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“Nous voulons pouvoir vérifier à quoi sont utilisés les allègements de charges”

Interrogé par LesEchos.fr, j'ai précisé les engagements que nous attendons du patronat dans le cadre du pacte de responsabilité.

Pacte de responsabilité : le patronat doit s'engager !

Dans cette tribune publiée le 14 février 2014 dans Les Echos, nous demandons avec Luc Bérille (Unsa) et Philippe Louis (CFTC) que le patronnat s'engage concrètement en faveur du pacte de responsabilité.

Le chômage frappe plus de 3 millions de personnes, la précarité et la pauvreté s'aggravent et la reprise économique pour 2014 s'annonce insuffisante pour y remédier. Notre pays doit impérativement réagir. Notre cohésion sociale est gravement menacée par une crise qui dure et nous fait douter de nos valeurs les plus fondamentales.

Dans ce contexte, la CFDT, la CFTC et l'Unsa se sont engagées pleinement pour l'emploi à travers les trois accords interprofessionnels conclus en 2013. Depuis le déclenchement de la crise, nous appelons tous les acteurs économiques, politiques et sociaux à un pacte social. Aussi, nous voulons voir dans la proposition du président de la République d'un pacte de responsabilité la volonté d'amplifier la mobilisation en faveur de l'emploi.

Ce pacte doit servir la transformation de notre système productif et enclencher une dynamique de croissance orientée vers la qualité, l'innovation, la transition énergétique et la performance technologique. Pour cela, nos entreprises doivent retrouver des marges de manoeuvre et investir dans la qualité des produits et dans les femmes et les hommes qui les produisent. C'est cette compétitivité-là qui fera gagner le pays et créera des emplois sur le long terme.

Le pacte de responsabilité n'est ni un « deal » ni une négociation, c'est un cadre pour des engagements réciproques concrets et mesurables pour l'emploi. Pour nos trois organisations, la priorité absolue du pacte doit être l'emploi, la montée en qualification et en compétence des salariés, l'amélioration de la qualité de vie au travail. Le patronat doit cesser ses tergiversations et prendre rapidement des engagements précis sur ces priorités.

Nous proposons une méthode pour garantir l'efficacité du pacte.

  - La définition d'une trajectoire de montée en charge des allégements, articulée à l'évaluation des résultats. Un rôle que pourrait tenir un observatoire du pacte. Le maintien, la poursuite ou l'ajustement des aides aux entreprises devront se faire au regard de l'effectivité des engagements pris.

  - Le renforcement du dialogue social, tant au niveau interprofessionnel que des branches professionnelles, des entreprises et des territoires, comme levier principal de la réussite.

La compétitivité des entreprises, qui assure leur pérennité et l'emploi, n'appartient pas au seul patronat, elle est aussi l'affaire des salariés. De même, les dépenses publiques, qui concourent à l'investissement et à la performance de l'économie, et assurent la cohésion sociale et la solidarité au sein de la société, sont l'affaire de tous.

Aussi, nous posons trois impératifs à la réduction des dépenses publiques : le maintien du pouvoir d'achat des salariés du privé comme du public, la garantie d'un haut niveau de protection sociale, donc d'un haut niveau de mutualisation des dépenses, le maintien d'une action publique et de services publics de qualité en repartant du débat sur les missions et en associant les agents.

Plus d'un mois s'est écoulé depuis l'intervention du président de la République appelant à un pacte de responsabilité. Nos organisations syndicales sont prêtes à assumer les leurs. Elles exigent des engagements à la hauteur des enjeux.

Luc Bérille, secrétaire général de l'Unsa,  Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT,  Philippe Louis, président de la CFTC

“Sans engagement du patronat, pas de pacte”

Dans cette interview parue dans Le Monde du 4 février 2014, j'aborde notamment les questions liées au pacte de responsabilité, les relations intersyndicales, ou encore les dépenses publiques.

François Hollande a perdu son pari d'inverser la courbe du chômage fin 2013. Est-ce un échec de sa politique économique ?

Le pari est perdu mais ce n'est pas pour M. Hollande que c'est le pire. Les grands perdants sont les chômeurs, dont le nombre augmente chaque mois. L'accompagnement des chômeurs est utile – des choses ont été faites même s'il faut faire plus – mais s'il n'y a pas une politique économique plus dynamique, alors que la croissance est faible, notre pays restera aux taquets. Il faut faire un pas en avant et redonner de l'espace à la création d'emplois.

Le pacte de responsabilité est dénoncé par la CGT et FO. Thierry Lepaon juge que Pierre Gattaz est premier ministre et que le président doit « sortir de sous les jupons de Merkel ». Jean-Claude Mailly fustige une « fuite en avant libérale ». M. Hollande a-t-il pris un tournant ?

Je ne sais pas si c'est un tournant. Mais sur le pacte de responsabilité, la CFDT dit « chiche » ! Aider les entreprises, ce n'est pas faire des cadeaux au patronat. Dans l'entreprise, l'enjeu c'est l'emploi de tous les salariés. Nous ne sommes pas en désaccord sur le transfert des cotisations familiales mais les aides aux entreprises supposent en échange des engagements de leur part. J'ai beaucoup de doutes sur la volonté d'engagement du patronat.

Ce n'est pas un tournant libéral ou une soumission à Mme Merkel ou à M. Gattaz ?

Non. Cette vision de soumission par rapport à M. Gattaz ou à l'Allemagne me paraît complètement erronée, compte tenu de la situation économique et sociale de la France. La question est de savoir comment sortir la France du marasme économique et du chômage de masse. Chacun se renvoie la balle. Pour que le pacte marche, il faut assumer une vision social-démocrate qui se caractérise par la capacité d'engagement de chacun et par le dialogue social.

N'avez-vous pas pris vos distances en refusant tout « deal » ou tout « donnant-donnant » ? Vous craignez un marché de dupes ?

Je n'ai pas pris mes distances. Je suis le seul à être prêt à assumer un certain nombre d'engagements. On accepte même – et pour un syndicaliste ce n'est pas neutre – que les charges qui pèsent sur l'entreprise soient revues à condition que cela serve l'investissement et l'emploi. Le pacte place chacun devant ses responsabilités. Mais il y a deux acteurs importants. Le premier, c'est le patronat : est-il capable de s'engager sur l'emploi ? Le Medef est rétif alors que c'est lui qui a proposé 100 milliards de charges en moins et un million d'emplois en plus !

Raisonner sur le plan macroéconomique, c'est une erreur. Ce sont des engagements qu'il faut prendre dans les branches professionnelles. Le patronat est-il capable de s'engager dans les branches sur l'emploi – avec un objectif de maintien ou de création d'emplois –, sur l'apprentissage, sur les classifications ? Est-il prêt à développer un dialogue social beaucoup plus fort dans les entreprises ? Le deuxième acteur, le gouvernement, doit être exigeant à l'égard des entreprises.

Si le patronat refuse la logique des contreparties, en dehors d'hypothétiques créations d'emplois qui ne dépendent pas de lui, est-ce jouable ?

Si le patronat ne s'engage pas dans un dialogue social dans les branches, voire les territoires, qui fixe des engagements pour l'emploi, il n'y aura pas de pacte qui vaille pour la CFDT ! Je dirais alors qu'on ne peut pas alléger les charges des entreprises car leurs représentants sont incapables de s'engager. Nous vivons un moment charnière. Le patronat doit en prendre conscience.

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !