Interview au journal "La Vie" - 14 avril 2017

La Vie

 

« A la CFDT, nous prenons clairement position contre Marine Le Pen »

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, Laurent Berger, le patron de la CFDT - désormais premier syndicat de France dans le privé - s'inquiète de la montée du vote FN. Et aucun candidat ne trouve grâce à ses yeux.

Propos recueillis par Laurent Grzybowski et Pascale Tournier

Suite aux dernières élections professionnelles, la CFDT est devenue le premier syndicat au niveau national dans le secteur privé, devant la CGT. Est-ce une révolution ?

Nous vivons un moment historique parce que la CGT a toujours été la première centrale de ce pays. Et maintenant, dans le privé, c’est nous. C’est une reconnaissance du travail quotidien effectué par des milliers de militants de la CFDT, pour défendre leurs collègues. C’est important de le relever car nous avons besoin aujourd’hui d’une société qui se mette en mouvement. C’est cela qui nous manque. La campagne présidentielle en est la preuve.

Qu’est ce que cette situation va changer ?

Il y a de la place pour un syndicalisme qui regarde la réalité en face, mais qui s’engage pour essayer de la transformer plutôt que de rester dans le commentaire ou la simple contestation. Ma plus grande fierté aujourd’hui, ce n’est pas d’être premier, mais que notre organisation n’ait jamais dérivé sur ses valeurs. Quelles qu’aient été les formes de xénophobie, de rejet de l’autre, nous n’avons jamais été pris à défaut. C’est l’aboutissement d’une autre forme de syndicalisme, né en 1919, qui n’a jamais cessé de remettre en cause son fonctionnement, notamment ces quinze dernières années.

Vous avez des exemples concrets ?

Nous avons fait beaucoup d’efforts pour nous implanter dans les petites entreprises. Nous avons mis beaucoup d’énergie à accompagner nos militants, notamment à travers des formations. Nous avons développé des "enquêtes flash" adaptées à chaque entreprise pour écouter la vie des salariés afin d’établir nos plans d’action. Notre syndicalisme n’est pas le fait de dogmes, mais se construit à partir de la vie réelle des travailleurs.

Est-ce votre ligne réformiste qui l’a emporté ?

Oui. C’est un syndicalisme qui dit la vérité, ne tremble pas quand il faut assumer des choix difficiles. Je suis nourri au collectif, donc je ne ramène jamais les choses à moi, mais je ne vais pas vous cacher qu’après le printemps que j’ai vécu avec la loi Travail et avec toutes les insultes que j’ai reçues, c’est plutôt satisfaisant que les salariés nous fassent de plus en plus confiance. Il y a l’écume des choses et il y a la vague. L’écume c’est ce qu’on commente et qui n’a pas beaucoup d’intérêt. La vague, c’est l’attente profonde des salariés qui attendent de notre syndicat un changement pour de vrai. Nous allons continuer à montrer ce que doit être le syndicalisme. Dans cette optique, nous allons rassembler 10 à 15 000 militants le 3 octobre à Paris.

Quel sera le but de ce rassemblement ?

Relancer une dynamique collective avec trois appels, notamment aux politiques : pour transformer la société ils doivent compter sur le syndicalisme et l’action collective. Aucun homme providentiel ne peut faire face aux défis actuels. Quand j’entends dire Monsieur Mélenchon qu’il abrogera tous les accords dans les entreprises, parce que le code du travail s’appliquera à tous de manière uniforme, cela m’inquiète énormément. C’est l’inverse de la société que je veux contribuer à construire : une société qui se met en mouvement où chacun cherche à construire du progrès.

Quels autres appels lancerez-vous ?

Nous dirons au patronat que le syndicalisme n’est pas un mal nécessaire mais une chance, qu’il est une opportunité de performance sociale et économique. Et puis, nous lancerons un appel aux autres organisations syndicales dites « réformistes », la CFTC, l’UNSA et la CGC s’ils le veulent, en leur suggérant de travailler encore plus souvent ensemble pour creuser ce syndicalisme attendu par les salariés.

 

Quel bilan tirez-vous de la loi Travail ?

Il reste encore un peut tôt pour se prononcer, mais le bilan est déjà positif. Les droits nouveaux sont en train de se mettre en place. Je suis effaré que le Compte personnel d’activité (CPA) pour la sécurisation des parcours professionnels ne soit pas au cœur du débat présidentiel. On peut citer la garantie jeune qui accompagne les 16-25 ans les plus vulnérables sur le marché du travail. Nous avons des retours très positifs. Sur les négociations d’entreprise, les choses avancent avec des accords d’entreprise positifs pour les salariés.

Comment expliquez-vous ces débats passionnés autour de la loi Travail ?

Notre pays se nourrit de symboles : la loi Travail est devenue une ligne de démarcation. Ceux qui veulent abroger cette loi s’appellent Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon. L’une parce qu’elle ne croit pas au syndicalisme, l’autre parce qu’il est sur une ligne populiste : un dirigeant, un peuple, et qu’il nie le fait que notre société a besoin de se mettre en mouvement. Or, elle se compose de corps intermédiaires qui permettent à chacun de participer et de peser sur les décisions prises collectivement. Je crois à la démocratie participative pour faire avancer le bien commun. On ne peut pas tout attendre du politique.

Comment prenez-vous en compte les rapports d’exploitation ou de domination qui peuvent aussi exister dans le monde du travail ?

L’enquête « Parlons travail » que nous avons publiée en mars dernier montre que 77 % Français aiment leur travail. Bien sûr, nous ne sommes pas dans le monde des bisounours, que décrit un certain patronat qui explique que le patron est là pour faire le bonheur des salariés. 74 % d’entre eux souhaiteraient plus d’autonomie et moins d’encadrement. La moitié considère que leur charge de travail est excessive et 35 % que leur travail nuit à leur santé, voire même les délabre. Ils veulent donc pouvoir en parler et être écoutés. 73 % des répondants veulent participer davantage aux décisions importantes qui affectent leur entreprise. On découvre dans cette enquête, que l’organisation du travail est la question centrale qui détermine le bien-être ou le mal-être des salariés. Il faut donc du dialogue et partir des réalités vécues. Cela ne se décrète pas d’en haut, mais se construit avec les personnes concernées. C’est ça la loi Travail.

La question du travail est-elle correctement abordée au cours de la campagne ?

Le sujet est abordé sous des prismes souvent très réducteurs. Je pense notamment à la loi Travail ou à la question du temps de travail qui, d’après notre enquête n’est pas la question centrale pour les salariés. Ils veulent rester à une durée légale de 35h.

Comment réagissez-vous à la position d’Emmanuel Macron qui veut réformer le code du travail par ordonnance ?

Il méprise l’article 1 de la loi Larcher qui prévoit que toute réforme du code du Travail doit faire l’objet d’une négociation. Vouloir réformer le marché de cette manière est contraire à la vision de la CFDT. D’autre part, il estime que les syndicats n’ont pas à concourir à l’intérêt général et les renvoie donc à la négociation d’entreprise. Nous ne sommes évidemment pas d’accord. Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon considèrent de leur côté que la négociation est un risque pour les travailleurs et qu’il faudrait tout cadrer au niveau national. Je n’approuve pas davantage.

François Fillon veut porter l’âge du départ à la retraite à 65 ans. Votre position ?

Nous sommes contre une réforme paramétrique qui consisterait à jouer sur l’âge, parce que les réformes successives des retraites, depuis 2003, produisent des résultats. Progressivement, nous allons vers l’équilibre. On peut encore rendre le système plus juste pour ceux qui ont des carrières hachées, démarrent tôt, ont des périodes de chômage, notamment pour les femmes. On peut travailler sur le qualitatif pas sur le paramétrique. Mais mettre la retraite à 65 ans pour tout le monde, c’est une méthode à la Brutus. Cela n’a aucun intérêt.

Avez-vous un candidat préféré ?

Nous ne donnons aucune consigne de vote. En revanche, nous avons clairement pris position contre Marine Le Pen et publié un argumentaire pour nos militants. Tant sur la construction européenne qui nous semble indispensable, que sur l’égalité hommes/femmes (salaire maternel pour renvoyer les femmes à la maison) ou sur la question des migrants. Nous refusons toute forme de xénophobie. A la différence d’autres instances comme le MEDEF, nous n’avons jamais invité le FN à nos rencontres. Du coup, on outille nos militants pour aller à la rencontre des salariés. Le programme du FN nous conduirait dans une impasse économique, sociale et démocratique. Notre vivre ensemble s’en trouverait aussi fragilisé.

Vous êtes engagés sur la question des migrants. Ce n’est pas banal pour un syndicat….

On travaille avec certaines entreprises, on travaille avec France terre d’asile avec le dispositif duo demain. Mais ces initiatives restent invisibles. Personne ne souhaite trop que cela se sache. On préfère surfer sur des trucs qui ne vont pas bien, alors que des actions positives se passent.

Cette thématique est-elle aujourd’hui traitée sérieusement ?

Le démantèlement de Calais a été bien fait. Des maires ont eu du courage dans leur politique d’accueil. Mais l’Europe avec cet accord indigne avec la Turquie et la France n’est pas à la hauteur de son devoir de fraternité.

La France a un devoir d’accueil mais aussi d’intégration pour les réfugiés. Il est important de se rendre compte qu’on ne migre pas par choix. Les gens qui arrivent aux frontières de l’Europe, y arrivent par nécessité : Ils fuient la guerre, la misère… Traiter des enjeux des migrations demande du courage, des convictions et de l’objectivité. Pour la CFDT, il est urgent qu’une politique européenne globale soit mise en place pour répondre à la crise migratoire.  Il faut bien évidemment aussi traiter les causes, qui font que des millions de gens sont obligés de quitter leur pays, par des politiques de développement et de fin des conflits. Il faut répondre à cette crise par une approche humanitaire.

L’Europe est-elle trop oublié dans la campagne ?

Oui. Pourtant, le vrai sujet est : va-t-on construire une Europe beaucoup plus humaine, ou va-t-on la laisser décliner ? Quand, lors du débat Emmanuel Macron dit à Marine Le Pen ma région d’origine est peuplée de cimetières. Elle dit : ce sont des vieux lieux communs. Ce n’est pas vrai. Aujourd’hui la paix n’est plus acquise.

Pourriez-vous être tenté de basculer en politique ?

Les secrétaires généraux de la CFDT se sont engagés à ne pas le faire. Cela brouillerait le message. Surtout, on ne fait pas le même job. Ce n’est pas le même ressort. Le mien est collectif.

 

Face au déclinisme : portons un message de progrès

Hier s’achevait notre cycle de réflexion des Entretiens de Belleville dédié aux populismes. Tout au long de la campagne présidentielle, la CFDT a organisé une série de conférences pour mieux comprendre le phénomène populiste, ses origines, et réfléchir à la façon d’y faire face collectivement. Je remercie les experts et les intellectuels qui sont venus partager leur analyse de la situation durant ces quatre tables rondes. Le dernier opus, auquel je participais aux côtés de Daniel Cohen,  portait sur le progrès et les possibilités de reconstruire un projet de société attractif.

Car il est vrai que nous vivons une période mouvementée. La crise économique et sociale perdure. Notre modèle de production est percuté de toute part et la précarité s’installe. Ces difficultés structurelles se muent petit à petit en crise démocratique dont les premiers symptômes sont la défiance envers les institutions, envers les représentants politiques, et la résurgence des idéologies extrêmes.

Ces populismes de tout poil prospèrent sur un sentiment d’abandon et de déclassement. Dans certaines villes, les gens voient s’éloigner les services publics, fermer des commerces de proximité ou des entreprises. Au cœur de ces mutations très rapides, beaucoup se sentent désarmés et livrés à eux-mêmes. La mondialisation et l’ouverture des marchés ont créé beaucoup de richesses et nous ont ouvert de nouveaux horizons. Mais la redistribution équitable de ces richesses n’a pas suivi et aujourd’hui les inégalités continuent de se creuser.  

Face à l’angoisse et à la colère légitimes, il est tentant de céder aux sirènes d’un discours qui flatte nos plus bas instincts et qui promet monts et merveilles sur le plan social. Pourtant il ne faut pas s’y méprendre, les populistes dressent les peuples les uns contre les autres et réduisent la justice sociale à un principe d’identité ou d’appartenance à un groupe. Comme nous l’expliquait Pierre Rosanvallon lors de la 1ère conférence des entretiens de Belleville, les extrêmes veulent saper toute forme de représentation autre que celle incarnée par un leader charismatique, toute autre forme de légitimité démocratique, tout contrepouvoir. Ce sont des idéologies violentes et dangereuses pour notre démocratie et pour la paix sociale.

Dans ce contexte, il devient pressant de reconstruire un projet collectif qui donne envie de vivre ensemble, envie de faire société sans laisser de côté les plus fragiles. 

Engageons-nous dans la transition vers un mode de développement basé sur la qualité plutôt que la quantité. Qualité de notre production, qualité de nos emplois, qualité des relations humaines. « Du mieux pour tous plutôt que du toujours plus pour quelques-uns ».

Et pour réussir cette transition nous devons partir des attentes des gens, de leurs aspirations et non leur dire quoi faire. Le chemin du progrès est aussi important que son résultat. Nous voulons une transition juste où chacun peut se retrouver et participer à des choix collectifs. Cela passe bien-sûr par la concertation et le dialogue respectueux entre tous les acteurs intéressés. 

Nous sommes maintenant à quelques jours du 1er tour des élections présidentielles. La menace frontiste est réelle, mais la victoire du FN n’est pas une fatalité. En se mobilisant, la société civile peut lui faire barrage. Nous pouvons porter un modèle de société basé sur le vivre ensemble et l’émancipation de tous.

Le dialogue, la démocratie, l’attention portée à chacun et le souci du collectif doivent être nos priorités. En suivant ce chemin, je suis convaincu que nos chances de progrès sont réelles. 

Retrouvez les replays des "Entretiens de Belleville":

Janvier : https://video.cfdt.fr/portail/web-tv/navigation-principale/communication/-replay-les-entretiens-de-belleville-populismes-1-srv1_408003

Février : https://video.cfdt.fr/portail/web-tv/navigation-principale/communication/-replay-les-entretiens-de-belleville-populismes-2-srv1_416845

Mars : https://video.cfdt.fr/portail/web-tv/navigation-principale/communication/-replay-les-entretiens-de-belleville-populismes-3-srv1_416846

Avril : https://video.cfdt.fr/portail/web-tv/navigation-principale/communication/-replay-les-entretiens-de-belleville-populismes-4-srv2_420256

Merci !

Jeudi 30 mars j’étais à Arras pour un rassemblement des élu-e-s CFDT des Hauts de France. Ils étaient plus de 1 000 militants et militantes du Nord Pas-de-Calais et de Picardie présents sous le soleil arrageois. J’ai été frappé par leur enthousiasme et leur énergie.

Laurent Arras

Tout au long de cette journée chacun et chacune d’entre eux m’ont témoigné leur fierté d’être à la CFDT. Ils m’ont rappelé les difficultés rencontrées dans leur quotidien, mais ils ont surtout souligné leurs victoires. Et elles sont nombreuses. Leurs actions ne font pas la une des médias, ce ne sont pas celles dont on parle au quotidien, mais ce sont celles qui font le syndicalisme CFDT.

A travers eux c’est l’ensemble de l’action des délégué-e-s syndicaux, des délégué-e-s du personnel, des élu-e-s des comités d’entreprises et des élu-e-s dans les CHSCT que je veux saluer et remercier. Ce sont les élu-e-s qui font vivre notre syndicalisme tous les jours, dans les entreprises et les administrations. C’est eux qui sont au quotidien auprès des salariés pour écouter leurs attentes et relayer leurs difficultés, c’est eux qui font des propositions pour améliorer la situation de chacun et c’est encore eux qui s’engagent pour obtenir des résultats. Et taper du poing sur la table, lorsque c’est nécessaire.

Et les salariés leur font confiance ! Ils nous ont apporté leur voix et ont fait de la CFDT la première organisation syndicale dans le privé de notre pays. C’est historique ! Il ne faut pas avoir peur de le dire. C’est aussi une grande responsabilité qui nous incombe désormais.

Je sais que je peux compter sur chacun-e-s des militants CFDT pour faire le boulot : les élu-e-s et les mandaté-e-s qui avec conviction, contribuent à rendre la vie des gens meilleure et à remettre la solidarité au cœur de notre société.

Les militant-e-s donnent le meilleur à voir du syndicalisme. Un syndicalisme de l’espoir pour l’avenir,  celui qui sait que « changer le travail, c’est changer la société ».

Des avancées concrètes ils en obtiennent tous les jours : les militants de Toyota que j’ai rencontrés m’ont parlé de l’expérimentation sur la qualité de vie au travail qui a été mise en place. Les salariés ont été invités à recenser les anomalies constatées sur les lignes d’assemblage, dans l’objectif que leur soit redonné de l’autonomie dans leur poste de travail. Au final ce sont de meilleures conditions de travail, et plus de sécurité pour les salariés qui ont été obtenues !

Alors nous allons continuer à faire ce que nous savons faire : Parlons travail et allons à la rencontre des salarié-e-s pour valoriser davantage nos actions et nos victoires.

Nous pouvons être fiers de ce résultat ! C’est le leur!

Alors à tous et à toutes, je le dis : merci ! 

La CFDT devient 1ère organisation syndicale dans le secteur privé !

Ce vendredi 31 mars 2017, la CFDT est officiellement devenue la 1ère organisation syndicale dans le secteur privé pour la première fois de son histoire. A cette occasion, j'ai souhaité adresser un message à tous les militants et adhérents de la CFDT. 

 


La CFDT premier syndicat dans le secteur privé par CFDT_TV

A Roanne, une usine sauvée et un travail régénéré grâce au dialogue social

L’équipe CFDT de Michelin à Roanne a beaucoup fait parler d’elle en 2015 lorsqu’elle a négocié un Pacte d’avenir qui a permis de sauver le site. Mais avant notre rencontre dans leur usine ce mardi 21 mars, je n’avais encore jamais eu l’occasion de discuter avec ces militants. Ce que j’ai découvert chez eux est venu illustrer concrètement ce que les chiffres de Parlons travail ont révélé la semaine dernière.

Pour comprendre ce qui s’est passé dans leur usine, il faut remonter en janvier 2014, lorsque l’intersyndicale écrit à la direction de Michelin, inquiète pour l’avenir du site de Roanne suite à un Comité central d’entreprise et échaudée par le PSE de Joué-les-Tours qui avait entrainé 706 suppressions de postes. Après un silence de 6 mois, la direction accepte d’entamer la discussion et de lancer un état des lieux industriel inédit avec les organisations syndicales : la transparence atteint un niveau jamais vu en échange d’une confidentialité totale. Un travail en pleine confiance se met en place entre les acteurs. Ce travail, et la négociation qui suit, va durer 9 mois et aboutit à la signature par la direction et trois syndicats (dont la CFDT) d’un Pacte d’avenir.

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Ce pacte a été validé par 95 % des salariés lors d’un référendum organisé par les syndicats à l’extérieur de l’usine (contre l’avis de la direction). Il prévoyait un investissement de 80 millions d’euros, dont 2 millions destinés à la qualité de vie au travail, et une réactivité plus forte avec le passage à une activité 7 jours sur 7 (contre 6/7 jusque-là).

Deux ans plus tard, la satisfaction est quasi générale au sein de l’usine et de la section CFDT. L’investissement est bien au rendez-vous (et même plus rapidement que prévu) avec de nouvelles machines permettant la fabrication de pneus ultra haute gamme (secteur en croissance de 6 %). Douze machines ont déjà été installées depuis septembre 2016 et une nouvelle machine arrive toutes les trois semaines.

Ces nouvelles machines ont entrainé un changement de procédé de fabrication dans la moitié de l’usine. Il a donc fallu que la moitié des salariés change de métier en quelques mois. Cela faisait partie du plan d’investissement et 400 d’entre-eux ont suivi une formation lourde. Les militants CFDT voient d’un bon œil ces changements : « il y a davantage de diversité et d’intérêt sur ces nouveaux postes, on n’est plus des robots qui répétons 400 fois le même geste dans la journée. Cela a permis des évolutions personnelles très appréciées. »

Le pacte d’avenir prévoyait aussi une action importante pour la qualité de vie au travail. La partie la plus visible est l’ouverture d’un restaurant d’entreprise au début du mois. Il est déjà plébiscité avec plus de 100 utilisateurs quotidiens, alors qu’une cinquantaine était attendue. De nombreux espace ont également été complètement rénovés : vestiaires, toilettes…

Mais où le changement est le plus profond, c’est avec l’implication des salariés dans les décisions qui les concernent. Les nouveaux postes de travail ont par exemple été réfléchis avec les salariés, l’ergonome et le CHSCT. « Ce n’est pas le chef qui décide seul de l’organisation du poste de travail, si le salarié a une solution qui va lui faciliter le travail, c’est étudié et généralement mis en place, » m’a expliqué Jean-Daniel Béal, le délégué syndical CFDT.  Cette volonté d’associer les salariés pour trouver des solutions ensemble est nouvelle, allant même jusqu’à prévoir un budget pour aménager son poste de travail. Autre changement tout simple qui donne prise aux salariés sur leur organisation : le fait de pouvoir piloter soit même ses congés via un logiciel, ou la possibilité de contacter directement ses supérieurs.

Cette volonté de donner prise aux salariés sur l’organisation de leur travail est saluée par les premiers intéressés mais la direction se félicite aussi de ce choix puisque l’usine de Roanne a désormais le meilleur taux d’engagement des salariés en France. Le dialogue social n’a pas seulement permis de sauver le site, il a aussi profondément modifie les relations au sein de l’entreprise. On y ressent un respect mutuel, malgré les difficultés qui subsistent évidemment ou les intérêts parfois contradictoire. En repositionnant l’usine sur un nouveau secteur pour mieux répondre aux attentes des clients, c’est le travail qui a été remis au centre et avec lui les travailleurs.

Cette rencontre fait écho aux résultats de notre enquête Parlons travail où 73 % des répondants disent vouloir être associés aux décisions qui concernent leur entreprise. L’enquête montre aussi le lien entre autonomie et bien-être au travail. Les premiers retours d’expérience à Roanne semblent bien aller dans ce sens. Gageons que d’autres directions d’entreprises sauront se laisser convaincre de se lancer sur cette voie, tout le monde en ressort gagnant !

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !