra de vivre mieux.

Pour cela, il n’y a pas d’alternative à un accord ambitieux et contraignant à Paris.  Ce sommet climat, avant d’être un rendez-vous diplomatique ou scientifique, est un moment où on va négocier sur la vie des gens. Des millions de réfugiés qui sont obligés de fuir leurs pays à cause des conditions météorologiques extrêmes. Des travailleurs du monde entier qui sont menacés de perdre leur emploi.

C’est pourquoi la société civile a toute sa part à prendre pour ancrer ces négociations dans le réel. La CFDT s’y engage, à travers la Coalition  Climat 21 qui regroupe plus de 130 organisations, et en étant  pleinement associée au mouvement syndical qui, sous la bannière de la Confédération syndicale internationale (CSI), va faire entendre la voix des travailleurs et défendre une « transition juste ».

L’emploi ne doit pas être une variable d’ajustement de ces négociations !

Au contraire, la transition écologique est une opportunité de créer de nouveaux emplois de qualité. 60 millions d’emplois pourraient être créés dans les deux décennies à venir, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Mais ce sont aussi de nombreux salariés qui vont voir leur métier et leurs qualifications évoluer. Nous devons les accompagner dans ces transitions professionnelles.

C’est par le dialogue économique et social que nous pourrons faire de la lutte contre le dérèglement climatique un levier vers un nouveau modèle de développement, où l’excellence technologique est mise au service de la justice sociale, du travail décent et la de la qualité de vie pour tous. Peser pour orienter la stratégie industrielle vers le bas carbone, négocier un plan de déplacement collectif des salariés, des contrats d’études prospectives sur l’emploi d’un secteur et d’un territoire, interpeller la direction sur la RSE…C’est indispensable pour que les entreprises prennent toute leur part à la transition écologique.

Le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales

A l'occasion de cette journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, je souhaitai republier ici cet échange que j'avais eu avec Marilyn Baldeck, déléguée générale de l'Association européenne contre les violences faites eux femmes, où nous avions évoqué le rôle des syndicats sur ce sujet et les actions possibles pour défendre les droits des femmes.

Cet entretien, réalisé par Adeline Farge, a été initialement publié dans CFDT Magazine n°417.

 

Pourquoi est-il important que la CFDT s’investisse dans la lutte contre
les violences sexuelles au travail ?

Marilyn Baldeck : D’après une enquête du Défenseur des droits, 20 % des femmes actives ont subi une situation de harcèlement sexuel au cours de leur carrière. Un syndicat qui ne se saisirait pas de ce sujet serait illégitime aux yeux des salariées. Mais trop souvent encore, ce sujet est relégué au champ des relations individuelles et n’est pas considéré comme une question politique.

Laurent Berger : La CFDT n’est pas attendue sur ce sujet qui nous préoccupe pourtant. Notre histoire prouve que nous avons une culture féministe. La CFDT est l’organisation syndicale qui s’est le plus mobilisée sur les droits fondamentaux
des femmes, notamment en matière d’IVG et de harcèlement sexuel. Dans le monde du travail, les inégalités sont flagrantes – en particulier sur les salaires, les promotions ou l’articulation vie privée-vie professionnelle. Nous avons énormément de boulot
pour les combler.

 

Comment les syndicats peuvent-ils intervenir dans les entreprises ?

M. B. : En amont, les sections syndicales doivent communiquer sur leurs aptitudes à répondre aux plaintes des salariées. Accompagner les victimes de violences sexuelles et recueillir leurs témoignages souvent éprouvants ne s’improvisent pas. Cela nécessite une réelle formation et des connaissances en droit du travail.Les militants devront aussi se départir de leurs stéréotypes. Si une victime accuse un collègue qui paraît sympathique, ils ne devront pas en conclure que c’est faux. Ils devront aussi rappeler régulièrement aux salariés que ceux qui commettent ces violences s’exposent à des sanctions. Les syndicats, en affirmant qu’ils sont en alerte, envoient un message aux potentiels harceleurs, qui se sentiront sous surveillance et y réfléchiront à deux fois avant d’agir.

L. B. : Les représentants du personnel doivent s’interroger au sujet de leurs propres pratiques. Si l’organisation du travail tolère des comportements délictueux, ce n’est pas la seule faute de l’employeur. Les responsabilités sont partagées. Ils doivent donc faire en sorte que les directions ne soient pas attentistes et qu’elles respectent leurs obligations légales. C’est seulement si les directions et les représentants du personnel sont capables de coopérer qu’on arrivera à progresser. Le code du travail, en introduisant la notion de sexisme, donne aux organisations syndicales un nouveau levier en vue de lutter contre les violences sexuelles.

 

Pourtant, elles rencontrent quelques difficultés à s’en saisir…

M. B. : Les femmes peuvent être réticentes à saisir des délégués du personnel, qui peuvent par ailleurs tenir des propos sexistes et s’adresser à leurs collègues de manière déplacée. Les hommes violents se trouvent partout, y compris au sein des organisations syndicales. Pour être légitime sur ce sujet, il faut commencer par balayer devant sa porte.

L. B. : Les syndicats sont à l’image de la société. Ils ne sont pas toujours ultravertueux. La Confédération condamne les comportements sexistes et ne tolère aucune violence verbale ou physique, y compris les blagues lourdes, dans l’organisation. Le sexisme est incompatible avec nos valeurs syndicales. Ainsi, un élu syndical a été démis de son mandat pour avoir tenu des propos intolérables à l’encontre d’une femme. En matière de respect des personnes, il n’y a pas de compromis possible. La CFDT se doit d’être exemplaire à ce sujet.

 

Comment accompagner les sections syndicales ?

M. B. : Le sujet des violences sexistes et sexuelles au travail ne doit pas reposer sur un individu isolé. Pour être efficace, cette politique doit être portée par une organisation qui servira de support en cas de difficultés et de lieu de ressources. Depuis 2009, l’AVFT anime avec la CFDT de Paris des journées de formation et de sensibilisation. Le but est d’aider les militants à intervenir auprès des victimes et de sensibiliser les salariés de leur entreprise. Dans les milieux masculins, ce n’est pas toujours simple d’imposer ce dossier. C’est donc essentiel de transmettre nos compétences.

L. B. : Lutter contre les stéréotypes nécessite un travail constant. La Confédération forme les sections afin qu’elles sachent comment réagir face à des propos ou à des actes sexistes. L’aspect comportemental est plus difficile à gérer que le droit du travail. Une entreprise peut avoir signé un superaccord sur l’égalité professionnelle mais ne rien comprendre aux violences faites aux femmes. Grâce à ce partenariat, la CFDT bénéficie de l’expertise de l’AVFT, d’un soutien et d’un regard distancié sur ses pratiques. Mais les organisations syndicales ne doivent pas se dédouaner ni sous-traiter ce dossier aux associations. D’ailleurs, la CFDT souhaite dupliquer l’expérience des journées de formation et de sensibilisation menée avec Paris à d’autres unions départementales.

 

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Nous vivrons ce que nous changerons

Mon livre Permis de construire sort aujourd’hui. Je n’avais évidemment pas imaginé un tel contexte de publication…Tout semble dérisoire au regard des épreuves que nous venons de vivre.

Pourtant, j’ose croire que ce livre fera écho à tous les petits actes de résistance que j’observe depuis près d’une semaine, de la part de ceux qui refusent de se laisser gouverner par la peur et continuent de se projeter dans le futur. Je pense aux parisiens qui décident de faire la fête encore plus fort ; à tous ceux qui reprennent le chemin du travail même si le cœur n’y est pas ; à tous les militants des  organisations syndicales et associatives qui poursuivent le combat pour un monde meilleur.

Je pense surtout aux jeunes. Ceux qui ont été les principales cibles et les premières victimes des attentats. Ceux qu’on a appelé la « génération Bataclan ». Ils savent qu’ils vont devoir vivre sous une menace durable, celle du terrorisme. Eux qui ont déjà grandi avec « la crise » et qui, pour beaucoup, vivent une entrée dans le monde du travail marquée par la précarité.

A cette génération, qui a soif de dialogue, de participation, de démocratie, nous devons prouver que le progrès social est encore possible, qu’il ne s’agit pas d’un vieux privilège révolu dont ont pu bénéficier leurs parents. 

La CFDT porte cette responsabilité, avec d’autres. Elle n’a certainement pas toutes les réponses, mais elle est garante de certaines valeurs et d’une méthode pour aborder les vrais problèmes et trouver, ensemble par le dialogue, les vraies solutions.

C’est l’ambition de ce livre. Montrer comment dans les entreprises et dans les administrations, des militants CFDT se battent, confrontent, proposent, négocient et surtout ne lâchent rien, pour apporter du mieux et du concret aux salariés, quelles que soient les difficultés rencontrées. Ils incarnent au quotidien la  « méthode » CFDT: regarder la réalité en face, mais ne pas se satisfaire de ce qu’on voit, et agir pour la transformer.

Le livre aborde aussi les grandes questions de fond, déterminantes pour décider dans quelle société nous voulons vivre : l’Europe, la transition écologique, la transition numérique, le Compte personnel d’activité... Nous ne vivons pas une crise, mais un changement de modèle. Cela nous oblige à repenser radicalement les choses. La bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas condamnés à indéfiniment « serrer les boulons » ! Il faut construire les règles et les institutions qui permettront de transformer la valeur créée en meilleure vie pour tous. C’est un beau défi à relever ensemble.

Bien sûr, cela ne console pas du chagrin et de l’effroi. Mais cela donne un peu plus de détermination et d’envie pour construire l’avenir. 

Nos valeurs contre la haine

Les actes de barbarie perpétrés le 13 novembre à Paris ont touché notre pays au cœur. 129 personnes sont mortes, de nombreuses autres ont été blessées et le pays tout entier meurtri. Nos pensées vont avant tout aux familles des victimes et à leurs proches. Nous sommes à leurs côtés. Nous soutenons également tous les personnels qui montrent tant de conscience professionnelle, de bravoure et d’abnégation dans cette épreuve.

Les auteurs et les commanditaires de ces massacres horribles veulent installer la peur, la division et semer la haine. Leurs cibles sont la démocratie et les valeurs républicaines. À nous, citoyens de France, d’être à la hauteur. Ne tombons pas dans le piège tendu ! Plus que jamais, notre démocratie et notre humanité réclament l’unité et le rassemblement. Aux fascismes et fondamentalismes de tous bords, opposons notre démocratie.

Mieux que brandir en étendard notre devise républicaine, « Liberté, égalité, fraternité », faisons-la vivre !

Retraites complémentaires : les pensions des femmes ne sont pas oubliées !

Plusieurs associations m’ont interpellé il y a quelques jours par le biais d’une lettre ouverte au sujet de l’accord pérennisant les retraites complémentaires. Cet accord, issu d’une négociation qui a commencé en février dernier, a été conclu le 30 octobre entre les organisations syndicales (CFE-CGC, CFTC et CFDT) et les organisations patronales (MEDEF, CGPME, UPA).

Dans cette lettre ouverte, les associations signataires dénoncent l’accord sur les retraites complémentaires, au motif que celui-ci pénaliserait encore plus les femmes.

La CFDT s’inscrit en faux !

L’accord prévoit des mesures qui répartissent les efforts nécessaires pour sauver les régimes et des mesures qui protègent les basses pensions et donc en premier lieu celles des femmes, dont la situation, si elle a évolué positivement avec le temps, nécessite toujours d’être améliorée. L’argumentation de la lettre ouverte s’appuie sur des chiffrages partiels qu’il convient de préciser et de compléter. Quoi qu’il en soit, la lutte contre la discrimination au travail des femmes passe par d’autres leviers que la négociation sur les retraites complémentaires des salarié-es du privé.

L'accord prévoit des mesures pour protéger les basses pensions, donc majoritairement les femmes.

Les marges de manœuvre dans la négociation étaient étroites pour protéger les femmes, car le système de retraite complémentaire est un système dit contributif, par répartition. Il repose sur les cotisations salariales et patronales, donc sur l’activité. Les écarts de pension reproduisent, de fait, les écarts et les inégalités sur le marché du travail.

La création d’une contribution uniquement patronale en faveur de l’égalité salariale faite par certaines organisations syndicales était irréalisable. Avec un taux modulé entreprise par entreprise en fonction de l’amplitude des écarts salariaux liés au genre : impossible à déterminer, impossible à appliquer. Les écarts salariaux peuvent être dus à des différences de temps de travail (les femmes sont largement les plus nombreuses parmi les temps partiels), à des différences de métiers et dans certains cas, c’est le fait de discriminations et là, c’est illégal !

La CFDT s’est battue pour que les basses pensions, donc principalement celles des femmes, soient préservées. L’accord sur les retraites complémentaires prévoit que les pensions les plus faibles seront exonérées totalement ou partiellement du coefficient de solidarité applicable en 2019, c’est-à-dire que cette exonération, qui vise 1 retraité-e sur 3, concernera essentiellement les femmes, pénalisées aujourd’hui et demain par des rémunérations plus faibles que celle des hommes. Par exemple, pour un ou une retraité-e dont la pension sera de 1 200 € (CSG à taux réduit et contribution de solidarité réduite), le coefficient de solidarité représentera un effort de moins de 20 euros par mois pendant 3 ans.

Une argumentation appuyée sur des chiffres partiels :

Les femmes ont des pensions inférieures de 40% à celles des hommes : oui, mais… 
Les écarts de pension de droit propre existent encore, mais heureusement ils diminuent avec les générations, avec l’évolution et l’accroissement de l’activité féminine. Cet écart est mesuré par le ratio pension des femmes/pension des hommes qui est de 44% pour les générations 1924-1928, 56% pour les générations 1939-1943. Selon des simulations réalisées à partir du modèle Destinie de l’INSEE, ce ratio atteindrait 70 % pour les générations nées dans les années 50, puis progresserait pour valoir 80% pour les générations nées dans les années 70. Mais depuis longtemps, les partenaires sociaux ont cherché à réduire ces inégalités, notamment par les droits dérivés dits « familiaux », qui représentent près de 25% des dépenses de retraite complémentaire. Si l’on inclut les pensions de réversion (droits dérivés), les écarts diminuent : 64% pour les retraités nés avant 1943, 69% pour la génération 1946, mais restent en défaveur des femmes.

Elles ont aujourd’hui des carrières plus courtes : oui, mais…
Pour les générations nées avant 1943, la durée d’assurance des femmes était effectivement plus courte que celle des hommes, malgré les droits familiaux, due à de nombreuses interruptions de carrières et à des différences salariales plus fortes. Pour les générations qui partent actuellement en retraite, les femmes du « baby-boom » (nées après 1945), leur durée d’assurance augmente : interruptions de carrière dues principalement aux naissances, carrières salariales plus favorables. Pour les générations nées après 1960, qui partiront à la retraite après 2020, la durée moyenne d’assurance (y compris droits familiaux) des femmes convergerait vers celle des hommes.

Elles partent en retraite en moyenne plus tard que les hommes : oui, mais…
Parmi les retraité-es né-es au début des années 1930, les femmes partaient en moyenne un an et demi plus âgées que les hommes. Selon les projections, cet écart se réduirait progressivement, jusqu’à s’inverser à partir des générations nées à la fin des années 1960. A long terme, les femmes partiraient en moyenne 7 mois plus jeunes que les hommes.

Toute augmentation de la durée de cotisations exigée pour avoir une pension à taux plein les pénalise : oui, mais…
C’est vrai, mais il n’y a pas d’augmentation de la durée de cotisation exigée pour avoir une retraite à taux plein ! A partir de 2019 et pour les générations 1957, l’accord prévoit la mise en place d’un coefficient de solidarité qui minore de 3% la pension de retraite pendant 2 à 3 ans. Mais le ou la salarié-e retrouve sa pension de retraite complémentaire pendant le reste de sa retraite, c’est-à-dire pendant plus de 20 ans. C’est une contribution temporaire, non viagère.

La sous-indexation des pensions touche plus les femmes retraitées : oui, mais…
C’est vrai et la CFDT souhaitait que les basses pensions, donc principalement celles des femmes, soient exonérées de cette sous indexation. Elle n’a malheureusement pas été suivie par les autres organisations syndicales. Pire, FO et CGT estiment que la « solidarité » est du ressort du régime général et que les régimes complémentaires doivent être contributifs par nature (donc sans solidarité). A noter que la sous-indexation des pensions a peu d’effet en période de faible inflation, ce qui est le cas actuellement, et qui, selon les projections, ne devrait pas beaucoup changer pour les 2 ans à venir.

Les femmes handicapées ou invalides sont encore plus pénalisées : c’est faux
Selon le texte de l’accord, le coefficient de solidarité prévu en 2019 ne s’applique pas aux personnes qui liquident leur retraite au taux plein dans le régime de base avant ou dès l’âge d’ouverture des droits, dans le cadre des dispositifs légaux notamment prévus pour les assuré-es en situation de handicap justifiant d’un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) de 50%. Il ne s’applique donc ni aux femmes, ni aux hommes en situation de handicap.

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !