Attention à la justice sociale !

Interview publiée par Paris Match, le 12 juillet 2017.

Jugez-vous nécessaire cette réforme du code du travail, un an seulement après la loi El Khomri ?
Après les lois El Khomri, Rebsamen, et de sécurisation de l’emploi, il aurait été pertinent d’évaluer les dispositifs déjà mis en place. Mais notre pays ne parvient jamais à faire le bilan des lois successives. Ceci dit, le président de la République a été élu après avoir promis de mener cette réforme, nous devons donc faire avec.

Permettra-t-elle de créer massivement des emplois ?
Je ne le pense pas. Seuls deux éléments le permettent. D’une part, des investissements intelligents sur les enjeux de demain, comme les transitions numérique et écologique, pour créer une économie performante par sa capacité à innover et à faire face aux transformations du monde. D’autre part, l’élévation des compétences et un meilleur accompagnement des salariés dans leurs parcours professionnels. C’est tout l’objet du Compte personnel d’activité que la CFDT a défendu et que le gouvernement devrait développer davantage.

Les chefs d’entreprises jugent pourtant qu’elle aidera à lever des verrous…
Il faut arrêter. Ces verrous sont surtout dans la tête de quelques responsables d’organisations patronales. Certains d’entre eux ont été levés avec la création de la rupture conventionnelle, avec la négociation des plans sociaux, avec le raccourcissement du délai de recours aux prud’hommes de cinq ans à un an. A chaque fois, les responsables patronaux se sont livrés à une course à l’échalote pour demander davantage de souplesse et le chômage n’a pas baissé pour autant. Ainsi, plafonner à un bas niveau les indemnités prud’homales entraînera une vague de licenciements, puisque les entreprises commenceront par purger. Voilà pourquoi la CFDT se battra sur la hauteur du plafond. Nous demandons aussi un relèvement des indemnités légales de licenciement qui sont parmi les plus basses d’Europe.

La méthode des ordonnances prises pendant l’été n’est-elle pas un moyen de vous contourner ?
La CFDT veut peser dans les discussions, donc je me refuse à manier la mauvaise foi. Des concertations approfondies ont lieu en ce moment. Fin août, quand les projets d’ordonnances auront été écrits, je demande une réunion multilatérale pour que nous puissions avoir un débat franc. Nous prendrons alors position.

L’Assemblée nationale est-elle ainsi transformée en simple chambre d’enregistrement, comme le regrettent des députés ?
Ce n’est pas à cause des ordonnances ni de la loi d’habilitation, mais de la façon dont les parlementaires s’organisent. Mais c’est leur problème, pas le mien. En tant que citoyen, je pense qu’il est nécessaire qu’un débat ait lieu au sein du Parlement.

Avez-vous obtenu satisfaction sur certains points?
Sur l’articulation entre la négociation d’entreprises et celle de branches, le « premier bloc », les organisations syndicales ont été entendues. Le rôle des branches a été renforcé, ce qui n’était pas prévu au départ. Dans certains domaines, les branches pourront se saisir de certains sujets. Et les négociations d’entreprise pourront avoir lieu notamment sur l’organisation du travail. Sur le « deuxième bloc » qui concerne la présence syndicale et le fonctionnement des instances représentatives du personnel, je dis attention. On ne peut pas vouloir développer le dialogue social dans l’entreprise et réduire juridiquement les prérogatives du syndicalisme. Si ce choix est fait, la Cfdt s’y opposera fortement. Quand j’entends Pierre Gattaz dire qu’il faut moins de réunions et moins de syndicats, je lui réponds que je suis favorable au renforcement du dialogue social dans l’entreprise pour trouver des solutions adaptées à chacune d’entre elles ; mais cela ne peut pas se faire sans présence syndicale.

La CGT appelle à une journée d’action le 12 septembre prochain, elle dénonce le démantèlement de 120 ans de droit du travail. Est-il exclu que la CFDT la rejoigne ?
La CFDT est la première organisation syndicale dans le privé. Si elle doit se mobiliser, elle en discutera avec les autres, mais elle ne rejoindra pas une date préemptée par une organisation dans son coin. Tant que les discussions sont ouvertes, nous jouons le jeu. Prendre d’emblée position empêche de peser sur les discussions en cours. Ce n’est pas le choix de la CFDT. Nous n’excluons rien pour la rentrée, mais nous ne serons à la remorque d’aucun parti politique ni d’aucune organisation syndicale.

Les fonctionnaires sont stigmatisés
Le gouvernement rétablit le jour de carence pour les fonctionnaires supprimé sous François Hollande. Cette mesure est-elle juste?
Puisque les finances publiques sont dégradées, il faut que le budget soit maîtrisé. Mais pourquoi agir sur le point d’indice et le jour de carence des fonctionnaires ? Les fonctionnaires sont stigmatisés, considérés comme une variable d’ajustement, alors qu’ils permettent au pays de maintenir sa cohésion sociale. La logique comptable gouvernementale traduit une certaine fainéantise. Je veux bien discuter du jour de carence, à condition que l’on parle aussi de la création d’une complémentaire santé payée par l’employeur, comme dans le privé, et des raisons d’un certain absentéisme qui s’explique parfois par leurs conditions de travail. Il faut arrêter cette culpabilisation systématique des fonctionnaires et le discours : ‘vous coûtez cher et vous ne travaillez pas assez’.

Le gouvernement veut modifier le compte de prévention de la pénibilité. Est-ce un détricotage de cette mesure à laquelle vous tenez ?
Le patronat essaie de faire croire à ses troupes que ce compte aurait disparu, c’est faux. Six critères sont maintenus, dont le bruit, alors que beaucoup se sont mobilisés pour qu’il ne soit plus pris en compte. Le président de la République avait annoncé pendant sa campagne qu’il suspendrait ce dispositif, ce n’est pas le cas. La Cdft n’est pas pour rien dans ce revirement : nous avons alerté sur les dangers d’une disparition de cette mesure de justice sociale. Je regrette néanmoins que l’évaluation de trois critères soit laissée à un médecin puisque cela ne concernera que les salariés déjà inaptes. La CFDT regrette également que le financement ne soit plus principalement pris en charge par les entreprises qui font le plus subir de pénibilité à leurs salariés. Ce dossier a été mal géré depuis le début. Il est certes complexe, mais jamais son sens n’a été expliqué, alors qu’il s’adresse à des salariés qui meurent plus tôt ou vieillissent en mauvaise santé à cause de leurs conditions de travail.

Une information judiciaire vient d’être ouverte dans l’affaire Business France, qui était alors dirigé par Muriel Pénicaud, l’actuelle ministre du Travail. Peut-elle toujours mener les discussions ?
Mon appréciation de la ministre du Travail n’a pas changé depuis sa nomination, c’est quelqu’un qui connaît bien ses sujets. Pour le reste, je n’ai aucun commentaire à faire.

Vous attendez-vous à une rentrée sociale agitée ?
Je me demande surtout si le gouvernement va enfin développer un discours d’empathie et prendre des mesures concrètes envers ceux qui souffrent le plus dans la société. Va-t-il lutter contre la pauvreté, contre la précarité, contre les inégalités territoriales, contre les conditions de logement dégradées ? Deux millions d’enfants grandissent sous le seuil de pauvreté, de nombreux jeunes vivent un parcours du combattant pour entrer sur le marché du travail… J’attends des mesures concrètes. Pour l’instant, j’observe un déséquilibre dans la politique du gouvernement, qui envoie trop de signaux qui ne vont pas dans le sens de la justice sociale. Je dis attention ! Il n’y a aucun projet en faveur de la jeunesse, du renforcement des services publics dans les zones rurales. J’ai proposé au Premier ministre une incitation forte des entreprises à intégrer des demandeurs d’emploi longue durée. Même si la situation économique s’améliore, ceux qui sont au bord du chemin vont avoir du mal à se relever. La question des inégalités sociales et territoriales est posée au gouvernement, ce doit être la priorité.

Comment jugez-vous les deux premiers mois de la présidence Macron ?
Force est de constater qu’en politique étrangère et européenne, les choses avancent et c’est bon signe. La volonté de faire face aux transitions écologiques et numériques me semble bienvenue. Mais nous sommes dans une période politique nouvelle, je pense que l’enjeu des prochaines semaines est de ne pas oublier de mener des politiques à hauteur d’hommes, qui soient comprises par tous afin que l’espoir ne cède pas la place à la défiance et à la déception. J’ai dit au président de la République que nous étions sur une poudrière. Les inégalités et les mécontentements qui se sont manifestés lors des élections n’ont pas baissé. L’équité et la justice seront les juges de paix.

Les sympathisants CFDT ont massivement voté pour Macron. Cela vous condamnerait-il pas à une certaine bienveillance ?
Ni allié docile, ni opposant de principe. C’est la ligne que j’ai définie dès le lendemain de l’élection. Nous serons exigeants et constructifs.

Les partis traditionnels sont à terre. Les organisations syndicales seront-elles les prochaines victimes de l’effet Macron ?
Je suis convaincu depuis longtemps que le syndicalisme sera soumis aux mêmes tensions, à la même défiance, que toutes les institutions. Comme les autres, il est mortel. Il doit faire sa mue et prouver son utilité. Si la CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le privé, c’est sans doute car elle répond aux préoccupations des travailleurs. La CFDT ne transigera pas sur ses valeurs d’émancipation, de démocratie et de justice sociale - elle l’a montré dès le soir du premier tour ; et si elle reste en même temps capable de faire face aux attentes des travailleurs, alors elle a de beaux jours devant elle.

La hausse de la CSG a été confirmée pour financer la suppression des cotisations salariales sur l’assurance-maladie et l’assurance-chômage. Cette mesure vous satisfait-elle ?
Nous sommes favorables à un transfert de plusieurs cotisations, notamment celles pour les familles, vers la CSG. Mais nous sommes réservés sur le fait que l’assurance-chômage bascule vers la CSG. Je ne crois pas que la CSG puisse financer un revenu de remplacement comme l’allocation chômage. Nous voulons une complémentarité entre l’Etat et les partenaires sociaux pour gérer l’assurance-chômage. Le risque est grand que l’indemnisation des chômeurs baisse. Je suis inquiet pour leurs droits.

Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a déclaré « sortons une fois pour toutes de la lutte des classes ». Partagez-vous son injonction ?
Le terme « lutte des classes » ne me semble pas adapté à la réalité d’aujourd’hui. En revanche, que les intérêts diffèrent entre ce qui relève du capital et du travail, entre ce qui relève de l’employeur et des travailleurs, c’est certain. D’ailleurs une société qui n’accepterait pas des intérêts divergents en son sein et qui ne s’organiserait pas pour qu’ils se confrontent afin de trouver des compromis se trouverait dans une impasse démocratique.

CET ÉTÉ ENCORE, LES DROITS DES TRAVAILLEURS SAISONNIERS NE SONT PAS EN VACANCES !

Cela fait maintenant 19 ans que la CFDT multiplie les rencontres et les initiatives à destination des travailleurs saisonniers. Venir les informer sur les plages ou dans les champs de fruits et légumes tout au long de l’été est ainsi devenu au fil des ans (depuis 1999 !) un rendez-vous incontournable et apprécié par nos militants, au service des saisonniers.

L’objectif de ces échanges : lutter contre la précarité et les abus dans les conditions de travail, développer l’accompagnement pour valoriser leurs parcours et leur permettre d’évoluer professionnellement afin de réussir à se stabiliser et leur permettre de « Bien vivre la saison » en étant informés et accompagnés et les aider à faire respecter leurs droits : avoir accès à un logement décent,  garantir le paiement de leurs heures supplémentaires, le droit  aux temps de repos…

Saisonniers CFDT logo

Les principaux secteurs d’activité concernés par le travail saisonnier sont notamment l’agriculture avec pas moins de 800 000 contrats saisonniers signés chaque année et les hôtels, cafés et restaurants qui avec l’activité touristique recrutent près de 430 000 contrats saisonniers par an. A noter que dans le thermalisme, 10 000 emplois sont saisonniers sur les 14 000 de la branche.

Les travailleurs saisonniers sont la plupart du temps en transition entre le milieu scolaire et professionnel, entre 2 emplois ou encore entre 2 territoires. Souvent, ils connaissent mal leurs droits, et subissent des abus de certains patrons : mauvaise qualité de l’hébergement, contrats de travail qui ne respectent pas les conventions collectives, voire même absence de contrat. De même, le salaire n’est pas toujours à la hauteur du travail fourni. J’ai cet exemple en tête d’une jeune étudiante qui faisait la saison l’an dernier dans une boutique de souvenirs à Pornic, qui nous avait expliqué avoir été recrutée un mois avant, et n’avoir pas encore obtenu de contrat de travail. Ce qui m’a frappé c’était ce sentiment de découragement qu’elle ressentait, parce qu’elle était certaine de n’en obtenir aucun au final, la CFDT de Loire Atlantique l’a accompagné tout au long de la saison pour faire face à ces difficultés.

photo saisonniers 1

Cette campagne saisonniers, c’est aussi la possibilité pour la CFDT de rencontrer tous ces patrons de TPE qui, parfois par simple méconnaissance du droit, ne proposent pas des conditions d’accueil correctes pour les travailleurs saisonniers et de les sensibiliser à ces questions.

Cette année,  la CFDT sera par exemple présente à Noirmoutier, à Boulogne-sur-Mer, à Narbonne Plage mais également au Parc Astérix ou dans les champs du Limousin lors de la cueillette des pommes.. Ce sera également l’occasion pour les militants de la CFDT d’échanger avec les vacanciers sur la situation des travailleurs saisonniers pour leur faire prendre conscience que le contexte de vacances et de loisirs ne peut être une excuse pour déroger aux droits des salariés.

Cette année encore, ce sont plus de quatre-vingts actions qui sont organisées dans toute la France. La CFDT sera donc aux côtés des travailleurs saisonniers pour faire respecter leurs droits, tout au long de l’été partout sur le territoire. 

Interview au Figaro le 28/06/2017

Le projet de loi d’habilitation vous convient-il ?

Le projet de loi d’habilitation reprend le cadre dans lequel les discussions s’opèrent : je rappelle que toutes les mesures proposées dans ce projet ne seront pas forcément dans les ordonnances. Ceci étant dit, nous n’étions pas demandeurs d’une nouvelle réforme du Code du travail mais la méthode de la concertation choisie par le gouvernement nous convient. Elle permet de réagir aux propositions et de faire valoir nos contre-propositions. Est-ce que la règle du jeu sera respectée jusqu’au bout ? Nous ne sommes ni dans la confiance absolue, ni dans la défiance généralisée. Nous jugerons sur pièce à la fin du processus.

Quelles sont vos lignes rouges ?

La CFDT ne fonctionne pas tant en terme de lignes rouges que de propositions et d’alerte. Le syndicalisme n’est pas une force de témoignage, mais une force de propositions et de contre-propositions. Les sujets abordés sont complexes et les réponses ne peuvent pas être binaires. Notre objectif est de d’obtenir toujours plus pour les travailleurs. Entre les points d’accord et de désaccord,  nous jugerons l’équilibre global.

Quels sont les aspects positifs ?

Le renvoi de la négociation à l’entreprise sur certains sujets et le renforcement du rôle des branches sont une bonne chose. Il faut permettre aux entreprises de négocier les sujets qui visent l’organisation du travail. Et les six domaines sur lesquels les négociations doivent être menées au niveau de la branche doivent être conservés (salaire minimum, classification professionnelle, protection sociale complémentaire, formation, pénibilité et égalité professionnelle femmes hommes). Nous voulons en ajouter un septième : la qualité de l’emploi qui inclut les négociations sur le temps partiel À 24 h. Un autre point à creuser est le «chèque syndical» en entreprise qui vise à offrir aux salariés la possibilité d’adhérer à un syndicat de leur choix avec des ressources financées par l'employeur. Par ailleurs, nous soutenons tout ce qui sera fait pour accroître la possibilité d’expression des salariés sur leur travail.

Il y a quand même des points qui vous gênent…

Oui et nous y serons très attentifs. Si on veut renforcer le dialogue social, il faut renforcer le fait syndical. Des accords en entreprise ne doivent pouvoir être négociés et signés que par le représentant d’un syndicat. Il n’est pas question que des élus (délégué du personnel, membres du comité d’entreprise ou du CHSCT) non mandatés par un syndicat puissent le faire, en tout cas dans les entreprises de plus de 11 salariés. Nous serons aussi vigilants, si cette option est retenue, sur l’instance unique : elle devra pouvoir ester en justice, conserver les prérogatives des instances qu’elle remplace (DP, CE et CHSCT), traiter des questions de conditions de travail, d’hygiène et de sécurité, renforcer le droit d’expertise et demeurer une instance de proximité. Et, nous proposons qu’une telle évolution ne puisse intervenir que si les syndicats et les directions le décident par accord majoritaire.

Avez-vous évolué sur le plafonnement des indemnités prud’homales ?

Nous restons en désaccord avec cette mesure. On nous dit que les dommages et intérêts obtenus aux prud’hommes en France en cas de licenciement abusifs sont les plus élevés d’Europe. Mais les indemnités légales, qui sont le socle quand un salarié est licencié, sont parmi les plus basses! C’est pourquoi nous demandons leur augmentation. Je rappelle aussi que les délais de recours aux prud’hommes ont déjà été raccourcis en 2013. Et que des erreurs sur le formalisme peuvent aussi servir à cacher des problèmes sur le fond.  Enfin, nous voulons que les licenciements économiques soient validés en prenant en compte la santé de l’ensemble du groupe multinational, et non en se limitant à l’état de la filiale française.

Le gouvernement réfléchit à l’option de décaler dans le temps la mise en place des accords majoritaires. Qu’en pensez-vous ?

Je partage la volonté de Muriel Pénicaud de revoir les modalités du dialogue social pour le renforcer. Mais ce projet ne peut fonctionner que si on permet au syndicalisme de faire sa mue. Le fait que les accords, pour être validés, soient signés par des organisations ayant recueillies au moins 50% des voix aux élections (et non plus 30%) est un pas capital. Ces accords majoritaires doivent devenir la norme en 2019, nous ne souhaitons pas à priori changer de calendrier.

Comment analysez-vous le climat social ?

Le climat sociétal, politique et social est tendu : une vraie poudrière ! C’est la première chose que j’ai dite à Emmanuel Macron lors de notre rencontre. Les difficultés sociales sont toujours là et les Français expriment le besoin d’avoir plus de prise sur leur travail. Il faut redonner de la respiration à la société, recréer des marges de manœuvre au plus près des citoyens et des salariés. Les réformes sont nécessaires pour s’adapter aux révolutions numériques, écologiques, à la mondialisation. Mais il ne faut pas que cela se fasse sur le dos de travailleurs. C’est pourquoi je me réjouis que le contrat de chantier reste borné par les branches. Sinon, cela aurait été un mauvais signal.

La CPME dit que vous avez trouvé un accord sur le compte pénibilité. Est-ce exact ?

Une organisation n’a pas à s’exprimer au nom d’une autre et je n’ai rien conclu avec François Asselin, le président de la CPME! Les salariés qui voient leur espérance de vie altérée par leurs conditions de travail doivent avoir une juste réparation. Il faut aussi entrer davantage dans une politique de prévention. Pour les trois critères ergonomiques de pénibilité, on peut regarder à nouveau les choses pour que la mise en œuvre soit simplifiée sans revenir sur l’objectif. Mais les six autres critères doivent s’appliquer comme le prévoit la loi. Sur ce point, le patronat doit arrêter de pleurer et assumer ses responsabilités !

Emmanuel Macron vous aurait menacé d’étendre la moralisation de la vie politique encours à la vie syndicale si vous ne soutenez pas sa réforme ?

C’est du grand n’importe quoi. Jamais le président, ou son entourage, n’en a parlé lors de notre entretien. Et s’il l’avait fait, je l’aurai dénoncé. Ceci dit, La CFDT n’a rien à cacher et encore moins à craindre d’une opération de transparence ou moralisation.

propos recueillis par Marc Landré, Cécle Crouzel et Manon Malhère

Invité de la matinale d'Europe 1 le 28/06/2017

Retrouvez mon interview par Thomas Sotto sur les réformes du code du travail prévues par le gouvernement.

 


Laurent Berger sur la loi Travail: "Etre dans... par Europe1fr

La CFDT réfléchit à l'industrie du futur

Le 20 juin dernier, la CFDT organisait une deuxième journée d’ateliers autour de l’industrie du futur : une centaine de militants sont venus échanger et réfléchir sur les mutations qui traversent l’industrie, mais surtout sur les moyens de les anticiper et de les sécuriser. 

L’industrie se transforme au gré des innovations techniques et technologiques : le numérique et toutes les technologies qui en dérivent, l’automatisation et la robotisation, les imprimantes 3D, l’internet des objets, la réalité augmenté… La liste est longue et n’a pas fini de s’allonger. Les techniques de production évoluent à une vitesse considérable. 

On parle de fabrication par imprimante 3D des équipements industriels, de production de textile connecté dédié à la santé personnelle, de fabrication de pièces composites à grande cadence (technique qui permet de réaliser en une seule étape des sous-ensembles complexes dans des temps de cycle plus courts)…

Les activités des entreprises deviennent, par là même, de plus en plus complexes, de plus en plus diversifiées si bien que la distinction entre service et industrie n’est plus si évidente et n’a plus forcément de sens.

Au-delà de ces évolutions, nous devons encourager la nécessaire transition écologique, nous tourner vers une industrie plus propre, respectueuse des travailleurs, de la planète et des générations futures. C’est d’abord une question d’avenir de l’humanité. C’est également une opportunité de compétitivité. 

Ces transformations ne sont pas sans risque. Mal préparées, elles peuvent être synonymes de perte d’emploi, de creusement des inégalités entre les travailleurs ou de polarisation des compétences. Il ne s’agit pas de les minimiser. 

Mais l’industrie du futur c’est également l’opportunité de produire mieux, dans de meilleures conditions.  La possibilité de se tourner vers une économie de la qualité, une économie durable. Les premiers ateliers de l’industrie du futur nous ont permis d’identifier ces perspectives : ré-industrialisation, création d’emploi moins délocalisables et moins pénibles, valorisation des collectifs de travail, organisation plus horizontale, parcours professionnels plus riches … 

La CFDT veut saisir les opportunités qu’offre l’industrie du futur, contribuer à leur réalisation, pour qu’elles profitent à tous et pas uniquement à un petit nombre. Il n’y aura pas d’industrie du futur si l’humain n’est pas placé au centre de ces transformations. 

 

Le cœur de l’industrie du futur, ça ne doit pas être la technologie mais le travail et les compétences. 

La poursuite d’un modèle low cost basé sur la concurrence par les couts n’a pas d’avenir. C’est en adoptant un nouveau modèle de production fondé sur la qualité, l’innovation, l’initiative des salariés que nous concilierons demain compétence économique et progrès social. 

Pour créer les conditions d’une transition favorable à tous, la formation et l’accompagnement des salariés seront des éléments décisifs. Mais c’est aussi grâce au dialogue social à tous les niveaux, que nous réussirons à mener ces transitions.

Dans les entreprises, dans les bassins de vie, au plus près des réalités des travailleurs, le dialogue social doit permettre d’identifier la diversité des intérêts et des besoins, de les confronter et enfin de proposer des solutions concertées et adaptées au territoire. C’est par le dialogue social que nous saurons proposer avec les travailleurs des  alternatives crédibles et désirables qui ne laissent personne sur le bord du chemin

Avec les ateliers de l’industrie du futur, la CFDT regarde la réalité du travail et ses évolutions. La CFDT regarde vers l’avenir car elle veut contribuer à le construire et l’orienter vers davantage de justice sociale. 

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !