archive :  2017/Février

Travail et avenir de l’industrie avec les militants d’Alstom

J’étais le 21 février à Ornans en Franche Comté pour y rencontrer les militants CFDT d’Alstom et visiter leur entreprise. J’ai choisi ce déplacement pour donner l’occasion à la CFDT de rappeler l’État à ses engagements quant au maintien de l’activité du site de Belfort.

C’est toujours très enrichissant de passer plusieurs heures avec des militants fiers de montrer leur entreprise, d’expliquer la réalité du travail et de la production, les difficultés comme les réussites technologiques, dans chacun de ses ateliers.

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Les échanges avec eux m’ont permis de vérifier une fois encore que les élus de l’entreprise en connaissent et maîtrisent les enjeux. Que le débat au sein de la section syndicale et avec les délégués des autres entreprises du groupe porte sur la stratégie de l’entreprise à long terme pour être un contrepouvoir face à la direction et aux actionnaires. On ne dit pas assez que dans nombre d’entreprises ce sont les salariés qui ont une vision de long terme quand les dirigeants ont le nez rivé sur la seule rentabilité de court terme. Les écouter et les entendre est une des clés du maintien et du développement de nos industries.

Chacun de mes déplacements à la rencontre des salariés et des militants CFDT permet de confronter les orientations que défend la confédération CFDT et la vie concrète dans les entreprises et les administrations. De cette visite à Alstom Ornans, je retiendrai deux leçons fortes.

Réussir la transition écologique nous impose de répondre aux besoins de mobilité tout en réduisant la consommation énergétique. À l’évidence, le ferroviaire est une filière stratégique pour laquelle notre pays a des atouts qu’il ne doit pas dilapider. Cela implique à la fois de développer la recherche et l’innovation et de préserver les compétences et les savoir-faire donc une production  localisée sur le territoire. Tout abandon, même conjoncturel devient un handicap qui se remonte difficilement.

Les technologies les plus avancées, comme celle du TGV, continuent à incorporer du travail que les machines et les robots ne savent pas remplacer. Je ne prendrai plus le train sans penser aux ouvrières que j’ai rencontrées qui procèdent manuellement à l’isolation du cuivre des bobines. Cela me renforce dans la conviction qu’il nous faut mettre au centre du débat public la question du travail dans toutes ses composantes  sans céder aux modes qui tendent à n’en donner qu’une vision très partielle. Pour ce faire, la CFDT dispose grâce à la réussite de son enquête « Parlons travail » d’une masse d’informations considérable. Nous lui donnerons l’écho qui convient au mois de mars. 

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Populisme : comprendre, répondre et construire

Notre pays est confronté à une conjonction de crises et de menaces. Nos valeurs et nos modes de vie sont la cible de tous les extrémismes. La crise économique et sociale n’est pas terminée et continue à fragiliser des personnes et des territoires. Notre société connait également une crise de la démocratie sans précédent dont les premiers symptômes sont la défiance envers les institutions et les représentants politiques.

Certains hommes et certaines femmes n’hésitent pas à jouer sur les peurs des citoyens, à attiser les haines, opposant les français aux étrangers, opposant ceux qui travaillent à ceux qui ne travaillent pas, sapant ainsi les fondements de notre modèle républicain.

Le « populisme » et les « populistes » semblent de plus en plus menaçants pour nos démocraties.  L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, les dérives autoritaires d’Orban en Hongrie, d’Erdogan en Turquie ou encore le Brexit interrogent tout autant qu’elles inquiètent.

Pour la CFDT, ceci n’est pas une fatalité ! A trois mois des élections présidentielles, nous entendons, à travers un cycle de réflexion « Les entretiens de Belleville » définir ce qu’est le « populisme » afin de donner à nos adhérents et à nos militants des outils pour mieux le combattre. Le populisme n’est pas une fin en soi.

En tant que syndicalistes, engagés et libres nous avons le devoir de répondre aux attaques contre la démocratie, d’où qu’elles viennent.

Lors de la première conférence Pierre Rosanvallon[1] nous rappelait que « le discours populiste a vocation à opposer un vrai peuple aux « autres ». Le vrai peuple serait celui dont les intérêts sont brimés par différentes catégories de minorités », même si celles-ci font majorité. Il insistait aussi sur le fait que les populistes voient dans « tout contrepouvoir un moyen de brimer le peuple ». 

Les leaders populistes estiment qu’ils sont les seuls capables de savoir ce qui est bon ou non pour le peuple et considèrent que la démocratie directe est la seule démocratie acceptable. Ils n’hésitent pas à dénoncer toutes les autres formes de démocratie représentative. Le populisme fait d’ailleurs de la critique des corps intermédiaires, au premier rang desquelles les organisations syndicales, un élément central de son discours.

La CFDT refuse cette vision de la démocratie, comme elle refuse la vision de la justice sociale défendue par les populistes : une vision qui tend à considérer que l’égalité se base uniquement sur le principe d’une identité commune et que tout ce qui n’appartient pas à cette ligne identitaire représente un danger.


[1] Historien et socioloque 

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !