A Roanne, une usine sauvée et un travail régénéré grâce au dialogue social

L’équipe CFDT de Michelin à Roanne a beaucoup fait parler d’elle en 2015 lorsqu’elle a négocié un Pacte d’avenir qui a permis de sauver le site. Mais avant notre rencontre dans leur usine ce mardi 21 mars, je n’avais encore jamais eu l’occasion de discuter avec ces militants. Ce que j’ai découvert chez eux est venu illustrer concrètement ce que les chiffres de Parlons travail ont révélé la semaine dernière.

Pour comprendre ce qui s’est passé dans leur usine, il faut remonter en janvier 2014, lorsque l’intersyndicale écrit à la direction de Michelin, inquiète pour l’avenir du site de Roanne suite à un Comité central d’entreprise et échaudée par le PSE de Joué-les-Tours qui avait entrainé 706 suppressions de postes. Après un silence de 6 mois, la direction accepte d’entamer la discussion et de lancer un état des lieux industriel inédit avec les organisations syndicales : la transparence atteint un niveau jamais vu en échange d’une confidentialité totale. Un travail en pleine confiance se met en place entre les acteurs. Ce travail, et la négociation qui suit, va durer 9 mois et aboutit à la signature par la direction et trois syndicats (dont la CFDT) d’un Pacte d’avenir.

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Ce pacte a été validé par 95 % des salariés lors d’un référendum organisé par les syndicats à l’extérieur de l’usine (contre l’avis de la direction). Il prévoyait un investissement de 80 millions d’euros, dont 2 millions destinés à la qualité de vie au travail, et une réactivité plus forte avec le passage à une activité 7 jours sur 7 (contre 6/7 jusque-là).

Deux ans plus tard, la satisfaction est quasi générale au sein de l’usine et de la section CFDT. L’investissement est bien au rendez-vous (et même plus rapidement que prévu) avec de nouvelles machines permettant la fabrication de pneus ultra haute gamme (secteur en croissance de 6 %). Douze machines ont déjà été installées depuis septembre 2016 et une nouvelle machine arrive toutes les trois semaines.

Ces nouvelles machines ont entrainé un changement de procédé de fabrication dans la moitié de l’usine. Il a donc fallu que la moitié des salariés change de métier en quelques mois. Cela faisait partie du plan d’investissement et 400 d’entre-eux ont suivi une formation lourde. Les militants CFDT voient d’un bon œil ces changements : « il y a davantage de diversité et d’intérêt sur ces nouveaux postes, on n’est plus des robots qui répétons 400 fois le même geste dans la journée. Cela a permis des évolutions personnelles très appréciées. »

Le pacte d’avenir prévoyait aussi une action importante pour la qualité de vie au travail. La partie la plus visible est l’ouverture d’un restaurant d’entreprise au début du mois. Il est déjà plébiscité avec plus de 100 utilisateurs quotidiens, alors qu’une cinquantaine était attendue. De nombreux espace ont également été complètement rénovés : vestiaires, toilettes…

Mais où le changement est le plus profond, c’est avec l’implication des salariés dans les décisions qui les concernent. Les nouveaux postes de travail ont par exemple été réfléchis avec les salariés, l’ergonome et le CHSCT. « Ce n’est pas le chef qui décide seul de l’organisation du poste de travail, si le salarié a une solution qui va lui faciliter le travail, c’est étudié et généralement mis en place, » m’a expliqué Jean-Daniel Béal, le délégué syndical CFDT.  Cette volonté d’associer les salariés pour trouver des solutions ensemble est nouvelle, allant même jusqu’à prévoir un budget pour aménager son poste de travail. Autre changement tout simple qui donne prise aux salariés sur leur organisation : le fait de pouvoir piloter soit même ses congés via un logiciel, ou la possibilité de contacter directement ses supérieurs.

Cette volonté de donner prise aux salariés sur l’organisation de leur travail est saluée par les premiers intéressés mais la direction se félicite aussi de ce choix puisque l’usine de Roanne a désormais le meilleur taux d’engagement des salariés en France. Le dialogue social n’a pas seulement permis de sauver le site, il a aussi profondément modifie les relations au sein de l’entreprise. On y ressent un respect mutuel, malgré les difficultés qui subsistent évidemment ou les intérêts parfois contradictoire. En repositionnant l’usine sur un nouveau secteur pour mieux répondre aux attentes des clients, c’est le travail qui a été remis au centre et avec lui les travailleurs.

Cette rencontre fait écho aux résultats de notre enquête Parlons travail où 73 % des répondants disent vouloir être associés aux décisions qui concernent leur entreprise. L’enquête montre aussi le lien entre autonomie et bien-être au travail. Les premiers retours d’expérience à Roanne semblent bien aller dans ce sens. Gageons que d’autres directions d’entreprises sauront se laisser convaincre de se lancer sur cette voie, tout le monde en ressort gagnant !

Interview dans la matinale de CNEWS le 22 mars

J'étais ce matin l'invité de Jean-Pierre Elkabbach sur CNEWS. Quelques jours après la publication des résultats de notre enquête Parlons travail, je suis revenu sur les principaux enseignements qu'elle nous apporte, notamment à l'aune de la prochaine élection présidentielle. J'ai pu détailler quelle est l'approche de la CFDT en amont de ce scrutin et son positionnement vis-à-vis du Front national. Durant le temps très politique de la camapgne la CFDT reste en retrait, ne donne évidemment pas de consigne de vote mais nous portons nos idées et nos propositions, comme dans notre adresse aux candidats ou le manifeste pour le travail

 



Notre adresse et nos questions aux candidats à la présidentielle

A tout juste un mois de l’élection présidentielle, nous envoyons ce matin une adresse aux candidats à l’élection présidentielle, excepté le Front national. Par cette démarche la CFDT veut porter auprès de chacun d’eux sa vision du monde du travail et de la société, fidèle à sa liberté et son indépendance vis-à-vis de tous partis politiques.

Cette adresse décline une série de 35 questions aux candidats afin d’éclairer notre organisation et ses adhérents sur les thèmes qui nous semblent décisifs avant ce scrutin : une nouvelle vision du travail ; protection et émancipation de chacun ; emploi et nouveau modèle de développement ; action publique ; projet européen ; démocratie et dialogue social.

Les réponses de chacun d’eux seront rendues publiques sur notre site. Par cette démarche, comme lors du grand oral sur le thème du travail organisé jeudi dernier, par nous entendons participer à la vitalité du débat public, C’est aussi cela le rôle des corps intermédiaires et de la société civile.

Invité de la matinale d'Europe 1 le 16 mars

A l'occasion de la sortie des résultats de Parlons Travail et du grand oral des candidats à la présidentielle que nous avons organisé le 16 mars, j'étais l'invité de Thomas Sotto dans la matinale d'Europe 1. L'occasion de parler des premiers résultats de l'enquête, mais également de revenir sur la scandaleuse "clause Molière".

 


Laurent Berger : "La CFDT ne soutient pas de... par Europe1fr

Parler Travail

Le 20 septembre dernier, après plusieurs mois de préparation, nous lancions notre grande enquête Parlons Travail et je décrivais ici même (lien vers l’article) l’ambition qui était la nôtre : redonner la parole aux travailleurs pour remettre le travail au cœur du débat public dans la perspective de l’élection présidentielle.

Après un peu plus de 3 mois de consultation en ligne, fin décembre, nous franchissions la barre des 200 000 répondants alors que nous en espérions 100 000. Force est de constater que lorsque l’on permet aux gens de s’exprimer, ils sont très nombreux à saisir la perche. Cela nous montre que l’attente est grande autour de la question du travail et donc que notre responsabilité d’organisation syndicale l’est tout autant.

Depuis 2 mois et demi, les réponses sont décryptées et analysés par des statisticiens, des sociologues et des responsables CFDT afin de pouvoir comprendre et restituer au mieux la réalité du rapport des français à leur travail.

Ce jeudi 16 mars, près de 6 mois après le lancement de Parlons Travail, nous allons pouvoir rendre compte de ces résultats, tirer une première série d’enseignements. 2 éléments m’ont particulièrement marqués. Tout d’abord, le regard des français sur leur travail s’avère très positif : 76% déclarent aimer leur travail, 57% y prennent du plaisir et 70% y rient souvent. Cela nous montre que le travail reste un élément structurant dans la vie des gens. Mais il y a aussi de fortes aspirations au changement, car tout n’est pas rose au travail. L’enquête nous montre que ceux qui souffrent le plus sont ceux qui disent ne plus trouver de sens à leur activité, ne pas avoir de reconnaissance et n’avoir aucune marge de manœuvre dans l’organisation de leur travail. Pourtant, 72% des répondants aimeraient participer davantage aux décisions qui affectent leur entreprise ou administration. Il est plus que temps que les employeurs et les dirigeants politiques entendent ces aspirations ! L’entreprise, ce n’est pas seulement l’actionnaire ou le dirigeant, ce sont aussi, et d’abord les salariés qui y créent la richesse. Le travail doit plus que jamais redevenir visible pour être mieux pris en compte.

C’est une des questions que nous aborderons avec les candidats à l’élection présidentielle, que nous avons convié à la CFDT pour débattre autour des résultats de l’enquête et connaître leurs propositions sur le travail.  Quatre d’entre eux seront présents ou représentés : Alexis Corbière pour Jean-Luc Mélenchon,  François Fillon, Benoit Hamon et Emmanuel Macron.

Pour retrouver les résultats de l'enquête : analyse.parlonstravail.fr

Ainsi nous tenons la promesse qui était la nôtre : porter la question du travail dans cette élection présidentielle en mettant en avant la parole de ceux qui vivent le travail au quotidien.

Mais nous n’en restons pas là. Dès le départ, nous souhaitions que Parlons Travail serve à nourrir nos revendications. C’est pour cela que cette journée du 16 mars se conclura par la présentation de notre manifeste pour le travail. Dans celui-ci, nous tirons les enseignements de Parlons Travail et nous faisons des propositions pour continuer à changer le travail, dans le privé comme dans le public. Vous pouvez le retrouver ici.

Dans l’organisation aussi, nos équipes continueront à faire vivre Parlons Travail. Nous avons créé des kits d’animation afin d’organiser des ateliers d’échanges entre militants et avec les salariés sur les résultats de l’enquête. Cela permettra de s’approprier les résultats et sera une excellente occasion d’aborder la question du travail aux endroits même où il est exercé.

De sa conception jusqu’à ces prolongements dans les mois qui viennent, nous avons conçu Parlons Travail comme une expérience. Une expérience personnelle pour les répondants, en leur offrant une occasion de faire le point sur leur rapport à leur travail. Une expérience syndicale en utilisant l’outil numérique pour porter au mieux la parole des salariés. Une expérience de démocratie participative pour remettre au cœur du débat un sujet trop souvent laissé de côté. C’est une expérience réussie qu’il nous faudra maintenant continuer à porter afin de concrétiser les changements auxquels les travailleurs aspirent. C’est dans cette voie que s’engage la CFDT avec en tête un de ses slogans du 20e siècle, qui n’a pourtant pas pris une ride : pour changer la société, il faut changer le travail !

Sur ce blog, je souhaite partager mes observations et ma façon de voir l’avenir. Ces réflexions se nourrissent de l’analyse de la CFDT, de ses propositions. Mais aussi des discussions avec les adhérents et militants de la CFDT, ainsi que les salariés et agents que je rencontre chaque semaine. Bienvenue !