archive :  2018/Janvier

Grève dans les EHPAD : un mouvement au service des soignants et des personnes âgées.

Ce mardi 30 janvier, la CFDT, avec plusieurs autres organisations syndicales et  l’Association des Directeurs au service des Personnes Agées, appelle à la grève dans les EHPAD (Etablissement Hospitalier pour Personnes Agées Dépendantes). Je me rendrai également au rassemblement à Paris devant le ministère de la santé pour interpeller Mme Buzyn.

La CFDT ne lance jamais une grève « à la légère ». Si nous nous sommes engagés dans ce mouvement, c’est pour alarmer sur la situation dramatique dans laquelle se trouve ces établissements et les personnels qui y travaillent.

Ce qui frappe lorsqu’on rencontre des salariés des EHPAD, c’est à la fois le sentiment de fierté de faire un métier au service des autres… mais aussi l’épuisement. L’épuisement face à l’impression de ne pas pouvoir bien faire son travail, de courir partout, tout le temps, sans jamais que cela ne suffise à s’occuper de nos ainés comme il le faudrait.

Faute de temps on pare au plus pressé. On donne à manger plutôt que d’aider à prendre son repas, on débarbouille à toute vitesse plutôt que d’aider à faire la toilette, parfois même on met des couches pour ne pas avoir à accompagner aux toilettes. Ces situations ne sont pas des cas isolés ou exceptionnels. Ce sont les mêmes histoires répétées cent fois, les mêmes souffrances.

J’alerte depuis longtemps sur la situation intenable dans laquelle se trouve les agents : les besoins augmentent sans que les moyens et l’organisation du travail ne suivent.  Le manque criant de dialogue social empêche trop souvent de faire remonter efficacement les préoccupations ou les idées des infirmières, infirmiers et aides-soignants, et autre professionnels, pour mieux s’organiser. Là comme ailleurs, l’écoute est souvent le premier moyen de faire avancer les choses.

Les Ehpad, leurs personnels sont donc au bord de la rupture. Il est temps de réagir rapidement et pour cela l’intersyndicale a émis une liste de propositions très concrètes :

  • Mettre fin à l’application de la réforme de la tarification et aux décrets de décembre 2016 visant à réduire les budgets de nombreux établissements avec des conséquences en termes de réductions d’effectifs ;
  • Maintenir et pérenniser tous les postes, notamment ceux occupés jusque-là par les contrats aidés car ils répondent à de réels besoins ; ouvrir aux salariés concernés les formations qualifiantes correspondant aux fonctions effectuées ;
  • Mettre en place dans les meilleurs délais les ratios de personnels préconisés dans le cadre du Plan Solidarité Grand Age 2007-2012 (1 pour 1) ;
  • Réorganiser le financement de l’aide à domicile pour que la pérennisation du secteur ne se fasse plus au détriment des conditions de travail des salariés ;
  • Renforcer la formation et la promotion professionnelle en établissement et à domicile car la qualité de vie et le respect des personnes âgées fragilisées ne peut passer que par la qualité des conditions de travail et le respect des salariés ;
  • Mettre en place un financement pérenne et solidaire de l’aide à l’autonomie prenant en compte les besoins humains ;
  • Valoriser l’exercice professionnel auprès des personnes âgées ;
  • Engager une large réflexion sur le regard que porte notre société sur le vieillissement, les personnes âgées et les salariés à leur service.

En réaction à ce mouvement qui prend de l’ampleur, le gouvernement a annoncé la semaine dernière avoir débloqué 50 millions d’euros supplémentaires, confiés au Agences Régionales de Santé (ARS) afin de leur permettre de parer au cas par cas aux difficultés rencontrés. C’est un premier pas, mais largement insuffisant au regard de l’urgence et de la gravité de la situation.

De mes nombreuses visites dans les EHPAD et à l’hôpital, je reste marqué par l’attitude des soignants. Pourtant confrontés à des conditions de travail que peu de secteurs toléreraient, ils s’investissent d’autant plus avec une priorité : garantir le meilleur accueil possible aux personnes âgées. Il est plus que temps de leur rendre un peu de ce dévouement en leur garantissant des conditions de travail plus soutenables. Cela profitera à tout le monde, et d’abord à nos aînés. 

Ci-dessous mon passage dans la matinale de France Inter ce mardi 30 janvier à ce sujet. 

Matinale de France Info le 29/01/2018

Retrouvez le replay de mon intervention dans la matinale de France Info ce lundi 29 janvier 2018. L'occasion de faire le tour de l'actualité sociale du moment et notamment des licenciements annoncés chez Carrefour. 

 

Matinale de RTL le 26/01/2018

J'étais l'invité d'Elizabeth Martichoux dans la matinale de RTL ce vendredi 26 janvier. L'occasion d'aborder, entre autres, le mouvement des agents pénitentiaires, des suppressions d'emplois chez Carrefour ou encore la situation dans les EPHAD et les hôpitaux.

 

Débat aux Assises de la citoyenneté : Le modèle économique et social français est-il enviable ?

J'ai participé vendredi dernier aux Assises nationales de la citoyenneté, organisées par Ouest France et France Inter à Rennes. Le débat "Le modèle économique et social français est-il enviable ?", dans lequel j'intervenais, a été diffusé sur France Inter dans le cadre de l'émission "On n'arrête pas l'éco."

[LETTRE OUVERTE] “M. Macron, votre politique contredit l'humanisme que vous prônez !”

Cette lettre ouverte a été publié initialement dans le journale Le Monde daté du 17 janvier 2018. 

Monsieur le Président de la République, de votre projet, nous avions retenu que nous aurions une politique de l’asile stricte, mais exemplaire : que sous votre autorité la France veillerait à ce que le droit d’asile ne soit pas détourné de son objet, et que, dans le même temps, elle accorderait sa protection à celles et ceux qui sont légitimes à la demander.

Les Français pour qui la protection des persécutés ne fait qu’un avec la vocation historique de notre pays pensaient trouver là un motif de fierté. Ils accueillirent donc avec joie votre profession de foi « universaliste » à Orléans le 27 juillet 2017. Ils saluèrent votre promesse d’une France où plus personne ne dormirait « dans la rue, dans les bois » et où l’on ne chercherait plus à dissuader quiconque d’exercer son droit à la protection. Comme ils avaient salué, quelques mois plus tôt, votre coup de chapeau à l’Allemagne de Madame Merkel qui, disiez-vous alors, avait sauvé la « dignité collective » de l’Europe en accueillant plus d’un million de réfugiés. Enfin, ils approuvèrent votre souci de raccourcir les délais de procédure des demandes d’asile. Bref, à leurs yeux comme aux nôtres, et dans une assez grande diversité de sensibilités, votre présidence se plaçait sous les auspices d’un humanisme responsable et assumé.

« Mépris du principe d’accueil inconditionnel »

Nous nous sommes hélas réveillés dans un pays où l’on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais. Où l’on lacère leurs toiles de tente à Paris. Où l’on peut se perdre, pieds et mains gelés, sur les pentes enneigées de la frontière franco-italienne. Où des circulaires cherchent à organiser le recensement administratif dans les centres d’hébergement d’urgence, au risque de décrédibiliser le travail des associations et au mépris du principe d’accueil inconditionnel qui devrait seul régir ces sanctuaires. Où des projets de loi permettront bientôt de priver de liberté pendant 90 jours des femmes et des hommes dont beaucoup n’ont fait l’objet d’aucune mesure d’éloignement du territoire. C’est ainsi que des Erythréens, des Soudanais ou des Syriens, humiliés dans leur pays, torturés en Libye, exploités par des passeurs criminels, terrorisés en Méditerranée et entrés en Europe par la Grèce ou l’Italie, pourraient bientôt être privés de liberté en France.

Que se passe-t-il donc ? Tout porte à croire que les artisans de ces initiatives suivent un raisonnement d’une glaçante simplicité : puisque vous leur avez fait obligation d’appliquer le droit d’asile à 100 %, ils n’ont de cesse de faire baisser la demande en cherchant à dissuader les candidats de venir sur notre sol, voire en les éloignant avant même qu’ils aient pu tenter de faire valoir leurs droits. Pour cela, les moyens ne manquent pas. Ainsi du désormais fameux « règlement de Dublin » qui dispose qu’à l’exception de certaines situations familiales, c’est le pays d’entrée dans l’Union européenne qui a la responsabilité d’examiner les demandes d’asile. En vertu de ce texte qui était resté longtemps sans véritable application, un réfugié du Darfour entré en Europe par l’Italie sans y avoir demandé l’asile, devrait y être rapidement reconduit.

A ce compte-là, il n’y aurait plus de problème, puisque l’écrasante majorité des demandeurs d’asile ne sont pas entrés en Europe par notre pays. Donc, 100 %, oui, mais de pas grand-chose si possible. Le malheur et la guerre grondent aux portes de notre continent, mais nous laisserions ainsi aux Italiens, aux Grecs et aux Espagnols qui n’en ont bien souvent ni les moyens ni le désir, le soin d’être les gardiens exclusifs de nos proclamations d’hospitalité.

Cette logique et les mesures réglementaires qui l’accompagnent ont leur cohérence. Mais nous ne pouvons nous y retrouver, pour au moins deux raisons. La première est qu’elle a de fortes chances de ne pas atteindre ses fins. Si demain des « équipes mobiles » font irruption dans les centres d’hébergement d’urgence pour y recenser les migrants illégaux et autres « dublinés », ils sèmeront le désordre que vous souhaitiez précisément combattre. Car une bonne partie des intéressés iront alors vivre dans les bois et dans les rues, formant de nouveaux campements de fortune sur la voie publique, indisposant les riverains, révoltant les élus, etc. C’est là un bien mauvais calcul.

Pour « une politique commune de l’asile » en Europe

La seconde est que cette logique est en rupture avec l’humanisme que vous prônez. Pire, elle sème dans les esprits le poison du doute : après les centres d’hébergement d’urgence, les forces de l’ordre visiteront-elles demain les hôpitaux, les dispensaires, les écoles… sans se soucier du secret professionnel et de la déontologie des acteurs de terrain ? Telles sont les questions que se posent aujourd’hui des milliers de travailleurs sociaux et des centaines d’associations dont vous aurez besoin demain, parce qu’ils sont bien souvent le dernier rempart contre le malheur et le dénuement, d’où qu’ils viennent.

Pour être fidèle à la lettre comme à l’esprit de votre projet, il importe donc de mettre un terme à ces doutes et de convaincre chacune et chacun que l’exécutif n’a pas un double langage : celui des tribunes et celui de la nuit, celui des professions de foi et celui des intimidations, celui de la générosité publique et celui du zèle bureaucratique. La recherche de l’équilibre est vertueuse, mais on ne peut pas en même temps vouloir et refuser, promettre et dissuader. On peut appliquer les critères de l’asile avec rigueur et promptitude, et le dire, mais on ne peut porter un réel effort d’accueil en offrant simultanément tous les signes du rejet.

Si l’on veut véritablement protéger les persécutés parce qu’ils y ont droit, où qu’ils se trouvent, il convient de se partager cette mission avec ceux des pays européens qui se reconnaissent dans ces valeurs. Dublin a été conçu pour un monde qui n’existe pas ou qui n’existe plus, celui de demandes beaucoup moins nombreuses et géographiquement beaucoup moins concentrées. Face au grand vent de la crise migratoire, il faut bâtir avec ceux de nos partenaires qui y sont prêts un nouvel accord aux termes duquel un office européen des réfugiés accorderait ou refuserait l’asile, à la seule lumière du droit et en toute indépendance, puis répartirait équitablement les réfugiés entre les différents pays participants. Cette politique commune de l’asile, vous en aviez puissamment dessiné les contours durant la campagne, notamment dans votre discours de Berlin en janvier 2017.

Et en attendant qu’un tel cadre soit mis sur pied, il faut s’efforcer d’« être à la hauteur de nos idéaux », pour reprendre vos propres mots. Toute autre voie viendrait ajouter sa pierre au mur d’indifférence morale qui grandit un peu partout sur notre continent.

Laurent Berger (secrétaire général de la CFDT), 
Thierry Pech 
(directeur général de Terra Nova), 
Jean Pisani-Ferry 
(professeur à Sciences Po), 
Jean-François Rial 
(PDG du groupe Voyageurs du monde) 
Lionel Zinsou 
(président de Terra Nova)

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !