archive :  2016/Février

L'Europe que nous voulons !

Quelques jours après le conseil européen des 18 et 19 février, c’est l’inquiétude qui domine. Qu’il s’agisse de l’accord conclu afin d’éviter le Brexit,  ou de la gestion de la crise migratoire, chaque Etat membre semble désormais jouer sa partition en solo, au mépris des règles communes et de l’intérêt des citoyens de l’Union.    

Pendant ce temps, dans de nombreux pays européens, le succès des mouvements populistes et europhobes ne se dément pas. La croissance ne redémarre pas ou peu ; 20% de jeunes sont au chômage….malgré toutes les richesses culturelles et matérielles que concentre notre continent.   

L’Europe des égoïsmes ne tourne pas seulement le dos à ses valeurs fondatrices. Elle se condamne économiquement et socialement, et elle s’éloigne toujours plus de ses citoyens.

Ceux qui croient toujours au projet européen – et à la CFDT, nous en sommes- doivent réagir. La démarche de la Grande Bretagne, si elle est insupportable, a le mérite de poser les choses sur la table : certains Etats refusent toute intégration politique. Mais d’autres n’ont pas renoncé « à une union toujours plus étroite entre les peuples ».

Il faut saisir cette occasion pour aller plus loin dans le renforcement de l’Union, avec les pays qui le souhaitent, autour de quatre domaines : doter la zone euro d’une capacité budgétaire propre ; avoir une politique migratoire commune dans l’espace Schengen; créer une vraie Europe de l’énergie, ainsi qu’une Europe  de la Sécurité et de la Défense.

La CFDT défend aussi l’idée d’une assurance chômage européenne. Elle permettrait de faire face aux chocs qui touchent les pays de manière différente dans la zone euro, et de mieux résister ensemble aux crises sur le long terme. Elle serait un instrument puissant de sécurisation des parcours et de mobilité des travailleurs européens.

D’autres pistes existent, portées par la Confédération Européenne des Syndicats  : développer un Erasmus de l’apprentissage ; élargir la garantie jeunes qui permet un accompagnement global des jeunes les plus éloignés de l’emploi ; donner plus d’ampleur au Plan d’investissements Juncker afin qu’il favorise la solidarité européenne et donne des suites concrètes aux engagements de la COP 21.

Tout cela, nous devons le faire, pour ré-ancrer le projet européen dans la vie des gens. Et pour prendre la relève du travail inachevé des « pères fondateurs » : après avoir créé une administration et les instances, il est temps de faire une place à la société civile, de consolider la démocratie et de relancer le dialogue social européen ; après le marché commun, nous devons bâtir l’Europe sociale ; après l’incantatoire, il faut donner à tous les européens de vraies raisons d’aimer l’Europe.   

Interview au Monde sur le projet de loi El Khomri

L'avant-projet de loi de Myriam El Khomri sur le droit du travail est très critiqué à gauche. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, aura « du mal » à le voter et calera sa position sur celle des syndicats réformistes. Ce texte est-il trop libéral ou est-il équilibré entre la « flexibilité » et la « sécurité » ?

Ce qui nous guide c'est l'intérêt des travailleurs et non la position de tel ou tel. Cet avant-projet est très déséquilibré entre la flexibilité et la sécurité. Il apporte de mauvaises réponses à des revendications patronales, en faisant la part trop belle à une vision un peu dogmatique de la flexibilité. L'accueil de la CFDT est négatif.

 

Les 61 « principes essentiels » du rapport Badinter pour chapeauter le code du travail sont repris...

Ce n'est que l'éclaircissement de ce qui existe aujourd'hui. C'est potentiellement intéressant mais ce n'est pas de nature à compenser les mesures prises par ailleurs.

 

Jugez-vous qu'il comporte assez de garde-fous, par exemple sur le temps de travail, pour encadrer la négociation collective et préserver un socle minimal de droits sociaux ?

La réaffirmation de la durée légale et de la majoration des heures supplémentaires, c'est une bonne chose. Mais nous avons un certain nombre de désaccords notamment la possibilité d'une modulation du temps de travail au-delà d'un an  mais aussi le renvoi à la décision unilatérale de l'employeur pour les petites entreprises. Cela rajoute un désaccord avec nous. Tout ce qui permettrait à une entreprise de déroger à un ordre social fixant une durée du travail ne doit pouvoir se faire que par accord syndical majoritaire. Nous avons aussi un désaccord fort sur l'absence de mandatement dans les petites entreprises  qui est une exigence de la CFDT. Je ne crie pas au loup sur toutes les dispositions, notamment sur la place laissée à la négociation collective parce qu'on est d'accord, mais je dis attention à chaque fois qu'on laisse le champ libre à la décision unilatérale du chef d'entreprise.

 

Le recours au référendum d'entreprise ne va-t-il pas marginaliser les syndicats ?

Je préfère parler de consultation des salariés plutôt que de référendum d'entreprise. Cette consultation, telle qu'elle est prévue dans la loi, est à usage unique des syndicats lorsqu'un accord est signé par des organisations ayant une audience électorale de 30 % et non de 50 %. Consulter les salariés, ce n'est pas un gros mot. Je ne vois pas pourquoi des syndicalistes en auraient peur dès lors qu'ils l'organisent eux-mêmes, dans des conditions à définir par un accord de méthode.

 

Mais quand les syndicats sont majoritaires cela résulte déjà d'une consultation des salariés à travers les élections professionnelles…

C'est vrai mais il peut y avoir des situations entre deux élections qui nécessitent de consulter les salariés. Si la consultation était à l'initiative de l'employeur on serait vent debout.

 

Le plafonnement des indemnités prud'homales et la « clarification » des règles sur la motivation des licenciements économiques constituent-ils un casus belli pour la CFDT ?

C'est un désaccord ultra profond. Le niveau des indemnités prud'homales est scandaleux, totalement inacceptable. Les plafonds sont super faibles. Il y a la suppression des planchers et même la remise en cause du référentiel qui était prévu dans la loi Macron. Il est hors de question que cela reste en l'état. Sur les licenciements économiques, cela a été rajouté au dernier moment. Le gouvernement a cédé à la panique et aux idées de libéralisation les plus farfelues du patronat. Cela n'a n'a pas sa place dans ce texte. On est en désaccord total sur le périmètre retenu. Si on raisonne au niveau d'un groupe, pour des entreprises exerçant la même activité en France, cela favorisera la mise en concurrence entre entreprises et le dumping social en Europe. Cette ''clarification'' est inutile. Et elle peut être dangereuse car elle ne créera pas d'emplois et elle peut en détruire. On part du principe que ce qui empêcherait d'embaucher serait la peur de licencier. C'est stupide. Le risque est qu'il y ait des licenciements abusifs parce que le plafond est tellement bas que des entreprises en profiteront.

 

Existe-t-il encore une marge de négociation ?

Non, puisque le texte est parti au Conseil d’État et va être soumis au conseil des ministres. Mais il y a beaucoup de marges d'action auprès des parlementaires et de l'opinion publique pour faire rectifier ce texte.

 

Vous envisagez une riposte intersyndicale ?

La CFDT n'est pas opposée à agir avec d'autres mais si c'est pour s'opposer au renforcement de la négociation contenu dans le texte, ce ne sera pas possible. La CFDT se donnera les moyens de faire évoluer ce texte et on verra avec d'autres organisations syndicales si on peut s'exprimer et agir en commun.

 

Le compte personnel d'activité répond à une revendication syndicale. Mais la modestie du contenu ne risque-t-elle pas d'en faire un leurre ?

Si on arrivait à le construire ce serait un vrai progrès social. On ne pourra pas, dès 2017, réaliser l'intégralité du  CPA, par rapport à ce qu'on veut faire sur la sécurisation des parcours professionnels et l'articulation des différents temps tout au long de la vie. C'est une première impulsion. L'abondement de droits pour les jeunes sortis sans qualification du système scolaire est positif. Mais on voit encore peu les contours du CPA. Il faudra le nourrir beaucoup plus pour en faire un outil sécurisant pour les salariés.  

Propos recueillis par Michel Noblecourt

[Tribune] Faire vivre les Places de la République

Cette tribune, publié le 14 février dans le JDD, nous l'avons écrite à 15 organisations, pour nous engager à collaborer en faveur du vivre ensemble. Je vous laisse la découvrir. 

En ce début d’année, notre pays affronte une conjonction inédite de crises et de menaces.

Il nous faut vivre avec la menace terroriste, qui cible nos valeurs et nos modes de vie. La crise économique et sociale continue à fragiliser des personnes et des territoires, désavouant les promesses du pacte républicain. La crise environnementale traduit les limites de notre modèle de développement. Polarisation du marché du travail, inégalités, discriminations… Comment notre société, qui attache tant d’importance à l’égalité, a-t-elle pu se fracturer en de si multiples endroits ?

Peut-être parce que nos institutions ne parviennent plus à émanciper les individus tout en créant du sens commun. Sans doute aussi parce que, confrontés aux transitions écologique et numérique, les citoyens se heurtent à un manque d’explication et d’accompagnement

C’est cette carence – de sens, d’écoute, de lien - qui nourrit les peurs et les colères. C’est ce vide que comblent des mouvements extrémistes, avec un discours qui stigmatise et prône un impossible retour en arrière.

La crise la plus grave que nous affrontons est sans doute celle de la démocratie.

Que faire? Nous résoudre au déclin? Concentrer toutes nos attentes sur un Homme providentiel? Nous le refusons.

Commençons par regarder ce qu’on ne montre pas, mais qui donne espoir. Partout, sur les lieux de vie et de travail, des hommes et des femmes inventent de nouvelles façons de produire, de consommer, d’apprendre, de faire société. Comment ? En se rassemblant, en s’engageant dans une association, une mutuelle, un syndicat…

On parle de « société civile », mais c’est de la société tout court dont il s’agit. Nous, qui en sommes les acteurs et représentants, sommes lucides sur les souffrances. Mais nous savons aussi que la société porte en elle des ressources pour aller de l’avant.

Comprendre le monde, c’est pouvoir le transformer. L’éducation populaire, la formation tout au long de la vie, les débats et forums citoyens y contribuent. Ils offrent des débouchés à la soif des citoyens de peser sur les décisions de leur entreprise ou de leur territoire et d’agir pour une société qui favorise l’émancipation de chacun.

Nous réclamons davantage de transparence et de participation. Relever les défis devant nous implique de faire des choix débattus et partagés par le plus grand nombre. C’est donc de dialogue dont nous avons besoin. C’est un pari: celui de croire qu’en réunissant des personnes qui ont des cultures et des intérêts différents, il est possible de partager un diagnostic, de lutter contre les replis identitaires et sécuritaires, et de construire du progrès. Et nous, organisations de la société civile, affirmons notre confiance dans cette intelligence collective.

C’est ainsi que nous construirons une société plus résiliente, qui invente progressivement des modes de vie plus durables. Une société plus juste et plus solidaire, où personne n’est laissé au bord du chemin.

D’un côté la sphère publique, l’Etat garant de l’intérêt général; de l’autre les individus, leurs parcours et leurs aspirations. Entre ces deux pôles, il existe un espace pour reconstruire la confiance et la coopération à travers l’action collective. C’est cet espace que nous entendons investir, en tant que corps intermédiaires et organisations de la société civile.

C’est la raison pour laquelle nous prenons l’initiative de nous rassembler, afin de travailler ensemble et de démultiplier nos actions en faveur du vivre ensemble.

-          ATD Quart Monde, Claire Hedon
-          Confédération française démocratique du travail (CFDT), Laurent Berger
-          Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), Philippe  Louis
-          Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), Alexandre Leroy
-          Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale  (FNARS), Louis Gallois
-          Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme (FNH), Nicolas Hulot
-          France Nature Environnement (FNE), Denez L’Hostis
-          France Terre d’asile, Pierre Henry
-          Le Mouvement Associatif, Nadia Bellaoui
-          Le Pacte Civique, Jean-Baptiste de Foucault
-          Les Francas, Josiane Ricard
-          Ligue de l’Enseignement, Jean-Michel Ducomte
-          Mutualité Française, Etienne Caniard
-          Union nationale des syndicats autonomes (Unsa), Luc Bérille
-          World wildlife fund (WWF France), Pascal Canfin

Interview aux Echos - 10 février 2016

La négociation sur le compte personnel d’activité a débouché sur une « position commune ». La CFDT va-t-elle la signer ?

 

Le bureau national de la CFDT se positionnera en début de semaine prochaine. Nous avions quatre objectifs : garantir l’universalité des droits, intégrer tous les comptes existant _ dont le compte pénibilité _ , avoir une portabilité des congés et prévoir un accompagnement car un droit nouveau sans accompagnement, ça n’a pas beaucoup d’intérêt. La « position commune » répond à ces enjeux. On aurait pu souhaiter un texte plus ambitieux mais c’est un point d’appui. Et rien n’empêche le gouvernement de l’enrichir en plus de concrétiser les engagements qu’il a pris d’abonder le CPA pour les jeunes sortis sans qualification du système scolaire et de traiter de la conciliation entre vie privée et vie professionnelle. Se pose aussi la question du financement du Compte pour les indépendants et pour les fonctionnaires pour qui il n’est pas question de prévoir un système à part

 

Comment jugez-vous l’état du dialogue social?

 

 Force est de constater que tous les acteurs -syndicats, patronat, gouvernement- ne jouent pas tous le jeu. Côté patronat, une partie du Medef est violemment hostile au dialogue social et nous empêche d’avancer. Il faut remonter loin en arrière pour retrouver un tel climat au sein du patronat ! Les progressistes en son sein doivent mener un combat pour affirmer la nécessité d’un vrai dialogue économique et social avec les syndicats. Côté syndicats, aucun acteur autre que la CFDT et la CFTC ne considère que le dialogue social est la voie pour avancer. Je constate qu’en Allemagne, patronat et syndicats ont une constance sur le sujet. Chez nous, ce n’est pas le cas. Quant au gouvernement, il n’affiche pas une volonté pleine et entière de dialogue social non plus. J’en veux pour preuve sa manière de pointer le sujet de la dégressivité des allocations chômage alors même que la négociation débute et que les partenaires sociaux n’en veulent pas... Le gouvernement aurait mieux à faire que de se mobiliser sur des sujets stériles comme la déchéance de nationalité...

 

Le patronat affirme que c’est lui qui est réaliste…

 

Il fait croire que les difficultés économiques sont liées à la protection des salariés et au niveau d’indemnisation des chômeurs. Conclusion : il faudrait moins de contraintes, moins de coûts, moins de règles. C’est un discours simpliste. Baisser les droits des travailleurs n’offre pas une vision, c’est une option de courte vue. Le Medef n’essaie pas de comprendre l’économie de demain. Il n’a pas de pensée sur l’entreprise, ne réfléchit pas à sa gouvernance...

 

Vous semblez bien pessimiste sur vos interlocuteurs. Pourquoi vous accrocher alors au dialogue social ?

 

 D’abord, la CFDT n’est pas seule. Nous nous retrouvons avec la CFTC, l’UNSA et, parfois la CGC. Ensuite, il n’est pas question de changer notre fusil d’épaule car la négociation produit des résultats positifs pour les salariés. Mais pour cela, les syndicats doivent regarder la réalité en face, s’engager dans les négociations et être en proximité avec les salariés, ce que fait la CFDT. Notre problème n’est pas de changer notre conception du syndicalisme mais de faire savoir qu’il existe et qu’il produit des résultats. On a créé depuis 2008 de nouveaux dispositifs qui assurent à la fois sécurité pour les salariés et souplesse pour les entreprises. Par exemple, la rupture conventionnelle ou les délais de mise en œuvre des plans sociaux à condition qu’ils soient négociés. Donc cela marche. Maintenant, il faut absolument parler stratégie, instaurer un véritable dialogue économique et social dans les entreprises. Celles qui jouent ce jeu sont plus performantes ! Mais le patronat n’a pas le courage de partager un peu son pouvoir.

 

La lutte contre le chômage étant un échec collectif, quelle est la part des syndicats dans cet échec?

 

Nous pouvons sans doute faire plus pour l’accès à l’emploi de ceux qui en sont exclus, en particulier les jeunes. Par exemple, sur l’apprentissage, nous pouvons davantage revendiquer des embauches dans les entreprises. Mais la CFDT ne peut pas être accusée d’avoir entretenu la frontière entre insiders et outsiders, au contraire.

 

Vous êtes très critique sur le pacte de responsabilité. Regrettez-vous de l’avoir soutenu ?

 

Le Pacte  devait servir l’investissement économique et social mais il souffre d’un problème de loyauté dans son application. Certaines branches patronales ont fait preuve d’un cynisme total. Nous avons demandé qu’en cas de non-respect du pacte, les aides versées soient revues. Cela n’a pas été fait. C’est pourtant indispensable. Le gouvernement a encore la possibilité de dire qui a joué le jeu , qui a investi, qui a embauché des apprentis et d’en tirer les conséquences sur le prochain versement des aides en 2017.

 

La ministre du Travail veut faire valider les accords signés par des syndicats représentant entre 30% et 50 % par un référendum auprès des salariés. Qu’en pensez-vous ?

 

La CFDT revendique l’accord majoritaire. Ce n’est donc pas notre idée mais nous sommes favorables à la consultation des salariés. Derrière cette idée, il y a la prise en compte d’une évolution fondamentale de la société. Nous vivons une crise de la représentativité et une crise de la démocratie qui impose de changer nos modes de pensée. Qui peut avoir peur de consulter les salariés ? Pas nous. C’est même une démarche utile pour relégitimer Les organisations syndicales. Nous devons prendre des risques. Lorsqu’un accord est validé par des syndicats représentant 30 % des salariés, je ne suis pas hostile à ce que l’on consulte les salariés au contraire. Mais la proposition de Myriam El Khomri n’est acceptable qu’à la condition que la consultation ne soit pas une mesure au service des patrons. Il faut qu’elle ne puisse intervenir qu’à l’issue de la négociation et à la seule initiative des syndicats signataires.

 

L’échec de certaines négociations sur le travail du dimanche, comme dans les grands magasins et à la Fnac, ne montre-t-il pas les limites du seul dialogue social ?

 

Les négociations vont se faire magasin par magasin. A la Fnac, nous avons signé l’accord mais les syndicats majoritaires ont fait valoir leur droit d’opposition. Je vous donne rendez-vous aux prochaines élections professionnelles. Nous verrons ce qu’en ont pensé les salariés...

 

La négociation sur l’avenir de l’assurance-chômage va bientôt s’ouvrir. Le déficit du régime impose-t-il des économies ?

 

On peut aussi rentrer dans la discussion en s’interrogeant sur les ressources supplémentaires à dégager. Nous réfutons une approche qui serait purement économique ou punitive. La France n’arrive pas à résorber le chômage et il faudrait le faire payer aux chômeurs ? Notre priorité est de conforter l’indemnisation et la simplification des règles engagée depuis 2009 et de renforcer l’accompagnement et la formation des chômeurs. Il faut aussi s’interroger sur le comportement des employeurs. Je pense en particulier à l’utilisation des contrats courts. Dans le dernier accord Unédic, nous avons mis un tout petit pied dans la porte, en taxant plus ces contrats. Il faut aller bien plus loin. Peut-être faudrait-il par exemple inciter les entreprises à garder plus longtemps les salariés en instaurant une cotisation dégressive selon la durée dans l’emploi.

 

La dégressivité des allocations chômage est-elle envisageable à certaines conditions ?

 

C’est totalement exclu, c’est économiquement inutile et socialement injuste. Il y a un côté quasi-obsessionnel du gouvernement sur le sujet. En revanche, un sujet comme la refonte de la filière des seniors n’est pas tabou.

 

La dégressivité avait été mise en place en 1992 par le patronat et la CFDT. Vous le regrettez ?

 

La CFDT a testé plein de choses sur l’assurance-chômage car elle a en permanence assumé sa part de responsabilité. C’est aussi elle qui a signé les annexes 8 et 10 sur les intermittents que d’autres aujourd’hui défendent sans les avoir paraphées. Un échec des négociations serait un très mauvais signal. Chacun doit assumer sa part de risque pour s’attaquer au chômage. Parmi les sujets, nous devons traiter avec l’Etat les problèmes de rupture entre la fin des droits Unedic et le début de ceux dans le cadre de la solidarité nationale.

 

A gauche comme à droite, l’idée de réécrire le code du Travail a fait son chemin. Qu’en pensez-vous ? 

 

Je suis en désaccord avec l’idée que le code du Travail serait responsable du chômage et que le modifier serait la solution. Mais je suis d’accord pour le faire évoluer, si on détermine les lieux où créer de la norme afin d’allier protection et souplesse. Il faut laisser plus d’espace à la négociation collective et reconnaître le fait syndical et l’accord majoritaire dans l’entreprise. Nous ne sommes pas de ceux qui rêvent d’un code du Travail à la Suisse faisant la part belle au gré à gré. Il faut un système articulant un ordre social national et négociations de branche et d’entreprise.

 

Qu’attendez-vous du rendez-vous salarial qui s’ouvrira cet hiver dans la fonction publique?

 

 Le gouvernement ferait une profonde erreur en ne dégelant pas le point d’indice. La CFDT se mobiliserait alors. Le dégel est une mesure de justice et une question de reconnaissance pour les fonctionnaires. Se contenter de donner 0,1 ou 0,2 % en plus serait clairement une provocation.

 

Que pensez-vous de la condamnation de salariés de Goodyear à 9 mois de prison ferme pour avoir séquestré leurs patrons ?

 

Elle est inacceptable. Tout le monde sait que nous ne partageons pas la stratégie qui a été menée par la CGT à Goodyear. Que ce soit là ou à Air France, ma parole n’a jamais tremblé pour condamner ces violences. Mais une peine de prison ferme est complètement inappropriée et je n’ai aucun état d’âme à le dire.

 

Vous sentez-vous impliqué dans la lutte contre la radicalisation religieuse ?

 

Il faut distinguer deux choses. Il y a le fait religieux, qui peut trouver une réponse dans la loi et le dialogue. C’est le sens du guide que nous avons édité pour nos militants. Et il y a la radicalisation et le prosélitisme. Le refus de serrer la main d’une femme, par exemple, est un comportement discriminant qui doit être sanctionné. Je me déplace toutes les semaines dans des entreprises et on ne peut pas dire que ce soit très répandu. Plus nous serons nombreux à mener le débat sur la laïcité sur des bases constructives, plus ce type de comportement reculera. Plus généralement, je suis préoccupé par le climat qui règne en France. Il manque un cap  et un projet positif pour « faire société ».

 

Une ancienne de la CFDT vient de rejoindre le cabinet de Myriam El Khomri. Votre syndicat a une relation privilégiée avec le gouvernement…

 

Nous ne plaçons personne. Anousheh  Kharvar a passé un concours difficile pour rejoindre l’Inspection générale des affaires sociales. Elle n’a rien demandé à la CFDT quand elle a quitté ses responsabilités. Personne ne peut prétendre avoir le droit de placer telle ou telle personne. Le gouvernement est allé chercher une compétence. Ça ne me réjouit ni ne me nuit fondamentalement.

 

Les taxis et VTC sont en plein conflit. Qui a raison ?

 

Le nouveau modèle d’économie numérique crée des emplois, et des emplois occupé par une population que le marché du travail a pour certains laissé de côté. La question n’est pas qu’il soit plus vertueux que l’ancien, la question est de réguler et d’organiser la transition pour ne pas sacrifier ceux qui, comme les taxis, voient émerger une nouvelle forme de concurrence. Je ne serai jamais de ceux qui disent qu’il faut défendre mordicus le monde d’hier car rien ne doit bouger. Mais j’ai le souci de préserver l’équilibre économique et social. Ce conflit est typique d’un défaut d’anticipation. Tout le monde l’avait vu venir mais on a laissé pourrir la situation.

 

Faut-il imposer des heures de bénévolat aux bénéficiaires du RSA ?

 

Imposer, non. Que ceux qui souhaitent faire du bénévolat puissent le faire, c’est bien. Mais être solidaire, ce n’est pas imposer sept heures de travail gratuit par semaine, dont il faudrait me dire de surcroît où les trouver ! Cette idée lancée par Laurent Wauquiez est une stigmatisation des exclus du monde du travail à laquelle je ne peux adhérer.

Propos recueillis par Leïla de Comarmond, Derek Perrotte et Nicolas Barré

 

L’enseignement supérieur et la recherche : un sujet de société !

Le 5 février, le SGEN et la Confédération ont organisé deux journées de réflexions et de débats autour du thème : « l’Enseignement supérieur et la recherche : un enjeu de société, un enjeu pour la CFDT ».

En effet, l’ESR a des implications qui vont bien au-delà de son champ  professionnel : sur la jeunesse, l’économie, l’action publique, le développement des territoires,  sur la connaissance et la citoyenneté…C’est d’autant plus vrai dans un contexte de mutations technologiques, scientifiques et environnementales, qui nous confronte à nouveau à un défi séculaire : mettre le progrès technique au service du progrès social et du bien-être humain.

L’ESR a donc une place déterminante dans le projet que porte la CFDT, d’une société de la qualité pour tous : qualité des biens et services ; qualité des emplois ; qualité de vie. La condition de cette qualité, c’est la montée en gamme de l’économie et la montée en qualification de tous les salariés. La démocratisation de l’enseignement supérieur et la réussite étudiante, l’investissement dans la recherche et l’innovation sont donc des objectifs majeurs pour la CFDT. La recherche fondamentale également : parce que la valeur des activités humaines ne se mesure pas à l’aune de leurs retombées économiques immédiates, il est important de développer tout ce qui participe à la compréhension du monde, à la curiosité et à l’émancipation des individus…Les sciences, de la nature, humaines, sociales, y contribuent évidemment.

Pour toutes ces raisons, l’ESR ne peut pas s’accommoder d’une vision de court terme, ni de politiques publiques cloisonnées. La CFDT appelle au contraire à une stratégie globale et partagée pour l’ESR, qui se déploie sur le temps long.

C’est d’abord à la puissance publique d’assumer son rôle  d’impulsion, de soutien et de financement. A plusieurs reprises, la CFDT a alerté sur l’insuffisance du budget de l’ESR, qui n’est pas à la hauteur des enjeux dans un contexte de hausse des effectifs étudiants, et qui entraine une dégradation des conditions de travail des étudiants et de tous les personnels.

Ensuite, l’ESR implique de travailler ensemble : entre établissements d’enseignement supérieur public et privé, organismes de recherche, entreprises, financeurs, Etat, hôpitaux, collectivités…. Ces écosystèmes d’innovation permettent de développer des activités et des emplois de qualité sur les territoires.

Dans l’entreprise, le dialogue social a un rôle à jouer pour peser sur les orientations stratégiques et le partage de la valeur ajoutée en faveur de la recherche et de l’innovation, mais aussi, j’ai eu l’occasion de le rappeler, pour contrôler le bon usage des aides publiques (notamment du crédit d’impôt recherche).

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !