Visite du centre d’hébergement d’urgence Romain Rolland à Montrouge

Ce jeudi 15 février, je me suis rendu à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, pour visiter le centre d’hébergement d’urgence Romain Rolland du Samu social de Paris.

Ce centre, ouvert en 2014, accueille une population hétérogène, avec des parcours très différents. Il a la particularité de pouvoir proposer en même temps 49 places pour l’hébergement d’urgence, mais également 44 places en chambres individuelles pour des périodes d’accueil plus longues. Le personnel est composé de 30 salariés à temps plein (travailleurs sociaux, médecins, animateurs …) ainsi qu’une vingtaine de vacataires.

C’est Pierre Joubert, le directeur du centre et Christine Laconde, directrice générale du SAMU Social de Paris qui me font visiter. Ils insistent sur l’importance de la reprise d’autonomie des pensionnaires. Pour cela ils misent sur la dynamique de groupe. Ainsi, le jardin par exemple est entretenu par les usagers. Face à la diversité des parcours des personnes accueillies ils disent « Nous sommes des généralistes de tous les maux de la société ». Pierre Joubert me précise un élément important « Nous ne sommes pas dans le logement, mais dans l’hébergement. Notre objectif, c’est de faire cette transition vers le logement ». Les centres d’hébergement d’urgence ne peuvent être que des solutions provisoires vers des solutions plus durables. C’est pourquoi l’accompagnement est primordial. Malheureusement, les mesures en ce sens font défaut. Le gouvernement a annoncé vouloir promouvoir « Le logement d’abord » et annoncé le chiffre de 50 000 solutions de logement durables. C’est une bonne chose, mais cela ne sera probablement pas suffisant pour faire face à la demande.

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Après cette visite, je rencontre la section CFDT. Une belle équipe qui réalise 40% des voix aux élections professionnelles. Brigitte, déléguée syndicale, me prévient d’entrée : « Ce centre est un peu la vitrine, les conditions y sont très bonnes, mais attention, ailleurs les locaux sont beaucoup plus vétustes ! »

Cette vétusté est au cœur des préoccupations des salariés : les locaux sont souvent inadaptés à l’outil de travail, voire à la limite de la conformité pour certains. Ce qui nuit évidemment aux conditions de travail mais aussi aux conditions d’accueil.

Pour ces travailleurs, qui se dédient aux plus fragiles avec une conviction admirable, la reconnaissance fait parfois cruellement défaut. Il leur a fallu plus de 20 ans pour obtenir un statut et des grilles de salaires, qui restent malgré tout très bas. Pourtant ces travailleurs et travailleuses sont une richesse, ils sont les chevilles ouvrières de la solidarité envers les plus précaires et méritent donc une meilleure situation que celle qui leur est faite. C’est pourquoi la CFDT a pris l’initiative d’entamer des négociations, actuellement en cours, pour rééquilibrer les disparités de traitement existantes entre les salariés. 

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Mais le sujet au cœur des discussions de ces professionnels du social, c’est la circulaire Collomb, qui prévoit le recensement des migrants dans les centre d’hébergement d’urgence. Ils y sont résolument opposés. Une travailleuse sociale me dit « Nous ne sommes pas  là pour faire un tri sélectif, cela nous pose un problème éthique et déontologique » Brigitte me confirme « L’inconditionnalité de la prise en charge était au cœur du projet créé par Xavier Emmanuelli[1] ».

La CFDT est résolument opposée à cette circulaire et à la politique migratoire du gouvernement, qui va notamment à l’encontre d’un traitement humain des personnes(J'ai d'ailleurs co-signé une tribune a ce sujet). Cela est d’autant plus une question syndicale qu’elle impacte fortement le quotidien des personnels qui sont en première ligne sur le terrain. Au SAMU social cette circulaire est une problématique transversale à tous les métiers : dans les espaces sociaux d’insertion par exemple, qui font de l’accueil de jour, c’est autour de 70% des personnes accueillies qui sont issues des flux migratoires. Sur ce sujet comme sur d’autres, il est urgent de ne pas perdre la bataille des idées.


[1] Médecin, fondateur en 1993 du SAMU social de Paris.

La CFDT s’engage pour sécuriser les parcours professionnels de tous les actifs

La CFDT est engagée dans les discussions lancées par le Gouvernement pour réformer l’apprentissage, la formation professionnelle et l’assurance chômage. Nous abordons ces trois chantiers ensemble, avec un même objectif : pour endiguer le chômage de masse, faire face aux mutations profondes amenées par les évolutions technologiques toujours plus rapides et la transition écologique indispensable, nous voulons construire une véritable sécurisation des parcours. Nous voulons mettre le travailleur en capacité d’agir et de décider de son parcours.

Demain, se tient une des dernières séances de négociation sur la formation professionnelle. La CFDT fait des propositions pour le développement des compétences de tous les actifs, jeunes en alternance, salariés comme demandeurs d’emploi. La montée en compétences, c’est un enjeu majeur de sécurisation des parcours et par la même de la compétitivité des entreprises.

Lors des négociations de 2013, la CFDT avait obtenu la création du compte personnel de formation (CPF), un droit à la formation directement attaché à la personne et non plus à son statut professionnel. Nous voulons aujourd’hui renforcer ce droit et le rendre plus équitable. Nous proposons de consolider un droit à la formation pour tous, tout en le renforçant pour les travailleurs les moins sécurisés (personnes peu qualifiées, séniors licenciés, salariés en temps partiel…).  Le CPF doit également permettre à ceux qui le souhaitent, d’opérer une transition professionnelle plus profonde.

Mais un droit n’est rien s’il n’est pas connu et mobilisable. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur l’accompagnement, un accompagnement gratuit et universel, pour tous et pas seulement les mieux informés ou les plus agiles. Cet accompagnement doit permettre à chacun de s’interroger sur son parcours professionnel, d’anticiper les changements et de construire un projet. On l’oublie souvent, mais les freins à l’emploi ne sont pas uniquement professionnels, ils peuvent aussi être la conséquence de problèmes de santé, de problèmes familiaux… Ce sont tous ces aspects de la vie d’une personne qui doivent être pris en compte pour la réussite d’un projet professionnel. C’est dans ce sens que la CFDT propose de renforcer le Conseil en évolution professionnelle : le rendre plus visible en multipliant les campagnes de communication envers ceux qui en auraient le plus besoin, plus accessible en l’organisant au plus près des travailleurs et plus global en impliquant l’ensemble des acteurs de l’accompagnement (partenaires sociaux, assistants sociaux, associations…).

Enfin, la formation des travailleurs doit être l’objet de discussions entre employeurs et salariés dans les entreprises. D’abord, parce que le besoin en compétences est un choix stratégique pour une entreprise, un élément essentiel de la qualité de ses produits ou de ses services. Mais aussi parce que l’écart qui pourrait exister entre le besoin en compétences et les aptitudes des salariés représente un risque pour les travailleurs de déqualification. Au même titre que l’employeur est responsable de la sécurité des salariés dans l’entreprise, il doit être responsable de leur employabilité. 

Dans un monde en mouvement, la CFDT veut donner aux travailleurs la capacité de voir venir, de rebondir en cas d’accident de parcours et de garder prise sur leur avenir professionnel. Nous voulons poursuivre la transformation de notre modèle social vers un système solidaire dans lequel chacun bénéficie de droits adaptés à ses besoins et de l’accompagnement nécessaire à la construction de son parcours.  

Matinale de CNEWS le 12/02/2018

J'étais l'invité de Jean-Pierre Elkabbach sur CNEWS ce 12 février. L'occasion de faire le point sur les négociations en cours et de réagir sur les annonces faites sur les fonctions publiques. 

 

En Lorraine, contre la baisse des moyens pour l'INRS

Ce mercredi 7 février, je suis allé soutenir l’équipe CFDT de l’INRS à Vandœuvre-les-Nancy. Cette équipe se bat pour que l’INRS puisse continuer à exercer ses missions de prévention des risques pour la santé au travail.

L’INRS, c’est l’Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des maladies professionnelles et des accidents du travail. Les 580 salariés de cet organisme (chercheurs, formateurs, experts…) travaillent sur des sujets variés : il y a les troubles musculo-squelettiques, les risques que présentent les nanoparticules, l’exposition aux agents chimiques, au bruit, aux risques mécaniques, aux divers facteurs de pénibilité… Les risques pour la santé ne manquent malheureusement pas. Et à côté de leurs travaux de recherche ils accomplissent également des missions de formation, d’information et d’assistance dans les entreprises au bénéfice des 21 millions de travailleurs dépendants de la Sécurité Sociale.

L’INRS est aujourd’hui menacé par des restrictions budgétaires intenables. En 2013 déjà, une baisse de 10% du budget et 50 suppressions de postes avaient lourdement pesé sur l’activité de l’établissement. Cette année de nouvelles menaces pèsent sur le budget de l’INRS et le nombre d’emplois. Avec moins de salariés et moins de moyens  ce  sont de nombreuses études pourtant précieuses pour la prévention des risques professionnels qui seront abandonnées.

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Depuis plusieurs semaines, ils sont mobilisés. Pour faire connaître leur combat et se faire entendre du gouvernement, ils se sont rendus au ministère du Travail… à pied ! (récit à lire ici). Ils ont également lancé une pétition qui a recueilli la signature de 99% des salariés ! Dans leurs actions, les militants CFDT sont  soutenus par leurs collègues qui leur ont fait confiance à 60% aux dernières élections professionnelles.

S’ils sont légitimement inquiets pour leurs emplois et leurs conditions de travail, c’est également le péril qui pèse sur leur mission qui les préoccupe. Derrière ces baisses de budget à répétition, c’est  notre système de prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles qui est remis en cause.

La santé au travail est au cœur de l’action syndicale. Dans notre grande enquête « Parlons Travail » en 2016, 32% des répondants déclaraient avoir déjà subi plus de 8 jours d’incapacité totale de travail (ITT) à cause de leur travail, 21% s’y sont déjà blessés, 9% ont déjà été hospitalisés et 8% y ont attrapé une maladie grave, chronique ou en sont sortis avec un handicap irréversible. Ces chiffres prouvent que la recherche et la prévention dans ce domaine sont indispensables et rendent d’autant plus insupportables les baisses répétées des moyens alloués à l’INRS.

Si l’on veut parler diminution des dépenses, je rappelle que les accidents du travail dans notre pays, coûtent annuellement 6 milliards d’euros de réparation alors que le budget de l’INRS est seulement de 80 millions d’euros. Réaliser des économies de bouts de chandelle sur la recherche quand 1000 salariés perdent la vie tous les ans au travail, c’est irresponsable.

C’est pourquoi la CFDT continuera à se battre. Si vous voulez aussi montrer votre soutien aux militants de l’INRS, vous pouvez suivre leur combat sur Twitter en vous abonnant à leur compte : @longmarcheINRS

L'autre trésor public

La CFDT fonctions publiques (Uffa-CFDT) publie un ouvrage intitulé L'autre trésor public. Un livre pour donner la paroles aux agents qui font le service public et se plonger dans la réalité de leur quotidien au travail, qu'ils soient secrétaire, sage-femme, policier, sapeur-pompier ... J'ai eu le plaisir de le préfacer, je partage donc ici, avec vous, ces quelques mots d'introduction :

L’autre trésor public, c’est le trésor humain, celui composé des agents des trois fonctions publiques. C’est un trésor fait de femmes et d’hommes dont la valeur est celui de leur engagement au travail, désireux de bien faire par-delà les seules procédures et circulaires. A force de parler de masse salariale, on oublie trop souvent que la fonction publique est une réalité incarnée. Ici, le lecteur s’apprête à découvrir des récits chargés d’une profonde humanité. Ils donnent à voir des agents publics non pas tournés vers eux seuls mais toujours en direction de ceux à qui le service est rendu, qu’il s’agisse des usagers ou des collègues.

Et le travail des fonctionnaires comme des contractuels est créateur de richesse. Chaque page montre concrètement ce qu’il en est pour la paix civile, l’aménagement du territoire, l’éducation, la santé, le développement économique… En effet, l’action publique est à la fois ce qui accompagne les individus et les familles au quotidien, assure les équipements nécessaires à la compétitivité des entreprises ainsi que le ciment indispensable à la cohésion sociale. C’est là tout le bénéfice autant individuel que collectif qui fonde la légitimité de l’action publique.

Par l’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, « la Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration ». Avec les témoignages qui suivent et qui se tiennent à côté des nombreux rapports publiés régulièrement, chacun pourra se rendre compte. Ce livre s’adresse donc à tous les usagers et citoyens qui sont par ailleurs déjà nombreux, sondages après sondages, à saluer le travail des agents.

Ce livre est aussi à destination des décideurs politiques, nationaux et locaux, pour leur montrer que toute opération de transformation publique, aussi légitime soit-elle, n’est pas qu’affaire de coûts et de réduction de dépenses mais qu’elle engage avec elle des femmes et des hommes. Pour être efficace, cette transformation doit se faire avec les usagers qui en bénéficieront ainsi qu’avec les agents qui seront chargés de la mettre en œuvre.

Pour la CFDT, il faut penser l’action publique selon ses finalités, au service des individus, des familles, des entreprises, des territoires. Ces finalités ne peuvent être crédibles qu’en y associant les moyens humains, matériels et financiers nécessaires. Et elles ne seront effectives que si elles sont réalisées en proximité avec les usagers. Aujourd’hui, les démarches administratives en ligne sont en plein développement. Les nouveaux outils numériques peuvent effectivement faciliter l’accès aux services publics. Toutefois, ils ne doivent pas accentuer les inégalités. Profitons-en plutôt pour améliorer l’accompagnement des usagers et la personnalisation des services publics. Voilà pourquoi la CFDT revendique une juste articulation entre la présence physique des services publics sur tout le territoire, un accompagnement humain global et un portail numérique des droits et démarches.

Toute évolution doit s’appuyer sur les agents, ce qui demande d’abord de les écouter. Ils ont en effet des choses à dire sur leur travail, les conditions de son exercice et la réalité du service rendu par rapport aux finalités attendues. C’est ce que montre les résultats de l’enquête « Parlons travail », notre grande enquête pour mieux connaître le travail et à laquelle plus de 200 000 personnes ont répondu. Ce livre s’inscrit dans la continuité de cette démarche. La voix des agents porte un profond désir d’être utile et la fierté du travail réalisé. Ils savent aborder les difficultés avec lucidité, alerter sur les déficiences ainsi que proposer des pistes d’améliorations. Entendre les agents, c’est renforcer la qualité de l’action publique. Entendre les agents fait partie de la reconnaissance à laquelle ils aspirent et que, fondamentalement, ils méritent.

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !