Hommage à François Chérèque

Je souhaite à toutes et tous une très heureuse année 2017, même si pour les militants et les adhérents de la CFDT, cette année commence dans la tristesse. Voici le discours d’hommage à mon ami François Chérèque que j’ai prononcé lors de ses obsèques.

C’est avec une grande émotion et une immense peine que nous rendons hommage à François Chérèque.

A votre présence nombreuse aujourd’hui se mêlent les innombrables témoignages venus de tous les horizons, de toute la France y compris d’Outre mer, d’Europe et de tous les continents. 

Son départ trop tôt, trop injuste, nous rend tous infiniment tristes. François avait encore tant à dire, à nous dire, tant à faire et à vivre.

Jusqu’au bout, sa passion de la vie l’a porté, son combat contre la maladie il l’a mené avec ténacité comme tous ses combats.

Toutes celles et tous ceux qui ont croisé son chemin, agi à ses côtés, éprouvé la force de ses convictions, partagé ses engagements, savent qu’ils perdent un ami cher, un type bien, un grand bonhomme.

La justice sociale a été le fil rouge de sa vie d’homme et de militant. Sa lutte indéfectible contre les inégalités, sous toutes leurs formes, n’a cessé d’animer l’impressionnante détermination qu’il mettait dans ses combats, qu’ils soient syndicaux ou associatifs au service des salariés, des jeunes, des pauvres, avec toujours l’intérêt général en ligne de mire.

Pour François Chérèque, réformer ne consistait pas à s’adapter à l’injustice du monde, mais à se donner les moyens de la faire reculer.

- Syndicaliste combatif dès son entrée dans le travail comme éducateur spécialisé auprès d’enfants autistes, il fut un promoteur décisif du renouveau du syndicalisme  tant dans ses responsabilités à l’UD des Alpes de Hautes Provence qu’à la tête de la fédération de la Santé.

- Visionnaire exigeant, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT durant dix années, a été l’artisan acharné d’un syndicalisme utile aux salariés, utile à la société, un syndicalisme résolument ancré dans le réel, ouvert aux autres, et proche des salariés.

- Réformiste impatient, il a imprimé sa vision d’un syndicalisme moderne capable de porter une analyse sans tabou sur la réalité, capable de propositions audacieuses pour préparer l’avenir et s’engager pour les faire vivre, un syndicalisme capable aussi de s’interroger sur lui-même avec lucidité et courage.

- Démocrate résolument optimiste, François s’est battu pour que les salariés aient voix au chapitre, pour qu’ils puissent participer aux choix qui les concernent. Il portait l’ambition fondatrice de la CFDT, celle d’un projet syndical au service de l'émancipation individuelle et collective, porteur d'une société plus juste et plus solidaire.

- Fin stratège et redoutable négociateur, il détestait la tactique et les postures. Il aimait la confrontation des idées dans le respect et la loyauté et avec une absolue intégrité. Les désaccords pouvaient être forts mais ne conduisaient jamais à la rupture. C’est par la voie du dialogue social, un dialogue franc et constructif qu’il allait chercher et parfois arracher les résultats et les avancées pour les salariés.

- Homme libre et déterminé, François a enraciné l’autonomie de la CFDT, une autonomie douloureusement acquise et farouchement défendue quels qu’aient été les sujets et quels qu’aient été ses interlocuteurs du moment.

Ses combats pour les valeurs de justice, d’égalité et de solidarité, il les a menés dans l’exigence de la vérité, avec énergie et courage sans jamais reculer, sans jamais faiblir, sans jamais renoncer. Avec un seul but : construire du progrès, du progrès pour tous.

Beaucoup se souviennent de l’épisode tumultueux des retraites de 2003. Depuis cette date, plus d’un million de travailleurs aux carrières longues ont pu bénéficier d’un départ à la retraite avant l’âge légal.  Une grande mesure de justice sociale qu’ils doivent à la ténacité et au courage de François Chérèque et de lui seul.

Pour lui l’adversité n’était pas un frein, elle était un moteur. « Le courage ça se prépare » aimait-il rappeler. Le sien venait de loin.

Il venait de la puissance de ses convictions et de sa profonde humanité.

- Une humanité forgée auprès des siens et dans son métier d’éducateur.

- Une humanité qu’il s’est attaché à faire vivre au quotidien auprès de ses proches, de ses amis, des militants, des adhérents et partout où l’ont mené ses pas.

- Une humanité qu’il a su mettre au cœur du plan de lutte contre la pauvreté et dans son action pour les jeunes à la présidence de l’Agence du Service civique.

Le deuxième ligne de rugby, dont la carrure forçait le respect était un homme sensible, éminemment chaleureux et simple, d’une grande pudeur et d’une belle humilité.

Sa famille, Marinette sa compagne, Mathieu et Benoît ses fils, Marine et Juste  leurs compagnes, Léna sa petite fille, Jacques et Elisabeth ses parents, Philippe, Marc, Pierre et Paul ses frères étaient pour lui un bien précieux qu’il protégeait farouchement de ses engagements passionnés. 

Attentif à tous, bienveillant pour chacun, François aimait profondément les gens.

Il aimait aller à la rencontre et à l’écoute des personnes. Une vraie et grande affection le liait aux militants de la CFDT.

Il nous a légué sa force et son courage, nous en sommes fiers.

Dans l’espoir inébranlable de changer les choses, de redonner forme à la société, il savait insuffler son imperturbable sens du collectif et son éthique de la responsabilité.

Puissent-ils être pour tous, un enseignement pour affronter les défis qui nous attendent.

Rêvons que cela irrigue notre démocratie si malmenée.  Ce serait le plus bel hommage rendu à l’homme remarquable qu’il fut tout au long de sa vie.

Décidément François, toi qui n’a jamais aimé les lundis matin et encore moins quand tes équipes préférées avaient perdu le match du week-end, ce premier lundi de l’année tu nous l’auras fait détesté.

François mon ami, je veux ici te dire mon immense gratitude.

Te dire merci au nom de tous les militants et de tous les adhérents de la CFDT et t’assurer enfin, que dans chacune de nos actions, tu seras dans nos cœurs et nos pensées.

Merci François.

 

Intervention devant les étudiants de l'ESSEC

Lundi 19 septembre, j'ai eu le plaisir d'être invité par l'ESSEC à intervenir devant leurs étudiants de première année sur le thème "La France face au changement - quel rôle pour le syndicalisme ?" Voici ce que je leur ai dit.

Bonjour à tous,

Je suis heureux de cette chance qui m’est donnée d’échanger avec vous. Je ne vous cache pas que l’exercice ne m’est pas habituel. Je rencontre régulièrement des salariés, des agents du service public, des militants, de tous les âges. Mais je n’ai pas souvent l’occasion de me retrouver devant 350 étudiants d’une école de commerce...

Je suis sûr pourtant qu’on gagnerait à développer la connaissance et les liens entre le monde étudiant et le monde syndical. Aujourd’hui, c’est une première rencontre, et j’espère qu’il y en aura d’autres… 

Je vais commencer par me présenter et présenter la CFDT, pour compléter les mots d’introduction d’Aurélien Colson.

Je m’appelle Laurent Berger, j’ai 47 ans, je suis père de trois enfants. Mon métier d’origine c’est conseiller en insertion professionnelle. Je suis secrétaire général de la CFDT depuis 2012.  

La CFDT, c’est une organisation syndicale qui compte 800 000 adhérents, ce qui fait de nous le plus grand syndicat français en nombre d’adhérents. Pour la petite histoire, nous avons plus d’adhérents que la totalité des partis politiques réunis…Quand on dit que le taux de syndicalisation est faible en France, c’est vrai, mais cela doit être mise en perspective.

Nos adhérents (et adhérentes) sont ouvriers, cadres, employés…Ils viennent de tous les territoires et de tous les secteurs d’activité, du public (pour 33%) et du privé (66%). On défend des hommes et des femmes qui n’ont pas les mêmes métiers, pas les mêmes diplômes, ni les mêmes conditions de travail : concrètement cela signifie qu’on ne peut pas jouer les intérêts d’une catégorie de salariés au détriment des autres. On doit construire des intérêts collectifs.

Pour nous, le syndicalisme doit aussi contribuer à l’intérêt général – au-delà de nos adhérents, c’est l’ensemble des travailleurs, des demandeurs d’emplois, des jeunes, et plus largement des citoyens, que nous prenons en compte dans nos revendications.

Mon but n’est pas de vous faire un cours magistral sur le syndicalisme donc je finirai sur ce point : en France, vous le savez peut-être, c’est le résultat aux élections professionnelles qui détermine la représentativité d’une organisation syndicale. Jusqu’à présent la CFDT est deuxième, derrière la CGT.

La prochaine mesure de la représentativité aura lieu l’année prochaine.... Et la CFDT a de bonnes chances de devenir premier syndicat français.

Ce qui se joue en 2017, ce n’est donc pas seulement le choix d’un président pour les cinq ans à venir ; c’est aussi le visage du paysage syndical français. Les salariés auront à faire un choix entre deux types de syndicalismes : celui qu’incarne la CGT, et celui qu’incarne la CFDT.

Cette opposition n’est pas, contrairement à ce qu’on entend dire, celle de « la révolution ou la réforme », ni celle de « la radicalité ou la modération »;

En fait, ce qui distingue ces deux conceptions du syndicalisme, c’est un rapport différent à l’Etat, à l’Europe, à l’entreprise, au rôle de la société civile - j’y reviendrais ;

Plus largement c’est une analyse différente du monde dans lequel nous vivons –  donc une façon différente d’envisager l’action syndicale 

***

« La France face au changement », c’est le titre de cette conférence. Mais j’ai surtout envie de vous dire pourquoi je pense qu’il faut changer le monde, et quel est le rôle du syndicalisme dans tout cela.

Quand on regarde le monde, ce qu’on voit ne nous satisfait pas. Il y a encore trop d’inégalités, de barrières, trop d’injustices. La pauvreté s’évalue peut être en fonction de seuils et de pourcentages du niveau de vie médian : mais ce sont surtout des gens réellement piégés dans la grande lessiveuse de la précarité, qui enchainent les contrats courts, ou qui restent aux portes de l’entreprise, sans avoir une chance de trouver un emploi durable, sans jamais se sentir une place dans la société.

Clairement, le monde tel qu’il est ne nous satisfait pas, et c’est pour cela qu’il faut le changer. Pas parce que les changements sont inévitables et qu’il s’agirait de les accompagner, de les rendre moins douloureux, bref de « sauver les meubles ».

Non, il faut changer le monde parce que c’est le plus beau projet qu’on puisse se donner collectivement ; le changer pour le rendre infiniment meilleur. Ce n’est pas une question d’ « adversaires à combattre ». C’est une question d’obstacles à lever, de nouvelles fondations à construire. Et d’opportunité à saisir, aussi.

Il y a des opportunités immenses, et des gens qui n’ont pas attendu pour s’en emparer. En France on entend beaucoup la petite musique du « tout est foutu », mais je vois aussi un peu partout des initiatives et des projets incroyables, qui pourraient finir pas faire système… si on le veut vraiment, et qu’on s’en donne les moyens.  

La transition écologique, la révolution numérique : ce sont des leviers pour créer des emplois, de nouvelles activités, pour gagner en qualité de vie ; pour permettre une montée en gamme de notre appareil productif et une montée en compétences de l’ensemble de la population.

Bien sûr je n’ignore pas non plus les menaces que ces changements représentent, la peur d’une destruction massive d’emplois ou d’un creusement des inégalités entre travailleurs qualifiés et non qualifiés.  Les transitions sont incertaines par nature, on ne sait pas où elles nous mènent, et c’est forcément insécurisant.

Ce qui est certain, c’est que face à la profondeur et à l’accélération des mutations en cours, le statut quo n’est plus possible. La plupart des compromis sociaux sur lesquels nous vivons sont presque déjà obsolètes.

Notre modèle social par exemple. On le critique à longueur de temps parce qu’il serait trop couteux, pas compatible avec la compétitivité, la mondialisation, l’équilibre budgétaire etc…Quand on nous dit qu’il faut le réformer, c’est presque toujours dans cet unique objectif de réduire les dépenses.

J’observe quand même que ce fameux modèle social nous a protégés du plus fort de la crise de 2008, et on ne peut pas faire comme si ce n’était rien.

Pour autant je suis absolument convaincu qu’il faut le faire évoluer. Mais pas juste pour passer sous les 3% de déficit - même s’il est naturellement nécessaire d’assurer la pérennité financière du système.

S’il faut réformer notre modèle social, c’est d’abord et avant tout parce qu’il y a d’énormes « trous dans la raquette » : des personnes qui ne sont pas, ou qui sont mal protégées.

Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que ce modèle s’est construit autour d’une norme qui n’existe déjà plus : l’emploi salarié, à temps plein et à vie, plutôt masculin – emploi par lequel on avait accès à l’ensemble des protections et des droits sociaux.

Je ne crois pas à la fin du salariat, mais force est de constater qu’avec le numérique notamment, de nouvelles formes d’emploi se développent :  auto-entrepreneur, free lance... Les parcours professionnels sont de plus en plus marqués par la discontinuité, l’alternance entre périodes de chômage et d’activité, les changements et la pluralité des statuts. On peut désormais être simultanément indépendant sur des missions courtes, et salarié à temps partiel.

Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose – à partir du moment où ces situations sont choisies et non subies. Je constate juste qu’il n’existe pas encore de protections pour ces travailleurs-là.

Les besoins changent également. Face à la rapidité des transformations technologiques, il est indispensable de continuer à se former tout au long de la vie, de pouvoir éventuellement se reconvertir, en tout cas de continuer à évoluer professionnellement. Mais ça n’a rien d’évident, car les inégalités sont fortes dans l’accès à la formation.

De plus, les obstacles à la mobilité professionnelle se trouvent souvent dans les conditions de vie en dehors du travail : les difficultés à se déplacer, à trouver un logement, une garde pour ses enfants, etc. Tout cela appelle à des réponses et à des aides personnalisées.

Les besoins changent, les aspirations aussi : on veut pouvoir s’épanouir dans son travail sans sacrifier sa vie personnelle, ce qui relève la plupart du temps du challenge, car on court après le temps.

Avoir la maitrise de son temps, c’est un peu le rêve de tout le monde, c’est en tout cas un désir qui j’entends régulièrement chez les salariés que je rencontre.

On pourrait se résigner à ce que fatalement, le temps manque, soit contraint – c’est un peu la condition humaine…Mais nous en tant que syndicaliste, cela nous interpelle.

Alors on imagine de nouvelles possibilités d’aménagement du temps de travail, non plus à l’échelle d’une semaine, mais à l’échelle d’une vie ; pour mieux articuler et concilier les différents moments de la vie ; par exemple pouvoir décider de « faire une pause » pour développer un projet personnel, s’engager bénévolement, profiter de sa famille…sans attendre la retraite.

L’idée peut sembler utopique mais à la CFDT, nous réfléchissons à la façon dont on pourrait la rendre concrète, sans désorganiser le monde de l’entreprise ni l’harmonie des temps collectifs.

Notre rôle de syndicaliste c’est bien d’imaginer un système social qui réponde aux besoins et aux aspirations des salariés, tout en tenant compte de la réalité du monde et de ses contraintes.

On ne le sait pas toujours, mais les évolutions de la protection sociale, avant d’être entérinées par la loi, sont souvent issues de négociations collectives entre les syndicats.  

Il y a eu en 2013 un important accord qui a créé une nouvelle génération de droits sociaux « personnels », conçus pour prendre en compte les nouvelles réalités d’emploi et de travail que je viens d’évoquer. Ces droits ne sont plus liés au statut professionnel mais attachés à la personne, qui peut les utiliser tout au long de son parcours professionnel, quelque soient ses changements de situation. 

La deuxième étape a eu lieu récemment, avec la création du compte personnel d’activité. Il rassemble l’ensemble des droits personnels existants, mais ce n’est qu’une première étape. A moyen terme, on pourrait imaginer un compte attribué à chaque personne, comprenant une vaste gamme de droits nouveaux, depuis celui de se former jusqu’à celui de prendre un congé, et dont l’utilisation serait libre, tout au long de la vie, avec des conseils et un accompagnement personnalisés.

Il y a du pragmatisme derrière ce projet : on veut apporter de la sécurité à des parcours professionnels plus « heurtés » que par le passé. Le besoin de sécurité n’a d’ailleurs rien d’anachronique: on ne peut pas demander aux gens d’être audacieux, performants, s’ils n’ont aucune assurance dans leur quotidien, ni aucune visibilité sur leur avenir

Mais notre ambition est aussi émancipatrice : il s’agit de rendre de la liberté aux gens, de leur permettre d’être autonomes, capables de faire des choix aussi bien professionnels que personnels, réellement libres de vivre la vie qu’ils souhaitent.

L’émancipation est sans doute le plus joli mot du vocabulaire syndical, il a servi et il sert encore de boussole à des générations de militants. De notre expérience nous tirons une conviction : il n’y a pas d’émancipation et de réalisation individuelles sans organisation collective, sans la force et la solidarité du groupe. On n’est jamais fort tout seuls, ni jamais libre spontanément. Ce nouveau modèle social que nous sommes en train de construire, s’il est d’avantage tourné vers les individus et attentif à leurs choix, n’en repose pas moins sur des principes de solidarité et de mutualisation. Accompagner les individus vers l’autonomie ne signifie pas les abandonner à leur sort, ou renoncer aux devoirs de la société à leur égard.

***

A la CFDT nous avons coutume de dire que nous vivrons ce que nous changerons. S’il nous faut garder une part d’utopie dans les objectifs, on doit être pragmatique dans nos moyens d’action.  C’est en cela que nous sommes réformistes.

Etre réformiste, cela veut dire aussi que le changement, on ne se contente pas de l’attendre de l’Etat ou du monde politique.

Soyons clairs, le politique est légitime, et l’Etat est important. Dans ses fonctions de régulateur, de stratège, par les services publics qu’il fournit, l’Etat est indispensable à la cohésion sociale et au développement économique.

Mais j’ai le sentiment que ce qui nous manque en France, pour vraiment tirer profit de nos atouts, c’est la confiance dans la société civile.

On dit que notre pays a la culture de l’affrontement, et pas celle du dialogue. Je pense que le problème vient de là : de ce manque de confiance en nous même ; du doute dans nos capacités à trouver ensemble des solutions sans tout attendre « d’en haut ». De cette suspicion que nous avons – peut-être pas consciemment - à l’égard des corps intermédiaires, de toutes les formes d’horizontalité et d’auto-organisations.

Il y a encore dans notre imaginaire collectif l’idée que nos problèmes se règleront par l’intervention d’un l’homme providentiel - c’est une idée naïve, mais aussi une idée dangereuse, qui nous assigne à l’impuissance et à l’attente, une idée qui pourrait si on n’y prend pas garde nous rendre vulnérables à des glissements autoritaires.

Ce n’est pas pour autant une fatalité. D’ailleurs il y a de plus en plus d’initiatives citoyennes qui se développent et qui viennent infirmer ce constat : des associations, des collectifs d’habitants, des rassemblements… il y a quand même une vraie vitalité de la société civile qui ne demande qu’à être reconnue, soutenue et à prendre de l’ampleur.

Le syndicalisme fait partie de ce mouvement. C’est une des formes d’organisation collective par lesquelles des individus s’entraident et agissent là où ils peuvent le plus directement faire bouger les choses : c’est-à-dire au sein de leur entreprise.

***

Les défis environnementaux, sociétaux, économiques, sociaux, ont évidemment une dimension globale ; mais ils convergent tous à un moment ou un autre vers l’entreprise. Dans bien des cas, l’entreprise est une partie du problème et une partie de la solution. Quand on est syndicaliste c’est donc d’abord là qu’il faut revendiquer, agir, négocier, et espérer transformer les choses.

L’une de nos premières missions est de contribuer à renouveler le regard de la société sur l’entreprise, en faisant entendre la voix de ceux qui en sont les principaux acteurs, c’est-à-dire les salariés.

J’espère ne pas trop vous choquer si je vous dis que pour moi, l’entreprise ce n’est pas juste l’actionnaire, et son but, ce n’est pas juste la maximisation du profit.

On doit penser l’entreprise pour ce qu’elle est : une collectivité d’hommes et de femmes réunis pour innover, produire et créer.

L’entreprise ne peut donc pas se confondre avec ses capitaux. Sa richesse provient aussi d’un collectif de travail qui détient des savoirs faires, des compétences. Les salariés sont engagés dans son projet et soucieux de sa pérennité ; ils participent à sa prospérité et ils subissent aussi les risques liés à son l’activité.

La conséquence que j’en tire, c’est qu’il est normal qu’ils participent aux décisions, depuis celles qui organisent quotidiennement leur travail jusqu’aux choix de stratégie économique.

Il y a deux façons de voir les choses quand on est syndicaliste. Soit on pense que l’entreprise c’est le mal, que le patron c’est l’adversaire, que le salarié c’est la victime, et on pratique un syndicalisme de plainte et de postures, un syndicalisme assez impuissant au final.

Soit on considère que l’entreprise c’est nous aussi, donc on vient revendiquer notre droit à partager la richesse ET le pouvoir de décision ; et on adopte le seul moyen efficace pour le faire : le dialogue social et la négociation.  

Pour la CFDT qui a clairement fait le choix de la seconde option, ce n’est que par le dialogue social que l’on peut effectivement peser dans l’entreprise : participer au diagnostic, émettre des propositions, obtenir des avancées dans l’intérêt des salariés et dans l’intérêt de l’entreprise.

Je ferai toujours le choix du dialogue, et pourtant je ne suis pas de ceux qui considèrent que les intérêts des salariés se confondent avec ceux du patron. Le dialogue social implique d’accepter de se confronter à des personnes qui ne pensent pas comme nous, et de chercher à trouver des solutions ensemble. Cela implique du respect, de la loyauté, et forcément aussi, du rapport de force.

Le compromis, c’est cela : ne pas transiger sur les valeurs et sur ce qui est fondamental, mais accepter de faire un pas dans la direction de l’autre pour avancer concrètement. Au final, les intérêts peuvent être divergents mais on porte un projet commun : la pérennité de l’entreprise

Sur la base de cela, la CFDT n’a pas de tabou : on peut discuter compétitivité, coût du travail, productivité. Mais nous, on répondra d’abord investissement, long terme, innovation, formation, montée en compétence des individus. Et on interrogera toujours la finalité du modèle de développement : l’économie n’a pas de sens si elle n’est pas mise au service du bien être humain.

***

J’arrive à la fin de mon intervention et je pense vous en avoir dit pas mal sur la vision du monde que porte la CFDT.

Il y a un mot que je n’ai pas beaucoup prononcé, c’est celui de progrès. Je le gardais pour la fin.

Vous n’avez pas connu les Trente Glorieuses, et moi non plus d’ailleurs. Il existe une forme de nostalgie, presque de romantisme, autour de cette période, qui reposait sur une confusion assez commode entre progrès et accumulation des biens matériels.  Le modèle fordiste avait plusieurs avantages. Il était stable. Il était protecteur. Il promettait à chacun de pouvoir s’enrichir…il promettait l’égalité.

Ce modèle-là a été pulvérisé, par de nombreux phénomènes et surtout face à l’impossibilité désormais de continuer à croitre en épuisant les ressources de la planète. Pour ma part je n’ai pas de regret.  A bien des égards c’était une société rigide, autoritaire, machiste. Il n’y avait que dans l’espace public – et encore, au moment du vote…- que le citoyen avait vraiment son mot à dire. Pour le reste, dans l’entreprise, parfois au sein de son foyer, dans la conduite de sa vie, d’autres pouvaient prétendre décider pour lui.

Les gens n’ont plus envie qu’on leur dise ce qui est bon pour eux. La soif de participation, par le débat, l’interpellation, l’action collective…c’est quand même la bonne nouvelle de la drôle d’époque que nous sommes en train de vivre.

Pour le reste, comme tout édifice qui tombe, les Trente glorieuses laissent derrière elles quelques ruines et de la fumée.

Vos générations ont la lourde tâche de reconstruire le monde d’après. Je souhaite que le syndicalisme continue à être, comme il l’a toujours été au fil de l’histoire, un des artisans de cette reconstruction à vos côtés.

Les défis sont immenses : continuer à créer de la richesse dans un monde fini ; bâtir de nouvelles solidarités, ouvrir des opportunités pour tous ;

Refonder le projet européen, car l’Europe reste l’espace pertinent pour préparer l’avenir ;

Redonner, surtout, une définition plus profonde, plus durable, plus inclusive, à l’idée de progrès et au progrès social.

Quoi qu’il en soit, l’égalité et la liberté sont plus que jamais des objectifs désirables. L’émancipation reste le plus joli mot de notre vocabulaire commun. Et la fraternité le plus beau des chemins.

 

 

Intervention devant Manuel Valls et Myriam El Khomri - 11 janvier 2016

J'ai rencontré le 11 janvier Monsieur Manuel Valls, premier ministre et Madame Myriam El Khomri, ministre de l'emploi, du travail, du dialogue social et de la formation professionnelle, pour une rencontre bilatérale au sujet des annonces du président Hollande sur l'emploi lors de ses voeux. Voici ce que je leur ai dit: 

Nous sortons d’une année marquée par le traumatisme des attentats de janvier et de novembre, et par l’accentuation d’une crise démocratique, qui se nourrit d’une situation économique et sociale toujours dégradée.

2016 ne démarre pas dans un contexte plus facile ; le chômage reste la première préoccupation des français, alors que la crainte de nouveaux attentats est présente dans tous les esprits. Le défi auquel nous sommes confrontés est de trouver le bon équilibre entre sécurité et liberté, mais aussi de favoriser toutes les initiatives qui permettent de reconstruire du lien social.

Il est également indispensable de rappeler « ce qui marche », de valoriser les avancées obtenues, y compris sur le plan économique et social. L’application de deux nouveaux droits au 1er janvier 2016, qui s’inscrivent dans des objectifs poursuivis de longue date par la CFDT _ la sécurisation des parcours professionnels et la réparation de la pénibilité au travail _ en sont un bon exemple. Il s’agit de :

  • la généralisation de la complémentaire-santé, qui constitue une étape supplémentaire dans l’accès aux soins pour tous ;
  • le compte de prévention de la pénibilité, qu’il faut défendre comme une grande avancée sociale, malgré les attaques incessantes des organisations patronales, alors que tout a été fait pour faciliter la mise en œuvre pratique de cette mesure de justice.

Le temps de la discussion passée, vient maintenant le temps du respect de la loi.

Pour lutter contre le chômage il faut continuer à chercher toutes les solutions possibles. La CFDT ne refuse pas, à priori, une « union nationale » large des partis et des acteurs contre le chômage. Elle s’opposera en revanche fermement à une union de postures qui ferait la part belle à des propositions simplistes, injustes et court-termistes qui postulent que la protection des travailleurs est un frein à l’emploi.

 C’est à ce titre que la CFDT continue de s’opposer à la barémisation des indemnités prudhommales suite à un licenciement injustifié, a fortiori avec un plafond de faible niveau.

L’attitude d’une partie du patronat, qui d’un côté ne cesse de dénoncer les déficits tout en réclamant de l’autre de nouvelles subventions de l’Etat n’est plus tenable, après le pacte de responsabilité.

Certaines branches professionnelles et entreprises se sont engagées, mais elles sont trop nombreuses à ne pas avoir joué le jeu des contreparties en termes d’investissement, de formation des salariés, d’embauche en apprentissage, etc.

Je demande que les partenaires sociaux soient réunis pour faire le bilan des engagements pris en contrepartie du pacte de responsabilité, avant toute autre mesure d’aides aux entreprises.

La création d’une nouvelle aide à l’embauche pour les TPE PME, annoncée par le président de la république lors de ses vœux, nous parait inopportune : le recours élevé à l’intérim montre que dans la période ce n’est pas le cout du travail qui freine l’embauche. Le financement de cette mesure ne doit pas venir s’ajouter aux quarante et un milliards d’euros déjà investis dans le cadre du pacte de responsabilité. En tout état de cause, des contreparties en termes de qualité de l’emploi (embauche en CDI ou en CDD de plus de 6 mois) devront être exigées.

La réponse à l’urgence de la situation économique et sociale ne peut donc pas être : « moins de règles, moins de charges, moins de contraintes » ! Affaiblir les protections des travailleurs au moment où la peur du déclassement jette une partie de nos concitoyens dans les bras des extrêmes renforcerait encore les menaces qui pèsent sur notre pacte républicain.

Il faut donc affirmer sans relâche que le progrès social est encore possible pour sortir du déclinisme mortifère ambiant. Ce n’est ni en proposant d’assouplir les modalités de rupture des contrats de travail, ni en fragilisant les revenus de ceux qui sont déjà le plus en difficultés que nous y arriverons ; pas plus qu’en défendant le statut quo.

C’est bien le défi de la construction d’un nouveau mode de développement que nous devons relever collectivement.

Cela nécessite d’abord  de faire de l’investissement public et privé une priorité, tant au niveau national qu’européen ; c’est la seule option possible pour prendre le virage des transitions écologiques et numérique, créer des emplois de qualité et renouer avec la compétitivité économique ;

A ce titre, l’annonce du lancement de grands travaux publics pour la rénovation des bâtiments et le développement des énergies renouvelables est positive et devra se concrétiser rapidement.

Une alerte cependant sur l’investissement public : la mise en place des nouvelles Régions ne doit pas aboutir à une réduction des dépenses d’investissement au profit du budget de fonctionnement, alors qu’elles sont au cœur des enjeux d’investissement, de la formation des demandeurs d’emploi et de l’abondement du CPA pour les jeunes sortis sans qualification du système scolaire.

Ensuite, cela implique également d’investir sur les personnes, sur leurs compétences et de mettre en place les protections nécessaires pour que chacun puisse construire un parcours professionnel et de vie sécurisé.

Sur le marché du travail, l’inégalité la plus discriminante n’est pas celle du type de contrat de travail, mais celle du niveau de qualification.

La CFDT est donc logiquement très favorable au renforcement du plan de formation de 500 000 demandeurs d’emploi que nous avions revendiqué à la conférence sociale. Mais l’enjeu est de rendre opérationnel et utile ce dispositif, sans faire de « l’occupationnel ».

Sur le contenu de ces formations, l’objectif est que 100% de formations soit utile !

Utile d’abord à l’employabilité de ceux qui vont en bénéficier. Il faut donc penser ce plan en terme de parcours pour les bénéficiaires afin qu’ils améliorent leurs qualifications. Pour cela, il faut flécher la partie la plus importante possible du dispositif sur des formations longues et qualifiantes pour développer les compétences numériques, les compétences nécessaires à la transition écologique, et les besoins en recrutement.

Toute la partie du dispositif qui ne rentrerait pas dans cette problématique doit être fléchée vers des formations au socle de connaissance et de compétences professionnelles.

Pour promouvoir cette logique de parcours, il serait particulièrement bienvenu de lier les aides pour les PME annoncées par le président de la république à l’embauche de bénéficiaires de ce plan.

Contrairement à ce qui est présenté dans le projet de loi « Nouvelles opportunités économiques », nous ne croyons pas que l’investissement  et la reconnaissance des compétences des travailleurs soient un frein à l’emploi : c’est en fait la condition d’une montée en gamme de l’économie française et de la sécurisation des parcours professionnels.

Ces formations doivent également être utiles aux entreprises ; pour cela, le recueil de leurs besoins doit se faire au plus près des entreprises, bassin d’emploi par bassin d’emploi, et organisé au niveau régional. La méthodologie existe désormais pour réussir cela, Il faut s’appuyer sur les CREFOP et rendre leurs travaux plus opérationnels.

La mobilisation des organismes de formation, notamment l’AFPA, sera nécessaire à la réussite de ce plan.

Concernant le financement, nous mesurerons l’ambition de l’Etat à l’aune de son engagement financier. Avec la qualité des formations proposées, la hauteur de l’engagement financier de l’Etat sera notre second critère d’appréciation de ce plan. A côté d’un engagement fort de l’Etat, la CFDT est prête à réorienter vers ce plan des engagements financiers des partenaires sociaux par le biais du FPSPP.

Les Régions doivent également être au rendez-vous de l’enjeu de ce plan massif pour la montée en compétence des demandeurs d’emploi.

Enfin, s’agissant de la gouvernance de ce plan, nous avons deux attentes : un pilotage volontariste aux niveaux national et régional, qui associe les partenaires sociaux, l’Etat et les Régions ; et une évaluation régulière des entrées en formation des demandeurs d’emploi.

La CFDT est également convaincue de la nécessité du développement de l’apprentissage, car il constitue un moyen pour de nombreux jeunes, notamment les jeunes peu qualifiés, de s’insérer dans un monde du travail qui ne leur fait que peu de place. S’il y a consensus sur l’objectif, la mobilisation de tous les acteurs concernés est indispensable, et en premier lieu, celle des entreprises et des branches professionnelles, dans le cadre du pacte de responsabilité.

Plus globalement, la CFDT défend la nécessité d’une stratégie nationale concertée, qui doit s’articuler autour de quatre axes:

-       La rénovation du statut de l’apprenti, acté à plusieurs reprises mais qui n’a pas été mise en œuvre. Nous sommes favorables à lier la rémunération au diplôme préparé plutôt qu’à l’âge et nous demandons un renforcement des aides au transport et à l’hébergement ;

-       La valorisation de l’apprentissage à travers des campagnes de communication régulières ;

-       Des formations mieux adaptées aux besoins du marché du travail. Pour cela, une plus grande concertation des partenaires sociaux sur l’élaboration des formations est nécessaire. Nous sommes prêts à discuter de l’ouverture de l’apprentissage aux titres du Ministère du Travail ;

-       Un accompagnement de qualité tout au long du contrat, d’une part pour les apprentis, avec l’aide des CFA, et d’autres part pour les entreprises, notamment les TPE, en s’appuyant sur les plateformes RH qui existent dans les territoires.

Cette stratégie nationale doit ensuite se décliner en pactes régionaux pour le développement de l’apprentissage permettant de coordonner l’engagement de tous les acteurs. 

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Au-delà du plan d’urgence pour l’emploi, ce sont des réformes structurelles qui sont engagées, dans le cadre de négociations menées par les partenaires sociaux et de concertations, dans la perspective de la loi portée par la ministre du travail.

Le compte personnel d’activité peut-être une grande avancée sociale, à condition qu’il ne se limite pas à rassembler les comptes existants sur une plateforme informatique. Pour la CFDT, le CPA doit être un outil de sécurisation des parcours professionnels mais il doit également permettre à chacun de mieux articuler les temps sociaux au quotidien et tout au long de sa vie. C’est pour cette raison que la CFDT revendique que la généralisation du compte épargne temps soit à l’ordre du jour de la négociation en cours sur le CPA, sans, pour l’instant, être entendue par la partie patronale. Si cela devait perdurer, le gouvernement devrait reprendre cette mesure dans la loi.

La CFDT a également été auditionnée par la commission Badinter, sur les suites à donner au rapport Combrexelle. Vous le savez, nous nous étions exprimés très positivement sur l’esprit général de ce rapport ; nous croyons à la capacité des acteurs des entreprises et des branches à trouver les compromis adaptés à la diversité des situations. Mais nous sommes inquiets de ce à quoi pourrait aboutir cette initiative si la cohérence d’ensemble des propositions faites dans ce rapport n’était pas respectée, et notamment si la restructuration des branches et la mise en place des accords majoritaires n’étaient pas menées à bien. Le risque serait alors de détourner une démarche positive de construction de protections nouvelles vers une dérégulation du marché du travail, ce que nous rejetons entièrement.

L’ouverture de la négociation sur l’assurance-chômage à la fin du mois de janvier sera également un rendez-vous important : la CFDT l’aborde avec inquiétude.

L’enchâssement de la négociation de règles spécifiques au régime des intermittents du spectacle dans la négociation du régime générale sera inévitablement source de difficultés d’interprétation et de complexité dans le processus de négociation.

Pour la CFDT, il n’est pas question de remettre en cause les droits des demandeurs d’emploi alors que le chômage demeure à un niveau très élevé. Le maintien d’un bon niveau d’indemnisation couplé à un accompagnement et/ou à une formation sont la condition d’un retour à l’emploi, a fortiori dans le cadre d’une montée en gamme de l’économie.

La CFDT n’ignore pas les enjeux liés à l’équilibre financier du régime d’assurance chômage. Mais le niveau élevé du chômage ne permet pas d’envisager une amélioration significative de la situation : nous devons faire le choix collectif de la solidarité pour l’indemnisation comme pour la formation des demandeurs d’emploi.   

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Face aux deux principaux enjeux de 2016_ le chômage de masse et la crise démocratique_ nous avons besoin de l’engagement de l’ensemble des acteurs de la société pour continuer à construire du progrès social et redonner espoir en l’avenir.

Bonne année 2016 !

Mes voeux pour 2016 en vidéo: 

 


Les Vœux de Laurent Berger par CFDT_TV

"Sur Alstom, nous exigeons que les représentants du personnel soient associés aux discussions"

La semaine passée le magazine L'Usine nouvelle m'a interrogé sur trois dossiers sociaux faisant l'actualité : réforme ferroviaire, Alstom et convention assurance chômage.

Vous avez appelé à la fin de la grève à la SNCF. Voyez-vous une forme d’activisme politique derrière ce mouvement ?
Je tiens beaucoup au droit de grève, il est constitutionnel et chacun a le droit de l’exercer. Mais je pense que cette grève est due à une course à la radicalisation entre deux organisations de la SNCF. Cela fait un an que la réforme ferroviaire fait l’objet de discussions et la CGT, première organisation syndicale à la SNCF, a été largement consultée. Elle a préparé cette réforme et a même contribué à en écrire des amendements.
S’il y avait un vrai désaccord sur le fond de la réforme, ce mouvement se justifierait. Ce n’est pas le cas. On assiste à un jeu de postures, une mise en scène, et surtout, à une incapacité à s’engager qui regarde la CGT. Je le regrette. La CFDT a participé aux concertations et a réussi à faire avancer sa vision d’un service public ferroviaire de bonne qualité. Elle a fait en sorte que l’ensemble des cheminots soient dans une situation identique, qu’il y ait une convention collective pour le personnel ferroviaire hors SNCF, ce qui n’existait pas jusqu’à présent, et qu’un travail sur la dette soit mené dans le futur. Nous avons porté ces avancées avec d’autres organisations. Maintenant, que le débat parlementaire se fasse !


N’y a-t-il pas une incapacité du secteur ferroviaire, en crise, à se réformer ?
L’organisation du système ferroviaire était difficile à comprendre, avec d’un côté les infrastructures, de l’autre l’exploitation et peu de passerelles entre les deux. Nous n’avons jamais été favorables à cette coupure entre la SNCF et RFF. Ce n’est pas au moment où on les réunit en une entité commune, même si c’est avec des établissements distincts, que nous allons être contre.
Je ne serai pas si sévère sur l’incapacité du secteur à se réformer. Il n’y a pas eu suffisamment d’investissements, à une époque. Et collectivement, un manque d’anticipation a laissé dériver le rail, en termes d’infrastructures. Mais des choses ont évolué, notamment dans les relations sociales.

 

Trouvez-vous normal que le gouvernement intervienne dans l’affaire Alstom ?
Sur des questions de stratégie industrielle, sur l’indépendance technologique et énergétique, l’intervention du gouvernement est légitime. Ni General Electric ni Siemens ne s’en offusquent, d’ailleurs. Le gouvernement s’est donné du temps, et c’est ce qu’il fallait faire pour peser les différentes options. Le politique est dans son rôle. Nous exigeons que les représentants du personnel soient associés aux discussions en cours.

 

Le projet de loi sur la transition énergétique a été présenté, mercredi 18 juin, en conseil des ministres. Est-ce qu’il répond aux attentes que la CFDT exprime régulièrement sur cette question ?
La CFDT est très mobilisée sur la transition énergétique, y compris au niveau européen où nous pensons qu’il faut y consacrer des investissements. Il y a des éléments intéressants dans le projet de loi, notamment des objectifs ambitieux en termes de consommation d’énergie et de diminution des gaz à effet de serre.
Mais il faut aller bien plus loin, sur le recul de la précarité énergétique et l’aide aux plus modestes, et sur la préparation des transitions professionnelles des salariés dont les métiers et activités vont évoluer. Les mutations doivent être anticipées et accompagnées, notamment par la formation professionnelle.


A propos de la convention d’Assurance chômage et de son annexe sur les intermittents, La ministre de la Culture vous a qualifié de "non représentatif", qu'avez-vous à lui répondre ?
C’est affligeant. L’assurance chômage couvre le risque chômage de l’ensemble des salariés, et il revient aux organisations syndicales et patronales de la négocier. Certains métiers confrontés à des risques particuliers font l’objet d’annexes, et ce n’est pas parce qu’une coordination parle au nom des intermittents que les organisations syndicales ne sont pas représentatives. De plus, nos syndicats CFDT sont présents dans le secteur de la culture, où ils recueillent plus de 20% des voix aux élections professionnelles.
Cette vision corporatiste de la couverture sociale de la ministre est catastrophique pour l’avenir. Elle va à l’encontre de la solidarité interprofessionnelle. Si Aurélie Filippetti estime qu’il faut compartimenter les salariés, qu’elle assume et considère que le risque chômage des intermittents du spectacle doit se traiter ailleurs que dans le cadre de l’assurance chômage. Si, selon elle, la culture relève de la solidarité nationale, qu’elle défende cette position jusqu’au bout.
Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, Pascal Gateaud et Cécile Maillard

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !