[LETTRE OUVERTE] “M. Macron, votre politique contredit l'humanisme que vous prônez !”

Cette lettre ouverte a été publié initialement dans le journale Le Monde daté du 17 janvier 2018. 

Monsieur le Président de la République, de votre projet, nous avions retenu que nous aurions une politique de l’asile stricte, mais exemplaire : que sous votre autorité la France veillerait à ce que le droit d’asile ne soit pas détourné de son objet, et que, dans le même temps, elle accorderait sa protection à celles et ceux qui sont légitimes à la demander.

Les Français pour qui la protection des persécutés ne fait qu’un avec la vocation historique de notre pays pensaient trouver là un motif de fierté. Ils accueillirent donc avec joie votre profession de foi « universaliste » à Orléans le 27 juillet 2017. Ils saluèrent votre promesse d’une France où plus personne ne dormirait « dans la rue, dans les bois » et où l’on ne chercherait plus à dissuader quiconque d’exercer son droit à la protection. Comme ils avaient salué, quelques mois plus tôt, votre coup de chapeau à l’Allemagne de Madame Merkel qui, disiez-vous alors, avait sauvé la « dignité collective » de l’Europe en accueillant plus d’un million de réfugiés. Enfin, ils approuvèrent votre souci de raccourcir les délais de procédure des demandes d’asile. Bref, à leurs yeux comme aux nôtres, et dans une assez grande diversité de sensibilités, votre présidence se plaçait sous les auspices d’un humanisme responsable et assumé.

« Mépris du principe d’accueil inconditionnel »

Nous nous sommes hélas réveillés dans un pays où l’on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais. Où l’on lacère leurs toiles de tente à Paris. Où l’on peut se perdre, pieds et mains gelés, sur les pentes enneigées de la frontière franco-italienne. Où des circulaires cherchent à organiser le recensement administratif dans les centres d’hébergement d’urgence, au risque de décrédibiliser le travail des associations et au mépris du principe d’accueil inconditionnel qui devrait seul régir ces sanctuaires. Où des projets de loi permettront bientôt de priver de liberté pendant 90 jours des femmes et des hommes dont beaucoup n’ont fait l’objet d’aucune mesure d’éloignement du territoire. C’est ainsi que des Erythréens, des Soudanais ou des Syriens, humiliés dans leur pays, torturés en Libye, exploités par des passeurs criminels, terrorisés en Méditerranée et entrés en Europe par la Grèce ou l’Italie, pourraient bientôt être privés de liberté en France.

Que se passe-t-il donc ? Tout porte à croire que les artisans de ces initiatives suivent un raisonnement d’une glaçante simplicité : puisque vous leur avez fait obligation d’appliquer le droit d’asile à 100 %, ils n’ont de cesse de faire baisser la demande en cherchant à dissuader les candidats de venir sur notre sol, voire en les éloignant avant même qu’ils aient pu tenter de faire valoir leurs droits. Pour cela, les moyens ne manquent pas. Ainsi du désormais fameux « règlement de Dublin » qui dispose qu’à l’exception de certaines situations familiales, c’est le pays d’entrée dans l’Union européenne qui a la responsabilité d’examiner les demandes d’asile. En vertu de ce texte qui était resté longtemps sans véritable application, un réfugié du Darfour entré en Europe par l’Italie sans y avoir demandé l’asile, devrait y être rapidement reconduit.

A ce compte-là, il n’y aurait plus de problème, puisque l’écrasante majorité des demandeurs d’asile ne sont pas entrés en Europe par notre pays. Donc, 100 %, oui, mais de pas grand-chose si possible. Le malheur et la guerre grondent aux portes de notre continent, mais nous laisserions ainsi aux Italiens, aux Grecs et aux Espagnols qui n’en ont bien souvent ni les moyens ni le désir, le soin d’être les gardiens exclusifs de nos proclamations d’hospitalité.

Cette logique et les mesures réglementaires qui l’accompagnent ont leur cohérence. Mais nous ne pouvons nous y retrouver, pour au moins deux raisons. La première est qu’elle a de fortes chances de ne pas atteindre ses fins. Si demain des « équipes mobiles » font irruption dans les centres d’hébergement d’urgence pour y recenser les migrants illégaux et autres « dublinés », ils sèmeront le désordre que vous souhaitiez précisément combattre. Car une bonne partie des intéressés iront alors vivre dans les bois et dans les rues, formant de nouveaux campements de fortune sur la voie publique, indisposant les riverains, révoltant les élus, etc. C’est là un bien mauvais calcul.

Pour « une politique commune de l’asile » en Europe

La seconde est que cette logique est en rupture avec l’humanisme que vous prônez. Pire, elle sème dans les esprits le poison du doute : après les centres d’hébergement d’urgence, les forces de l’ordre visiteront-elles demain les hôpitaux, les dispensaires, les écoles… sans se soucier du secret professionnel et de la déontologie des acteurs de terrain ? Telles sont les questions que se posent aujourd’hui des milliers de travailleurs sociaux et des centaines d’associations dont vous aurez besoin demain, parce qu’ils sont bien souvent le dernier rempart contre le malheur et le dénuement, d’où qu’ils viennent.

Pour être fidèle à la lettre comme à l’esprit de votre projet, il importe donc de mettre un terme à ces doutes et de convaincre chacune et chacun que l’exécutif n’a pas un double langage : celui des tribunes et celui de la nuit, celui des professions de foi et celui des intimidations, celui de la générosité publique et celui du zèle bureaucratique. La recherche de l’équilibre est vertueuse, mais on ne peut pas en même temps vouloir et refuser, promettre et dissuader. On peut appliquer les critères de l’asile avec rigueur et promptitude, et le dire, mais on ne peut porter un réel effort d’accueil en offrant simultanément tous les signes du rejet.

Si l’on veut véritablement protéger les persécutés parce qu’ils y ont droit, où qu’ils se trouvent, il convient de se partager cette mission avec ceux des pays européens qui se reconnaissent dans ces valeurs. Dublin a été conçu pour un monde qui n’existe pas ou qui n’existe plus, celui de demandes beaucoup moins nombreuses et géographiquement beaucoup moins concentrées. Face au grand vent de la crise migratoire, il faut bâtir avec ceux de nos partenaires qui y sont prêts un nouvel accord aux termes duquel un office européen des réfugiés accorderait ou refuserait l’asile, à la seule lumière du droit et en toute indépendance, puis répartirait équitablement les réfugiés entre les différents pays participants. Cette politique commune de l’asile, vous en aviez puissamment dessiné les contours durant la campagne, notamment dans votre discours de Berlin en janvier 2017.

Et en attendant qu’un tel cadre soit mis sur pied, il faut s’efforcer d’« être à la hauteur de nos idéaux », pour reprendre vos propres mots. Toute autre voie viendrait ajouter sa pierre au mur d’indifférence morale qui grandit un peu partout sur notre continent.

Laurent Berger (secrétaire général de la CFDT), 
Thierry Pech 
(directeur général de Terra Nova), 
Jean Pisani-Ferry 
(professeur à Sciences Po), 
Jean-François Rial 
(PDG du groupe Voyageurs du monde) 
Lionel Zinsou 
(président de Terra Nova)

Interview pour le groupe de presse Ebra - 10 janvier 2017

Logo EBRA

. Votre état d’esprit dans cette rentrée 2018 ?

Déterminé, parce qu’il y a beaucoup de combats à mener. Et serein, sur la capacité de la CFDT à porter des propositions. Nous sommes face à de grands défis de transformation du travail, de l’emploi, du modèle social, de l’Europe, avec un gouvernement qui veut avancer vite…

. Trop vite ?

J’entends des organisations qui se plaignent que tout aille trop vite, qu’on ouvre trop de dossiers à la fois : le chômage, l’emploi, la formation… Mais c’est un discours catastrophique pour le syndicalisme ! Notre cœur de métier, c’est bien de parler de tous ces sujets, et d’être capable de faire des propositions. La CFDT est prête à relever ce défi.

. La négociation sur l’assurance chômage s’ouvre jeudi. Un accord est-il vraiment possible entre patronat et syndicats ?

Oui, je crois possible un accord. C’est aux partenaires sociaux de trouver les voies du maintien d’un bon niveau d’indemnisation, en montant et en durée, de trouver des solutions sur l’extension aux démissionnaires et aux indépendants, avec une contribution des plateformes, et sur la réduction de la précarité.

. L’enjeu est gros : si la négociation échoue, c’est le paritarisme qui sera en échec, et la CFDT…

Il est sûr qu’un échec donnerait des gages à tous ceux qui préfèrent les affrontements stériles, au patronat comme dans les syndicats, et aux politiques qui pensent que la démocratie n’a pas besoin de démocratie sociale… Nous devons assumer nos responsabilités, d’abord pour les chômeurs ! Je suis assez confiant du côté des organisations syndicales, et j’appelle le patronat à prendre ses responsabilités et à entrer dans cette négociation pour parvenir à un accord.

. Quand Emmanuel Macron a été élu, vous lui avez demandé de « partager le pouvoir ». Il vous a écouté ?

Ses vœux télévisés résumaient son état d’esprit : j’écoute, mais je suis déterminé… Il nous reçoit, il nous associe aux réflexions, l’enjeu est maintenant de nous faire entendre. Le président a parfois une conception un peu étroite du pouvoir, mais je suis convaincu que, si nous sommes capables d’avancer des propositions, nous serons entendus, et donc utiles aux travailleurs.

. Philippe Martinez (CGT) a critiqué les ruptures conventionnelles collectives, comme il s’en prépare chez PSA. Vous le suivez sur ce point ?

Nous sommes très critiques sur ces ruptures conventionnelles. Même si elles sont encadrées par un accord, elles ne favorisent pas l’emploi, mais les départs de l’entreprise, et dans des conditions moins favorables qu’un plan social. Elles représentent un vrai danger pour les seniors.

. Vous voulez aussi partager le pouvoir dans les entreprises. Vous pensez être entendus ?

L’ouverture du dossier est une bonne nouvelle : dans l’enquête que la CFDT a menée l’an passé sur le travail, 72% des travailleurs disaient vouloir être davantage associés aux décisions de l’entreprise. Après, je vois bien le conservatisme d’un certain patronat, qui considère que toute discussion avec les salariés est une forme de remise en cause de sa souveraineté… Pour la CFDT, il faut redéfinir le rôle des entreprises qui ne peuvent plus être uniquement un lieu de recherche de la seule rentabilité à court terme. Il faut inventer une forme de codétermination à la française pour un meilleur partage du pouvoir et une gouvernance plus coopérative.  Cela suppose de donner plus de poids aux salariés et à ceux qui les représentent, notamment par une présence accrue dans les conseils d’administration. Je ne suis pas marxiste, mais je crois qu’il faut rééquilibrer les pouvoirs dans l’entreprise entre le capital et le travail. Aujourd’hui, le travail est devenu trop invisible.

. Nicole Notat, qui  vous a précédé à la tête de la CFDT, est chargée, avec Jean-Dominique Senard, d’un rapport préparatoire sur le sujet. Une gêne ou un avantage pour vous ?

Ni l’un, ni l’autre. Nicole Notat a quitté ce bureau (devenu celui de Laurent Berger, où se déroule l’entretien) il y a quinze ans, elle est libre, et la CFDT est indépendante.

. Et Jean-Dominique Senard, le PDG de Michelin, vous regrettez qu’il ne devienne pas président du Medef ?

Ce n’est pas à moi de choisir le président du Medef ! La CFDT côtoie Jean-Dominique Senard chez Michelin : tout n’est pas merveilleux, mais il a une vraie politique du dialogue social et il accepte d’écouter les autres… C’est quelqu’un de bien.

. La comédie de la succession de Pierre Gattaz au Medef a dû vous étonner un peu, non ?

Je constate qu’hier à la CFDT, et maintenant à Force Ouvrière, la transition se fait dans la clarté. Au Medef, cela fait deux fois que des gens qui nous expliquent tout connaître de l’entreprise et du management se prennent les pieds dans le tapis au moment de choisir leur président… Ils ont peut-être besoin d’un coup de main. On ne leur donnera pas pour le Medef, mais dans les entreprises, nous sommes légitimes à le faire.

. Le gouvernement semble tenté d’inclure une désindexation du smic dans sa prochaine loi sur les entreprises, le Pacte…

On nous explique que le smic pose des questions macro-économiques, mais j’aimerais qu’on pense davantage aux travailleurs qui touchent moins de 10 euros par heure pour vivre. Moi je sais ce que c’est, j’ai été payé au smic pendant trois ans...  Le smic doit rester indexé. Et toute évolution ne peut intervenir qu’après un vrai débat sur la politique salariale et les évolutions de carrière, pas sur le seul sujet de la désindexation.

. Sur les retraites, êtes-vous partisan d’attendre 2019 ?

Nous sommes partisans d’un grand débat. Si l’on veut une vraie réforme de fond, qui maintienne le système par répartition mais le rende plus juste, plus pérenne et laissant plus de choix, il faut prendre le temps de la réflexion en 2018. Cela conduit à faire les choix au cours de l’année 2019.

. Ce délai n’est pas pour éviter la collision avec les élections de décembre dans la fonction publique, avec en toile de fond la fin du régime spécial ?

Non, la CFDT a toujours dit les choses clairement. Et je reste persuadé qu’on peut avoir une réforme systémique des retraites très favorable aux fonctionnaires, comme aux autres travailleurs, et notamment aux femmes et aux agents de catégorie C.

. La CGT reconnaît une baisse du nombre de ses adhérents en 2017. Et vous ?

Nous publierons nos chiffres 2017 dans deux mois. Nous devrions être sur une légère progression, de 1%. C’est trop faible : ce n’est pas parce que les partis politiques sont en déliquescence que nous devons nous satisfaire de progresser lentement. Les salariés nous attendent, à nous d’aller les voir. Nous ferons des propositions assez fortes à notre congrès de Rennes, en juin.

propos recueillis par Francis Brochet

Invité de Patrick Cohen dans la matinale d'Europe 1

Ce jeudi 11 janvier, j'étais l'invité de Patrick Cohen dans la matinale d'Europe 1. J'ai tenu à insister sur l'opposition de la CFDT à la politique migratoire du gouvernement et j'en ai profité pour évoquer la table ronde que la CFDT organisait ce même jour sur le partage du pouvoir dans l'entreprise. 

Bonne année à toutes et tous !

Repenser l'entreprise : une nécessité !

« Qu’est-ce que l’entreprise ? » Répondre à cette question est essentiel, tant le débat s’hystérise souvent sur ce sujet, entre ceux qui pensent que l’entreprise est le mal absolu et ceux qui pensent qu’elle serait la solution à tous les problèmes de notre société. Pour la CFDT, ce n’est évidemment ni l’un ni l’autre mais l’entreprise est un sujet trop sérieux pour le laisser traiter par les seuls patrons.

Le Gouvernement, lancera au début de l’année prochaine une concertation sur un "plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises" qui devrait aboutir sur un projet de loi au printemps prochain. A la CFDT, nous travaillons sur ce sujet depuis de nombreuses années. C’est donc pour nous l’occasion de faire entendre nos propositions pour une entreprise plus démocratique, respectueuse des travailleurs et de l’environnement qui la portent.

Nos propositions « Repenser l'entreprise »

Une entreprise, quelle que soit sa taille, est un acteur incontournable de l’activité économique. C’est un lieu de création de richesse, c’est un collectif humain, une communauté de travail, un espace de démocratie sociale, un lieu d’investissement productif. Dans ce projet collectif, le financement de l’activité, qui passe parfois par l’actionnariat, est essentiel. Mais les travailleurs et leur savoir-faire le sont tout autant. Or, actuellement, l’intérêt de l’entreprise se confond trop souvent avec celui de ses financeurs qui seuls sauraient ce qui est bon pour elle. Il est temps de rééquilibrer les pouvoirs dans l’entreprise, les rééquilibrer en les partageant.

La question de la redistribution des bénéfices créés par l’entreprise, et celle de l’intéressement et de la participation, sont des questions importantes mais insuffisantes. Il y a quelques mois, nous avons mené une grande enquête auprès des travailleurs pour mieux comprendre comment est vécu le travail. 72% des répondants à cette enquête souhaitent participer davantage aux décisions qui affectent leur entreprise. Il s’agit donc de répondre à cette forte attente en permettant aux salariés de participer aux choix stratégiques qu’ils devront ensuite mettre en œuvre. A la CFDT, nous mettons la démocratie au cœur de nos revendications. Partager le pouvoir dans l’entreprise, est donc pour nous l’enjeu majeur de cette réforme.

Et ce n’est pas une utopie, d’autres pays l’ont fait. Les pays scandinaves, bien sûr, qui sont souvent cités à ce sujet, mais aussi l’Allemagne. Les patrons français aiment s'appuyer sur l'exemple Allemand mais ils ne devraient pas oublier que ce modèle se caractérise d’abord par la codécision dans l’entreprise, avec la présence de nombreux salariés dans les conseils d’administration, une reconnaissance forte du fait syndical, du dialogue social et de la mission d’intérêt général de l’entreprise.

Mais cela suppose de faire confiance aux salariés et de redonner toute sa place au travail. Là encore, rien d’irréaliste. D’abord, parce que cela est légitime : l’entreprise est ce projet auquel les salariés lient leur destin au moins autant que les dirigeants. Mais aussi parce que les salariés ont des idées pour leur entreprise ! Que ce soit en termes d’investissement, de stratégie ou de conditions de travail, ils ont beaucoup à apporter pour améliorer la compétitivité autant que la qualité de l’emploi. Face à une finance court-termiste, ils sont aussi les garants du temps long pour leur entreprise, de la qualité du service ou du produit.

Redonner toute sa place au travail dans l’entreprise, c’est donner plus de poids aux salariés dans les conseils d’administration et les conseils de surveillance. Et c’est aussi renforcer les espaces de dialogue et développer la codécision, par exemple sur l’utilisation des subventions publiques ou sur la rémunération des dirigeants.

Pour changer l’entreprise, nous pouvons faire confiance au dialogue social. Un pari que ce Gouvernement n’a pas su faire avec les ordonnances. Ce prochain projet de loi est donc une nouvelle opportunité d'avancer dans ce sens. La CFDT s’engagera pleinement dans cette voie en prônant des modes de gouvernance plus collaboratifs et un management plus horizontal.

Une entreprise plus démocratique, c’est également une entreprise responsabilisée quant aux conséquences de ses décisions pour la société. La loi sur le devoir de vigilance des multinationales est une première avancée importante à  poursuivre.

Aujourd’hui, dans notre droit, le seul objectif d’une entreprise est le profit financier. Pour évoluer vers un modèle de production de qualité (qualité de la production, qualité des rapports humains, respect de l’environnement), la question de la finalité de l’entreprise doit être posée. Pour la CFDT, la réécriture des articles 1832 et 1833 du code Civil pour que les entreprises prennent en compte l’impact économique mais aussi social et environnemental de leur activité est une évidence. C’est une réforme qui demanderait aux entreprises de s’évaluer (par la notation extra financière) et de mesurer l’impact de leur activité pour la société. C’est une mesure de progrès fondamentale et indispensable.

Et pour les entreprises qui souhaiteraient aller plus loin, nous militons pour la création d’un nouveau statut, celui de la Société à objet social étendu (SOSE). Celles qui le voudraient pourraient alors poursuivre un objectif social, environnemental, humain, scientifique… Il ne s’agit plus uniquement de s’assurer de la neutralité d’une activité mais de rechercher un bénéfice social, environnemental, humain, scientifique… Pour une réelle effectivité ou pour éviter un effet d’affichage, ce statut porteur d’innovation devra être assorti d’une gouvernance intégrant les salariés et les parties prenantes de ce projet (consommateurs, associations...).

Dans les concertations à venir, la CFDT sera vigilante et exigeante pour que ce débat soit utile pour les travailleurs et les citoyens. Changer l’entreprise, c’est changer le travail et changer le travail, c’est changer la société. 

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !